‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 152 sur 303 · II' ENTRETIEN · texte numérisé non relu

II' ENTRETIEN

De l'excellence de l'état ecclésiastique.

Je crois que nous ne pouvons mieux commencer les entretiens que nous avons à vous faire sur l'état ecclésiastique, qu'en vous montrant d'abord l'excellence et les prérogatives de ce divin état. C'est, au sentiment et dans la pratique des saints, le premier pas qu'on doit faire en cette matière ; et pour y procéder avec ordre et sans confusion, dit saint Ambroise, appliquez-vous à en connaître la dignité avant de descendre aux engagements et aux obligations qu'on y contracte : Dignum est ut diynitas sacerdotalis prius noscatur a nabis, deinde servetur a nobis {De diqnit. sacerd., cap. 12) ; autrement nous serions en danger, dit le même saint, de tomber dans la malédic-

qTii avez dessein d'y être un jour élevés, écoutezmoi, mais avec une présence d'esprit et une préparation de cœur tout extraordinaire : et pourquoi ? parce que j'ai un avis important à vous donner, et que j'ai beaucoup à craindre en le donnant; avis de la grandeur et dignité de votre état; crainte que vous ne répondiez pas à une si haute dignité ; deux choses qui demandent singulièrement votre attention, et sur lesquelles nous nous proposons d'appuyer tout ce que nous vous dirons dans ce premier entretien ; car nous tâcherons de le renfermer dans ces deux points : 1° Quelle est la dignité de cet état? 2° Que faut-il faire pour répondre à une si haute dignité?

Pour bien connaître et pénétrer à fond l'excellence de l'état ecclésiastique, je crois que nous ne saurions nous appuyer sur de plus solides fondements que sur ceux que l'on emploie ordinairement pour relever les différens états et les divers ordres qui paraissent avec plus d'éclat et de lustre, et qui sont estimés les plus considérables dans l'Eglise. Car, quoique les saints Pères aient eu une telle estime de l'état dont nous parlons, qu'ils l'aient cru incomparable, il est vrai, néanmoins, qu'encore que les autres ne lui puissent être comparés par une comparaison d'égalité : nullis potcst comparatioivbus adœquariy dit saint Jean Chrysoslome ; on peut toutefois le comparer à tous les autres états par une comparaison de prééminence, en faisant voir que ce qui les relève et les rend plus considérables, se trouve avec éminence et avec beaucoup d'avantage en celui-ci. Or, c'est ce qui nous est aisé de vous faire connaître par les fondements principaux dont ou se

tien du Prophète; et, ne connaissant pas réminence sert pour relever les plus grands ordres. Je ne

de notre condition et l'honneur que Dieu nous a fait en nous y élevant, nous donnerions lieu à cet infâme reproche qu'on pourrait nous faire légitimement : Homo cum in honore esset, non intellexit ; comparatus est jumentis insipienlibus, et similis factvs est illis. {Psal. xlviii, 15.)

C'est ce qui m'oblige à vous parler aujourd'hui à fond de l'excellence de l'état ecclésiastique, avant d'entrer dans le détail de ce que nous avons à traiter sur ce sujet ; mais, comme cette matière est d'une grande importance, ne vous étonnez pas si je vous demande la plus grande attention, et si je me sers pour cet eflct de ces belles paroles dont un des

m'arrête qu'à trois qui me paraissent plus importants : le premier est leur institution ; le second, leurs privilèges et leurs pouvoirs; le troisième, leurs cntplois et leurs (onctions. Institution sainte, privilèges et pouvoirs singuliers, fonctions et emplois relevés, trois fondements qui font connaître la dignité de l'état ecclésiastique.

1" Institution sainte et adorable. C'est, dit saint Cyrille, la première source dont nous devons tirer l'excellence de notre état: Prœclaram sacerdotii dignitatem diccs ex co qiiod nobile atque conspicuum habet initium. Or, y en a-l-il jamais eu dans lEglisc, et pourra-t-il jamais y en avoir qui soit plus-

plus grands saints et des premiers Pères de l'Eglise noble, plus admirable et plus saint dans son insti-

sc servit autrefois en pareille occasion : Quasi in gre-

mio consacerdolum posilns, ipsos alloquor sacerdotes:

audite me, bcatissimi Patres, et si dignum ducitis,

sanctissimi Patres, audite me, stirps levilica, germen

sacerdotale, propago sunclificuta, duces et redores

(fregis Christi, audite me rogantem vos pariler et ti-

menlem, et honorem. sacerdotalem demoustrare volen-

lem, nt cum hoiwris vobis prœrogativam moustramus,

mérita etiam congrua rcquiramus. (S. Amuu., ibid.)

Ecoutez-moi , mes chers frères, qui êtes engagés

Jaiis rélal ecclésiastique et dans le sacerdoce, ou

tvilion? Trois ciioses font une institution célèbre: 1° la qualité du foiulatenr ; 2" les circonstances extraordinaires qui l'accompagnent; 5" la lin qu'il se propose. Or, tout cela est admirable dans l'insliluli(m de l'étal ecclésiastique.

La qualité du fondateur. Qui a fonde CCI étal? Non mortalis quispiam, dit saint Chrysoslome (lib. III De sacerd.), non angélus, non archangelus, non qua-vis alla creala potcnlia, ordinem hune inslituil; ce n'est point l'effet d'une puissance créée, ce n'est lioiiii l'ouvrage d'une simple créalurc, ce n'est point

ENTRETIENS ECCLESIASTIQUES

la proiluctioii (l'une autorité ovilinains ce n'ost poinl un honnne, ce H'est point un ange, ce n'est point un anliange; et qui donc? le Fils de Dieu, le Sauveur du monde, Jésus-Clirisl même qui l'établit ; et c'est ce qui mérite que l'on y pense.

Pour rétablissement politique et les étals du monde, même les plus considérables, il en donne laeilenienl la commission aux grands du siècle, aux souverains, aux princes ot aux monaniues. Pour les états et les ordres même les i)lus religieux et les plus saims qui sont dans l'Eglise, il s'en décharge sur ses fidèles serviteurs, et il en laisse le soin à ces grandes âmes que nous voyons en avoir été les patriarches et les instituteurs; il avait même autrefois confié l'établissement delà Synagogue à ses anges, qu'il avait bien voulu employer à ce dessein : Legem dédit in dispositione angelorum. {Act. vu, 53.) Mais pour l'étal ecclésiastique il ne le veut confier à personne; il vient y travailler lui-même, et ne craint point de descendre de son trône et de sa gloire pour l'établir. Et ne vous en étonnez pas; c'esl un ouvrage qui lui est trop à coeur pour le confier à un autre ; c'est son chef-d'œuvre, et il veut aussi que ce soit l'ouvrage de ses mains : Ipse fecil nos regnum et saccrdotes Deo et Patri. Lorsqu'oA parle de ces grands ordres religieux que les saints ont établis dans l'Eglise, on en conçoit d'abord et avec raison de hautes idées ; pourquoi cela ? Oh ! c'est un saint François, dit-on, qui en est le fondateur; c'est saint Dominique ; c'est le grand saint Ignace, c'est fincomparable saint Augustin. Cette pensée seule nous en donne de la vénération et de l'estime, la sainteté de celui qui l'a fondé : et ce serait une espèce d'impiété que de n'en avoir pas : la religion même nous y oblige ; si cela est, que sera-ce de l'état ecclésiastique ! étal qui n'a pas seulement un saint, mais le Saint des saints pour fondateur ; non pas une simple créature, mais Jésus-Christ même qui l'a établi, et dans des circonstances si admirables qu'elles font bien connaître et l'estime extraordinaire qu'il en fait, et l'état particulier que nous devons en faire.

J'en remarque trois entre autres qui sont, à mon avis, considérables, mais que je ne toucherai qu'en passant, pour n'être pas trop long. La première est la circonstance du temps ; la seconde sont les différentes altitudes où il se met pour faire cet établissement; la troisième est ce qu'il fait immédiatement après.

Pour le temps. Quand fait-il cet établissement? La veille de sa mort, sur le poinl de retourner à Dieu son Père, au commencement de ses délaissements, à l'entrée de* son agonie: tous les évangélisles le remarquent el nous y font faire à dessein une attenti(m particulière. C'est pour nous avertir que ce qu'il va faire est important : car dans un temps si proche on ne traite que des affaires lesplus

dinaires, oïl l'on ne s'applique qu'aux choses de conséquence. Dire donc (|ue Jésns-Chrisl a fait cet établissement si proche de sa mort, c'esl bcaut<)U[» dire, puisque c'est dire que c'est un des ouvrages les plus importants qu'il ait faits pendant sa vie. Lorsque le Fils de Dieu voulut donner une preuve elTicace de la grandeur de la très-sainte Eucharistie, el qu'il voulut faire paraître cet adorable sacrement comme le chef-d'œuvre de son amour envers les hommes, les saints Pères remarquent qu'il choisit précisément le même temps pour l'établir, parce que, ne pouvant avoir alors aucune réserve pour ceux qu'il chérissait, et ne s'occupant que des choses les plus imporlantes, en choisissant ce temps pour l'institution de ce divin sacrement, il fit voir que c'était et le plus grand de seâ miracles et la plus forte preuve de sa divine dilection. C'est la solide réflexion du grand saint Thomas (Opuscul. 57, De instilulione Encharistiœ) : Il nrctius cliaritatis liHJHs immensitas fideliiim cordibus inftgeretur, in tiltima cœna, qxiando transilnrus erat de hoc mundo nd Patrem, sacramentum hoc institnit, tanquam niiracHloriim ab ipso faclorum maxiniiitn. Et voilà la première circonstance qui relève l'établissement de notre état.

Mais entrons, je vous supplie, dans le cénacle où Jésus-Christ fait cet établissement, et nous en verrons une bien plus surprenante ; ce sont les différentes alliludos où il se met pour travailler à cet ouvrage. Les évangélistes en remarquent trois admirablement mystérieuses, et qui sont, à mon avis, capables de causer non-seulement aux hommes, mais même aux anges, un profond étonnement: la première, il se lève en présence de ses apôtres; la seconde, il s'abaisse à leurs pieds ; la troisième, il s'anéantit entre leurs mains. Premièrement il se lève, surgît; pourquoi? c'est pour nous dire qu'il va se faire quelque chose d'important, et où il faudra qu'il emploie toute sa puissance. C'est le terme ordinaire et la manière de parler de l'Ecriture sainte ; et l'Eglise même, instruite à celte école, lorsqu'elle demande à Dieu quelque grande grâce, quelque secours extraordinaire, lui dit de se lever : Exsurge, Domine ; surge, Domine. Jésus-Christ se lève donc pour nous exprimer qu'il va faire un grand ouvrage, et c'est pourquoi l'Evangile même ne le remarque qu'après avoir dit qu'il savait que son Père lui avait donné toute puissance : Scieus Jésus quia omnia dédit ei Pater in mamts, surgit. {Joan. xui, 3.) Mais, après s'être levé de la sorte, il s'abaisse aux pieds de ses apôtres. Quel spectacle ! dans le ciel tout s'abaisse devant le Fils de Dieu, et sur la terre le Fils de Dieu s'abaisse devant les premiers prêtres. Dans le ciel tout s'abaisse devant le Fils de Dieu pour reconnaître ses grandeurs, el sur la terre le Fils de Dieu s'abaisse devant les premiers prêtres pour faire paraître leur

imporlantes ; c'est un temps où l'on se décharge des incomparable dignité : Vide colla regum et princieiii^Hois coniinuns, oîj on laisse les occupations or- pum submitti genibus sacerdotum; ad elevationem

manunm vcstrurum rajum capila inclinabuntur. (S. Asiiui., De dUjnit. sacerd. Petk. Blés., serin. 47.) Qu'on ne s'étonne donc plus de voir les empereurs prosternés à leurs pieds; qu'on ne s'étonne plus des soumissions que leur rendent les princes ; ce sont, à la vérité, des témoignages bien éclatants de la grandeur de leur état, que les saints Pères ont admirés et comblés d'éloges; mais n'est-ce pas une merveille bien plus étonnante que Dieu même abaissé à leurs pieds ?

Toutefois, ce n'est pas tout encore; car comme Jésus-Cbrist les considère déjà par avance honorés de la dignité du sacerdoce qui va leur être conférée, et revêtus de la personne et de l'autorité de Dieu son Père, il entre dans des sentiments de révérence et de respect ; et se mettant extérieurement devant eux en la manière qu'il était sans cesse en esprit devant son Père, non-seulement il s'abaisse à leurs pieds, mais il s'anéantit entre leurs mains. Y a-t-il rien qui puisse mieux faire connaître la dignité infinie de notre état? Et quand nous n'en aurions point d'autres preuves que ces circonstances, ne serait-ce pas assez pour nous faire conclure que c'est le chef-d'œuvre du Fils de Dieu et le plus grand de ses ouvrages ? Aussi voyons-nous qu'immédiatement après il sort du cénacle et s'en va à la mort, comme pour dire qu'après ce miracle où sa puissance et son amour étaient comme épuisés , il n'y avait plus rien à attendre de lui en cette vie, et •qu'il ne lui restait plus qu'à mourir pour tout consommer : Hœc respiciens evangelista, ctitn dilexisscl îuos, usqne in piu m dilcxil eos.

Que les autres ordres recherchent après cela itoutcs les circonstances de leur établissement; .qu'Us rassemblent tout ce qu'il y a de plus prodigieux dans leur institution, qu'ils nous racontent toutes les merveilles qui les ont rendus plus remar- .quables dans l'Eglise, où en trouverons-nous un <|ui puisse être conjparé à l'état ecclésiastique ? Un Dieu se lève, un Dieu s'abaisse, un Dieu s'anéantit pour fonder cet état ; il veut même le sceller de json propre sang. Avouons que c'est le miracle des fniiracles : Miraculum stnpendum ; nan est inventum .taie opus in universis reijnis.

•La troisième chose qui relève l'institution de ;nolre étal, c'est la noble fin que Jésus-Christ se ])ropose en le fondant : cette fin n'est autre que d'avoir des personnes affidées sous lesquelles il se «ache, afin de se faire porXer partout pour gagner lainsi tout le monde à Dieu son Père ; en sorte rf[u'on peut dire de chaque personne engagée dans <tot état, ce que saint Chrysostome a dit à la Jouange d'un des premiers et des plus fervents ^ecclésiastiques qui aient été dans l'Eglise : Taber- ^laculum sub quo Cliristus tniindum occupatvrus Uiicm ibat ; ce sojit des tabernacles, disons mieux, ce sont des sacrements qui renferment Jésus-Christ, cl qui doivent le porter dans les esprits et dans les cœurs de tous les hommes; dans les esprits, eu

l'exprimant en eux-mêmes, en le représentant parfaitement comme des images achevées de ce divin original ; dans les cœurs, en le produisant par la vertu toute-puissante des paroles que Dieu leur met en bouche pour cet effet. Et voilà le dessein de Jésus-Christ dans cette institution : premièrement, que les ecclésiastiques le représentent, qu'ils soient sfts images, en un mot, qu'ils portent tellement tous ses traits, et qu'ils lui soient si semblables, qu'en les voyant on se représente Jésus-Christ, comme en voyant une copie bien faite on se représente l'original. Et c'est ce dessein que le Fils de Dieu même fit paraître dans l'institution des premiers prêtres ; car immédiatement après les avoir ordonnés, ils se trouvèrent si semblables à Jésus-Christ, qu'on avait peine à remarquer la différence, jusquelà qu'il fallut que Judas donnât un signe aux Juifs pour le reconnaître d'avec eux ; cela est remarquable. Les Juifs l'avaient vu sans doute assez souvent, il leur avait parlé publiquement, il s'était exposé plusieurs fois au milieu d'eux, il les avait tant de fois enseignés ! certainement ils ne pouvaient pas ne pas le connaître; et néanmoins il faut que Judas leur donne un signe pour ne pas se méprendre ■ pourquoi cela? c'est que ces premiers prêtres lui sont tellement semblables par la grâce du sacerdoce qu'ils viennent de recevoir, qu'étant avec eux, ils n'auraient pas pu le reconnaître. Tel est donc, en premier lieu le dessein du Fds de Dieu dans l'institution de tous les prêtres, de s'exprimer en eux, et d'en faire des images de ce qu'il est, et c'est pour cela aussi qu'il ne les établit qu'en mourant, parce que pendant sa vie on n'eût eu que faire de ses copies, l'original étant présent. Il veut, en second lieu, que ics prêtres en le représentant le produisent on même temps dans leur cœur par la puissance et l'autorité qu'il leur donné ; et voilà les deux fins admirables de l'établissejnent de notre état : pourrat-il jamais y en avoir de plus nobles et de plus relev-ées ?

Il est vrai que les ordres religieux peuvent s« glorifier d'avoir les mêmes ; car Dieu les a suscités aussi dans l'Eglise et pour représenter son Fils, et pour le porter dans leurs cœurs ; mais d'une manière bien différente de l'état ecclésiastique. Car si les ordres le représentent; ils ne sont pas pour le représenter tout entier, mais pour le représeuler seulement en partie : un ordre sera pour représenter particulièrement une de ses vertus, un second, pour en représenter une autre ; en sorte que, comme dans le ciel les anges sont tellement appliqués aux perfections divines, que chaque ordre on représente quelqu'une, ot qu'ainsi les séraphins expriment son amour, les chérubins sa science, les Trônes sa fermeté, lesDominalions son aulorilé, etc.; il on est do même dos ordres religieux dans l'Eglise, à l'égard dos perfections et dos vertus de Josus-Christ ; chacun en représente quohiu'uno. Saint François exprime son amour pour la croix,

sainl Dcnoîl, sa solitiulc , saint Bruno, sa uMiail»\ saint Ignace, son zèle ; mais il n'y en a point qui lo reprôsiMiic tout entier ; c'est le privilège de l'état ecclésiastique. Et c'est pourquoi cet état n'est pas niulliplié oonirae les autres; il est unique, parce qu'il sullit pour exprimer tout Jésus-Christ. 11 le représente donc plus que tous les autres, mais encore ii le produit plus efficacement que tous les autres ; car les autres, dans leur première institution, ne le produisent dans les cœurs que par exhortations et par exemples ; mais celui-ci le produit par la vertu que Dieu lui donne et qui rend sa parole efficace. Si maintenant ces ordres religieux entrent en participation de cette vertu et de cette même puissance, ce n'est qu'autant qu'ils entrent dans l'état ecclésiastique, qu'ils ont parla celte grâce; de sorte que nous pouvons dire que, soit que nous considérions la sainteté de noire fondateur, soit les circonstances qui accompagnent notre institution, soit les fins qui l'ont fait établir nous ne trouverons point dans le monde de plus admirable institution que C4?lle de notre état. C'est donc en premier lieu l'élat le plus saint dans son institution.

2° C'est encore le plus excellent, si nous considérons la grandeur de son pouvoir et de ses privilèges ; pouvoir si grand, que Dieu n'en a jamais donné de pareil à aucun autre étal, et que nous pouvons dire égaler celui de Dieu. Je vois une étrange merveille, dit saint Jean Chrysostome à ce sujet (lib. m De sacerd.) : Dieu le Père a donné tout pouvoir à son Fils, et je remarque que tout ce pouvoir que le Fils a iTCçu, il le confère aux prêtres : Quœnam, quœso, potestas liac major esse queat? dédit Filio; cœterum video eamdem ipsam omuifariam potestatem a Deo Filio iacerdotibm (raditam. Peut-on voir une plus grande puissance? Aussi lesSS. Pères, et particulièrement saint Ephrem (De sacerd.), l'appcllent-ils infinie. Voilà le pouvoir qui est annexé à noire état, et que Dieu n'a même pas voulu donner aux anges : Poieslaletn quam Deus neque ancjelis, ncque arcliangelis datamesse voluit, dit sainl Chrysostome , a Dominatore terrœ acccperunt dominiiim supremum.

Ajoutez que ce pouvoir qui nous est conféré non-seulement surpasse tous les autres en luimême, mais il nous est donné avec (rois privilèges qu'on ne peut trouver ailleurs : le premier est que ce pouvoir n'est point limité ; le second qu'il ne peut être contesté; le troisième qu'il ne peut être révoqué. Et c'est ce qui ne se rencontre pas dans les autres états, ni même dans les ordres religieux; car tous les privilèges qu'on leur accorde, quelque considérables qu'ils puissent être, sont toujours bornés ; ils ne s'étendent que sur certaines personnes, dans de certains temps, ou à l'égard de quelques fonctions déterminées. Us peuvent souvent être contestés, on peut douter quelquefois de leur validité, comme on le voit tous les jours. Enfin, ils peuvent être révoqués ; car celui qui les donne ne se lie pas les mains ; il a toujours droit de Ifs

Olil'VRLS COMI'L. DE M. Tl\O.NSON. 1.

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supprimer quand il lui plaît ; mais pour le pouvoir donné à l'état ecclésiastique, premièrement il est d'une telle étendue, que Jésus-Christ même qui le donne ne le limite point, cl ne le borne ni quant au temps, ni quant aux personnes, ni quant aux emplois. Quant au temps il s'étend dans tous les siècles, depuis la naissance de l'Église jusqu'à la fin du monde. Quant aux personnes, il s'étend sur toutes les créatures animées, inanimées ; il s'étend sur les corps et sur les âmes ; vous le savez, il s'étend môme sur les anses bons et mauvais, en

chassant les uns, et obligeant les autres à venir adorer ce qu'il bénit. Disons plus, il s'étend jusque sur Jésus-Christ, puisqu'il le fait descendre du ciel, quand il lui plaît, par quatre paroles, et le lient entre ses mains pour en faire ce qu'il veut. Ajoutons qu'il s'étend sur Dieu même, puisqu'il a le pouvoir de l'apaiser, qu'il lui fait tomber la foudre des mains, et qu'il l'oblige à pardonner aux coupables. Quant aux emplois, ils les ont tous entre leurs mains : condamner, absoudre, avertir, châtier, reprendre, fortifier, nourrir, consoler. Pouvoir donc, en premier lieu, étendu, et privilèges singuliers ; ils ne sont point limités : Per manus ipsorum fiunt omnia. Secondement ils ne peuvent être contestés ; car c'est Jésus-Christ même qui les donne. On ne peut douter de la vérité des bulles qui les autorisent, car elles sont scellées du sang du Fils de Dieu ; c'est l'Evangile même qui nous en rend témoignage : ainsi point de puissance dans le ciel, sur la terre et dans les enfers, qui ne soit obligée de s'y soumettre. Troisièmement enfin, ils ne peuvent pas être non plus révoqués, car la parole du Fils de Dieu y est engagée; ils sont aussi inébranlables que l'Eglise : Deus sacerdotcs sibi in œternum associavit, dit saint Bonavenlure {De écoles, hierarc., cap. 1), vude est ci œquaiUas irrevocabilis non sicut via régi. Après cela, ne pouvonsnous pas dire que si notre état est le plus saint dans son institution, c'est aussi le plus éionnant dans ses pouvoirs et ses privilégias? 0 prœclara, o reverenda polestas vestra! cerle non est potestas, post Deum, sicut potestas vestra; tanta potestas eut niliil in cœlo vel in terra valeat comparari

5° C'esienfin l'état leplus relevédans ses emplois: Magna dignilas, mira potenlia, sed excelsum et expavendum officium! C'est la troisième considération qui nous en a fait connaître l'excellence ; car il n'a point d'autre office que celui du Fils de Dieu, point d'autres emplois que les siens, point d'autres fonctions que les plus augustes et les plus importantes de la religion.

Le Fils de Dieu est venu en ce monde pour faire deux choses : l'une, pour rendre à son Père l'honneur qui lui est dû, l'autre, pour rendre aux hommes la grâce qu'ils avaient perdue. L'honneur de Dieu, la sanctification des peuples, deux emplois qui ont rempli toute sa vie : ce sont aussi les deux auxquels les ecclésiasti(iues sont oblig('s par-dessu*

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toutes choses. Et n'est-ce pas pour l'honneur de Trois clioses sont absohuiicnt nécessaires pour

Dieu qu'ils ont ses louanges dans leurs bouches, les répondre dignement à cette croyance ; et c'est ici

sacrifices entre leurs mains, les ofl'randes en leur que vous allez voir ce qu'il faut faire *en vue de

pQuvoir, et, en un mot, qu'ils sont chargés de tous l'excellence de votre état, pour répondre à une si

les autres devoirs de la religion? C'est leur premier haute dignité. Premièrement, puisque c'est l'état le

emploi de faire honorer Dieu et de cositinuer la plus excellent, il faut aussi qu'il soit le premier dans

rdigion de Jésus-Christ sur la terre, en sorte qu'ils votre estime , sans toutefois mépriser les autres :

puissent dire : Adhnplco quœ clesunt passioni Christi; ISam lionorum ac dujmtatum gradns et ordines qui-

comme saint Paul disait autrefois, qu'il accomplis- buscunqne shos scrvare posili :i'is, non invidere , ut

sait ce qui manquait à ses souffrances. {Col. i, 21.) C'est pareillement pour la sanctification des peuples qu'ils sont les dispensateurs de la parole de Jésus- Christ, de ses saints sacrements, de ses mérites et de ses grâces. Ils sont, comme Jésus-Christ, média-

ail Aposlulus ; cui lionorcm, fionorem. Et c'est à quoi l'on doit faire une particulière attention, surtout les jeunes ecclésiastiques dans leur première ferveur ; dès qu'ils commencent à eiitrer en zèle, et à aimer ardemment leur état , ils se laissent bientôt aller,

leurs entre Dieu et le peuple. C'est ainsi que les s'ils n'y prennent garde, à déclamer contre les reli-

saints Pères les appellent, et c'est leur oflice : Mediatoris intcr Deum et liomines offichim suscipiunt ; cl ils doivent traiter et ménager les intérêts de l'un et de l'autre, afin que Dieu soit honoré, et le peuple sanctifié : Médius stat sacerdos inter Deum et naturam Immanam, illius venîenlia bénéficia ad nos deferens, noslras petitiones illuc deferens. Us sont, dit saint Bernard (scrm. 6 in dedical. EccL), comme ces anges que vit Jacob sur son échelle mystérieuse, qui montaient et descendaient. Ils montent à Dieu poisr Thonorer, ils descendent vers le peuple pour le sanctifier : Yeliiti amjeli Jacob, asccndentes ut videant faciemPatris, descendentes ut provideanî nobis. Voilà les trois choses que nous avions à dire pour vous faire connaître l'excellence de l'état ecclésiastique : l'institution la plus sainte , les privilèges les plus grands, les emplois les plus relevés. Après cela, vous étonnerez-vous , et aurez-vous peine à concevoir ce que les saints Pères nous en disent , que c'est un miracle étonnant, miraculum stupevdum ; que c'est une dignité immense, dignitas immensa ; que c'est le plus grand de tous les biens que Dieu ait faits à l'homme, apicem bonorum omnium quœ simt in Itominibus ; que c'est un don qui est au-dessus de toutes nos pensées', excedit intellectum atqne omnem cogitalionem, donum altiludinis sacerdolalis dignitatis ; et que c'est ce que saint Paul avait en vue quand il se sentit tout ravi d'admiration : 0 allitudo diviliarum, sapientiœ et scientiœ Dei! et quum incompreliensibïlia suni judicia ejus! {Rom. xi , 53.) Et , sicul arbitror, hoc est quod Paulus quasi in stuporem mentis aclus innuit, exclamans : 0 allitudo, etc.? Mais eu un mot, après tout cela, aurezvous encore peine à croire que c'est de tous les états le plus excellent et le plus relevé? Quantum dignitatem contulit vobis Deus! quanta est prwrogativa ordinis vestri! Prœtulit vos Deus re(jibus et imperutoribus ; prœtulit ordincm vestrum omnibus ordinibus. (S. Beun., Serm. ad pastores.) Si vous ne le croyez pas, il faut vous aveugler vous-mêmes et démentir tous les saints. Si vous le croyez , que ne répondez-vous à votre croyance? El pourfiuoi ne vous comportez-vous pas selon que le dcniandc son excellence?

gieux, à les ravaler le plus qu'ils peuvent , et à en concevoir un tel éloignement, qu'ils ne peuvent même souffrir quelquefois qu'on les loue , qu'ils ne s'emportent et ne témoignent de l'aigreur. Ce n'est point là une marque du bon zèle; la charité y est blessée. Estimons notre état , à la bonne heure , nous le devons; faisons-le passer comme le premier de tous, cela est juste : Quo modo qnos Deus conjunxil, non sunt separandi , sic nec quos subpuixit, comparandi , dit saint Bernard. {De consider., lib. m , cap. A.) Pour preuve de cette haute estime, faisons comme les bons religieux qui soutiennent avec tant de zèle la perfection de leur état. Trois choses font paraître qu'ils en ont de l'estime : ils n'en parlent jamais qu'avec éloge ; ils en aiment tellement les marques, qu'ils ne voudraient jamais quitter leurs habits, pas môme pour un moment, et ils sont très-fidèles à en observer toutes les règles. C'est ainsi que nous ferons paraître l'estime de notre état ; parlons-en toujours avec avantage, et ne contredisons jamais ceux qui parlent en sa faveur, ne disant point que cet état n'est pas si saint : gardons-nous bien de contester quand on avance quelque chose qui le relève, nous imaginant qu'on en dit trop ; on trouverait cela mauvais dans un religieux, pourquoi ne le trouverait-on pas mauvais dans un ecclésiastique? 11 faut encore en porter toutes les marques, la tonsure, la soutane et tout le reste, sans craindre de passer pour ce que l'on est. Car enfin, comment pourrons-nous croire qu'un ecclésiastique aime son état, lorsqu'il appréhende qu'on ne le çprenne pour un ecclésiastique? Si un religieux , dans la crainte de passer pour religieux, n'en voulait point porter l'habit, qu'en diriez-vous? Il faut enfin en observer toutes les règles, en pratiquer toutes les fonctions, en embrasser aTec joie tous les enq)l»)is. Telles sont les maniues que nous devons donner de notre estime, et la première chose que nous croyons importante pour répondre à la dignité de notre étal.

La seconde : puisque notre état est si excellent et si saint, ne nous en approchons jamais (pi'avec une grande sainteté. Ainsi , quand on nous donnera des moyens de nous sanctifier, «piand on nous pro-

risi

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