III'' ENTRETIEN
De l'esprit ecclésiastique.
Après vous avoir parlé de la sainteté cl de l'excellence de l'état ecclésiastique, j'ai dessein de vous entretenir de l'esprit de cet état. Dans chaque état il y a un esprit qui y règne et anime la conduite des personnes qui en font profession. Il y a l'esprit du barreau, l'esprit de la guerre, l'esprit du négoce, l'esprit pour le.s arts mécaniques, etc. Il y a aussi l'esprit ecclésiastique qui doit animer les ministres du Seigneur. Le bienheureux cardinal Pierre Damiens appelle cet esprit, jqenium sacerdotale. Si vous voulez savoir en quoi il consiste, je vous dirai que c'est
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une i)arruipalion de l'espril de Notre-Scigneur considéré comme souverain Prêtre de l'Eglise. Cet esprit lui fut connnuni(iué en plénitude dans le premier moment de l'incarnation : Spirilus Domini super me. Cet esprit lui donnait un zèle immense de glorifier Dieu, une soif insatiable du salut du prochain, une horreur infinie du péché, une application continuelle à délruire le règne du démon, et à rétablir celui de Dieu. Il avait tontes ces dispositions avec une aptitude très-parfaite pour les mettre en pratique ; et c'est ce qui s'appelle l'esprit ecclésiastique en plénitude en Notre-Seigneur. C'est aussi à cet esprit que nous devons participer pour bien remplir notre ministère, et nous acquitter dignement des obligations et des fonctions de notre état. En conséquence, j'ai trois choses à vous faire voir dans cet entretien : 1° la nécessité de l'esprit ecclésiastique ; 2° les marques de cet esprit ; et 5° les moyens de l'acquérir ou de le conserver.
Avant de vous faire voir la nécessité de l'esprit ecclésiastique dans les prêtres et dans ceux qui a.spirent à cet étal, il faut bien se souvenir en quoi consiste cet esprit : nous venons de le dire, l'esprit ecclésiastique est une participation de l'esprit de Notre-Seigneur comme souverain Prêlre, qui nous est donnée pour bien remplir les fonctions de notre état. Quand Dieu a consacré son Fils Prêtre dans Vj sein de la sainte Vierge, il lui a communiqué son esprit en plénitude, pour faire divinement les fonctions du sacerdoce : Ecce puer meus quem eleyi, ponam Spiritum meum super eum {Mattli. \u, \8\; voici mon Fils bien-aimé, dit le Père éternel, à qui je communiquerai mon esprit pour marque que je l'ai véritablement choisi et appelé au sacerdoce. Notre-Seigneur dit aussi en parlant de lui-même par un prophète : Spirilus Domini super me {Isa. lxi, i); et il est en moi en perfection et en plénitude. Cet esprit qui est en Notre-Seigneur en plénitude pour exercer le sacerdoce d'une manière infiniment parfaite, est communiqué à ceux que Dieu appelle, et qu'il élève au sacerdoce, quoiqu'il leur soit donné d'une manière moins parfaite qu'à Notre-Seigneur ; et il leur est donne pour bien faire leurs fonctions.
Cela supposé, je dis qu'il est nécessaire à un prêtre d'avoir l'esprit ecclésiastique, c'est-à-dire, l'esprit de son étal; et il est si nécessaire, qu'il est impossible sans cela de réussir jamais. Pour en être convaincus, considérons qu'il n'y a point de condition au monde, telle qu'elle puisse être, où l'on puisse jamais réussir sans en avoir l'esprit. Voyez les écoliers dans leurs études; s'ils n'ont l'esprit propre pour cela, ils ne réussiront jamais. Voyez les soldats à la guerre ; s'ils n'ont le génie propre pour la guerre, ils ne feront rien. Voyez les magistrats dans la judicalure ; s'ils n'ont l'esprit de leur vocation et de leur profession, ils ne se rendent point habiles. En un mot, dans tous les étals et dans toutes les professions il faut en avoir l'esprit pour y réussir, autrement on n'y fait rien de bon, et l'on
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s'expost à être la raillerie cl la fable des hommes. Or, s'il est nécessaire dans toutes les conditions d'en avoir l'esprit, combien plus est-il nécessaire d'avoir l'esprit ecclésiastique pour réussir dans cet état, puisque les fonctions en sont si saintes et si périlleuses ! Nous voyons aussi dans le Nouveau Testament, que ceux qui ont été appelés de Dieu à l'état ecclésiastique et qui y ont réussi, ont reçu de la bonté de Dieu l'esprit de leur état avant d'en exercer les fonctions. Ainsi nous voyons qu'il dit aux apôtres, avant de leur donner le pouvoir de remettre les péchés : Recevez le Saint-Esprit....; et avant de les envoyer prêcher l'Evangile, il leur dit : Attendez que vous ayez été revêtus de la vertu d'en haut. Les apôtres, instruits de cette vérité par le Fils de Dieu, avant d'instituer les premiers diacres, choisissent ceux qui sont remplis de l'esprit de cet office : Considerate ercjo, fratrcs, viras ex vobis boni tcstimonii septem, plenos Spiritu sancto et sapientia, quos constituamiis super hoc opus. {Act. vi,3.) Et nous voyons même que Notre-Seigneur ne voulut pas s'appliquer publiquement aux fonctions de son sacerdoce, que le Saint-Esprit ne lût descendu sur lui visiblement en forme de colombe. C'est pourquoi, parlant de lui, il dit : Spiritiis Domini stiper me. Or, si les premiers prêtres et les premiers diacres, à l'exemple de leur divin modèle, Notre-Seigneur Jésus-Christ, ne nous sont représentés faire les fonctions de leurs ordres qu'après qu'on nous a marqué expressément qu'ils en avaient l'esprit, c'est pour nous faire conclure que cet esprit est nécessaire, si l'on veut bien y réussir.
Nécessaire, premièrement si l'on se regarde soimême; car une personne sans cet esprit n'est, à le bien prendre, qu'un fantôme imaginaire, plutôt qu'un vrai ecclésiastique, Tertullion appelle les Chrétiens qui n'ont pas l'esprit de leur état : Jmaginarii Christiani. Or, comme un homme qui n'a pas l'esprit chrétien ne mérite pas d'être appelé Chrétien, quoiqu'il en ait le caractère, de même c'est en vain qu'une personne porte le nom d'ecclésiastique, si elle n'a pas l'esprit ecclésiastique. C'est une idole, dit le prophète Zacharic : 0 pastor! et idolum! {Za~ char. XI, 17.) C'est un corps qui n'a ni vie, ni mouvement, ni opération; c'est un cadavre d'où il ne peut plus sortir (jue de la pourriture, et qui ne peut plus servir qu'à empester le monde. De plus, comme Notre-Seigneur donne cet esprit à tous ceux qu'il appelle, il faut que l'ecclésiastique qui ne l'a pas, ou ne soit pas appelé à cet état, ou qu'il ait perdu la grficc de sa vocation.
Cet esprit est également nécessaire si l'on regarde le service qu'on doit rendre au prochain dans cet ctat; car on ne peut pas atlcndre grand service d'un ccclésiasti(|uc qui n'a pas l'esprit de son état, connue on ii'en peut pas attendre d'un corps mort ; et bien loin (pie le prochain en re(;oivc du service, il en souffre beaucoup. Car comme le cori)S soiiiïre iiotablemont lorsque le cœur est malade, ou que la lèie
est languissante, ainsi que Dieu le dit par un prophète : omne caput lanfjnidutn, et omne cor mœrens, a planta pedis risque ad verticem non est in eo sanitas (Isa. I, 5) ; de même, quand la tête est malade, quand les chefs sont déréglés, dit saint Bernard, rien ne paraît sain dans l'Eglise, tout languit depuis la tête jusqu'aux pieds, depuis les plus grands jusqu'aux plus petits; ceux qui devraient guérir les blessures, les aigrissent. Cela nous apprend qne les prêtres étant comme le chef à l'égard des fidèles, lorsqu'ils n'ont pas l'esprit de Notre-Seigneur, ils ne peuvent pas le communiquer. Il est donc nécessaire que les ecclésiastiques aient l'esprit de leur état pour rendre service au prochain.
Mais il n'est pas moins nécessaire qu'ils aient l'esprit ecclésiastique pour bien s'acquitter de leurs fonctions et de leurs emplois. Les ecclésiastiques sont spécialement obligés d'adorer Dieu en esprit et en vérité. Or, comment s'acquitteront-ils de ce devoir, s'ils ne participent à l'esprit de Notre-Seigneur, à qui seul appartient de former des adorateurs à son Père ? Si l'on ne participe à l'esprit de religion du souverain Prêtre, quelque chose qu'on fasse , ce n'est qu'extérieur et qu'apparence ; les actions, même bonnes, que l'on fait ne sont qne des fantômes de vertus , et il s'ensuit qu'on ne satisfait point aux désirs de la religion. Pour ce qui regarde les fonctions du sacerdoce, on ne peut pas s'^si. acquitter si l'on n'a pas l'esprit ecclésiastique. Loriàqu'un prêtre est malheureusement dépourvu de l'esprit de son état, nous voyons que tout ce qui est de sa profession lui est à dégoût ; les instructions ei les exhortations lui sont à charge, il a de la peine à ouvrir la bouche pour dire un mot de Dieu , les moindres difficultés lui paraissent des monstres , c'est une gène insupportable de se tenir à un confessionnal , on craint d'aller voir un malade , on appréhende de contracter quchpie maladie, il n'a pas la moindre ouverture pour les choses de Dieu et de l'Eglise , il laisse tout en confusion , il fuit le travail, et s'il travaille ce n'est qu'avec làclieté, inquiétude, dépit et chagrin ; ce n'est qu'à regret et avec une grande impatience. En un mot, toutes ces actions sont mortes.
Voilà l'état où se trouve le prêtre qui n'a pas l'esprit ecclésiastique. 11 est donc absolumclit nécessaire qu'un prêtre soit rempli de l'esprit de son état , afin d'en faire les fonctions avec plaisir, avec affection, avec force, avec prudence et persévérance; et s'il ne l'a pas , il les fera très-mal , et il ne sera bon à rien. C'est pour celte raison que Noire-Seigneur compare au sel affadi les prêtres qui n'ont pas l'esprit de leur étal. Lorsque le sel est affadi, et qu'il a perdu sa pointe et scm acrimonie, qui est comme son esprit, il n'est bon à rien, on le foule aux pieds : Si sal infatiuitum fiteril, ad uihilinu valet ullru , nisi ut niiltatur foras et coucHlcelnr nb homiiiibus. (Matlh. v, 13.) Tel est aussi l'étal ries prêtres qui n'ont pas l'esprit ecclésiastique ; c'est un
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sel affadi , ils ne sont bons i\ rien , ils sont inutiles pour la gloire de Dieu cl pour le salut des âmes ; et plùl à Dieu qu'ils fussent seulement inutiles ! mais ils ne s'en tiennent pas là ; car ils sont d'un trèsgrand préjudice dans l'Eglise, et ils ne servent qu'à déshonorer Dieu, qu'à scandaliser lésâmes, qu'à profaner le« s;\ints mystères , et à causer mille désordres. Jugez de là, de quelle nécessité il est qu'un prêtre, et même celui qui aspire au sacerdoce, ait l'esprit ecclésiastique. Il est nécessaire qu'il ait cet esprit par rapport à lui-même, afin qu'il ne soit pas un fantôme de prêtre. Il est nécessaire qu'il l'ait par rapport au prochain , afin de le servir utilement. Il est nécessaire qu'il l'ait par rapport à Dieu, afin de lui rendre ses devoirs et pour exercer saintement les fonctions de son sacerdoce. Voyons maintenant quelles sont les marques par lesquelles on peut connaître si l'on a l'esprit ecclésiastique.
Il y a plusieurs marques pour connaître si l'on a Icsprit ccclésiaslique , l'esprit clérical , l'esprit sacerdotal. En voici six des principales , que je vous prie de remarquer. La première est si l'on est bien dégagé de l'esprit du monde ; car on ne peut pas avoir l'esprit ecclésiastique , si l'on est possédé de l'esprit du monde. Ces deux esprits sont trop différents et trop opposés l'un à l'autre pour qu'ils puissent subsister ensemble. C'est pourquoi quand on voit l'esprit du monde dans une personne , quand on voit qu'elle cherche ses divertissements , qu'elle aime les compagnies du siècle , qu'elle affecte des ajustements et des superfluités dans ses habits, qui tiennent des pompes du monde ; quand elle s'abandonne à des joies immodérées, on peut dire, sans crainte de se tromper : cet homme n'a pas l'esprit ecclésiastique. S'il n'est pas encore engagé dans les saints ordres, on peut et l'on doit dire : il n'est pas propre pour les recevoir ; et s'il les a reçus, on doit gémir, et l'on peut dire : il n'était pas propre pour l'Eglise. Il faut donc , pour donner une première marque qu'on a l'esprit ecclésiastique , qu'on n'ait pas celui du monde, qu'on en soit dégagé et qu'on y ait entièrement renoncé.
La seconde marque pour connaître si l'on a l'esprit ecclésiastique , c'est de voir si l'on a une sainteté qui réponde à celle de notre état. Je parle parliculièrement pour ceux qui sont déjà entrés dans les saints ordres. Car si l'on n'a pas cette sainteté , on a sujet de craindre qu'on n'ait pas l'esprit ecclésiastique. Quand Dieu donne cet esprit à une personne , il lui donne aussi une vérité proportionnée à la sainteté de son état. Mon Dieu ! que nous pouvons bien dire , sur celte règle , qu'il y a très-peu de prêtres qui aient l'esprit ecclésiastique , puisqu'il y en a si peu qui aient une sainteté qui réponde à celle de leur état! J'ai dit que lorsqu'on est engagé dans les saints ordres, pour faire connaître qu'on a l'esprit ecclésiastique , il faut qu'on ait une vertu ))roportionnée à celle de son état; que si l'on n'y fst pas encore engagé , il faut du moins que ceux
qui y aspirent aient une sainteté commencée et un désir eflicace d'acquérir celle qui leur est nécessaire dans leur état. Si vous n'êtes pas dans cette disposition , vous n'avez point l'esprit ecclésiastique. Si vous vous contentez d'une sainteté commune et d'une perfection médiocre , on i)eut vous dire sans hésiter que vous n'avez pas l'esprit ecclésiastique ; car cet esprit demande qu'on ait une sainteté consommée , et qu'on tende toujours à se rendre plus parfait.
La troisième marque pour connaître si l'on a l'esprit ecclésiastique, c'est si l'on estime toutes ses fonctions, et si l'on se fait un plaisir et un honneur d'exercer celles qu'on regarde comme les moindres. C'est ici la pierre de touche pour connaître si l'on a l'esprit ecclésiastique. Je dis premièrement qu'une personne qui a l'esprit ecclésiastique estime généralement toutes les fonctions de son état ; elle s'en entretient , elle en parle , elle cherche les occasions de les pratiquer ; elle ne trouve rien de difficile , elle entreprend tout, elle irait volontiers aux extrémités de la terre pour y exercer les fonctions du sacerdoce , si Dieu l'y appelait. Mais je dis aussi qu'une personne qui a l'esprit ecclésiastique se fait un honneur et un plaisir d'exercer celles qu'on regarde comme les moindres; et elle les préfère aux services qu'elle pourrait rendre aux plus grands rois, parce qu'elle est dans cette disposition du Prophète : Elegi abjectus esse in domo Dei , magis quam liabitare in tabernaculis peccaiorum. (PsaL Lxxxni, H.) Un homme qui a l'esprit ecclésiastique s'estime plus honoré de balayer une église , de porter un chandelier aux offices divins , de servir à une Messe , de sonner une cloche pour appeler les fidèles au temple , de porter un flambeau devant le saint Sacrement , que s'il avait les charges et les emplois les plus considérables auprès de la personne des rois et des empereurs de la terre. Si l'on n'est pas dans cette disposition, on n'a point l'esprit ecclésiastique. Les gens du monde se font honneur de servir un roi , nous devons donc nous en faire un très-grand de servir le Roi des rois , et le Seigneur universel du ciel et de la terre.
La quatrième marque pour connaître si l'on a l'esprit ecclésiastique, c'est si l'on a de l'aptitude et de la dextérité pour les fonctions ecclésiastiques. Car quand on aurait une grande estime des fonctions ecclésiastiques, si l'on n'a pas de l'aptitude pour les bien faire, on peut dire qu'on n'est point propre pour l'état ecclésiastique, et qu'on n'y est pas appelé Car lorsque.Dieu appelle à un état, il donne en même temps les dispositions pour y faire les fonctions qui y sont attachées. C'est ce qui a fait dire à saint Paul, que Dieu n'a pas s(»ulement fait les apôtres des ministres de son Evangile, mais encore des ministres propres et bien disposés à travailler : Idoneos nos fecil ministros. {II Cor. m, 6.) Il faut être miuister idoneus , c'est pourquoi lorsqu'une personne n'est propre ni à catéchiser, ni à prêcher, ni à chanter,
ni à administrer les sacrements, ni aux autres fonctions de l'église, on peut dire qu'elle ne peut point avoir l'esprit ecclésiastique.
La cinquième marque, c'est si l'on a du zèle pour les règles de l'Eglise et pour la discipline ecclésiastique. Lorsqu'on a du zèle pour s'instruire de ce que l'Eglise a ordonné et réglé pour la conduite des clercs, lorsqu'on s'y affectionne et qu'on les pratique, lorsqu'on est fidèle à lire les rubriques du Bréviaire et du Missel, et qu'on est exact à les exécuter, c'est une très-bonne marque qu'on a l'esprit ecclésiastique. Je joins à cela le zèle qu'on a pour la propreté des églises , d'une sacristie, des ornements, pour que toutes choses se passent avec ordre dans la maison du Seigneur. Ce sont tout autant de grandes marques qu'on a l'esprit ecclésiastique. Au contraire, quand on néglige toutes ces choses , qu'on n'en fait point ou peu d'état, et i\u"on ne regarde que ce qu'il y a d'éclatant et d'honorable dans l'Eglise, c'est une mar([ue qu'on n'agit que par un esprit d'ambition et de superbe, et non par-l'csprit de No- U-e-Seigneur, qui porte les âmes à la sainte humilité et à la pratique fidèle de toutes les fonctions de l'EgUse.
La sixième marque pour connaître si l'on a l'esprit ecclésiastique, c'est qitand OH por.te volontiers les marques de son état, comme la soutane, les cheveux courts, la tonsure, et qu'on ne rougit point pour les reproches et les railleries que les mondains pourraient faire de cette sainte fidéUté. C'est parées marques qu'on peut discerner si l'on a l'esprit clérical et l'esprit ecclésiastique. C'est aussi par ces marques que nous pouvons connaître avec regret qu'il y a très-peu de prêtres qui aient l'esprit ecclésiastique. On voit tant de prêtres, et l'on en voit si peu qui aient dans leur état les dispositions que nous venons de marquer ! Premièrement, on en voit si peu qui soient bien dégagés de l'esprit du monde ! la plupart recherchent ce que le moiidc recherche, c'est-à-dire les honneurs, les richesses et les plaisirs. La plupart sont tout profanes dans leurs conversations, dans leurs habits, dans leurs meubles et dans toute leur conduite. Secondement, on en voit si peu qui soient saints et qui aspirent à la sainteté! on voit même que ceux qui devraient être des modèles de piété, de sainteté pour les peuples, ne leur inspirent que le dérèglement par leur conduite. Troisièmement, on en voit si peu qui estiment leurs fonctions et se regardent honorés de celles qui paraissent basses et abjectes! au contraire, ils les évitent et les tiennent pour méprisables. Quatrièmement, on en voit si peu qui aient de l'aptitude et de la dextérité pour les bien faire ! ils les exercent avec si peu de modestie et de bienséance, qu'il y a tout lieu de croire qu'ils n'ont point l'esprit ccclésias-tique. Cinquièmement, on en voit si pcMi (|ui s'appliquent a connaître les règles de la discipline cc,clésiasrKiue ! On ne sait pas un seul canon, ni une seule règle de l'Eglise. Les artisans se piquent de
savoir les règles de leur état ; ils nous rendent rar son sur leur art et leur nuitier, et un prêtre ne saura aucune règle de son état et de sa profession t n'est-ce pas une étrange désolation? Sixièmement, enfin, on en voit si peu qui aiment à porter le? marques de leur état l Plusieurs ne portent point de soutane , ils la quittent aussitôt après la sortie du séminaire et sur le moindre prétexte ; ils laissent couvrir leur couronne, et ne veulent pas porter les cheveux courts et modestes ; si bien qu'il y en a plusieurs dont on a de la peine à discerner, par leur extérieur, s'ils sont ecclésiastiques ou non. Voilà où l'on en est réduit, et ce qui doit nous faire gémir.
Faisons maintenant un peu de réflexion sur nousmêmes, et voyons si nous avons les marques de l'esprit ecclésiastique. Yiderit quisque, d'il saint Bernard en parlant aux clercs {Declam., cap. 8), ciijus sit spiritus, quid dili(jat, quid cnpiat, quid sectetur ; ccce enim spéculum veritatis. Examinons quel est notre esprit, voyons ce que nous aimons, ce que nous désirons, ce que nous recherchons ; car, par cette considération et cette réflexion, nous reconnaîtrons la vérité. Appliquons-nous les marques que nous avons exposées pour connaître si nous avons l'esprit ecclésiastique; et si nous ne les avons pas, nous devons beaucoup craindre de n'être pas propres pour l'Eglise. On doit consulter son directeur à ce sujet, afin d'etcamincr avec lui devant Dieu si l'on doit s'engager dans l'état ecclésiastique. Mais pour vous y exciter davantage, voici quelques moyens à prendre pour acquérir et pour conserver l'esprit ecclésiastique.
Le premier est de se vider de l'esprit du monde. Car il est impossible d'avoir l'un et l'autre en même temps, puisque l'esprit ecclésiastique est une participation de celui de Notre-Seigneur. Or, l'esprit de Notre-Seigneur est entièrement opposé à celui du monde, et le monde ne peut pas recevoir l'esprit de Notre-Seigneur : Spiritum veritatis quem tnundus non potesl accipere {Joan. xiv, 17), et comme l'esprit du monde est tout dans l'affection pour les honneurs, les plaisirs et les richesses, il faut se vider de l'aflection de toutes ces choses, et travailler à acquérir l'amour des humiliations, des soufiranceset de la pauvreté.
Le second moyen est la retraite. C'est là qu'on peut acquérir l'esprit de Dieu par les prières (|ue l'on y fait. Dieu donne le bon esprit à ceux qai le demandent : Si vos, cnm sitis mali, nostis bona data (lare fdiis vestris, qnanlo ma<jis Pater vester cœlestis dabit spiritum bonnm pelcnlibus se. (Luc. xi, 13.) C'est dans la retraite que les apôtres reçurent l'es- I)rit ecclésiastique en plénitude par la ferveur de leurs prières. Notre-Seigneur, avant de monter au ciel, leur avait conseillé de se retirer du momie pour se disposer à recevoir le Saint-Espril, et nous voyons aussi qu'après dix jours de prières le Saint-Esprit se (omniuniqua à eux, cl les remplit de zèle et de ferveur pour bien s'acquitter des fondions de leur ministère. 11 faut donc que nous soyons fidèles à notre
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relraile, cl qu'élanl séparés du monde d'ospril et de corps, nous iuvociuions souvent le Saint-Esprit, aiin qu'il vienne nous remplir et nous animer pour bien faire les fonctions lecclésiasliqucs. Il faut s'unir à IS'otre-Seigueur ; car nous n'aurons l'esprit ccclésiasliquo qu'autant que nous serons unis à lui : Sictit palnii's uon potcsl ferre fructum a semetipso, nisi manscrit in vite, $ic nec vos, nisi in me manserilis, (Joan. XV, 4.)
Le troisième moyen est d'être ravi d'exercer ses fonctions dans toutes les occasions qui se présentent ; mais il faut les exercer avec modestie et religion, etc. Par cette fidélité vous vous attirerez des grâces et des bénédictions particulières de la bonté de Dipu.
Le quatrième est de lire les matières ecclésiastiques dans les livres qui en traitent, les méditant devant Dieu, et tâchant de s'en remplir et de s'en pénétrer. On peut lire encore la Vie de ceux qui, en ces derniers temps, ont paru être plus remplis de cet esprit : la Vie d'un saint Charles, d'un saint Vincent, du cardinal de Bérulle, etc.
Enfin il faut converser avec ceux qui ont l'esprit ecclésiastique. Avec les bons ecclésiastiques on ai> prend à vivre en bon ecclésiastique : Cuin sanclo sancliis eris (Psal. xvii, 26.) Il est dit de Said, tout méchant qu'il était, que se trouvant un jour parmi les prophètes, il fut saisi de l'esprit de prophétie , d'où vient le proverbe : Saul inter propitetas, comme au contraire il faut éviter la connaissance de ceux qui n'ont pas l'esprit ecclésiastique ; car quand on aurait cet esprit, on le perdrait bientôt si on les fréquentait.
Si l'on se sert de ces moyens, on pourra acquérir l'esprit ecclésiastique, pourvu qu'on soit appelé à cet état; car il ne faut pas se persuader que Dieu nous donne l'esprit ecclésiastique s'il ne veut pas que nous soyons ecclésiastiques. Mais s'il nous demande dans cet état, nous pouvons espérer qu'en faisant ce que je vous ai marqué, il nous donnera l'esprit ecclésiastique et le conservera en nous par sa sainte miséricorde.