‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 16 sur 303 · V. DE L'OKAISOX · texte numérisé non relu

V. DE L'OKAISOX

de la première justification des pécheurs et de la voie par laqueUe ils arrivent à la sainteté, il dit qu'ils y parviennent, lorsqu'élant émus par la crainte delà justice de Dieu, ils recourent à la considéralion de sa miséricorde, et qu'ils commencent à l'aimer comme la source de toute sainteté : Disponuntur autem, dmn peccatores se esse intelligentes, a divinœ justiliœ timoré, que utililer concutiuntur, ad considerandam Dei misericordiam se convertendo, in spem eriguntur... illumque tanquam omnis justiliœ fontcm diligere incipiunt. [Conc. Trid., sess. C, De justificat.^ cap. G.) il faut qu'ils considèrent qu'ils sont coupables, et qu'ils craignent la justice de Dieu. Or, pour cela il faut qu'ils considèrent que Dieu est juste, qu'il punit les pécheurs, qu'il y a des peines qui leur sont préparées ; qu'ils n'éviteront point les châtiments, s'ils ne font pénitence; car sans ces réflexions, quel sujet auraient-ils de tant redouter sa justice? d'ailleurs, comment pourraient-ils avoir recours à sa miséricorde, comme dit le concile, s'ils ne pensaient à sa bonté, qu'il attend les pécheurs et qu'il ne demande que leur conversion, qu'il leur veut pardonner leurs offenses? Crcdentes Deum sibi propler Cliristum propitium fore. Il faut de nécessité qu'ils s'appliquent à ces saintes pensées, pour être sanctifiés ; or, sur cette doctrine, voici le raisonnement que je forme : l'oraison mentale dont nous parlons , n'est rien autre chose qu'une application d'esprit à la considération de quelque sujet et pensée de piété, ou pour en rendre grâces à Dieu , ou pour en devenir meilleur. Or, cette appUcation à la considération de quelques saintes pensées est nécessaire pour être sanctifié ; l'oraison mentale est donc nécessaire pour être sanctifié ; sans elle donc nous ne saurions être sanctifiés ni , par conséquent, nous ne saurions être saints, ni conséquemment nous acquitter de nos devoirs comme Chrétiens.

Disons plus; non-seulement nous ne saurions nous en acquitter sans l'oraison , mais avec l'oraisoa nous nous en acquittons très-aisément ; car qu'y a« t-il de plus aisé à une âme d'oraison que de détester le péché? C'est une voie si sûre, je vous prie de rémarquer ceci, et vous le pourrez connaître dans l'expérience, c'est une voie si sûre que nous ne voyons point, et que nous n'avons jamais vu personne qui ait aimé l'oraison, et qui y ait été fidèle , qui n'ait eu une horreur très-grande du péché : en sorte que je ne crains point de dire, et pourquoi le craindrais-je , puisqu'il est véritable? qu'une âme, pour quelque abandonnée qu'elle puisse être dans lecrime , si elle veut embrasser cet exercice, avant qu'une année soit passée, pourvu qu'elle y soit fidèle, et peut-être en moins de temps, elle se trouvera dégagée de ses liens, et dans une aversion plus grande du péché, qu'elle n'y a jamais eu d'affection. C'csl pourquoi saint Chrysostome (De orando Deum, lib.i) dit, parlant de la force de l'oraison, que non-seulement elle purge des péchés, mais qu'elle le foit en peu de temps : Peccatores eclcritcr piirgatos reddi^

OEUVUES CONNUES DE M. ÏRONSON.

il faut ou qu'une iine quille Toraison ou que bienlôt les péchés la quittent. 11 en est de même de l'éloignenicnt des créatures , de la pratique des verlus et de Tiinion à Dieu. Toutes ces choses se rendent si faciles à une âme d'oraison , que c'est une chose étonnante, et que nous voyons pourtant tous les jours, des personnes qui avaient de grands engagements dans le monde, qui se trouvaient dans l'impossibilité de vaincre leurs passions, qui ne pouvaient se résoudre de rompre leurs fers, à qui les moindres mortilications paraissaient comme autant de martyres, en un mot qui avaient répugnance à tout bfen, après quelques années, que dis-je ? après quelques mois, après quelques semaines, se trouvent dans une force si extraordinaire et dans une facilité si grande, qu'elles n'ont plus de difficulté d'embrasser les pratiques de piété qu'on leur propose. Ces assujettissements, qui leur paraissaient insupportables, deviennent le sujef^de leur joie; elles n'ont plus de désir que pour la mortification et pour la croix ; on ne leur en donne jamais assez. D'où vient ce changement ? de l'oraison qui facilite tout ; c'est la pensée de saint Jean Climaque (grad. 28, Ds orut.) : Ilœc virtulum regina excclsa ad nos voce clamât : Veuite ad me, omnes qui laboratis et onarati estis, et ego reficicim vos ; tollite jiujum meum super vos, et invenietis requiem animabus veslris. Juijum euim meum suave est et onus meum levé. Voilà la première obligation que nous avons de faire oraison. Elle est nécessaire pour satisfaire à nos devoirs comme Chrétiens ; sans elle, il est impossible de s'en acquitter; avec elle, on s'en acquitte , et très-facilement.

Non-seulement nous sommes obligés, comn^.e Chrétiens , de faire oraison , mais comme ecclésiastiques; et cette seconde qualité nous y engage bien plus fortement et plus étroitement que la première. Car le prêtre doit être non-seulemont enfant d'oraison, commeSamuel, mais ilcn doit être aussi le père ; Il la doit apprendre de Dieu, afin de l'enseigner aux autres ; il y doit naître et s'y nourrir, afin d'élever et nourrir du lait de l'oraison les enfants qu'il engendre à Jésus-Christ. Les apôtres s'attribuent ce partage comme la première et la plus importante de toutes leurs fonctions : Nos aulem orulioni et ministerio verbi instantes erimus. {Acl. vi, A.)

Un prêtre sans oraison, c'est un ciel sans son premici* mobile , c'est un navire sans aviron, c'est un soldat sans armes : Arma sacerdotum sunt oratioiies et lucnjmœ; les armes des prêtres sont l'oraison, dit taint Ambroise ; cl comme dit l'abbé Nil {Inslit. ad monuclws) : Qui purœ oralionis prœsidio tnunitus tion est, is urmis in bello caret ; être privé de l'oraison , c'est être sans armes au milieu de la guerre ; n'estce pas pour faire de belles expéditions?

ecclésiastique ? C'est un état de personnes séparées du monde, et choisies d'entre les hommes, pour être devant Dieu , au nom de tous les peuples , afin de lui rendre pour eux leurs devoirs et de lui demander leurs besoins. Dieu mérite d'être loué incessamment; la créature doit sans cesse lui rendre ses devoirs, il n'y a point d'homme qui n'y soit obligé h chaque moment. Néanmoins, comme les peuples s'en trouvent asseï souvent distraits par les nécessités de cette vie ; quo les soins d'une famille, les embarras des affaires, les occupations du négoce et une infinité d'autres emplois ne leur permettent pas toujours d'être devant Dieu pour lui rendre ce qu'ils lui doivent, l'Eglise choisit les ecclésiastiques pour être en cela le supplément de la religion des peuples, elles dégage des autres emplois, de tout négoce, de toute affaire séculière ; elle leur défend même de s'en mêler, afin que, dans ce total dégagement, ils soient toujours devant Dieu, lui rendant pour tout le monde les devoirs de la religion qui lui sont dus. Or, de tous ces devoirs il n'y en a point auquel ils soient plus obligés qu'à la prière : car, 1° c'est un des principaux et des premiers actes de la religion ; 2" nous ne saurions pas toujours rendre à Dieu tous nos autres devoirs; on ne peut pas toujours sacrifier; on ne peut pas toujours administrer les sacrements, on ne peut pas toujours annoncer l'Évangile ; mais pour l'oraison, il n'y a point de temps qu'on ne la puisse faire : car, à tout moment, et on peut, et on est obligé même de prier, sine intermissione orate {I Tliess. v, 17); 5" c'est que tous les autres devoirs demandent la prière ; car c'est elle qui les sanctifie, qui nous attire la grâce de les bien faire. Ainsi notre état ecclésiastique nous oblige à Toraison.

2° Nos fonctions nous y obligent pareillement , à cause de leur sainteté, à cause de la manière dont il les faut faire.

Leur multitude : ISiliildifJiciUtis et periculosius sacerdotis officia. (Aie.) Prêcher, catéchiser , administrer les sacrements, consoler les malades, corriger les pécheurs, résister aux impies , réconcilier les ennemis, en un mol, être tout au prochain, et presque point à soi ; comment au milieu de tout cela ne point se distraire? comment ne point oublier le soin de son àme ? comment ne point oublier son propre salut, comment ne se point enorgueillir des bons succès? comment ne se point décourager dans les dilficultés qu'on y rencontre ? En un mol, comment ne se point perdre au milieu de tant d'écueils ? Nous avons trois grandes tentations qui nous perdent dans le monde : ou l'on s'enorgueillit, ou on se dégoûte, ou on se distrait; trois malheurs presque inévitables, orgueil, dégoilt, distraction. Si on réussit, orgueil; si on ne réussit pas, dégoût : et soit qu'on réussisse ou non, dissipation , distraclion : trois

Ajoutez, pour une plus grande lumière, que nous maux qui ne manqueront jamais d'envelopper les

pouvons considérei deux choses dans un ecdésias- âmes, si elles ne se retranchent dans la forteiesse de

tique : son état et ses fonctions. Or l'une et l'autre l'oraison,

l'engagent à l'oraison. La sainteté de nos fonctions. Tous nos emplois

r Tour relut ecclésiastique; qu'est-ce que l'état sont saints, et ils sont saints, non-seulenicnl parce

MAMEL DU SEMINAIUSTK — Y. DE LOR.USON.

qu'ils renferment la sainteté, et qu'ils la portent dans les coeurs en les sanctitiant, mais parce qu'ils demandent même la sainteté dans ceux qui y sont appliqués ; et il y faut des dispositions si grandes, que je puis dire que nous ne les ferons jamais bien sans l'oraison. Nous avons quatre grandes et principales fonctions ecclésiastiques : la sainte Messe , le saint Olllce, l'administration des sacrements, l'instruction ou la prédication de la parole de Dieu. Or tout cela demande de nous l'oraison.

La sainte Messe et le divin Ollice ; je ne voudrais que l'expérience, pour vous en convaincre. Nous n'avons pas toujours été dans l'exercice de l'oraison, comment pour lors disions -nous la sainte Messe? comment disions-nous le Bréviaire? combien de distractions , combien de pensées inutiles, combien de négligences , combien d'inapplications ? en un seul moment combien de différentes imaginalions ? Qu'est-ce qui a dissipé tous ces fantômes? l'oraison. Voyez la différence d'une Messe dite ou d'un Office chanté par de saints prêtres , ou par de bons religieux, et d'un autre chanté par le commun des ecclésiastiques ; l'un porte à Dieu et l'autre donne beaucoup plus de scandale que d'édilicalion. D'où vient cela? C'est que les uns font oraison, et sont accoutumés par ce moyen à se tenir en respect en la présence de Dieu , et les autres n'y pensent pas.

Pour la parole de Dieu ; pourquoi pensez-vous que si peu de personnes en profitent? Tant d'exhortations, tant de prédications, et si peu de fruit! Je Tcux qu'il y ait beaucoup de la faute des auditeurs, mais assurément il y en a beaucoup de la part des prédicateurs. Car , pour n'être pas souvent bien convaincus nous-mêmes des vérités chrétiennes , nous n'en convainquons pas ceux qui nous écoutent ; il faut avoir digéré dans l'oraison les vérités que nous prêchons ; il faut les avoir mâchées par la méditation, il faut qu'elles soient cuites par le feu de l'amour divin. En un mot, comme dit saint Augustin {De doctr. Cliristiana, lib. iv), avant que de remplir les autres , il faut se remplir soi-même dans l'oraison : Accedens priusquam exerat proferenlem linguam, ad Deum levci animam sitientem, ut eruclet qnod biberil, vel quod impleverit, fiindat. El c'est ain^i qu'en usait un prédicateur célèbre du temps de saint Charles Borromée, qui faisait de très-grands fruits, quoiqu'il eût fort peu d'acquis, et sa préparation était de deux ou trois heures d'oraison.

Pour l'administration des sacrenienls , quoiqu'ils produisent leurs effets, indépendamment de la sainteté du minisire, cependant il est vrai que souvent ime personne mal disposée à recevoir un sacrement, se trouve changée par la sainteté , par les prières de celui qui le lui administre, qui lui allirent grâce et disposition pour !e bien recevoir; et comme le peuple doit avoir des ministres saints, il a droit de demander et d'attendre des grâces par cette voie. Pe plus, comme en l'oraison on conçoit évidemment

l'importance et la dignité de ses fonctions et le. crime de ceux qui s'en ac(iuittent négligemment, ou s'y applique avec beaucoup plus d'attention , de modestie et de respect.

Enfin, non-seulement la multitude et la sainteté de nos fonctions, mais la manière dont nous sommes obligés de les faire, nous oblige étroitement à l'orais(m. Car il faut nous acquitter de nos emplois au milieu du monde, in mcdio nalionis pravœ , c'est-àdire au milieu des précipices et des écueils : Necesse esl de mtinduno pulvere etiam religiosa corda sordescere. Et lorsqu'on presse un peu cette matière, el ([u'on s'étend sur l'importance, et sur la nécessité de l'oraison, on trouve souvent des esprits préoccupés, qui disent : Cela esl pour des religieux ; mais je dis que cela est encore plus nécessaire pour les prêtres, et je crois qu'un religieux se maintiendra plus aisément sans oraison «ju'un prêtre. Car un religieux esl retiré du monde, et dans son monastère , tout le porte à Dieu ; il ne voit que de bons exemples ; i) n'entend que de saintes paroles ; il n'a que de saintes conversations : mais un ecclésiasli(iue qui doit par son état converser dans le monde ; qui doit aller chez les pécheurs, qui se voit tous les jours au milieu des tempêtes, el sur les bords des précipices, qui se voit environné de publicains, de Samaritains, el de Madeleines, oh 1 qu'il a sujet de craindre ! Sa perte est presque inévitable, el il n'y a que l'oraison qui le peut mettre en assurance. C'est, dit saint Chrysoslome (hom. 3 in Gen.) , le grand port et le lieu qui lui doit servir de refuge : Magnus portus et macjniis refuyii locus ; tentationum pons, et tribiilationum interposilus paries.

2° Or, comme l'oraison esl un exercice si nécessaire et des plus importants de notre vie , c'est aussi un de ceux où nous trouvons le plus d'obstacles , et que le démon attaque avec plus de soin. 11 est tellenienl jaloux dune âme qui fait oraison , qu'il emploie tous ses efforts el ses artifices pour l'en détourner : Veliementer invidel Iwiniui oranti dœtnon, et vmni artc atque machina utitur, tit illius proposi' tinn lœdal. (S. Nil., De orat. , cap. 45.) Il ne cesse pas un moment de travailler pour lui en empêcher le progrès, dit le même saint : ISon cessât ut ejus optiwum cursuvi, et ad Deum perfcctionem impcdire posiit {Ibid.) ; jusque-là que toute la guerre qu'il nous fait (ceci esl remarquable), toutes les attaques qu'il nous livre, n'ont point d'autre fin , au rapport de ce Père, que de nous empêcher de faire oraison, tant elle nous est utile, et tant elle lui est ennemie : Universum beilum quod inter nos et dœmones conflatur, non est de alia re quam de oralione ; est enim illi oratio valde adversa et odiosa : nobis vero salutaris et valde benicjna. {Ibid., cap. 47.) C'est le canal par où les eaux de la grâce découlent dans la sainte Béthulie de nos âmes ; il faut qu'il retranche ce conduit pour s'en rendre le maître ; c'es^ pourquoi les démons ne manquent point de s'assembler autour de nous : lorsque nous devons aller à l'oraison : Ad-

5^ OELVUES CONNUES

r^rta:rus , cum iîcjnum spiriluulis tubœ irisonuerit , visibililer qiiidetn comjreijuri fralres, invisibililer vero inimkûs (Climvc, giad. 18) , alin de nous détourner de CCI exercice.

Or, je trouve trois principales ruses, dont on se sert pour faire réussir ce dessein, je vous supplie d'y faire alteulion; car la plupart des esprits s'y laissent prendre, et ce sont là les trois raisons plus ordinaires, sur lesquelles on se dispense de faire oraison. Voici la première : J'ai d'autres affaires, et je perds le temps à l'oraison. Vous perdez le temps.' quoi ! dit saint Jean-Climaque, qui avait bien prévu ce prétexte, vous perdea le temps; et quoi! appelez-vous perdre le temps, que de vous entretenir avec Dieu? JS'oli, dit ce saint, cum in oratione perduras, dicere : Niliil profeci ; jam enim salis profecisîi. Quid cnim stiblimius esse possit quam adhœrere Domino, atque in hac jmjiter cum illo perscverare? (Climac, De orat., grad. 28.) Aurez-vous jamais une occupation plus sainte, et qui vous soit en même temps et plus honorable et plus' utile? voire temps peut-il jamais mieux être employé ? Sainte Thérèse est dix-huit ans sans y rien faire, ce semble ; cependant après avoir persévéré elle emporte la couronne et le fruit de ses travaux; si elle eût dit après dix-sept ans : Je perds mon temps, elle perdait tout. Or, remarquez l'artifice du démon. C'est sa coutume, dit saint Basile, lorsijue nous devons faire oraison, de nous susciter toujours d'autres affaires et d'autres occupations bonnes en apparence, afin que, sous un beau prétexte, nous nous dispensions plus facilement de l'oraison : Habent hune inoretn dœmonis, ul jaciendœ orationis lempoporibus, per speciosam aliquam laiidabilis £ausœ simnlationem, nobis sedulo auctores sint, ut ab ea nos sttbducamus. (Basil., De renuntialione sœcnli et perfect. spirit.) Examinons sur ce fondement nos affaires; et nous verrons que, pour l'ordinaire, ce ne sont point des affaires, ce ne sont que de vaines occupations, ce ne sont que des amusements inutiles, Intcntio furibus est horam per lioram a nobis furari, dit à ce sujet saint Jean-Climaque. {De orat., grad. 28.) De plus, vous avez des affaires, dites-vous; je le veux, mais sont-elles plus importantes que l'affaire de votre salut? l'intérêt vous en est-il plus cher que celui de votre âme? Quam dabit homo commululionem pro anima sua? {Matth. xvi, 2G.) Et si vous la perdez à quoi vous servira le gain de tout le monde ? Enfin vous dites que vous avez des affaires, et en quantité, et très-importantes : Eh bien ! travaillez-y à la bonne heure ; mais c'est pour cela même que je vous dis que vous êtes encore plus obligé de prier, parce que c'est le moyen le plus srtr pour en avoir le succès : Quœritc primum rcqnum Dot, et liœc omnia adjicieutur vobis. (Maltli. vi, 33.) On se plaignait d'un grand cardinal ministre d'Espagne, de ce qu'il passait beaucoup de temps à l'or:iison, qu'il aurait donné plus utilement aux allaires d'Ela). : Et c'est pour cela même, dit-il, que je m'ap-

DE M. TRONÇON. t6

plique à l'oraison. Ainsi la perte de temps imaginaire et les affaires ne doivent jamais nous détourner de l'oraison. Voilà la preniièrti ruse du démon découverte , et sa première mine éventée : Dieu veuille qu'elle n'ait en nous aucun effet ! Passons à la seconde.

Mais l'oraison est-ielle si nécessaire? on ne sera pas damné pour ne pc»,' faire oraison. Où en sommes nous? Que diriez-vous d'une personne que le roi voudrait entretenir particulièrement, à (jui il voudrait faire part de ses secrets, et qui devant retirer de grands avantages de cette conversation, refuserait de donner au roi cette satisfaction, dans cette pensée : Le roi ne me mettra pas pour cela en prison, il ne m'enverra pas sur un échafaud, il ne me fera pas mourir. Quel aveuglement ! quelle folie ! Est-il possible que nous soyons en assez mauvaise disposition, pour ne point faire ce que Dieu désire de nous, s'il ne nous l'ordonne les foudres à la main ? Quoi ! s'il ne nous menace, s'il ne nous montre les flammes éternelles, s'il ne nous ouvre l'enfer, nous ne ferons point d'état de ce qu'il nous dit ! Que diriez-vous d'un enfant qui ne voudrait faire ce que son père lui dit, que lorsqu'il aurait les verges à la main, ou qu'il le menacerait de le déshériter? ne diriez-vous pas que c'est l'enfant du plus mauvais naturel fj-ii fut jamais ? Eh bien ! n'est-ce pas assez que Dieu nous exhorte k faire oraison , qu'il nous en prie , qu'il nous y convie? Quand même il ne ferait que le souffrir, c'est une grâce et un honneur que nous ne méritons pas.

Vous dites que vous ne serez pas damné pour cela. Qui vous l'a dit? Dieu vousa-t-il envoyé quelque ange pour vous en assurer? En avez- vous eu quelque révélation particulière? Je ne veux point examiner en quel temps, en quelle manière, en quelles circonstances , l'oraison est commandée ; mais je suis assuré (je vous prie de peser ceci, car c'est une vérité qui vous surprendra, mais qui est de l'Evangile), je suis assuré que tous ceux qui sont damnés, sont damnés faute d'oraison , c'est-à-dire qu'ils ne seraient point damnés, s'ils avaient bien fait oraison : car par l'oraison ils auraient attiré la grâce, et Dieu certainement leur aurait accordé la rémission de leurs crimes , car il ne refuse jamais ce qu'on lui demande comme il faut dans l'oraison : Petite et accipietis; quœrite et invenietis ; pulsate et uperietur vobis.... {Joan. xvi, 'ii.)Qunnlo maijis Pater vesler dabit spiritum bonum petcntibus se? {Matth. VII, 11.) Peccati causa est Dei atixilium per orationem non implorare. (Grec. Nyss.)

Mais enfin, quand lîoraison même serait si nécessaire, ne pourrait-on pas, sans crainte et sans scrupule, s'en dispenser pendant quelque temps? C'est Ici la dernière ruse. Quand je serais un jour, une semaine, un mois sans faire oraison , quel si grand mal? C'est tout de même que si vous disiez : Quand je serais un jour, un mois, une semaine, sans manger, quel si grand mal? Oh ! mais la nourriture est

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