CHAPITRE XVII
Conclusion de ce traité , oit l'on exhorte à observer exactement toutes les règles.
Les anciens sages du paganisme avaient coutume de dire qu'il fallait avoir le même respect pour les lois que pour les dieux ; et qu'il y avait pour tous une étroite obligation d'y conformer leur vie : Oporiet leges patriœ tanquam superos observare, ac se ipsum perfeclum reddere secundum ipsarum prœscripium. Quel respect ne devez-vous donc point avoir pour celles de la maison où vous êtes ; et quelle obligation n'avez-vous point d'y conformer votre conduite si vous voulez devenir parfait 1 Les règles sous lesquelles vous vivez ne sont point l'ouvrage de la prudence humaine ou d'une politique mondaine ; ce ne sont point des lois établies pour le bien temporel d'une société civile ; mais ce sont des lois que Notre-Seigneur même vous donne par le ministère de ceux qui vous conduisent de sa part ; ce sont des voies qu'il vous ouvre pour vous conduire à l'éternité. Ne refusez donc pas de les suivre, si
(107) Qui bono adh;Tîret assumil inde quod convertalur ; quia scriptum est {Psal. ii, 27) : Cum sancto satictus eris, et cum perverso perverteris, et cum innocente innocens eris. (De bonomort., c. 9, n. 41.)
(108) Socios et amicos Deum timentes et professionem suam servantes inquire , a quibus cum a via exorbitaveris, revoceris ; cum segniler ambulaveris, inciteris; et cum celeriter progressus fueris,
1 Je souhaite, » disait autrefois saint Césairc, parlant à des personnes de communauté, « je souhaite que vous viviez comme des anges sur la terre, afin que vous puissiez un jour entrer en société de leur bonheur dans le ciel. Je vous supplie donc, et je vous conjure par le Dieu tout-puissant, de ne souffrir jamais le moindre relâchement dans l'observance de votre règle ; gardez-la tout entière avec une ferveur constante, et travaillez de toutes vos forces, avec la grâce de Dieu, à ne vous en écarter jamais ; tenant pour assuré que chacun de vous sera récompensé selon, son travail : Quia vos angelis desidero esse consimiles, iterum atque iterum rogo et pcr Omnipotentem dcnuo vos contestor, ut niliil de sanctœ regulœ instilutione minui permittatis ; sed totis viribus eam custodire, auxiliante Domino, laboretis, scientes quoniam unusquisque propriam mercedem accipiet secundum suum laborem. Je vous conjure surtout, » ajoute-t-il, « de ne point mépriser cet avis comme s'il était de peu de conséquence ; car, si mes paroles ont peu d'autorité par elles-mêmes, ce que dit l'Ecriture sainte est de la plus haute imporlance et d'une terrible suite : Celui qui méprise les petites choses, tombera peu à peu {Eccli. xix, i) ; et celui qui, gardant tout le reste de la loi, la viole en un seul point, viole également tous les autres. » (Jac. ii, 10.) Mais voulez-vous encore vous exciter par une puissante considération à l'exacte observation de vos règles? jetez les yeux sur la fidélité de ceux qui vous ont précédés dans cette maison : Sit vobis vitœ majorum disciplinée spéculum , comme dit saint Ambroise (1. i Offic, c. 25) ; quel amour de l'obéissance ! quel respect pour les règlements ! quelle ponctualité à les observer ! Ce sont là autant d'exemples bien propres à confondre votre lâcheté, t Ne devriezvous pas rougir, » dit le bienheureux Pierre Damien, <de dégénérer de la perfection de ceux qui vous ont ici devancés, et de ne pas hériter de la fidélité de ceux à qui vous succédez dans la maison ? Pudeal vos ab illorum nobilitate fieri vivendo dégénères, qui facti cstis habilaculo successor(?s. »(Opusc. 14, De ord. eremit. fontis Avell.) Ne souffrez donc pas que le tribut que cette maison doit à Dieu, et qu'elle lui a toujours payé jusqu'ici, diminue par votre faute : Dieu a toujours ici les mêmes droits ; et il vous a loué sa maison aux mêmes conditions qu'à vos devanciers (109). Ne le frustrez donc pas de son droit, et ne négligez pas de le satisfaire par la fidélité à vos exercices et par l'hommage que vous devez lui rendre, en vous soumettant exactement à tous vos règlements. Vous n'y sauriez manquer, sans lui ravir ce qui lui est dû,
eorum exemplo ad perseverantiam movearis. (Alvarez, De adept. virt., 1. m.)
(109) Absit ut divini obsequii census veslro tempore videatur imminui, qui Deo ex hujus loci reditu solebat ante persolvi. Non impar (|uippe pensum debiti muneris exigit, qui possessionem suam novis agricolis antiqua censitam pensione locavit. (Ibid., ut supra.*)
et sans ruiner la beauté et la force de sa maison, qui dépend de l'ordre qu'on y observe. Il veut que vous contribuiez tellement au maintien de ce bel ordre, que vous puissiez dire avec le Prophète : Domine, dilexi décorent dotnus tuœ et locum liitbitationis gloriœ tuœ. [Psal. xxv, 8.) « Vous n'y sauriez manquer, sans faire un tort notable, et à vous-même par votre dérèglement, et à vos frères par votre mauvais exemple : Tibi ordo tuis a majoribiis tradilus est; ita et tu tradas eum posteris tuis, quantum in ie est, verbo et exemplo, i dit saint Bonaventure. Enfin, vous n'y sauriez manquer, sans vous exposer à vous perdre, avec tous ceux qui sont dans la maison ; puisque, selon la remarque de saint Ephrem, une communauté où l'ordre et les règlements ne sont plus en vigueur n'est plus un asile et un port assuré, mais un lieu d'écueils et de naufrages pour tous ceux qui s'y retirent : Magnum animarum naufragium, ubi régula et vitœ rectœ institutio non vigent. (De humil., cap. 52.) Prenez donc bien garde d'imiter les enfants d'Héli, qui, pour satisfaire leur cupidité, dérobaient à Dieu une partie des victimes qui lui étaient offertes. Craignez de suivre le parti de Jéroboam, qui, ennuyé de la soumission et de la dépen-
dance, ne cherchait qu'à mettre la divisior. dans le royaume d'Israël ; n'écoutez point les enfants de Déliai, qui, ne pouvant s'assujettir au joug de l'obéissance, ne connaissent point d'autre dévotion , que de faire ce qui leur plaît, et ce qu'ils ont pris l'habitude de faire : Velamen suœ devotionis kabentes libertatem aut consuetudinem ; mais vivez toujours comme des enfants parfaitement obéissants ; Tanquam filii obedientiœ, captivantes vosmetipsos in obscquintn Cliristi. En un mot, imitez ce généreux prêtre dont il est parlé dans l'histoire des Machabées, qui, après avoir fidèlement observé pendant toute sa vie les ordonnances de la loi, et avoir fait tous ses efforts pour y assujettir ses frères, ne songea en mourant qu'à laisser des enfants successeurs de sa fidélité : Appropinquaverunt dies Malhatlnœ moriendi , et dixil filiis suis... Nunc ergo, o filii, œmulatores estote leyis, et date animas vestras pro testamento patrum vestrorurn, et rnementote operum patrum quœ fecerunt in generationibtis suis , et accipietis gloriam magnam et nomen œternum... Vos ergo, confortamini et viriliter agite in loge, quia in ipsa gloriosi eritis. (/ Macli. ii, 49 seq.)