‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 149 sur 303 · LA VERTU D'OBEISSANCE · texte numérisé non relu

LA VERTU D'OBEISSANCE

VL C'est donc une erreur bien grossière et bien dangereuse, non-seulement de ceux qui s'imaginent qu'il leur est permis de se retirer de l'obéissance dans les choses qui flattent le corps et la sensualité, mais aussi de ceux qui se persuadent qu'ils peuvent s'éloigner de la volonté du supérieur pour faire des choses qui sont d'ailleurs spirituelles et fort saintes en elles-mêmes, comme sont les jeûnes, les oraisons et semblables œuvres de piété. Qu'ils écoulent ce que Cassien a sagement remarqué dans la Conférence de l'abbé Daniel : i Certainement, » dit-il, i c'est également désobéir, d'aller contre les commandements du supérieur, ou pour s'attacher au travail, ou pour demeurer dans le repos ; et c'est un aussi grand mal de faire contre les règles du monas«.ère' pour dormir que pour veiller, et une aussi grande faute defairecontrel'ordredusupérieurpourvaqueràlalecture que pour dormir, i L'occupation de Marthe fut sainte ; la contemplation de Madeleine fut sainte, sa pénitence elles larmes dont elle lava les pieds du Sauveur, furent saintes ; mais il fallait que tout cela se fit en Bélhanie, c'est-à-dire dans la maison d'obéissance, selon la signification du mot de Bélhanie : comme si Notre-Seigneur, ainsi que l'a remarqué saint Bernard, nous eût voulu instruire par là, que ni l'inclination aux actions de piété, ni la douceur de la conlemplatien des choses saintes, ni les larmes de celi«'> pénitente n'eussent pu lui être agréables hors de Bélhanie.

VIL Ainsi, faites tout ce que vous pourrez, mes très-chers frères, pour avoir cette entière soumission de vos volontés; abandonnez généreusement et sacrifiez à votre Créateur la liberté qu'il vous a luimême donnée, cl ne pensez pas faire peu de chose, lorsque vous l'en rendez entièrement le maître par l'obéissance. Bien loin de perdre votre liberté, en lui faisant un sacrifice elle devient plus excellente et plus parfaite, parce qu'ainsi vous avez toujours votre volonté conforme à une règle très-sûre de rectitude, qui est la volonté divine, dont vous avez un fidèle interprète en celui qui commande de la part de Dieu.

VIII. C'est pour cela que vous devez bien prendre garde à n'attirer jamais la volonté du supérieur, que vous devez regarder comme celle de Dieu, à votre volonté et à vos desseins: car ce ne serait pas conformer voire volonté à la volonté divine, mais plutôt accommoder la volonté divine à la règle et aux inclinations de la vôtre ; ce qui serait renverser enlièremenl l'ordre de la sagesse de Dieu. En effet, combien est grande l'erreur de ceux que l'amour d'eux-mêmes a tellement aveuglés, qu'ils se persuadent être obéissants, lorsqu'ils ont porté le supérieur, en quelque manière que ce soit, à vouloir ce qu'ils veulent : qu'ils entendent là-dessus saint Bernard, si intelligent en cette matière : « Quiconque, » dit-il, < travaille ouvertement ou en secret pour porter son supérieur à lui- commander ce qui est selon son inclination, se trompe soi-même, s'iJ

Page 1