‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 158 sur 303 · W ENTRETIEN · texte numérisé non relu

W ENTRETIEN

Des deux premières marques de la vocation à l'état ecclésiastique.

Après vous avoir parlé, dans les derniers entretiens, de la nécessité de la vocation à l'état ecclésiastique avant de s'y engager, et vous avoir fait prise avant de consulter? Ne sommes-nous pas bien connaître les malheurs terribles et l'abîme inépuisaaises qu'on nous réponde suivant nos inclinations et ble de misères où se plonge une âme qui y entre eonformémenl à notre cupidité? Qui insidiose agit sans cette vocation; après vous avoir montré l'imscandalizabitur in ea. Vous aurez consulté, mais une porlance de se bien examiner pour savoir si l'on u consultation de celle espèce, bien loin de vous met- celle vocation, il nous reste à vous découvrir les

C07 œUVRES COMPLETES DE M. TRONSON.

marques d'une légilinie vocation, afin que celle connaissance vous serve ou pour enlrer dans TEglise, si vous les reconnaissez en vous, ou pour vous en éloigner, si vous ne les avez poinl. Mais avant de vous parler des marques pour coimaitre une légitime vocation, je ne ferai point dilTicultc de vous répéter encore qu'une des choses du monde les plus difficiles, est de connaître si une personne est appelée à l'état ecclésiastique, parce que c'est une des choses les plus cachées. Il s'agit de découvrir si Dieu appelle quelqu'un, ou s'il ne l'appelle pas ; cela est bien épineux, cela est bien caché. Pour bien connaître cette vocation il faudrait être entré dans le cœur de Dieu pour y voir ce qu'il a ordonné. Quis cognovit sensum Domini ? aut quis consiliariiis cjus fuit? {Rom. XI, 54.) Comment découvrir ce que Dieu a résolu dans le plus secret de ses conseils, cl comment pénétrer dans le fond de ses desseins ? 11 faudrait aussi entrer dans le cœur de celui doni on veut connaître la vocation, pour voir quelles sont ses dispositions ; or, le cœur de l'homme est un abîme impénétrable.

Saint Bernard, comme je vous l'ai déjà dit, consulté par un personnage illustre, sur sa vocation à l'état ecclésiastique, ne veut point lui donner de réponse décisive, et la raison qu'il en rend : Ncque enim possum, nnde certus non sum, certam proferre sententiam. Je me garde bien, dit ce grand saint, de vous assurer d'une chose que je ne connais pas certainement. Qna'ris a me consilium, vir illustris, utrnm volcutibus te promovcre acqidescerc dcbeas? Quis hoc morlalium defudre prœsumat'ï Deus forsitan vocal, quis audeat dissuadere? Forte non vocat, quis appropinqnare consulat? Vtrum vero vocatio Dei sit,

ordinairement quatre marques pour connaître cette vocation; ces marques sont : une inclination droite, la probité de mœurs, l'aptitude cl l'appel du supérieur. Quand cela se rencontre on peut marcher en assurance ; mais si cela manque, en vérité, il y a bien à craindre. Je parle ici des marques ordinaires de la vocation, et non des extraordinaires, dont Dieu s'est servi quelquefois pour manifester sa volonté et le choix qu'il faisait de certaines personnes pour l'état et les charges ecclésiastiques. Ces marques extraordinaires ne doivent pas nous servir de règles; et il ne faut pas les attendre. Dieu faisait paraître ces marques extraordinaires pour faire connaître sa volonté à ceux qu'il appelait à cet état, et qui, en étant irès-éloignés par leur humilité, n'auraient pas aisément consenti à leur élévation. Ainsi, saint Chrysostome est ordonné après l'apparition d'un ange qui le commande ; saint Reniy, par un rayon de lumière qui parut sur sa tète ; saint Ambroise, par la voix miraculeuse d'un enfant ; saint Grégoire par une colonne de feu, et une infinité d'autres dont l'histoire ecclésiastique est toute pleine, et qu'il serait trop long de rapporter. Il ne faut pas nous régler sur ces vocations, mais il faut nous en tenir à l'ordre commun.

La première marque que nous avons pour connaître si une personne est appelée à l'étal ecclésiastique, est une inclination droite à cet état, et par !à je veux dire deux choses : premièrement, il faut écarter toutes les intentions profanes; secondement, il faut avoir des inlenlions droites et conformes à la fin de cet étal. Premièrement, il faut bannir toutes les intentions profanes, comme sont celles qui nous

finnon sit, quis scire possit, excepto Spiritu Dei qui porteraient à rechercher l'honneur, les plaisirs, l'in-

scrutatur etiam alta Dei, vel si cui forte revelaverit ipse? Et sans lui donner de réponse plus précise, il conclut : Ihec i7iterim a me svspejisive responsa sufftcianl. C'est ainsi que parle ce grand saint, et il ne craint pas, en ce point, d'avouer son ignorance. C'est aussi sur celte matière, que les saints les plus éminenis en vertu et en science ont appréhendé de prononcer. Néanmoins nous voyons aujourd'hui, par un

lérêt, la vie douce et commode, le repos. Si l'on avait de l'inclination à l'étal ecclésiastique pour ces sortes d'intentions, cette incUnation ne serait pas une marque de vocation ; au contraire, ce serait une marque qu'on ne serait pas appelé de Dieu, mais par la chair et le démon. Yoilà pourtant ce qui fait l'inclinalion de la plupart des personnes qui entrent dans l'étal ecclésiastique. Pourquoi enlre-t-on onli-

aveuglement étrange, que plusieurs assurent qu'ils n;ù rement dans l'Eglise? Entrons un peu dans l'es sont appelés de Dieu à l'état ecclésiastique, n'ayant p,it et dans le cœur, et ne nous arrêtons pas seule-

poinl d'autre garant de leur vocation que leur cupidité ou leur affection déréglée. Et c'est ce qui fait la ruine de notre état : on manque dans le fondement, et de là viennent tous les désordres qu(! nous voyons dans le clergé, M tant d'abominalion.s qui sont répandues dans le sanctuaire.

Si vous avez quelque zèle pour la gloire de Dieu et pour l'Eglise, et si vousavez quelque charité pour voire âme, il est de la dernière importance que vous examiniez si Dieu vous appelle à cet étal, afin que s'il vous appelle vous y entriez avec humilité et confiance; et <pie s'il ne vous appelle pas, vous soyo/ fidèles à vous retirer. Je vous ai dit, avec saint Rornard, (lu'il est très-difficile de connaître si Dieu aiii^elle à l'éiat ecclésiasli<pie. Toutefois on don ne

ment aux raisons apparentes et aux prétextes dont on se sert pour couvrir et pour colorer ses mauvaises intentions. Si l'on examine les raisons intérieures qui font agir, on trouve ordinairement que c'est l'irtlérèt, l'honneur, le plaisir, le désir d'une vie douce, commode et exemple de travail. On trouvera que l'un veut être ecclésiastique parce (pi'il a un oncle ou un parent en place, et qu'on veut conserver celte place dans la famille. Un autre se portera à l'étude cl à l'état ecclésiasti(iue dans la vue d'un gain annuel de cent écus ou (pialrc cents fiaiios ; on regarde ce revenu comme un grand avantage ; on dit; Je serai riche, je serai iieiireiix, je pourrai soulager mes parents, si une fois j'arrive à ce posle. C'est aussi le molif (lui pousse les parents à faire étudier

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leurs enfants. Un autre, qui n'aime pas le travail, regarde I étal ecclésiastique comme un état propre à se reposer et à gagner sa vie sans beaucoup de peine. Un autre se i'ait un honneur d'être prêtre et d'être, dans un état où il sera considéré et élevé au-dessus de sa première condition et de celle de ses parents. Voilà les vues qui en portent plusieurs à entrer dans lEglise. Voilà quel est le principe et le mobile de cette inclination qu'ils sentent pour l'état ecclésiastique. Cette inclination, comme vous voyez, est loin d'être droite ; elle ne vient point de Dieu, mais du monde, mais de la chair, mais du démon. Quand on dirait : Je me sens porté et attiré à l'état ecclésiastique, je l'ai toujours désiré, j'y ai toujours eu du penchant, si vous n'avez pas eu des vues plus nobles et plus pures, ce n'est pas une marque de vocation ; au contraire, c'est une marque que Dieu ne vous appelle pas. Seriez-vous assez aveugles pour croire que l'état ecclésiastique est un état institué de Notre-Seigneur pour amasser du bien et pour y faire fortune?

Saint Jérôme ne pouvait souffrir la conduite de ceux qui, étant dans l'Eglise, où l'on doit faire une profession particulière de pauvreté et de dégagement des biens du monde, s'appliquaient à acquérir des richesses. Prenez bien garde, écrivait-il à une personne, que vous ne cherchiez les gains du siècle dans la milice de Jésus-Christ. Prenez bien garde d'avoir plus de bien étant clerc que lorsque vous •"67 commencé à l'être, et que vous possédiez plus iovai rfésus-Christ pauvre que sous le monde riche. Ce grand saint croyait qu'il était très-indigne d'un clerc d'entrer dans l'Eglise pour y amasser du bien et pour y être à son aise. Nous devons avoir la même pensée que lui ; et il faut être dans le plus grand de tous les aveuglements, pour entrer dans le sacerdoce avec l'intention d'y faire fortune et d'y amasser du bien ; mais l'aveuglement n'est pas moins grand ni moins funeste d'y entrer pour se reposer et pour se satisfaire ; car l'état ecclésiastique n'est pas un état de repos et de plaisir. Il faut écarter et bannir toutes ces vues; car si c'est par cet endroit que nous avons de l'inclination à l'état ecclésiastique, nous

soit droite, et qu'elle soit une marque de vocation* Nolrc-Seigneur, en instituant l'état ecclésiastique et le sacerdoce, a voiriu et prétendu que ceux qui s'y engageraient auraient un grand zèle pour la gloire de son Père, qu'ils s'appliqueraient à le glorifier et à le faire glorifier. 11 a prétendu qu'ils auraient une grande charité pour les âmes, et qu'ils se sacrifieraient pour procurer leur salut. Il a prétendu qu'ils entreraient dans une grande horreur à l'égard du péché, et qu'ils travailleraient sans cesse à le détruire. Il a prétendu qu'ils se regarderaient euxmêmes comme des victimes, et qu'ils vivraient dans une mortification continuelle. Voilà ce qu'a prétendu Notre-Seigneur, voilà ce qu'il exige des ecclésiastiques, voilà les grands sentiments dont il était tout pénétré et auxquels nous devons tous participer. Notre-Seigneur avait ces quatre grands sentiments que je viens de vous exposer, dans un degré souverainement parfait. Il brûlait du zèle de la gloire de son Père, il était pressé du désir insatiable de procurer le salut des âmes, il avait une horreur et une haine infinie contre le péché, il vivait dans la pratique d'une mortification continuelle et universelle, se regardant comme une victime condamnée à la mort, rejetant tous les plaisirs qu'il aurait pu prendre licitement dans la vie. Avons-nous ces sortes de sentiments, voulons-nous entrer dans l'Eglise pour ces fins? pour glorifier Dieu, pour travailler au salut des âmes, pour laire la guerre au péché et l'attaquer partout? Sommes-nous disposés à embrasser la mortification de Jésus-Christ et à la porter dans notre âme et notre corps ? Bien loin de chercher dans l'état ecclésiastique les honneurs, les richesses et les plaisirs, voulons-nous entrer dans des sentiments d'humilité, nous regardant comme les serviteurs de l'Eglise? Voulons-nous vivre dans un entier détachement des biens de la terre? voulons-nous mortifier notre chair? Si nous avons ces intentions, nous pouvons dire que notre inclination est droite, et qu'elle est une marque de vocation à l'état ecclésiastique.

Il faut encore que cette inclination soit constante, car si elle vient d'un feu de jeunesse, d'un empor-

pouvons dire sans hésiter que cette inclinati(m ne tement, d'une saillie d'humeur, de quelque dépit.

vient pas de Dieu, mais de la chair et du sang, mais du démon. Afin que notre inclination à l'état ecclésiastique soit une marque de vocation, il faut qu'elle soit droite, il faut qu'elle soit pure, il faut qu'elle soit désintéressée, il faut qu'elle soit sainte ; en un mot, il faut qu'elle soit conforme aux fins et aux intentions que Notre-Seigneur s'est proposées en instituant l'état ecclésiastique, et dont il veut que tous ses prêtres soient animés.

Quelles sont les intentions que s'est proposées Notre-Seigneur en instituant l'état ecclésiastique, et dont lui-même , en qualité de gran<l prêtre, a été rempli et animé ? En voici quelques-unes des principales, dans lesquelles nous devons entrer, si nous ▼oulons que notre inclination à l'état ecclésiastique OEt'VRKs coMPi.. DE M. Tronso>. I.

de quelque dégoût, et qu'elle n'ait point été encore affermie par un long temps, cette inclination est fort suspecte; et si l'on se trouvait dans cet état, on devrait attendre pour la laisser mûrir ; de même si l'on chaiicelle, si l'on est inconstant, si tantôt on veut et tantôt on ne veut pas, il y a bien à craindre que la nature n'ait plus de part dans celte inclination que la grâce.

J'ajoute que cette inclination doit être paisible, parce que, comme Dieu est un Dieu de paix, les inspirations qui viennent de lui sont aussi paisibles et tranquilles. Voyons si nous avons cette premiéro marque de vocation à l'état ecclésiastique ; examinons devant Dieu si notre inclination est droite; voyons ce qui nous porte à nous enrôler dans la œi-

lice du Seigneur ; ne nous flattons point quand il s'agit de notre vocation, puisqu'on ne peut manquer en ce point sans tomber dans un abîme de malheurs. Vous y penserez en la présence de Dieu. Passons à la seconde marque.

La seconde marque de vocation à l'état ecclésiastique est la probité de mœurs. Il ne suffit pas, pour entrer dans l'Eglise et pour s'assurer de sa vocation, qu'on ait une inclination bien droite ; il faut de plus la probité de mœurs et l'innocence de la vie. C'est une marque absolument nécessaire pour la vocation à cet état : Ante sediscutiat, si vita honori sit congrua. Il faut, dit saint Isidore de Séville, que celui qui aspire à l'état ecclésiastique , examine devant Dieu, avant de s'engager, si la vie qu'il a menée y est conforme. Cette probité de mœurs dit deux choses : premièrement, éloignement du péché , et secondement, établissement dans les vertus. Saint Paul marque l'un et l'autre dans les EpUres à Tite et à Timotliée : Oportet irrepreliensibilem esse, sine crimitie, voilà l'éloignement du péché ; ormtum, pudicum, hospitalem, etc. [ITim. m, 2 ; Tit. u, 2), voilà l'établissement dans les vertus.

Premièrement, il faut que celui qui aspire à l'état ecclésiastique ait un grand éloignement du péché. Car Dieu l'a toujours demandé particulièrement dans ses ministres : Sancti estote, quia ego sanctus sum. {Levit. xi, U.) Dieu voulait même que les prêtres de l'ancienne loi fussent sans tache, et que leur volonté fût parfaitement fidèle à la loi de Dieu : Elegit sacerdotes sine macula, volunlatem habentes in lege Dei {I Machab. iv, 42) ; et ces taches du corps «[ui éloignaient autrefois du sacerdoce légal : Homo qui habuerit maculam non afferet panes Domino suo, nec accedet ad ministerium ejus (Levil. xxi, 17), ne sont, disent les saints, que les figures des taches et des vices de l'ame qui rendent une personne absohiment indigne du sacerdoce de Jésus-Christ. Saint Cyrille en a fait un livre presque tout entier ; et nous voyons aussi que l'Eglise a toujours demandé une sainteté si grande dans ses ministres, qu'elle a voulu une innocence entière et conservée depuis le baptême, ou du moins réparée par une très-exacte et véritable pénitence. L'Eglise souhaiterait qu'on eût gardé l'innocence de son baptême, pour entrer dans le sacerdoce ; elle souhaiterait qu'on fût en état de dire à Dieu : Me aulem propter innocenliam suscepisti {Psal. XL, 13); ego aulem in innocentiu mca inyressus sum {Psal. xxv, 1) ; in Ecdesiis benedicam te. Domine. [Ibid., 12.)

Saint Jérôme dit qu'il ne sulfit pas que dans le temps où l'on doit être ordonné, on soit sans crime et qu'on ait réparé les fautes passées par une vie plus réglée, mais qu'il faudrait que depuis son baptême on n'eût souillé sa conscience par aucun péché: Non eo tantum tempore quo ordinandus est sine ulltt crimitie sit, et prœteritas culpas nova conversationc diluerit ; scd ex eo tempore quo in Cliristo renatus est, nuUa pcccali conscientia remordeutur. U en

rend la raison : Quomodo enim potest pi-œses Ecdesiœ auferre malum de medio ejus, qui in deticto simili convenit ? aul qua liberlute corripere peccantem, cum tacitus sibi ipse respondeat eadem admisisse quce corripit ? Cela serait bien à souhaiter, qu'on eût conservé cette innocence et cette grâce baptismale ; néanmoins, comme l'Eglise sait que l'homme est fragile, et qu'on trouverait peu de personnes qui eussent conservé l'innocence de leur baptême , elle veut du moins qu'on ait réparé cette innocence perdue par une très-exacte et véritable pénitence. C'est sur ce fondement, qui a toujours été constant parmi les saints , et que TEgUse a toujours demandé comme une des meilleures marques de dévotion, que saint Bernard appuie cette belle, mais étonnante réponse qu'il fait à Bruno, nommé à l'archevêché de Cologne. Ce Bruno avait offensé Dieu, pendant sa vie passée, d'une manière qui avait scandalisé, et il consultait et demandait s'il devait s'engager dans cet état. J'ai horreur, dit le saint, de ce que vous me demandez : Horreo, fateor ; sic enim tibi, ut milii loquidebeo quod sentio; horreo, inquani , considerans unde et quo vocaris, prœsertim cum nullum intereuv' rerit pœnilentiœ tempns, per quod utcunque periculosissimus hujusccmodi transitus fiât, etquidem reclus ordo requirit ut priuspropriam, deinde aliénas curare studeas conscienlias. Voilà certes une étrange réponse. Cet homme avait fait des fautes dans sa vie passée; mais il les avouait ingénument et humblement, il était résolu à faire pénitence, il avait de l'esprit, de la science et une noble origine ; il était canoniquemcnt élu ; on le recherche pour cette dignité, et il ne la recherche pas ; il consulte s'il s'e» chargera ; néanmoins saint Bernard lui répond : Je frémis en considérant l'état où vous avez été et celui où vous êtes appelé : Horreo considerans unde et quo vocaris ; surtout parce que vous n'avez pas pris assez de temps pour faire pénitence.

Après cela, que pensez-vous que dirait ce grand saint, s'il voyait les ordinations précipitées et téméraires de notre temps? On est encore convalescent, on est encore tout couvert de plaies et d'ulcères, les cicatrices du péché sont à peine fermées, et l'on croit déjà être assez saint pour prétendre avec justice à cet état , et l'on va sans crainte tremper ses mains , encore toutes pleines du sang des péchés, dans le sang de l'Agneau sans tache. On a encore les mains toutes teintes du sang de Notre -Seigneur qu'on a répandu par ses crimes, et l'on se présente à son Père pour faire l'olfice de médiateur entre lui et les hommes. N'est-ce pas une conduite qui, bien considérée, est capable de causer de Ihorreur et de l'épouvante? Oui sans doute, ou il n'y en eut jamais : Vœ ministris infidelibus qui nccdum reconciliati rcconciliationis alienœ negolia, quasi homines qui justiliam fecerint, appréhendant. Il faut donc avoir un grand éloignement du péclié; mais il ne faut pas se persuader que deux ou trois jours, deux ou trois semaines, deux ou trois mois sullisenl; c'-cst

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un abus que do le. croire. Nous croyons que itour avoir demeuré quelques mois dans un séminaire, nous avons tout droit de prétendre aux ordres. Or, l'Eglise nous dit qu'il faut diiUurna juslittœ observatio. Cela marque un terme considérable; cl le concile de Trente ne dit-il pas qu'il faut une vie si éprouvée, qu'elle soit réputée une vieillesse? quorum vsta probala senectus sit. Il faut un grand éloignement du péché; et, si Ton a péché, il faut avoir expié ses fautes par une longue pénitence , autrement c'est se moquer de Dieu, c'est causer du scandale dans l'Eglise ; car les laïcyies ne sont-ils pas choqués avec raison lorsqu'ils ont vu des personnes dans le désordre , et que peu de temps après ils les voient à l'autel, au confessionnal ou en chaire, sans savoir s'ils ont fait pénitence ?

Mais, en second lieu, il faut être établi solidement dans les vertus ; car l'état ecclésiastique est un état parfait qui les suppose; et il ne suflit pas de dire ; je travaillerai à les acquérir lorsque je serai une fois engagé dans cet état. C'est en cela qu'il y a une grande différence entre l'état ecclésiastique et l'état rehgieux. Quelque déréglé qu'on ait été, on peut entrer en religion, parce qu'on y entre pour faire pénitence; mais l'état ecclésiastique suppose qu'on a de la perfection acquise avant de s'y engager. Il faut donc avoir les vertus chrétiennes et ecclésiastiques ; que si on ne lésa pas toutes en perfection, du moins il faut les aimer toutes, et travailler pour les ac<iuérir et s'y perfectionner. II y en a dans lesquelles il faut déjà avoir fait quelque progrès, comme dans la Mortiûcation, la patience, le mépris du monde... Il y en a d'autres dans lesquelles il faudrait être bien établi, comme l'amour de l'oraison, la modestie, et surtout la chasteté, qui est la perle des clercs. La moindre imperfection en ce dernier point est un monstre dans les ecclésiastiques, c'est un sacrilège, c'est une abomination épouvantable.

Saint Grégoire demande particulièrement que ceux qui sont ordonnés aient une chasteté et une continence bien éprouvées, afin qu'ils ne se perdent point : iVe unquam lii qui ordinali sunt pcreanl, provideridebet quales ordinentur, ut prius aspiciatursi vita eorum contineiis inannis plurimis fuit, il faut examiner s'ils ont gardé la continence depuis plusieurs années. Prenons-y garde : vous voyez ce que les saints nous enseignent ; il n'arrive que trop que ceux qui ont été faibles dans la chasteté retombent, hors d'un séminaire, dans leurs premiers désordres, et qu'ils se mettent dans un état dépforable , vivant dans le sacrilège et commençant leur enfer dès celte vie.

Je n'en dirai pas davantage présentement. Nous réserverons les deux dernières marques de la vocation pour le prochain entretien. Faisons une sérieuse réflexion sur nous, pour voir si nous avons les deux premières. Voyons si notre inclination à l'état ecclésiastique est bien droite ; voyons si nous nous proposons la gloire de Dieu, le salul des àmcs, b destruction du pé^;lié, la praliquc de l'humililé,

du travail, de la morlifioalion , ou pUilôl si nous ne cherchons pas les honneurs , les richesses , les plaisirs et une vie commode. Voyons, en second lieu, si nos mœurs sont très-réglées. Avons-nous Tinnocence de notre baptême ? Dieu le sait et nous le savons aussi : mais si nous l'avons perdue , l'avonsnous recouvrée, l'avons-nous réparée par une pénitence bien exacte et bien véritable? Avons- nous pleuré nos péchés pendant un temps bien considérable? Avons-nous acquis les vertus chrétiejuies? Ah I nous ne savons que trop que nous sonunes, connne parle saint Grégoire de Nazianze, velercs vitio. Il faudrait donc se donner un peu de loisir pour examiner sa vocation, pour se détacher du péché, et pour acquérir les vertus. 11 faut éviter la précipitation dans une matière qui est de la dernière importance et dont les suites sont irréparables. Voyez donc bien si Dieu vous appelle : Considercmus an vocati venerimiis. Souvenons-nous que si nous n'entrons par la porte d'une légitime vocation , nous devons nous attendre à être traités comme des voleurs : Qui non inlrat per ostium... hic fur esl et latro {Joan. x, \) , c'est-à-dire que nous nous précipitons dans un abîme de malheurs dont nous ne sortirons jamais. Je prieNotre-Seigneurde vous éclairer sur ces matières : \ias tuas , Domine, demonstra tnilii , et scmilas tuas cdoce me ; dirige me in veritate tua et doce me. (Jer. xi , 18.) Et ne doutez pas qu':. ne vous éclaire, si vous-même le demandez coaune il faut.

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