X' ENTRETIEN
Qu'il (atit éviter la précipilation à l'égard des saints
ordres.
Je vous disais dernièrcniciit que nous devons avoir un soin tout particulier de répondre à noire vocation par une vie véritablement ecclésiastique , et par l'exercice fidèle de nos fondions : Sutinjite ut ptT bona opéra certam vestram vocationem et electionem facintis. {II Petr. i , 10.) J'ai dessein de vous parler aujourd'hui de l'obligation que nous avons de recevoir les saints ordres selon les desseins de Dieu , et de ne point prévenir par une trop grande précipitation les moments qu'il a marqués pour cela. Quand on supposerait la vocation d'une personne pour l'Eglise , il ne faut pas pour cela se presser pour recevoir les saints ordres ; mais comme il faut une vocation pour entrer dans l'état ecclésiastique, il en faut une autre pour recevoir les saints ordres; et ce qu'il faut éviter beaucoup en la réception des ordres, c'est la trop grande précipitation et le trop grand empressement. Néanmoins c'est un désordre fort commun ; on court aux ordres sans aucune mesure el sans aucune considération , violant impunément toutes les règles que l'Eglise a prescrites à ce sujet. Pour mettre quelque frein à ce désordre, nous vous parlerons présentement de l'obligation que nous avons de nous préparer beaucoup avant de recevoir les saints ordres, et , pour vous en persuader, voici trois grandes considérations : premièrement , avant de recevoir les saints ordres, surtout le sacerdoce, il faut une grande sainteté ; secondement , il faut acquérir de l'aptitude pour servir l'Eglise; troisiènement , il faut bien s'affermir contre tous les dangers qui environnent le sacerdoce. Or ces trois choses demandent qu'on prenne beaucoup de temps pour ne point se presser ; on ne se sanctifie pas , on ne se forme pas , et Ton ne s'affermit pas dans quel(|ues jours, ni dans quelques mois, el, par conséquent , il faut prendre du temps.
Je dis, premièrement, qu'avant de recevoir les ordres, il faut prendre beaucoup de temps pour acquérir la sainteté qui leur est convenable. Comme les ordres sont très-saints, et qu'ils ont des fonctions tentes divines, il faut, avant de s'y engager et d'en faire les fonctions , qu'on se so*it bien purifié et qu'on ait acquis une grande sainteté, autrement c'est faire injure à la majesté de Dieu cl à la sainteté des ordres. Vous ne doutez pas qu'il ne faille aroir une grande sainteté , même pour les ordres mineurs; car les fonctions en sont très-saintes, puisque ces ordres donnent pouvoir d'admettre dans l'église ceux qui sont dignes , et d'en rejeter les indignes ; d'avoir soin des ornements et des meubles de l'église ; c'est le pouvoir des portiers : puisqu'ils donnent le pouvoir de chasser les démons des corps des possédés ; c'est celui des exorcistes : puisqu'ils donnent le pouvoir de lire solennellenicui les leçons de rOfiice divin , et de faire
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même quelque lecture de l'Ecriture sainte; c'est celui des lecteurs : puisqu'ils donnent pouvoir d'assister au sacrifice , de présenter les burettes à l'autel el de porter des flambeaux ; c'est celui des acolytes. Tout cela est très-saint , si l'on en juge avec des yeux bien éclairés , et par conséquent tout cela demande une grande sainteté. Les ordres mineurs demandent un grand zèle de la maison de Dieu, un grand amour pour l'Ecriture sainte, une grande aversion pour toutes les œuvres du démon , el une vie toute pure cl tout exemplaire. Si nous nous élevons aux ordres sacrés , comme ils sont plus saints que les mineurs, ils demandent aussi une plus grande sainteté. Quelle sainteté ne faut-il pas pour le sousdiaconat, pour assister au sacrifice de la sainte Messe, à celte action si redoutable qui fait trembler les anges de respect!... Quelle sainteté ne fautil pas pour le diaconat, puisque le diacre sert au sacrifice immédiatement au-dessous du prêlFe , et qu'il le sert de si près dans l'exercice de l'action la plus sainte et la plus auguste qui puisse se faire sur la terre , sans parler de bien d'autres fonctions qu'il a, très-saintes et très-sublimes ! Mais enfin, quelle sainteté ne demande pas le sacerdoce ! Il faudrait avoir une sainteté plus qu'angélique ; il faudrait avoir un parfait détachement de toutes les créatures; il faudrait être intimement uni à Dieu. Quand on fait réflexion qu'un prêtre, par son état, ofl're à Dieu le saint sacrifice de la Messe, qu'il présente à Dieu cette divine victime que Notre-Seigneur lui a mise entre les mains ; quand on conçoit qu'il fait l'oflice de médiateur entre Dieu et les hommes, qu'il ap|)lique aux hommes le sang adorable de Noire-Seigneur par le ministère de la réconciliation , qu'il annonce la parole de Dieu , et qu'il fait d'autres fonctions que respectent les anges , on doit être persuadé que pour s'acquitter dignement de ces fonctions , il faut une grande sainteté. Or cette sainteté ne s'acquiert pas dans quelques jours , ni dans quelques mois. On ne se défait pas de ces anciennes habitudes comme d'un vêtement ; on ne fait pas mourir le vieil homme de mort subite ; on ne renonce pas aux affections de la terre dans un moment ; on n'acquiert pas les verlus ni le don d'oraison en quelques semaines. Il faut un temps trèsconsidérable pour acquérir celte sainteté ; et il faut avouer que les laïques mêmes se scandalisent au sujet des ordinations pressées et précipitées. Lorsqu'ils ont vu des jeunes gens parmi eux , qui n'étaient pas plus parfaits qu'eux , ils sont surpris lorsqu'en moins de rien ils les voient élevés aux saints ordres, lorsqu'ils les voient à l'autel offrira Dieu le sacrifice auguste de notre religion , lorsqu'ils les voient assis dans un confessionnal exercer l'olBce de juge, lorsqu'ils les voient en chaire annoncer la parole de Dieu et s'ériger en maîtres , et sans qu'ils aient pris le temps de se disposer à ces augustes et ■ admirables fonctions ; il est certain qu'ils en sont scandalisés. Mais ils le sont doublement lorsqu'ils ont
vu parmi eux des personnes qui n'avaient point de piété, qui ne fréquentaient pas les sacrements, qui étaient licencieuses dans leurs conversations et dans toute leur conduite , qui allaient dans les maisons publiques pour y perdre le temps à jouer, boire ou manger, qui causaient du scandale à ceux qui les voyaient, et que néanmoins ils les voient élevées au
ne doivent être en état de rendre service à l'Eglise. Ils ont besoin pour cela de science, de lumière, de maturité d'esprit , de prudence. 11 faut qu'Usaient quelque intelligence de l'Ecriture sainte. Il faut qu'ils soient en état d'instruire par des prônes , des catéchismes et des exhortations. Il faut qu'ils entendent la théologie morale, et qu'ils puissent décider passa-
sacerdoce, sans avoir vu ni appris le changement de blement les cas de conscience. Il faut qu'ils aient lu leurs mœurs. Peut-il y avoir pour eux un plus grand de bons livres, dans lesquels ils aient puisé des sen-
sujel de scandale? Je veux que ces personnes soient changées ; mais en vérité , les idées de leur dérèglement sont encore trop fraîches. Il faudrait un temps considérable pour les effacer dans l'esprit de ceux qui en ont été témoins. Je vous avoue qu'à considérer ceci dans l'esprit de la religion , c'est quelque chose de très-surprenant , et l'on ne peut que s'étonner de la précipitation avec laquelle on entre (tans les saints ordres. N'est-il pas, encore une fois, très-élonnant de voir des personnes qui étaient à charge à leur famille , qui étaient un sujet de scandale à toute une paroisse et à toute une ville , des
timents de piété pour les inspirer aux fidèles. Il faut qu'ils aient acquis une certaine dextérité pour exercer leurs fonctions avec bienséance et religion. Or, je vous demande si l'on peut acquérir cette aptitude qui renferme tant de choses , en peu de temps? Cela ne se peut certainement pas; il faut un temps considérable, autrement l'Eglise en souflre un très-grand dommage. Faisons de sérieuses réflexions sur cette conséquence. Je dis que lorsqu'on se presse pour recevoir les saints ordres, et qu'on ne prend pas le temps de se former aux fonctions ecclésiastiques, l'Eglise en souffre un
gens à qui l'on aurait pas osé confier les clefs d'une très-grand dommage, parce que ces ouvriers à demi
armoire, d'un grenier ou d'une cave , chargés néanmoins des clefs du sanctuaire, du tabernacle et du ciel même , chargés des sacrements et de la conduite spirituelle des âmes? On ne peut penser à cela sans horreur. Toutefois cela n'arrive que trop, et malheureusement dans toutes les ordinations qui se font dans l'Eglise, il y a pour l'ordinaire de ces sortes de personnes.
Si nous avons horreur de ce dérèglement, prenons g.irde de ne pas nous en rendre coupables. Voyons si nous avons mené une vie bien sainte et bien exemplaire. Si nous ne l'avons pas fait , si nous avons vécu dans le péché avant notre entrée dans le séminaire, il faut se purifier à loisir. Si nous n'avons pas édifié, il faut se mettre en état d'édifier ceux que nous avons scandalisés, prenant des routes toutes contraires, effaçant peu à peu les mauvaises impressions que nous aurions données par notre ancienne conduite; et il ne faut pas se persuader que le temps qu'on passe au séminaire soit assez long pour cela. Il faudrait encore édifier dehors avant de s'engager au moins dans les ordres sacrés. On réparerait parla, en quelque manière, le mauvais cxemf)lc donné; cl quand on ne le fait pas, on scan-
formés , et pour ainsi dire ébauchés , ne sont pas capables d'un grand travail dans l'Eglise, ni d'y faire de grands fruits. Le moyen qu'ils rendent à l'Eglise de grands services, ayant si peu de science et de lumières ! Mais il n'arrive que trop que ces sortes de ministres , bien loin de travailler et de servir l'Eglise, gâtent tout, et nuisent beaucoup aux âmes par leur ignorance , par leur peu de talent , et souvent même par leur scandale. Il en est d'un prêtre qui n'est pas formé à son emploi par rapport à l'Eglise, comme d'un médecin, d'un juge et d'un pilote , qui ne sont pas versés dans leur profession par rapport à ceux qui sont entre leurs mains. 1° Représentez-vous un juge qui ne sait point les lois ni la jurisprudence, et qui se mêle déjuger. 11 fait les plus grandes fautes, il prononce en aveugle, et fait tort aux parties. 2° Figurez-vous un médecin ignorant et sans expérience, il tue ses malades sans s'en douter , parce qu'il n'ordonne pas les remèdes propres à leurs maux , ou qu'il en ordonne de contraires. 5° Imaginez-vous un pilote qui entreprend de conduire un vaisseau en pleine mer, et qui ne sait pas encore manier une rame : que doit-on attendre delà conduite d'un tel pilote? Ceux qui y sont cn-
dalise les peuples , et de là procède le mépris qu'ils gagés ne sont-ils pas dans un danger manifeste d'y
font des prêtres, mépris qui passe assez souvent faire naufrage et d'y périr? Voilà une figure de ce
jusqu'au caractère. Cette considération devrait nous qui arrive aux âmes lorsque les prêtres se chargent
suffire pour nous convaincre de l'obligation où nous de leur conduite sans avoir appris suffisamment les
sommes de ne point nous presser pour les saints devoirs de leur état, et les règles pour la conduite
ordres. Il faut acquérir une grande sainteté avant de des âmes. A" Ce sont des juges qui s'asseoient dans le
les recevoir; or il faut du temps pour cela. Il en tribunal de la pénitence, sans savoir comment il faut
faut aussi pour acquérir l'aptitude nécessaire pour procéder dans ce jugement ; qui n'ont point de lu-
servir l'Eglise ; c'est la seconde considération. mières pour examiner et éclaircir les matières ; qui
Vous savez que les ministres de l'Eglise sont or- ne comprennent rien aux cas de conscience, (jui
donnés pour la servir. L'ordre est un sacrement (pii n'obligent pas à restitution les pénitents qui y sont
donne à l'Eglise des officiers et des serviteurs. Or, obligés, ou qui .les y obligent mal à propos ; qui
vous ne douiez pas que ces ofliciers et ces ministres donnent des absolutions lors(iu'il faudrait les refu-
ENTRETIENS ECCLESLVSTIQUES.
ser ou les snspcmlre. En un mot, on ne peut allenlire de pareils juges que des fautes et des égarements très-pernicieux aux âmes, et très-funestes à eux-mêmes, parce qu'ils se damnent évidemment en exerçant un emploi très-important et très-périlleux sans avoir les qualités nécessaires. 2" Ce sont des médecins qui doivent s'appliquera guérir les inllrmités et les maladies des âmes. Pour y réussir ils sont obligés à connaître la nature du mal, et à appliquer les remèdes convenables ; or, lorsqu'ils ne connaissent ni le mal ni le remède propre à sa guérison, ils laissent croupir les pauvres pécheurs dans leurs misères, sans savoir les guérir. N'est-ce pas là un grand et très -grand malheur pour l'Eglise? 5" Ils sont des pilotes qui se chargent de la conduite de l'Eglise, et qui ne sont nullement versés dans cet art des arts. Ce sont des pilotes, disent les saints, qui prennent le gouvernail en main, sans jamais avoir appris à manier la rame ; d'où il arrive que grand nombre d'àmes périssent sous leur conduite, et dont Dieu leur demandera un compte très-sévère : Vertimtatnen savguincm ejus excjuiram de manu tua. (Ezccli. m, 18.) C'est la menace que Dieu fait à ceux qui, étant chargés du soin des ànies, les laissent périr par leur faute. Vous voyez de quelle importance il est qu'on se forme pour les fonctions ecclésiastiques avant de les exercer ; et comme cet exercice est très-imporlaut et très-difiicile, il faut y employer un temps considérable, afin de se mettre en état de les exercer avec bienséance et avec utilité. C'est une étrange illusion de s'imaginer qu'on peut se former en quelques mois. Nous voyons que dans les arts les plus grossiers il faut plusieurs années d'apprentissage : pour apprendre l'emploi d'un notaire ou d'un procureur, il faut demeurer longtemps dans une étude; pour apprendre le négoce il faut passer deux ou trois ans, et quelquefois davantage, dans un magasin ; et l'on croira que, pour avoir passé quelques mois dans un séminaire, on a fait bien au delà de ce qui était nécessaire! Hélas ! dit saint Grégoire de Nazianze, pour apprendre à danser ou jouer de quelque instrument on passe des années entières, et pour l'état ecclésiastique, pour le sacerdoce, qui demande toute la vie, nous aurons de la peine à y employer si peu de temps ! N'est-ce pas un épouvantable aveuglement? Et ne sera-ce pas pour nous devant Dieu le sujet d'un terrible reproche? 11 faut donc, pour remplir notre ministère et pour être utiles à l'Eglise, que nous évitions la précipitation dans nos ordinations.
Ajoutons, pour troisième considération, qu'il faut éviter la précipitation dans la réception des saints ordres, pour bien nous affermir contre tous les dangers qui environnent le sacerdoce. Il est certain
d'une profonde humilité, d'une prière très-assidue, on fera un malheureux naufrage. 11 faut donc qu'avant d'entrer dans le sacerdoce on prenne du temps pour s'affermir, pour prévoir les périls qui sont attachés à cet étal, pour bien apprendre ses obligations : autrement on fera un triste naufrage. 11 faut une force et une fermeté inébranlable dans un prêtre, pour ne pas pécher ; car il se présente mille occasions où il est expose à pécher mortellement. Etre dans le monde sans en contracter la corruption : que de mauvais exemples ! que l'air y est contagieux ! Etre continent au milieu de tant de dangers : on porte une chair rebelle et encline au mal ? on est obligé de parler à des personnes du sexe, d'écouter toutes leurs faiblesses au confessionnal ! On est tenté du démon qui fait une guerre très-cruelle aux prêtres ; il faut une grande force pour lui résister. Saint Paul dit qu'il trouvait dans l'exercice de l'apostolat de? dangers de toutes parts: Pericnlis fluminum, periculis latrcnum periculis ex génère, periadis ex gentibus, periculis in civitate, periculis in solitudine, periculis in mari, periculis a falsis fratribus {II Cor. xi, 26) ; mais, pour ne pas entrer dans le détail infini de tous les dangers que court le prêtre dans l'exercice de son ministère, qu'un ou deux exemples nous sulfisenî. Un prêtre est assis dans un confessionnal ; des personnes de qualité se confessent à lui ; elles se trouvent dans des habitudes criminelles, dans des occasions prochaines de péché, dans des haines et des inimitiés, elles ont pris et retiennent le bien <l'autrui : elles dentandent l'absolution, elles pressent, elles promettent de se corriger; néanmoins, selon les règles, il faut différer et éprouver ces personnes. Qu'arrive-t-il si, l'on manque de force et de fermeté? On donne l'absolution à des indignes, et l'on fait un péché mortel. Un confesseur n'a pas pris un temps suffisant pour se fortifier dans ^a chasteté, il est encore faible ; il entend mille ordures dans le confessionnal, il est dans un très-grand danger de se perdre. Un prêtre voit des désordres, la pureté l'oblige à faire des corrections charitables ; s'il manque de zèle et de force, il ne dira rien, et se rendra coupable des péchés qu'il n'empêche pas et qu'il devrait empêcher.
Souvenons - nous qu'il faut une grande vertu pour soutenir le poids du sacerdoce et la charge des âmes. C'est onus humeris angelicis formidandum. Il faudrait avoir des épaules bien fortes avant de s'en charger, c'esl-à-dire qu'il faudrait avoir pris un temps considérable pour s'y disposer ; autrement on ne s'élève que pour tomber, et c'est le dénmn, non pas Dieu, qui nous porte sur la sainte cité et sur le pinacle de l'Eglise, nous faisant recevoir les ordres avant le temps que Dieu avait marqué, afin
que si l'eut ecclésiastique, si le sacerdoce est un état de nous précipiter ensuite dans un abîme de mal-
irès-saint, il est aussi très-périlleux. On peut dire heurs. C'est dans ces vues que les saints ont tant
qu'il est environné de périls, de précipices et d'é- redouté l'entrée du sanctuaire et h réception des
c«eils, el qu'à moins d'une vigilance continuelle, saints ordres. Bien loin de se presser, ils rerulaieoi OElvres complètes de M. Troxson. I. 21
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et i'uvaicnt tant qu'ils pouvaient, se cachant dans les déserts et dans les solitudes. C'est ce qui a fait trembler en particulier le grand saint Grégoire de Nazianze lorsqu'on voulut l'engager à recevoir le sacerdoce, et ce qui l'obligea à passer une grande partie de sa vie dans la retraite, sachant, dit-il, que toute la vie n'est pas trop longue pour se préparer à ce saint ministère. C'est ce qui porta saint Ambroise à refuser avec tant de fermeté l'épiscopat. Il lit des choses extraordinaires pour persuader qu'il en était indigne, et ne céda qu'après les plus grandes résistances. C'est ce qui porta encore saint Jérôme à s'éloigner des saints ordres. Etant ordonné par saint Paulin, il protesta qu'on lui faisait violence; et, pour empêcher son ordination, il feignit de ne vouloir point garder les lois ecclésiastiques. C'est ce qui fit que saint Augustin, après avoir employé plusieurs années à la prière et à l'élude dans la retraite, quand il se vil pressé de recevoir les ordres, demanda avec instance à son évoque de différer encore son ordination jusqu'à Pâques, ne croyant pas avoir eu assez de temps pour se préparer à un état si périlleux et si saint, parce qu'il ne s'y était pas préparé dos sa jeunesse. Nous voyons qu'il pleura dans son ordination, et qu'il souffrit une espèce de violence. Et ce grand saint écrivant à son évêque \alère, après son ordination, lui dit ces paroles remarquables : Vis milii façta est merilo peccatorum meorum. C'est ce qui porta saint Grégoire à s'enfuir, déguisé en marchand, se cachant dans une caverne, quoique Dieu le découvrît par des miracles : Jndicio columua' iijneœ. En un mot, dit saint Cyrille d'Alexandrie (hom. 1, De fesio Pascliœ), reperi omiies sanctos divini viinisterii inqentem veluti molem formidanles.
Ces exemples devraient faire impression sur nous, et nous porter à nous éloigner par respect des saints ordres, jusqu'à ce que nous fussions établis dans une grande sainteté. Les plus grands saints ont tremblé et gémi de ce qu'ils avaient peu de temps pour se préparer aux saints ordres, quoique souvent ils y eussent employé plusieurs années. Ne devons-nous pas à présent frémir, nous qui ne sommes point comparables en sainteté, en doctrine, en piété, à ces grands hommes, et qui croyons que quelques mois sulfisent pour être dignes du sacerdoce, et qui murmurons lorsque quelque obstacle vient s'opposer à notre ordination à l'époque que nous avions déterminée pour cela dans nos calculs d'intérêt ou d'ambition ! Des cèdres du Liban tremblent à la vue des saints ordres, et ne les reçoivent qu'avec larmes ; et l'on s'y présente aujourd'hui avec précipitation et comme en riant! on ne peut souflrir (ju'on conseille de difliérer ! C'est un grand aveuglement, ou il n'y en a point au monde.
* Poumons convaincre encore plus particulièrement de la vérité qui vient de; faire le sujet de cet onlrclien, considérez, s'il vous plait, avant de le finir, considérez et pesez la conduite de .Notre-Seigneur ;i
l'égard des premiers prêtres. \\ choisit douze personnes, et les élève pendant trois ans dans sa compagnie. Il leur fait des instructions toutes divines, il les instruit par paroles, par exemples, par miracles, et il ne les ordonne qu'après trois ans de séminaire, la veille de sa mort. Cela est convaincant. 11 faudrait donc que ces vues nous fissent entrer dans trois dispositions : 1° de nous éloigner de nous-mêmes des saints ordres, et de presser pour cela; 2° de n'en approcher que par conseil et pure obéissance; 3° de n'y entrer qu'avec une profonde humilité et dans de grands sentiments de notre indignité. Enfin, lorsqu'on entre dans le sacerdoce, il faudrait être dans l'état que saint Paul nous représente par ces paroles : Erit vas in lionorcm sanctificalum, et utile Domino, ad omne opus bonum paratum {II Tim. ii , 21); 1° être saint; 2° être utile à l'Eglise; 5" être prêt à faire tout ce que Dieu demande de nous.