‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 146 sur 303 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

De quelques moyens très-utiles pour se rendre fidèle au règlement.

Nous devoBS avoir une telle estime de notre règlement, que , si nous manquons de l'observer en quelques points, nous «n ressentions une véritable douleur, et nous témoignions même notre regret, «n demandant et faisant pour cela quelque pénitence. Voilà un moyen très-facile et très-sûr, pour maintenir l'observance des règles dans toute sa vigueur : icar, par ce moyen, s'il arrive à quelqu'un de manquer à la règle, U répare bientôt, par sa pénitence, lii brèche qu'il avait faite à l'ordre de la maison; en sorte que les régies demeurent en leur intégrité, comme si elles n'avaient point été violées.

Les docteurs enseignent que la loi ne laisse pas de demeurer en vigueur, quoique quelques-uns ne l'observent pas, pourvu qu'on les punisse de cette transgression. Mais quand on la viole ouvertement, sous les yeux du supérieur qui n'y prend point garde, et qui n'en dit mot, c'est un signe qu'elle n'est plus dans sa vigueur, qu'elle n'a plus force de loi, et qu'elle est abrogée par une coutume contraire. Nous pouvons appliquer ceci aux règles des communautés. Quand l'averlissemenl oc h punition suivent <ie près les transgressions, c'est une marque certaine que les règles sont en vigueur et qu'elles sont bien observées; mais quand d'une part on voit les transgressions fréquentes, et que de l'autre on ne voit point avertir ou châtier «-^ux qui les commettent, on peut dire que les règles ne s'observent plus, OEUVRES COMPL. DE M. TlVO:i.S0N. l.

DK LA SOI MISSION AU UEGLEMENT. .M(î

juilMiu'on les rompt impunément, sans que le st:}iérieur on dise mol, et paraisse s'en soucier. Quand on vient jusqu'à ce point de relâchement, on peut dire que, dans peu de temps, les règles n'auront pas plus de force que des lois tout à fait abrogées.

C'est pourquoi les supérieurs, qui ont une étroite obligation de conserver les règles, et (pii sont établis comme des sentinelles pour découvrir de loin l'ennemi, doivent veiller soigneusement à ce (|ue le règlement soit observé. Par le même motif, ils doivent bien prendre garde d'entretenir et de favoriser les transgressions, en négligeant de donner aux coupables les avertissements convenables, et des pénitences proportionnées à leurs fautes. Vous ne devez, donc point trouver mauvais, quand le supérieur vous avertit ou vous reprend de ce que vous manquez au règlement ; car, s'il en use de la sorte, ce n'csi pas qu'il soit fâché contre vous, ou qu'il .vanque de tendresse et d'indulgence pour vous; non, il sait que vous êtes homme, et par conséquent sujet à faillir ; mais, en vous reprenant, il fait sa charge ; il doit en user de la sorte pour maintenir l'ordre de la maison, et pour s'acquitter d'un devoir rigoureux; car, s'il ne disait mot dan? ces rencontres, s'il passait vos transgressions sous silence, ne montrerait-il pas qu'il fait lui-même peu de cas du règlement? ne serait-ce pas le moyen de faire qu'en peu de temps il n'y aurait plus de règle dans une communauté, et que tout irait en desordre et en confusion, chacun faisant librement ce qu'il voudrait? Voilà, dit saint Bonavenlure, la grande différence qu'il y a entre les comm/'nautés ferventes, et où l'observance des règles est en vigueur, et celles qui sont dans le désordre et tout à iJit relâchées ; ce n'est pas qu'on fasse des fautes dans les unes, et que dans les autres on n'y en fasse point : In tnuUis enim offendiwus omnes {Jac. m, 2) ; mais c'est que dans les unes, celui qui manque est, repris, tandis que dans les autres il ne l'esl pas.

Mais, quoique ce soit là un devoir essentiel du supérieur, il faut néanmoins remarquer qu'il ne peut s'en acquitter tout seul, autant qu'on le peut souhaiter pour le bien de la communauté , à moins cpie vous ne l'aidiez aussi de votre côté : car il ne peut remarquer toutes les fautes qui se commettent dans la maison pour y appliquer le remède ; il faut donc que vous l'aidiez à les découvrir, et que vous soyez des premiers à déclarer vos propres manquements, et à en demander pénitence. Jamais nous ne devrions permettre que le supérieur apprît plus tôt nos fautes d'un autre que de nous-mêmes ; et jamais nous ne diU'érerions à les lui déclarer, si nous avions véritablement à cœur notre avancement. C'est pourquoi saint Ignace donnait cet avis à ses enfants : Aliquoties siuijulis annis , omnes a supt^ riore pœnitentias injumji propter defcctnm observa^ tiottjs rerjularum pelant; ut liœc cura indicium sit quam de suo profcctu spirUuali in via Dei qnisque Itabet. (S. Io>\T., reg. 51, Summr.r.) Ainsi , dans Ifi

m: œuvres COMPLETES DE M. TRONSON.

sentiment de ce saint , qui n'est que trop conlirnKi p;u roxpérience , uvorr soin, qiKind on manque à quoique règle, d'en demander pcnilencc, c'est une marque que l'on désire sincèrenicnl d'avancer dans la vertu ; et, en user autrement, c'est une marque certaine de négligence. Voilà donc le meilleur moyen, et le plus efTicace renicdc qu'on puisse donner, pour maintenir dans une communauté l'exacte observa-

niez enfin parfaitement soumis à toutes les règles.

le règlement, disent les saints, est un miroir qu'il faut consulter souvent pour se bien connaître, et pour voir jusqu'où va la laideur ou la beauté de l'âme. C'est là qu'on aperçoit s'il y a quelque tache ou quelque difformité dans la conduite , si elle est bien réglée ou si elle est sujette à quelque désordre ; c'est là, en un mot, que l'on connaît si l'on tien des règles. Vous n'êtes pas impeccables : Non est agréable à Dieu , ou si on lui déplaît : In régula

est enim liomo qui non peccet {III Rcg. viii, 46 j ; mais, quand vous aurez manqué en quelque chose au règlement , montrez aussitôt le regret que vous en avez, et le désir que vous avez d'y être désormais plus fidèle ; et, pour cela, aussitôt après votre faute, humiliez-vous jusqu'à vouloir bien la déclarer et en faire pénitence. Par cette petite expiation, vous compensez la transgression de la règle ; vous gagnerez même plus que vous n'aviez perdu ; et le démon, au lieu de se gloFifier de la faute qu'il vous a fait commettre, demeurera confus de ce que vous l'avez si promptement et si bien réparée. C'est ce que cet ennemi de notre salut fut obligé d'avouer un jour à saint Dominique. Comme ce saint le con- •luisait dans tous les lieux du monastère, afin qu'il lui déclarât la manière dont il tentait les religieux, il le mena en particulier au chapitre, qui est le lieu où l'on déclare ses fautes , et où l'on en reçoit la pénitence ; alors le diable lui dit : Cest ici que je perds tout ce que j'ai gagné au parloir, au dortoir et dans tous les autres lieux de la maison ; parce que c'est ici qu'on s'humilie, qu'on se soumet à ta pénitence, et qu'en satisfaisant à Dieu, non-seulement on répare les brèches qu'on a faites au règlement, mais encore on donne au prochain un admirable exetnple

tanquam in speculo inspicere possumns quales sumus, site pulchri sive fœdi , sive justi sive injusti , utrum qnisquam nostrum proficiat an deficiat , utrum Dec placent an displiceat. (IIlgo a S.Vict., Inst. mon., in lieg. S. Aug., c. 12.) C'est ce que nous faisons surtout par l'examen particulier. Au moyen de cet exercice, quand il est bien fait, on se corrige aisément des fautes auxquelles on est sujet , et on s'accoutume peu à peu à se rendre plus fidèle : d'un côté, on évite le malheur de ceux qui, ne se considérant qu'en passant dans un miroir, oublient aisément ce qu'ils ont vu et ne se corrigent jamais : Considcravit enim se et abiit, et statim oblitus est qualis fuerit {Jac. I, 24); et de l'autre, on éprouve le bonheur des vrais serviteurs de Dieu, qui, considérant le règlement comme une loi que le souverain Maître leur donne, et qu'ils doivent suivre pour lui être agréables, n'ont point de plus grande consolation que de s'y assujettir parfaitement.

Il y a encore un autre moyen qui nous servira beaucoup pour bien observer les règles : c'est d'être bien aises que les supérieurs ou quelque autre nous avertissent quand nous y manquons , et de ne pas même trouver mauvais que d'autres lui donnent avis de nos fautes. En effet, si nous avons un vrai

de fi<iélité. Ainsi, par exemple, pour n'avoir pas en- désir de nous corriger, nous serons bien aises que

tendu le son de la cloche, vous ne vous êtes point transporté au lieu où le règlement vous appelait, vous avez manqué d'assister à quelque exercice, ou vous y êtes arrivé trop tard ; la faute a été publique, et toute la communauté l' a remarquée. Vous réparerez cette infraction de la règle , et vous guérirez cette plaie, si vous la déclarez aussitôt, et que vous en demandiez pénitence. Mais si, à la suite de cette transgression , on n'aperçoit en vous aucune marque

le supérieur connaisse nos fautes et même qu'il nous en reprenne , afin que sa correction nous serve à l'avenir, et nous empêche de retomber dans une pareille négligence. Les personnes (jui s'efi'orcent de tenir leurs fautes cachées, qui ne peuvent se résoudre à les déclarer, ni souffrir que d'autres les découvrent, qui accusent même de peu de charité ceux qui en avertissent le supérieur, et qui en conservent contre eux de l'amertume, montrent assez

(le douleur ; si vous ne vous en accusez point , et par cette conduite qu'elles n'ont point le désir de qu'on ne vous en dise mot, il y aurait sujet de se corriger : tant qu'elles auront cette application à croire que, dans la maison où vous êtes , on ne se cacher leur mal, à fuir les yeux du médecin et à resoucie guère de la fidélité aux règles, puisqu'elles y fuser les remèdes, on ne les verra jamais parfaitesont impunément violées. ment guéris; ceux, au contraire, qui sont bien aises Uu autre moyen très -utile pour vous y rendre d'être surveillés de près, qui ne veulent pas qu'on exact, est de faire sur cela votre examen particu- leur pardcmne la moindre faute, qui vont eux-mêmes

lier, non en prenant toutes les règles ensemble, mais en vous appliquant à celles auxquelles vous êtes ordinairement moins fidèle, et auxquelles vous avez plus de peine à vous soumettre ; car en vous examinant ainsi en détail sur les fautes particulières que vous faites, tantôt sur un point du règlement, et tantôt sur un autre , il est impossible (pie peu à jMiu vous no vous corrigiez , et (|ue vous ne dcve-

découvrir à leurs supérieurs celles qu'ils ont commises , qui prient quelque charitable ami de les en avertir, ceux-là, dis-je, arriveront bientôt à une entière et parfaite obéissance ; on les verra . par leur exactitude et leur ponctualité en toutes choses, arriver au degré de perfection que Notre-Seigneur pnmiet dans l'Evangile au serviteur fidèle : Kuge, serve bunc et fidelis ; quia super pauca fuiali li:hlis.

549 TRAITE DE L'OBEISSANCE. — PAUT. III. DE LA SOUMISSION AU REGLEMENT. 550

hilra in gaudiiim do- vous voulez assurer voire salut et votre perfcclion.

super wiilla W ct^tisliluam viini tui. (}Iiiltli. \\\, "11.)

La société des personnes exactes au règlement vous aidera encore beaucoup à vous y rendre lidolo. Tâchez donc de vous trouver avec elles, le plus souvent que vous pourrez ; car leur exemple vous portera bientôt à faire comme elles. Il n'y a rien de plus commun que de prendre les mœurs de ceux avec qui on converse : associez-vous aux personnes ferventes, dit saint Bernard, et vous deviendrez fervents avec elles : Qui saiicto riro associatns fuerit, ex ejiis societate accipicl usiim honœ loctUionis, et exetnpltim hojii operis, ut aeeendatiir mens ejus de die in dietn in amore Dei (107).

Il est donc pour vous de la plus haute importance d'aimer et de rechercher la société de ceux que vous connaissez les plus lidèles au règlement ; car, selon la remarque d'un grand serviteur de Dieu ( ie P. Alvarez ) si vous vous égarez , ils vous red'-esseronl ; si vous vous relâchez, ils vous excite- ;ont ; si vous allez bien, ils vous encourageront, et ils vous feront persévérer (108). Au contraire, si vous fréquentez ceux qui ne sont pas bien réglés , vous avez tout sujet de craindre le malheur dont Dieu menaçait autrefois les Israélites, en punition de leur alliance avec les nations infidèles : ISe ineas pacttim cum liominibus illarum recjiomim ; ne, cum f'ornicati fuerint cum diis suis, et adoraverint simulaera , vocet te quispiam, ut comedas de immola tis. {Exod. XXX IV, 15.)

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