‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 161 sur 303 · IX' ENTRETIEN · texte numérisé non relu

IX' ENTRETIEN

De ta préparation nécessaire à la réception des saints ordres, pour la retraite avant l'ordination.

On ne s'engagerait jamais dans le sacerdoce et les autres ordres, si l'on en considérait attentivement toutes les obligations. Deux sortes de personnes y entrent : les unes aveuglées par la cupidité ; les autres animées par l'obéissance et la charité, et il faut avouer que le nombre des dernières est bien petit : car le plus grand nombre approche des saints ordres sans avoir pesé au poids du sanctuaire la grandeur de l'état ecclésiastique, et la sainteté qu'il exige do ceux qui y sont engagés. La sainte Église ne vous a conduit dans cette solitude qu'afin de vous donner du temps pour réfléchir sur les obligations de l'état ecclésiastique. Elle veut que vous y fassiez une nouvelle attention pendant cette retraite, afin que la réception des saints ordres vous soit utile et aux peuples, et ne devienne pas le sceau de votre réprooation. C'est à quoi elle exhorte particulièrement ceux qui doivent recevoir le sous-diaconat : Filii dilectis~ simi, iterum atque iterum considerare debetis attente onus quod hodie ultro appetitis : proinde dum tempus est cogiiate. Il est encore temps de sonder votre cœur, et de vous éprouver avant de vous approcher dies saints ordres, pour voir si vous êtes appelés à l'état ecclésiastique, si vous avez la sainteté et les vertus des ordres auxquels vous aspirez. Le sacerdoce est, selon les saints Pères, cette tour dont parle Notre- Seigneur dans l'Evangile : Quis ex vobis volens turrim œdificare, non prius sedens computat si habeat sumptas ad perficiendum ? ( Luc. x'v, 28. ) Vous devez donc éprouver vos forces, et voir si vos revenus sont assez considérables pour soutenir la dépense de cet édifice spirituel. C'est ce que vous avez à faire pendant cette retraite. Regardez donc cette maison et celte salle où vous êtCb assemblés, comme un nouveau cénaclô où vous attendez le Saint-Esprit, puiscjue vous espérez recevoir dans l'ordination le même Esprit qui fut communiqué en plénitude aux apôtres ; et , pour vous engager à bien faire celle retraite, je vous pro-

ministère, et pour surmonter toutes Ics^ leiilalions pose deux réflexions, qui partageront cet entretien :

la première sera sur la nécessité que vous avez de tiibus sunl apex, omnium quœ inter hommes expetuncette retraite pour vous préparer aux saints ordres ; tur velut exlrema meta. Telle est la dignité à laquelle !a seconde, sur la conduite que vous devez y garder, vous aspirez, qui vous élève au-dessus des rois de

La première réflexion vous fera connaître le besoin que vous en avez par rapport à la fin que vous vous proposez ; la seconde vous apprendra ce que vous devez faire pour y réussir, et en retirer les fruits que Dieu et la sainte Eglise attendent de vous.

Première réflexion : la nécessité de la retraite pour Tordinatiou, J'établis la nécessité de cette retraite premièrement sur la dignité du sacerdoce auquel vous aspirez, et la sublimité des saints ordres que vous désirez recevoir, et qui demandent une grande et longue préparation; secondement, sur la conduite que l'Eglise a toujours tenue et qu'elle lient encore à présent pour préparer ses ministres aux saints ordres: troisièmement, sur votre salut et celui des peuples à la sanctification desquels vous devez un jour travailler, et qui dépend de la préparation convenable et- de la digne réception des saints ordres.

Premier fondement de la nécessité de la retraite, la dignité du sacerdoce et la sublimité des saints ordres. Pour juger de la préparation qu'il faut apporter aux saints ordres, il sullit de faire aîteiuion à la grandeur du sacerdoce et à la sublimite des saints ordres : Videte, fratrcs, vocationem, dit Pierre de Blois, eminenliam cl dignitatem ordinis veslri. Il n'en

la terre, au-dessus des anges; qui vous met en quelcjue parallèle avec la sainte Vierge : 0 veneranda saccrdolum dignilas, m quorum manibus Dei Filius, velut in utero Virginis, incarnatur! dit saint Augustin ; dignité qui vous fait participer à la fécondité du Père éternel engendrant son Verbe, et à celle du Père et du Fils produisant le Saint-Esprit ; qui vous remet toute la puissance que Notre-Seigneur a dajis le ciel et sur la terre, qui vous remet les clefs du ciel entre les mains, vous soumet tous les hommes, et Jésus-Christ même qui se rend obéissant à la voix du prêtre. Telle est, encore une fois, la dignité à laquelle vous aspirez; jugez de la préparation que vous devez y apporter, et du soin que vous devez avoir, pendant cette retraite, de sonder votre cœur, et d'éprouver si vous êtes assez forts pour supporter un fardeau qui serait formidable aux anges mêmes, comme disent les saints Pères : Onus angelicis humeris formidabile.

Troisièmement, quelle préparation Dieu n'a-t-il pas exigée de la sainte Vierge pour concevoir une seule fois le Verbe divin dans son sein ! Le Saint- Esprit est descendu sur elle au moment de l'incarnation. Avant ce temps-là les trois personnes divi-

faut pas davantage pour vous engager à vous y pré- nés avaient travaillé à sanctifier l'âme de la sainte

parer, à bien faire votre retraite, et à vivre conformément à la grandeur de votre état. C'est ce dont nous avertit saint Ambroise dans son ouvrage du sacerdoce : Prius est ut dignitas sacerdotalis tioscalur a nobis, deinde servetur, ne sit deifica profcssio et illicita actio, ne sit gradus summus et animus infimus, dignitas summa et vita ima : digne noscamus quid sumus, ut nomen congruat actioni; actio respondeat nomini, ne sit nomen inane et crimen immane. D'où vient que tant d'ecclésiastiques reçoivent les saints ordres avec un criminel empressement et une cupidité téméraire? c'est qu'ils ne s'y préparent pas, et qu'ils s'en approchent sans en avoir pesé la grandeur et les obligations. De ce défaut vient la vie dé-

Yierge; le Père y avait employé sa puissance, le Fils sa sagesse, et le Saint-Esprit son amour. Dieu l'avait préservée du péché originel et comblée de grâces. Pourquoi tant de préparatifs? c'est, dit l'Eglise, Omnipotens sempilerne Deus, qui gloriosœ virginis Mariœ corpus et animam, ut dignum Filii tut habitaculum cffici mererelur, Spiritu sancto coopérante prœparasli; c'était pour la rendre capable de produire le Verbe éternel, dit saint Thomas : Beata autem Virgo fuit electa divinitus ut esset Mater Dci, et ideo non est dubitandum quin Deus per suam gratiam eam ad hoc idoneam reddiderit.

En quatrième lieu, quelle préparation Jésus-Christ n'a-t-il pas exigée de ses apôtres avant de les or-

réglée et indigne du sacerdoce, que le plus grand donner prêtres! Il les a instruits lui-même, il les a nombre des prêtres mènent dans le monde. conduits souvent dans la solitude, il leur a expliqué

1° Quels sont donc les noms augustes que les les mystères de la foi, il les a formés aux vertus sa-

saints Pères et les conciles donnent à ceux qui sont honorés de l'état ecclésiastique? Angelici liomines, sponsi Ecclesiœ, Cliristiferi, patres, matres, fratres, sorores et vicarii Christi, Dci adjutores, ad Dcum Icgati, sacrorum cœlestium Deo cooperalorcs et dispcnsatores, mundi salvatores, liomines Dei, mcdiutores inter Deum et populum, terreni dii.

En second lieu, quelle est la dignité de l'état auquel vous aspirez?. Ecoutez ce que disent les conciles et les saints Pères : Magnum in se conlinel dignitatem formidabile et admirabile saccrdolium, miraculum est stupendum, dignitas profunda, magna et multa, immensa et infinila, ingens, angelica, imo et divina, deifica profcssio, omnium bonorum qucc in om-

cerdotales, il leur a fait exercer les fonctions du ministère apostolique en les envoyant prêcher et annoncer l'Evangile, en leur doiuiant le pouvoir de chasser les démons, de guérir les malades, de faire des miracles. Après tous ces préparatifs, s'agit-il do les faire prêtres? il prend de l'eau dans un bassin, il s'abaisse devant eux, il leur lave les pieds et les purifie des taches qui étaient restées dans leur âme ; il leur fait une longue et touchante exhortation, il les communie, et leur recommande l'humilité et la charité mutuelle ; eiilin il les ordonne prêtres, il prie pour tous, et en particulier pour saint Pierre, et les visite après sa résurrection, leur apparaissant pendant quaraul'j jours, et leur parlant du royaume

ENTRETIENS ECCLESIASTIQUES

de Dieu, il leur envoie son Sainl-Esprll. Quels prcparalil's ! quel appareil ! quelles cérémonies ! mais il s'agit de faire des prêtres de la nouvelle loi. Les apôtres ont imité l'exemple de leur Maître ; ils ont préparé les premiers diacres à rordiualion par la prière et le jeune, tout en s'informant de leurs qualités et de leur réputation. Pourquoi tant de préparation ? Il s'agit du sacerdoce et des saints ordres. Cinquièmement, les saints Pères nous ont enseigné la même doctrine par leurs paroles, mais encore plus par leurs exemples. Ils enseignent tous unanimement la nécessité de cette préparation , à cause de la sublimité de l'étal ecclésiastique, des obligations qui y sont attachées et des dangers qu'il renferme. Il faudrait transcrire ici les ouvrages entiers des Pères ; conientons-nous de quelques passages dis plus célèbres. Saint Ambroise : Magna subtimili;» magnam débet liabcre cautelam. Honor grandis grandiuri débet soUiciludinc circumvallari ; non neophytum, ajoute-t-il. Et plût à Dieu qu'on apportât rinnocence du baptême à l'ordination , ne in superbiam elatus incidat in insidias diaboli, quia quod nec parvo tempore didicerit in longo tempore servare non potest. Il faut que cette innocence, dit ce même Père, soit soutenue et affermie par des œuvres héroïques qui précèdent l'ordination : Mérita dcbent prœire bonorum operum, ut digmts habeatiir ad ordinationem. Saint Jérôme : Si clericatus te titillet desiderium, rationabilcm hosliam offcres Christo, ne miles antequam tyro, ne prius magistcr sis quam discipulus: necdiim discipuli, et jani ministri sunt. Ignorât mo~ mentaneus sacerdos humilitatem , mansuetudinem ; nescit seipsum contemnere. Combien de prêtres sont à présent tels que les représentait saint Grégoire de Nazianze, et dont la précipitation aux saints ordres le faisait gémir : Heri sucrilegi, hodie sacerdotes ; veteres vitio, pietate rudes; discipuli simul et magistri voyons les séminaires dans les maisons épiscopales pietatis creantur, qui niliil didicerunt , nec ad sacer- ou dans les monastères de Saint-Benoît. Là on leur dotium quidquam prius contulerunt prœter velle. représentait la dignité et la sainteté du sacerdoce. Saint Cyrille d'Alexandrie, sur cette irrégularité que et c'était là qu'ils pesaient l'un et l'autre au poids du f^ue Dieu avait établie dans l'ancienne Loi, et qui sanctuaire.

Augustin, qm s'en plaint ainsi : Vis fada est miki. Pourquoi? c'est que tous ces saints avaient considéré à loisir la dignité et les grandes obligations du sacerdoce. Ils ne croyaient pas être assez dignes de cet état, ni s'y être préparés suffisamment. Eh quoi l des jeunes gens, qui peut-être ont été vicieux, sont chargés de péchés, sans vertu , sans science, sans vocation, sans considération , vont aux ordres, forcent l'entrée, se plaignent, murmurent contre ceux qui les retardent ! Hélas ! que sont devenus ces siècles d'or ! quel renversement de l'ordre ecclésiastique!

Second fondement de la nécessité de la retraite: la conduite que l'Eglise a gardée autrefois avant l'ordination, et ce qu'elle observe encore de nos jours. Premièrement, l'usage de l'ancienne Eglise, avant l'ordination. Il est vrai qu'elle ne pouvait pas aisément assembler ceux qu'elle ordonnait, pour les éprouver ; mais elle était assurée de leur sainteté et de leur piété par le témoignage des évèques, prêtres et diacres , des Chrétiens et même des infidèles, dont elle voulait avoir l'approbation, comme saint Paul le prescrit à Timolhée : Oportet illum bonum habere testimonium ab eis qui [oris sunt. (/ Tim. m, 7.) Ils étaient encore dans l'innocence de leur baptême ; la plupart avaient confessé Jésus-Christ dans les tourments, et portaient sur leurs corps les glorieuses marques de leur confession de foi. Mais la persécution finie, l'Eglise ordonna à ceux qui aspiraient à l'état ecclésiastique de demeurer avec leur évêque ; et les maisons épiscopales devinrent les premiers séminaires. Saint Augustin rassembla ses clercs en communauté, et les forma au sacerdoce. Les évèques d'Afrique pratiquaient la même chose» et cet usage fut universel en Orient et en Occident , il se pratiquait encore au ix' siècle , où nous

excluait du sacerdoce : Non accedet ad offerendum iona Dei homo cœcus vel claudus, dit : Ineptus igitur est ad sacerdotium claudus, id est, qui ad perfecte incedendum parum finnus. Les grandes lumières de l'Eglise grecque et latine nous ont encore mieux instruits de cette grande vérité par leurs exemples ; ils ont demeuré dans la solitude pendant longtemps pour étudier, se sanctifier, considérer à loisir la grandeur et les obligations du sacerdoce. Tels ont été saint Grégoire de Nazianze, saint Basile, saint Chr\sostome , saint Jérôme, saint Augustin, saint Grégoire le Grand, saint Bernard. Plusieurs saints

L'Eglise a toujours pris un très-grand soin pour faire le choix de ses ministres, et elle a observé avec exactitude les règles que saint Paul a prescrites à Tite et à Timothée : Oportet episcopum irreprehensibilem esse, sobrium, prudentem, ornatum, liospitalem, doctorem, non vinolentum , non percussorem, sed modestum, non litigiosum, non cupidum, non neophytum : oportet autem et illum testimonium habere bonum ab iis qui foris sunt. Diaconi similiter pudicos , non bilin» gués, non multo vino dedilos, non turpe lucrum sectantes ; hi probenlur primum, et sic ministrent nul" lum crimen liabentes. (/ Tim. lu, 2, 10.) C'est la ré-

ont fui, se sont mutilés, et ont fait des choses plus ponse uniforme que les Souverains Pontifes, consul-

admirables qu'imitables, pour empêcher qu'on les ordonnât prêtres ou évèques. Il a fallu user d'artifice pour les surprendre, comme on le fit à saint Ambroise, saint Basile et saint Grégoire le Grand ; il a fallu faire violence à d'autres, comme à saint

tés sur ce sujet, ont faite ; les règles que les saints canons ont établies, et qu'on a observées exactement: Apostolorum exemplis edocemur quanta cura ac d&lectu manus impositionem (ieri oporteat. Et le Pape Zosimc ; ObsisiHe talibus ordinationibus , oosislite,

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su\)erbt(c et arrogantîœ. Saint Léon répondit de mê- même usage. Le saint concile de Trente a renou-

me : NuUus admillatur ante tempus examinis, atile vêlé tous les anciens canons sur ce sujet ; et si l'E-

vieritum laboris, ante expcrientiam disciplhiœ. Le glise n'observe pas à la lettre ces anciennes règles.

Pape Ilorniisdas : Longa deb<'t vitavi sitam -proba- ce n'est que par nécessité et par le besoin qu'elle a

tione monstrare eut gubernacula commit tuntur Ecclesiœ. Saint Grégoire le Grand : ISon neoplujium ; sicut neopinjtus tune vocabatur qui adimc noviter erat plan, tatus in fuie, ita nunc inter neophytos deputamus qui adliuc noms est in sancta conversations Le même saint donne cette règle à ceux qui aspirent au sacerdoce : Pensandum est valde ad culmen regiminis quisque qualiter vcniat, atque ad hoc rite perveniens, qualiier veniat, et in infirmitatem suam quotidie quanta valet consideratione agnoscere. Onus est angelicis humeris formidabile sacetdotium. Quisquis ergo sac£rdotium adipisci desiderat, prius vires suas cum hoc quod subilurus est metialur, ut si impar est abstineat. L'Eglise a donné cette niême règle dans ses conciles pour le choix des ministres : Qui regimen saçer

de ministres. Son esprit est toujours le même ; voici comment elle s'en explique dans son dernier concile général : Le saint concile veut qu'on garde les interstices d'un an entier entre les ordres sacrés, et même entre les ordres mineurs, nisi aliud episcopo expedire videatur. Le saint concile veut que les ecclésiastiques demeurent le temps convenable entre les ordres : In unoquoque ordine juxta prœscriptum episcopi se exerceayit ; atque ita de gradu in gradum ascendant, ut in eis cum œtate vitœ merilum, et doclrina major accrescat. Il enjoint aux évêques : NuUi tonsura nisi idoneo detur. Il veut qu'on n'ordonne que ceux qui auront des témoignages de vie et de mœurs : Et quorum vila probata senectus sil. La sainte Eglise fait publier les ordinations aux

dota contendit appetere, ante in se discutiat si vita prônes des Messes paroissiales ; elle ordonne, par la honori sit congrua. Le iv' concile de Latran sous Innocent III : So./jws est paucos bonos qiiam mullos malos habere ministros. Sacerdotii dignitas ex indigna immerositate vUescit ; taies igitur ad niinisterium elïgantur clerici qui digni possunt Dominica sancta tractare. L'Eglise a observé cette règle pour tous les ministres, supérieurs et inférieurs, diacres, prêtres et évoques. On en voit des restes dans le Pontifical romain. C'est pour la même fin que l'Eglise a institué la tonsure, qui fut comme un noviciat pour disposer aux ordres ; elle n'y admettait que les plus saints ; c'est ce que saint Jérôme écrivait à un moine nommé Rustique : Sic vive in cœnobio , ut clericus merearis fteri. L'Eglise a pareillement établi et observé exactement les interstices, c'est-à-dire un espace de temps entre les saints ordres. Ces intervalles étaient très-longs, comme nous l'apprend l'histoire des conciles tenus en Orient et en Occident ; on regardait ordonnés per saltum ceux qui ne les observaient pas. Saint Martin et saint Chrysostome demeurèrent plusieurs années dans l'ordre de lecteurs et d'exorcistes ; on ne recevait le diaconat qu'à trente ans, et l'on demeurait cinq ans dans cet ordre jusqu'à la prêtrise, et depuis la prêtrise jusqu'à répiscopat dix ans. Nul n'était exempt de ces règles, pas même ceux qui avaient passé longtemps dans la solitude. Anciennement encore c'était l'usage de séparer les ordres mineurs, et de ne les donner que plusieurs années les uns après les autres. L'Eglise en a ainsi agi à cause de la dignité du sacerdoce qui demande une grande préparation, une longue épreuve pour examiner si ceux qui se présentent aux saints ordres ont la vocation et les qualités nécessaires à un ministère si rclevft et si saint, à cause des dangers qui sont attachés au sacerdoce et à ses emplois, et pour donner le temps aux ordinands d'acquérir la science et la piété nécessaires au eaccidoce.

Secondement, l'Egliso est aujourd'hui dans le

bouche des évêques, un certain temps de séminaire, l'observation des interstices autant que faire se peut ; elle consulte avant l'ordination le peuple et l'archidiacre ; elle avertit les ordinands : Considerare debetis attente onus quod appetitis ; iterum at-^ que iterum cogitate ; elle arrête l'ordination, s'il y a quelque empêchement ou opposition : elle fa.t observer encore toutes les irrégularités in defectu et ex dclicto, qui étaient autrefois en usage; elle met en pénitence, jeûnes et prières, tous ses enfants aux Quatre-Temps, elle invoque l'Eglise triomphante, elle fait prosterner tous les ordinands, les avertit, les exhorte par menaces et par prières. Or, pourquoi tout cela ? il s'agit de l'ordination, de la réception du sacerdoce, des saints ordres ; elle en explique en particulier les obligations et les vertus, afin d'en renouveler le souvenir aux ordinands. A la fin de l'ordination, la sainte Église avertit les ordinands par la bouche de l'évêque ; les clercs : Filii charissimi, animadvertere debetis quod hodie de foro Ecclcsiœ facti estis ; elle avertit ceux qui reçoivent les quatre mineurs, de leurs devoirs par rapport à leurs ordres ; les sous-diacres : Iterum atque iterum considerare debetis attente quod onus hodie ultro appetitis : sedulo attendile quale ministerium vobis iraditur ; les diacres : Provchendi... cogitate viagnopere ad quantum gradum Ecclesia; asccuditis; les prêtres : Consecrandi, filii dileetissimi, cum magno quippe timoré et quatenus nec nos de vestra provcctione, nec vos de tanti officii susccptione damnari a Domino, sed potius remunerari mnreamur ; et à tous en général : Filii dileetissimi, diligcntcr considerate ordinem per vos susceptum ac onus humeris vestris impositum ; studete sanctc et religiose vivere, atque omuipolenti Deo placere.

Troisième fomienu'iU de la nécessité de la retraite ovant Tordinalion : il faut penser sérieusement à cette action, parce (pie de là dépend le salut des ordinands et celui des peuples. 1" Celui des ordinands.

Le salut des ordinancîs dépend tellement de cette considération faite dans une retraite, qne saint Chrysostonie ne fait pas diftlcuUé de dire : Non tcmere dico, scd prout affcctus sum, non arbilior inter sacerdotes multos esse qui salvi fiant, sed midto plûtes qui percunl ; in causa est quia res excelsum reqiUrit animum : il faut une grandeur d'ànie, une sainteté éminente, qui réponde à la dignité du sacerdoce. Il faut l'acquérir, s'y ét;»blir solidement, s'accoutumer à penser, parler et agir noblement; et saint Grégoire le Grand : Provideri débet quales ordinenlur, ne lii qui ordinati suut pereanl : pulli avium, si ante pennarum pcrfcctionem volare appelant, unde ire in alla cupiunt, inde in ima dcmer^ guntur. Structuris recentibus, necdum solidatis, si kgnorum pondus super ponitur, non habilaculum, sed ruina fabricatur; conceplas soboles fcminœ, si prius quant plene formentur, proferunt, nequaquatn domos, sed tumulos repleni.

Sans parler des dangers de la vocation à l'état ecclésiastique, n'oublions pas de réfléchir souvent et beaucoup au grand nombre de ceux qui se trouvent dans les emplois de cet état : dangers en chaire, au confessionnal , dans l'administration des sacrements; dangers avec le sexe, de la part du démon, du monde, de la chair et du sang, des habitudes ; dangers d'une vertu faible, chancelante, d'une chasteté toute récente et mal affermie. La tête tourne quand on est si haut. D'où viennent les chutes anciennes et moderr.es des prêtres, les désordres du clergé ? C'est de la précipitation à recevoir les ordres sans vocation, sans interstices, sans examen, sans i-onsidération. De là ce peu d'estime que ces prêtres ainsi ordonnés font de leur état ; ils le regardent comme un métier ; ils le prennent par cupidité, par intérêt ; de là les simonies, les brigues, les présents et les flatteries; de là cette vie animale, kitempéranie, impudique, avaricieuse, attachée aux parents et à la famille ; de là cette irréligion et impiété au saint autel, dans l'administration des sacrements ; cette habitude de ne pas résider, cet abandon déplorable d'une paroisse, des malades, des pauvres , des agonisants , d'une église qu'on laisse dépourvue de tout, pendant qu'on ne cherche qu'à se loger soi-même à la manière des riches et des puissants du siècle. D'où vient tout cela ? des voleurs et des mercenaires qui sont entrés ou sans vocation, ou sans réflexion dans un état si relevé et si saint : Grandis sublimitas, grandis ruina ; judicium durissimum his qui prœsunt fiet; patentes patenter patientur. On ne reçoit pas la grâce de l'ordre, ni le droit aux secours actuels ; et comment avoir la force de se soutenir dans les persécutions, dégoûts, tentations et tout le reste ?

2° Cette précipitation cause la damnation des peuples. Non-seulement un ecclésiastique qui reçoit les ordres sans réflexion et sans vocation expose son salut, mais encore celui des peuples ; car un prêtre ne se damne jamais seul ; il entraîne un

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grand nombre d'îimcs après lui : Nemini cito manus imposucris, dit saint Léon, Pape; qui aliter ardinant, pcccant : non est hoc cansulere populis, sed nocere, ncc prœstare regimen , sed augere discrimen. Scri^ ptum est, dit saint Grégoire le Grand, ut prius quis probetur, et sic ministret. Multa ante igitur probandus est qui poputi întercessor assumitur, ne fiant causa ruinœ populi sacerdotes mali. D'où vient le désordre des Chrétiens ! Omnes dedinaverunt , non est qui faciat banum, non est usque ad unum : furtum , homi^ cidinm, adulteriuni inundaverunl. (Psal. lu, 4.) Il n'y a ni foi, ni loi, ni charité parmi les peuples; on n'entend que jurements, blasphèmes, médisance, calomnie ; chacun pense à élever sa fortune et sa réputation sur celle d'aulrui. D'où vient tout cela ? La lumière de l'Eglise est éteinte, le sel affadi : Sic populus , sic sacerdos ; qualis rectar, taies et subditi : i Fer vas , o sacerdotes , blasphematur nomen meum inter gentes. » {Isa. lu, 5.) Au lieu de donner bon exemple , ils sont des sujets de scandale : In cathedta pestilentiœ sedii ; mauvais exemple de jalousie , de vengeance , d'impureté , d'intempérance , d'avarice, d'attachement au monde, d'oisiveté, d'irréligion à l'église, à l'autel, en chaire. Remontez à la source de ces désordres; des usurpateurs téméraires du sacerdoce, des présomptueux, des gens qui prennent les ordres sans réflexion , sans attention , sans s'être éprouvés auparavant , sans avoir reconnu si leur vocation est légiliuie et a les marques d'une bonne vocation, sans avoir les vertus qu'exigent les saints ordres, cette piété, cette dévotion, et surtout cette chasteté solide , affermie et éprouvée qu'exigent le sacerdoce et les saints ordres. De là les peuples sont sans instruction , les sacrements ne sont point fréquentés, les pauvres sans soulagement, les malades sans sacrements ; l'adultère, la fornication , les inimitiés, l'usure, les jurements et l'ivrognerie régnent dans les paroisses abandonnées par l'absence des pasteurs mal appelés ou mal préparés.

Seconde réflexion : la conduite que les ordinands doivent garder pendant la retraite de l'ordination. 1° Il faut consulter Dieu dans cette retraite, lui dire avec sincérité : Domine, scitocor meum, proba me, cognosce semilas meas , deduc me in via œterna. {Psal. cxxxviu, 23, 24.) Loquere , Domine, quia audit servus tuus {I Reg. m , 9) ; audiam quid loquatur in me Daminus. {Psal. lxxxiv, 9.) Domine, doce me facere voluntatem tuam. {Psal. cxlii , 10.) Domine, quid me vis facere? {Acl. ix , 6.) Paratum car meum, paratum car meum {Psal. lvi, 8) ; consulter son directeur, lui ouvrir son cœur, lui exposer sa conscience , ses faiblesses passées , ses misères présentes, le peu de vertu qu'on a, cette chasteté naissante , cette pente au mal , ce temps fort mal passé dans le monde , avec tiédeur et sans fidélité au règlement dans le séminaire.

2° Se demander à soi-même : Ad quid venisli? tu qtiis es ? 0 sacerdos , o clericc , agnosce dignitatem tuam ; sans se flatter : Deus intuetur cor, Deus rua»

6S6 OFXVRES COMPLETES DE xM. TRONSON.

irridctur. Si modo moriturus esses , hoc faceres ? prendrais-je les saints ordres? Ne faites rien dont VOHS puissiez vous repentir à riieure de la mort. Suis-je appelé? Fratres, videte vocalionem vestram : considercmus, dit saint Bernard, et nos an vocati venerimus, et an vocati a Deo, a quo nimirum liœc vocatio est? si nous y venons par la vocation de notre évèque et le conseil de ceux qui tiennent sa place? si nous n'avons pas fait agir pour avoir le «onsentement de nos supérieurs? si nous n'avons pas pris les ordres sans conseil? si nous y entrons avec pureté d'intention, dans le désir unique de plaire à Dieu et de travailler au salut des âmes ? si nous avons l'aptitude de corps et d'esprit pour la

une grande dévotion au saint Sacrement , et si l'on donne bon exemple comme un acolyte y est obligé; si l'on est bon sous-diacre : x\modo assidui , vigiles, sobrii, casti ; si l'on est bon diacre : Estotcassuwptia carnalibus desidcriis, a terrenis concupiscentiis quœ militant adversus animam. Estole nitidi , mundi , puri, casti. Evangelium ore annuntietis , vivis operibus exponalis.... accipe Spiritum sanclum ad robur, ad rcsislc7idum diabolo et tcnlationibus ejus... Abundcl in eis tolius forma virtutis , auctoritas modesta , pudor constans , innocentiœ purilas , et spirîtualis obscrvantia disciptinœ... In Christo ftrmi el slabiles. Pour la prêtrise, si l'on a cœlestis sapienlia, probi mores, diuturna justitiœ olservalio... moriiji-

science et les fonctions ecclésiastiques? si nous care membra vestra a vitiis et concupiscentiis omni'

avons l'esprit de notre état? si nous aimons le se- bus procuretis... accipe vestem sacerdotalem per quam

■ ■ . i- :„„» „.,: ^'.. r„«. 9 c: v.^..c nn cliaritas intelligitur. Enfin, si l'on est comme l'E

minaire et les exercices qui s'y font? si nous en profitons? si nous nous plaisons avec nos supérieurs , directeurs et les prêtres remplis de l'esprit de notre état ? 11 faut sonder son cœur pour voir si ce n'est pas l'impulsion de nos parents, le désir d'une place, qui nous fait embrasser l'état ecclésiastique. Si c'est par Jésus-Christ, la véritable porte, que nous y entrons, dit saint Augustin

glise , les conciles et les Pères le représentent : Ad omne opns bonum insîructi , perfecti in virtute esse debent. Si la sainteté est aussi éminente que la dignité . et surpasse la sainteté des Chrétiens : Erubescant sacerdotes, dit Pierre de Blois , si sanctioris vitœ inveniunlur laici qui hujus mundi fluclibus sunt immersi. Il faut être au-dessus

Christus est oslium quo intramus , et ostiarius qui du peuple : Ab liumero et sursuin (/ Reg. ix , 2),

aperit; nec quisquam sumit sibi honorem, scd qui comme Saiil parut au-dessus du peuple d'Israël:

vocatur a Deo, tanquam Aaron. Eos enim redores Tantum inter sacerdotem et qucmlibet probum mter-

aceipit Ecclesia , dit saint Léon, Pape, quos Spirilus esse débet, dit saint Isidore de Damiette , quantum

prœparavit et dignatio cœlestis gratiœ gignit. Aussi les Pères et les conciles s'écrient contre ceux qui attentent d'entrer dans le sacerdoce sans vocation : Qui non intrat per ostium in ovile ovium , sed ascendit aliunde, ille fur est el latro ; fur non venit nisi ut furetur, tt mactet , et perdat. {Joan. x, 1.) C'est xm horrible sacrilège , dit Pierre de Blois ; il vaudrait mieux que vous fussiez conduit en prison , ou que vous tombassiez roide mort aux pieds de reveque avant l'ordination : Usurpati ausus sacsrdotii sacrificium in sacrilegium, et vitanl convertit in mortem, Multo dignius , multoque rectius esset ut ad carce

inter cœlum et terram discrimitiis est. Cette vie , non-seulement doit être éminente , mais être le modèle des peuples : Vos eslis luxmundi {Malth. v, 14) ; lucete sicut luminaria : sic decet clericos nihil nisi grave, modcratum, ac religione plénum prœseferant. Votre vie a-t-elle été de ce caractère pendant les vacances, chez vos parents, en ville, au séminaire ? C'est à vous à examiner : vous n'êtes en retraite que pour cela, vous y avez intérêt : Niilla sali» magna securitas, ubi periclitalur œternitas.

4° Enfin , sondez vos cœurs pour voir s'ils sont éloignés du péché mortel et véniel , détachés du

rem vel catastam pœnalem , quam ad sacerdotium monde, honneurs, plaisirs , richesses, commodités,

traheremini. Le téméraire, dit saint Ephrem, tene- parents; si votre chasteté est universelle, délicate,

bras exteriores, et judicium absque misericordia s;ms soupçon, éprouvée , solide et affermie pour

consciscit, ignem et mortem sibi accumulât. C'est à n'avoir rien à craindre avec le sexe, au confession-

vousà y penser, à vous éprouver sur ce sujet pcn- nal ; si ces anciennes plaies sont bien fermées; ù

dant celte retraite : Quid prodest homini si mundum universum lucrelur, animœ vero suœ detrimentum patiatur? {Matili. xvi , 2G.) Prenez garde que le caractère de l'ordination ne soit le sceau de votre réprobation comme il l'a été de plusieurs.

3» Considérer attentivement si l'on a les vertus des ordres qu'on a reçus , et auxquels on aspire

nous avons ce respect, cette sainte frayeur, cet éloignemïnt édifiant pour les ordres que les saints ont eus ; si nous n'y allons que par une espèce de contrainte, par pure obéissance : Iterum atque ilc mm considcrare debelis. Après l'avoir considéré attentivement devant Dieu , conférez-en avec vos directeurs, et suivez leurs avis; mais parlez clairement:

(les orures qn un ai^.^^^, ^- - i-- - "^ — »

sonder son cœur pour voir si l'on est maître de ses Q^od ignorât mcdicina non curât ; « Deus miuctur

pas-ons, si l'on a du mépris pour le monde , si l'on ,^,. , ( / Heg. xvi , 7.) U y va de votre éternité , pf n-

vit avec la pureté qui ctmvient à un clerc , si l'on a so/.-y.

ce zèle de la maison de Dieu propre à un portier,

ce respect et cet amour de l'Ecriture sainte conve- -.

nables à un lecteur, si l'on a cet esprit d'oraison et

de in(»rii(ication nécessaire à un exorciste , si l on a

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