‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 148 sur 303 · SUR LA VERTU D'OBÉISSANCE · texte numérisé non relu

SUR LA VERTU D'OBÉISSANCE

Jgnace de Loyola aux Pères et Frères de la Compagnie de Jésus, qui sont en Portugal.

I. J'ai beaucoup de joie, mes très-chers frères en Jésus-Christ, d'apprendre avec quel courage, aidés de la grâce divine , vous vous portez à la plus haute perfection, et avec quelle ardeur vous vous employez au service de Dieu, qui, après vous avoir appelés à cette manière de vie, vous y conserve par sa miséricorde, et vous conduit à la fin bienheureuse, qui est le terme assuré de tous ses élus.

II. Or, quoique je désire , comme je vous l'ai témoigné autrefois, de vous voir accomplis en la pratique de toutes les vertus , je souhaite surtout que vous excelliez en l'obéissance , non-seulement à cause des grands biens et des avantages singuliers qui sont attachés à cette vertu, comme il est trèsconstant par un grand nombre de passages et d'illustres exemples de l'Ancien et du Nouveau Testament ; mais aussi parce que, comme dit saint Grégoire, il n'y a que l'obéissance qui produise en nos cœurs les autres vertus, et qui les y conserve après les y avoir produites. Si celte vertu règne en nous, les autres y régneront aussi , cl y produiront les fruits que je vous souhaite, et que demande de vous avec justice celui qui , par sa propre obéissance, a voulu réparer le monde qui s'était entièrement perdu par le méuris de cette vertu, s'étanl fait obéis-

sant jusqu'à la mort, comme parle l'Apôtre , et jusqu'à la mort de la cioix. ( Philip, n , 8.)

III. Si quelques ordres religieux sont plus austères que nous, en veilles, en jeûnes, et en d'autres macérations du corps, selon leur institut ; pour moi , mes très-chers frères , je souhaite surtout que ceux qui se consacrent à Dieu dans cette Compagnie , s'attachent à une parfaite obéissance, et à un entier renoncement de leur volonté et de leur jugement ; et que cette vertu soit comme la marque qui distingue les véritables enfants de la Compagnie , n'ayant jamais égard à celui à qui ils obéissent, mais regardant en sa personne Notre-Seigncur Jésus-Chrlsi pour l'amour duquel ils obéissent. En effet , si l'on obéit à un supérieur, ce ne doit pas être par rapport à lui , ni en vue des bonnes qualités qu'il pourrait avoir, comme de prudence, de bonté, ou d'autres semblables, mais parce qu'il tient à notre égard la place de Dieu , et qu'il est revêtu de l'autorité de celui qui a dit : Quiconque vous écoute m'écoute , et qui vous méprise me méprise. {Luc. x, 16.) De manière que , quand il manquerait de prudence et de conduite , on ne doit pas pour cela lui être moins obéissant, puisqu'il est toujours supérieur, et qu'il représente celui dont la sagesse est infaillible, et ([ui suppléera par soi-même à ce qui pourrait niaur ducr à son ministère, soit de vertu ou d'autres

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bounes qualilés. En effet, Jésus-Christ ayant dit : Les scribes et les "pharisiens sont assis dans la chaire de Moisc , ajouta oxprosséinenl : Cardez donc, et faites toirl ce qu'ils vous diront ; mais ne faites pas comme ils font. (Matth. xxiii , 2, 5.)

IV. Motifs de l'obéissance. — Ainsi , ce (jue je souhaite extrêmement, c'est que vous apportiez tout voire soin et toute votre application à reconnaître , en quelque supérieur que ce soit , Jésus-Christ Notre-Seigneur, et à rendre à son caractère de supérieur l'honneur et le respect que vous devez à la souveraine majesté de Dieu. Ce que vous n'aurez pas de peine à comprendre, si vous considérez que saint Paul nous ordonne d'obéir aux puissances séculières et aux païens même, comme nous obéirions à Jésus-Christ , qui est la source de toute puissance bien réglée ; car voici comme il écrit aux Ephésiens : Obéissez à vos maîtres temporels avec crainte et tremblement en la simplicité de votre cœur, comme à Jésus-Christ , ne les servant pas seulement , lorsque vous en serez vus, et comme cherchant à plaire à des hommes purement , mais en serviteurs de Jésus-Christ , qui cherchent à faire la volonté de Dieu de tout leur cœur, et qui nont de volonté que de le servir, sachant quils rendent leurs services au Seigneur et non pus aux hommes. {Ephes. vi , 5-7.) Et par là, vous pouvez juger vous-mêmes quel respect le religieux doit avoir intérieurement pour celui à qui il s'est soumis pour sa conduite, non-seulement comme à un supérieur, mais encore comme à celui qui tient à son égard la place de Dieu ; et s'il le doit considérer comme un homme seulement, et non pas comme le vicaire de Jésus-Christ.

V. Degrés de l'obéissance. — 1° Exécution ;^° Union de volonté. — Mais ce que je désire encore plus, c'est que vous compreniez bien et que vous graviez profondément dans votre esprit, que cette première sorte d'obéissance, qui ne tend qu'à la seule exécution des choses qu'on commande, est une obéissance bien basse et bien défectueuse, et qu'elle n'est pas même digne du nom de celte vertu, si elle se contente de cela seulement, sans monter jusqu'au second degré, qui fait de notre volonté et de celle de notre supérieur une même volonté, cl qui met un si bon accord entre lui et nous, que nonseulement il paraisse, dans l'exécution, que nous faisons ce qu'il nous commande, mais aussi que nous n'avons qu'un même dessein avec lui ; de manière que nous voulions ou ne voulions pas les mêmes choses. C'est pourquoi nous lisons dans l'Ecriture : L'obéissance vaut mieux que d'offrir des victimes ( / Reg. XV, 22 ) ; < parce que, » comme dit saint Grégoire, « dans les victimes on sacrifie des animaux et une chair étrangère, et dans l'obéissance on sacrifie sa propre volonté. » Et parce que celle faculté de notre âme est si noble et si précieuse, de là vient que le sacrifice que nous en faisons à Noire-Seigneur et à notre Créateur est extrêmement considérable.

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