XI' ENTRETIEN
De robligation qiCont les prêtres de se renouveler dans l'esprit et la grâce de leur état.
Je ne saurais, ce me semble, prendre un dessei» plus conforme à la suite de ces entretiens ecclésiastiques, que celui qui est renfermé dans ces paroles de l'apôtre saint Paul : Admoneo te ut resuscites gratiam Dci quœ est in te perimposilioncm mannummearum. {II Tim. i, 6.) L'intention de l'Eglise dans l'établissement des séminaires et des retraites qui s'y font, est que les pasteurs et les prêtres s'assemblent de temps en temps pour recevoir les instructions et les avis de leur évêque, et pour se renouveler dans l'esprit et dans la grâce de leur état et de leurs fonctions. Nous ne savons que trop que la grâce de Dieu s'affaiblit en nous, et que nous entrons insensiblement dans une vie pleine de lâcheté et de tiédeur; on en voit même plusieurs qui passent à une vie déréglée et criminelle. Je ne remanpie que trop de causes de celte tiédeur et de ces dérèglements. Le commerce que nous sommes obligés d'avoir avec le monde nous gâte ; notre nature corrompue, qui ne peut souffrir de se voir dans une violence conlinuellc, nous porte au relâchement ; le démon, qui a une haine implacable contre les serviteurs de Dieu, et surtout contre ses ministres, agit continuellement pour les pervertir et les perdre. C'est de ces sources maudites que procèdent notre tiédeur cl notre dérèglement. Il ne faut donc pas s'étonner si je vous parle aujourd'hui de renouvellement ; car, outre que le besoin en est assez évident, je vois ([ue saint Paul avertit un des premiers évêques de l'Eglise, qui avait reçu la plénitude du Saint-Esprit, de l'importance de se renouveler et de rallimier le feu de l'Esprit-Saint. C'est ce qui m'apprend que nous devons bien appréhender, ptiisque nous sommes loin d'être dans l'élat de ce saint évêque, et que nous vivons dans un temps où 1 » foi semble prescpie éteinte, et la charilé exlrêincnicnt refroidie. Agréez donc que je vous adresse ces pa-
ENTRETIENS ECCLESIASTIQUES
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rolo?. de sainl Paul: Admoneo te ut resuscites graliam Dei qua'esl in te per impositiouem mauuinn mearum. Renouvelons en nous la grâce de notre état et de notre ordination. Mais quelle est cette grâce? La grâce de notre état et de notre ordination est une grâce qui noas sépare du monde; c'est une grâce qui nous consacre à Dieu ; enfin, c'est une grâce qui nous anime à bien servir l'Eglise. C'est cette grâce que nous devons renouveler en nous, et que je vais vous représenter maintenant. Je vous ferai donc voit dans ce discours, que nous devons nous renouveler, premièrement, dans un esprit de séparation du monde; secondement, dans un esprit de consécration à Dieu; Iroiâièmoment, dans un esprit de zèle pour le service de l'Eglise et pour le salut des âmes.
Je dis, premièrement, que nous devons nous renouveler dans un esprit de séparation à l'égard du monde. C'est une obligation indispensable à tous les ecclésiastiques, à tous les prêtres et à tous les pasteurs d'être séparés du monde de cœur et d'affection, parce qu'ils en sont séparés dans leur état. Lorsque Dieu a établi un sacerdoce sur la terre, il a voulu que les prêtres fussent séparés du reste des hommes, et il les a mis au-dessus d'eux. Nous voyons dans l'Ancien Testamenlque Dieu, choisissant la tribu de Lévi pour son culte particulier et pour l'exercice de la sacriûcature, ordonne eii même temps à Moïse de les séparer du reste du peuple : Consecrabis levitas oblatos Domino, ac scparabis de medio filiorum Israël, ut sint mei (x\«m. viii, 13) : vous aurez soin, dit Dieu à Moi&e, de séparer les lévites qui me sont consacrés du reste des enfants d'Israël. "Voilà ce que Dieu a ordonné pour les prêtres de l'Ancien Testament, il veut qu'ils soient séparés par état du reste du peuple. Si Dieu a voulu que les prêtres de l'Ancien Testament fussent ainsi séparés du reste du peuple, il le veut bien plus particulièrement des prêtres dç la loi de grâce ; et c'est ce que le Fils de Dieu a fait connaître à ses disciples, lorsqu'il leur a dit qu'il les avait choisis du monde : Elegi vos de mundo {Joan. xv, 19) ;' c'est-à-dire je vous ai tirés du monde, je vous ai séparés du monde, et quoique vous viviez dans le monde, vous n'êtes plus du monde : De mundo non estis. Vous faites un peuple et une nation à part. C'est aussi ce que saint Paul a bien reconnu, lorsqu'il a dit que tout pontife, tout prêtre est tiré d'entre les hommes : omnis pontifex ex hominibus assumptus. Concluons de là que, puis- «pie tout prêtre est séparé des hommes par son état, il doit en être séparé de cœur et d'affection ; et nous devons entrer dans cet esprit de séparation à l'égard du monde avec d'autant plus de fidélité, que si nous aimons le monde et le fréquentons trop, nous tombons dans un état déplorable, parce que l'attachement au monde et l'application aux choses de la terre, dans un prêtre, sont un obstacle à l'exercice du saint ministère et de ses fonctions. C'est aussi ce que défend saint Paul : Nemo militnns Deo implicat se ncgotiis sœcularibus (II Tim. ii, 4) : une personne
qui combat sous l'étendard de Dieu ne s'embarrasse pas dans les affaires du siècle. En effet, nous ne voyons que trop les prêtres qui aiment le monde, qui s'y engagent en fréquentant les compagnies des gens du monde, en prenant leurs manières, et en s'appliquant aux affaires temporelles ; nous ne voyons que trop ces prêtres négliger leurs fonctions , les abandonner, n'en faire point d'état ; et s'ils s'y appliquent, mon Dieu ! quelle dissipation ! quelle irrévérence et quelle profanation n'y remarque-t-on pas ! Les peuples en sont scandalisés, et n'ont aucune confiance à ces sortes de prêtres. Il est donc vrai qu'un prêtre qui n'est pas séparé du monde dans son cœur, comme il l'est par son état, tombe dans un état déplorable, puisqu'il néglige ses fonctions, ou qu'il les fait mal, au scandale des fidèles et au déshonneur de l'Église.
Mais si l'état d'un prêtre qui s'engage dans le monde est déplorable par la vue que je viens de vous exposer, il est aussi très-déplorable pour luimême ; car il se fait un très-grand tort, et il contracte toutes les ordures du monde. Nous pouvons dire que ce qui arriva aux Israélites en se mêlant avec les gentils, arrive aux prêtres qui ont commerce avec le monde et qui s'y attachent : Commisti tunl inler gentes, et didicerunt opéra eorum, et servierunt sculptilibus eorum, et factum est illis in scandulmn. (Psal. cv, 55.) Les Israélites ne se défiant pas assez d'eux-mêmes, voulurent avoir commerce avec les gentils qui n'avaient pas la connaissance du vrai Dieu, et qui étaient idolâtres. Qu'arriva-t-il? le voici, dit le Prophète : Didicerunt opéra eorum : en voyant leurs actions et leur conduite, ils les ont imités ; servierunt sculptilibus eorum : ils ont offert de l'encens à leurs idoles, et factum est illis in scandalum : et ils ont trouvé leur ruine en se liant avec eux. Voilà une figure de ce qui se passe dans les prêtres lorsqu'ils aiment la conversation des gens du monde. En conversant avec eux, ils les voient agir, ils imitent leurs actions et suivent leurs maximes; ils se remplissent de leurs passions, ils offrent de l'encens à leurs idoles, c'est-à-dire qu'ils deviennent, comme eux, amateurs des plaisirs, des divertissements et de la bonne chère ; e'est-à-dire qu'ils deviennent avides des richesses et des biens de la terre ; c'eslà-dire qu'ils deviennent ambitieux, superbes, attachés à la fausse gloire du monde : et servierunt sculptilibus eorum : ils offrent de l'encens à l'idole du monde; et factum est illis in scandalum : et ils font des chutes funestes, des chutes scandaleuses pour les fidèles, des chutes dont ils ne se relèvent jamais. Voilà la fin malheureuse des prêtres qui aiment le monde dont ils sont séparés par leur état. C'est ce que nous devons craindre tous tant que nous sommes, et c'est ce que noas devons prévenir. Et si nous voulons véritablement ôtcr de notre cœur l'esprit du monde, soyons ûdèles :
1" A ne point aimer le monde ni tout ce qui est dans le monde ; c'est l'avis que nous donne l'aeôtre
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saint Jean . Filioli, notile diligere mundum, ncque ea quœ in mnndo snnt : t Mes cliers enfants, » dit cet apôtre , « ii'uimez pas le monde, ni tout ce qui est dans le monde » (/ Joan. ii, 15) ; n'aimez pas les plaisirs, les richesses et les honneurs ; n'aimez pas toutes ces choses, car elles souillent le cœur, et puisque le Fils de Dieu les a méprisées, n'en faites ^oint d'état. Prenons garde de ne pas parler avec estime des richesses ; n'estimons pas heureux ceux qui font bonne chère, ni tous ceux qui passent la vie dans les plaisirs et dans les délices : Nolite diligere ca quœ in mundosunt. 2° Prenons garde à l'avis que nous donne saint Paul, de ne pas nous conformer au siècle : Nolite conformari liuic stcculo. {Rom. xu, 2.) Evitons cette malheureuse conformité dans notre table, dans nos meubles, nos vêtements, nos manières d'agir , et, bien loin de nous conformer au siècle, il faut entrer dans la disposition du grand Apôtre : Milii mundus crucifixus est et ego ntundo {Galal. vi, ii) ; je regarde le monde avec exécration, et le monde me regarde comme un objet d'horreur, c'est le témoignage que tout prêtre doit pouvoir se rendre. Enfin, prenons garde de ne converser avec le monde qu'autant que la charité et la nécessité le demandent; et encore allons-y avec toutes les précautions que l'on prend lorsqu'on est obligé d'aller dans un lieu contagieux. Si nous en usons ainsi, nous aurons quelque assurance que nous sommes séparés du monde de cœur, comme nous en sommes séparés par notre élat ; nous aurons l'avantage, en faisant ce que Dieu demande de nous, d'éviter un grand nombre de péchés, et notre propre perte, qui serait inévitable si noos aimions le monde. Demandons à Dieu qu'il rallume en nous celte grâce de séparation à l'égard du monde, et qu'il éloigne de nous l'esprit du monde ; mais prions-le aussi qu'il renouvelle en nous l'esprit de notre consécration ; c'est la seconde chose que nous devons renouveler en nous par sa grâce ; et dont je dois vous faire voir l'importance dans la seconde partie de ce discours.
Dieu n'a séparé les prêtres du reste des peuples (|ue pour se les consacrer d'une manière particulière, en sorte que si les prêtres sont séparés du monde par leur état, ils sont également consacres à Dieu. Dieu s'en est expliqué dans l'un et dans l'autre Testament : dans le premier, à l'égard des prêtres de la loi ancienne ; dans le second, à l'égard des prêtres de la loi de grâce ; A l'égard des prêtres de la loi, Dieu ordonna ix Moïse de les consacrer : Consecrabis levitas ohlalos Domino: « Vous consacrerez leslévilcsdcvouésà Ùieu{Exod.\L,l\);*(il il ajoute cette raison-M< sinl mci, afin (lu'ilsm'appartiennentctqu'ds soient spécialement à moi. Aussi Moïse, représentant aux prêtres leurs devoirs et les desseins de Dieu sur eux, leur disait : Vos elcyit Dominusut stetis corameo et ministrctisilli '•^Le Seigneur vousachoisisafin que vous vous teniez ensa présence et que vous le serviez. » {Deut. vu, 7.) Ces paro-
nôtre, étaient consacrés à Dieu, ceux de la loi de grâce le sont d'une manière toute particulière, et leur consécration surpasse autant celle des prêtres de la loi mosaïque que la vérité est au-dessus de la figure. L'apôtre saint Paul nous apprend que les prêtres de la nouvelle loi sont spécialement consacrés à Dieu, lorsqu'il dit que Tout prêtre est tiré d'entre les hommes et quil est établi sur les choses qui regardent Dieu, pour ofjrirdes dons et des sacrifices : t onmis pontifex ex hominibus assumplus, pro hominibus constitîiitur in eis quœ sunt ad Deum, ut offerat dona et sacrificia. s {Hebr. v, 1.) Le prêtre est donc séparé des hommes, et il est consacré à Dieu. 11 est consacré à Dieu par un sacrement très-excellent, celui de l'ordination qui lui donne une grâce particulière, et qui fait qu'il est le ministre du Dieu vivant et de so!i Eglise, en sorte que s'il ne porte pas sur une lame d'or la marque de sa consécration, comme les pontifes de l'ancienne loi, il est vrai qu'il la porte sur la substance de son âme par le caractère qui lui est imprimé d'une manière ineflaçable dans son ordination ; et l'on peut dire de lui avec plus de vérité ce qu'on lisait sur le front du grand prêtre : Sanelum Domino, saint au Seigneur.
Mais pourquoi Dieu a-t-il voulu se consacrer des prêtres? Dieu s'est consacré des prêtres et des ministres, afin qu'ils demeurent dans sa maison et qu'ils se tiennent en sa présence ; c'est afin qu'ils soient appliqués à le louer, à le bénir et à le glorifier; c'est afin qu'ils soient toujours attentifs à recevoir les ordres de sa majesté divine, et à les exécuter ; c'est afin qu'ils présentent le très-auguste sacrifice de la sainte Messe et les offrandes des fidèles : Ut offerat dona et sacrificia ; c'est afin qu'ils administrent les sacrements, et qu'ils exercent dignement et solennellement les fonctions de son ministère. C'est pour cela que les prêtres sont consacrés, et cette consécration demande qu'on soit tout appliqué à Dieu, et qu'on ne s'occupe point des soins et des embarras de la terre. C'est l'esprit qui doit nous animer et que nous devons faire revivre en nous. Pour nous porter efficacement à faire revivre en nous cet esprit de consécration, nous devons considérer que si nous ne l'avons point, et que si, au lieu de nous comporter comme des personnes consacrées à Dieu, nous menons une vie terrestre et profane, nous faisons une grande injure à Dieu en violant notre consécration, et nous méritons les derniers châtiments de sa justice. Pour les prévenir, il faut nous souvenir continuellement de notre consécration , et il faut que notre esprit et notre cœur soient tellement à Dieu, que nous ne les occupions plus des choses de la terre. Nous devrions en user à l'égard de Dieu conune on en use à l'égard des choses inanimé(;s ([ue l'on consacre au culte de Dieu ; on a soin, par exemple, de ne pas profaner ks vases sacrés, on ne
les nous manpient assez (jue les prêtres de l'ancienne s'en sert que pour l'usage du sacrifice, et l'on regar- 'oi étuienl consacrés à Dieu par leur état. Que si les derait connue une impiété horrible de s'en servir prêtres de cette loi, qui n'était qu'une ligure de la pour des usages profanes. Nous sommes sans doul«
plus sacrés que les vases qui servent au saint sacrifice ; or, si nous sommes plus sacrés, il ne faut donc pas souiller nos cœurs et nos esprits par les pensées el les aflections des choses terrestres; autrement nous serions plus coupables et bien plus criminels q'ie si nous employions des vases sacrés à des usages profanes. N'oublions donc point ce que nous sommes, nefaisons rien q\ii soit indigne de notre consécration'. Réveillons en nous l'esprit de sainteté et de religion, faisons-le paraître dans l'exercice de nos fonctions, et comportons-nous d'une manière digne du Dieu auquel nous sommes consacrés et dont nous avons l'honneur d'être les ministres. Mais ne nous contenions pa"s de renouveler en nous l'esprit et la grâce de notre consécration, il faut aussi nous renouveler par rapport au prochain, et entrera son égard dans un nouveau zèle pour le servir et procurer son, salut. C'est le troisième elfe't que^ doit opérer en nous la grâce de notre ordination, et le sujet de ma troisième partie.
Les saints remarquertt que Dieu, en établissant le sacerdoce, a voulu que sa principale fonction fût de l'honorer ; mais il a prétendu aussi que la seconde fût de sanctifier les peuples. Si nous sommes entrés dans les saints ordres et dans quelque place à charge d'âmes avec la vocation de Dieu el les autres dispositions requises, nous avons eu celte grande disposition de servir l'Éghse el de travailler au salut 'des
?mes. Peut-être nous esl-il arrivé de laisser ralentir notre zèle et de nous relâcher de notre première ferveur ! Dans les commencements on ne respire que le salut des âmes, on fait la guerre au péché, on presse les pécheurs de se convertir, on est assidu au confessionnal, on est fidèle à la visite des malades, on fait les instructions fort régulièrement, on parle de Dieu dans les conversations ; mais si l'on n'y prend garde, ce zèle s'affaiblit, et bientôt à peine voit-on en soi quelque reste de ce qu'on a été ; on couvre sa paresse et son relâchement de quelque prétexte spécieux pour ne pas sentir les remords de sa conscience. Lesuns s'excusent sur leur âge, lej autres sur leurs incommodités, d'autres disent que les vérités ne font plus d'impression sur leurs paroissiens, el par là ils flattent leur conscience ; mais, dans le vrai, ils manquent de zèle et de charité pour leur prochain. C'est ce zèle que nous devons rallumer en nous, selon l'avis du grand Apôtre : Admoneo te ut resusciles gratiam Dei quœ est in te per impositionem manuuin. Pour nous porter à le rallumer, considérons quel est le dessein de Notre-Seigneur. Nous pouvons en juger par ce qu'il a dit aux premiers prêtres et aux premiers pasteurs de l'Eglise. 11 leur dit qu'il les a choisis pour aller par toute la terre y faire du fruit el un fruit permanent : Eleqi vos ut ealis et fructum afferatis et fructus rester maneat. {Joan. xv, \G.) Allez, dit-il encore, enseignez toutes les nations, et baptisezles au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. {Matili.wMu, 19.) Il leur fait pari de son pouvoir, et il les envoie comme son Père l'a envoyé. Cette «oaduite du Fils de Dieu nous marque et son dessein
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sur les prêtres, et le grand amour qu'il a pour les âmes. Cet amour que le Fils de Dieu a pour les âmes nous doit être un motif bien pressant do les secourir dans leurs besoins spirituels, el nous ne devons pas douter que nous ne fassions une action trèsagréable à sa divine majesté. Saint Grégoire le Grand assure que le zèle du salut desâmes est le sacrifice le plus agréable qu'on puisse faire à Dieu : Nulhim omnipotenli Deo taie est sacrificium quale est zclus aniinarum (lib. vi, Super Eccli. i, hom. 12.) Saint Clwysostome, parlant aussi du soin qu'on a des ânies rachetées par le sang du Fils de Dieu, dit qu'on ne peut exercer un oHice plus cher à Dieu : ISullum officium hoc Deo cliarius. C'est pourquoi le même saint a dit que notre principale occupation doit être d'avoir soin de nos frères: Quram fratrutn nostrurum gerere summa vitœ noslrœ. (Serm. 1), in Gcn.) En faut-il davantage pour exciter notre zèle? ces vues el ces considérations sont plus (pie sulfisanles pour nous convaincre de l'importance d'avoir du zèle pour le salut des âmes. Concevons donc une grande estime de ces âmes, si chères à Notre-^Seigneur, el prenons tous les moyens possibles pour coopérer au dessein que Dieu a de les sauver ; et pour réussir, commençons,
1° Par nous-mêmes ; ayons une grande idée de l'affaire de notre salut. Si nous étions bien persuadés que l'affaire de notre salut est très-importante , nous nous appliquerions avec bien plus de zèie à la faire réussir dans les autres. Commençons, encore une fois, par bien régler notre vie ; car, comnvî nous l'apprend le Saint-Esprit, comment celui qui est méchant à hii-même serait-il bon et utile aux autres? Qui sibi ncquam est cui alii bonus eril? (Eccli. xiv, S.) Si au contraire nous sommes bien réglés, nous serons en état d'être utiles aux autres; notre bonne vie les édifiera, nous serons plus en état d'attirer les grâces et de toucher les cœurs. 2° Pour rendre noire zèle utile au prochain , il faut beaucoup prier, il faut instruire , il faut faire pénitence , il faut corriger, il faut exhorter avec toute sorte de patience, selon l'avis du saint Apôtre : Argue, increpa, obsecra, in omni palienlia. {II Tint. IV, 2.) C'est par ces moyens que nous pouvons espérer .le faire du fruit dans les âmes; et parce qu'il y en a peu qui les prennent, de là vient le peu de fruit (jue tout la plupart des prêtres el des pasteurs. On fait quelques légères démarches pour la conversion des pécheurs et pour la perfection des justes, mais on ne fait pas tout ce qu'on doil ; el si on le fait pendant quelque temps, à la fin on se lasse, on se dégoûte, on succombe sous les dillicultés qui se présentent. Jetons les yeux sur Notrc-Seigneur, voyons son grand courage , sa grande ferveur et sa longue persévérance dans l'exécution de l'œuvre que son Père lui avait confiée. Il n'y a rien qu'il ne fasse, point de peine qu'il ne souffre, point de tourment qu'il n'endure; et il s'applique à cette œuvre jus(iu'à la fin de sa vie ; ce n'est qu'avant de mouni:
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nu'il dit à son Père : Opus consummavi quod dedisli vJti (Joan. xvii , 4) ; et il comprend même dans la consommation de cette œuvre son dernier sacrifice qui en est comme le sceau. C'est pour cela qu'en expirant il s'écrie : Consutnmatum est, tout est consommé, et il rend l'esprit , et emisit spiriluni. {Joan. XIX, 28.) Il rend son esprit pour le communiquer à son Eglise , à ses fidèles , et particulièrement à ses prêtres. Prions-le qu'il nous communique cet esprit qui l'a animé dans toute sa conduite. Demandonslui un peu de part de ce grand éloignement où il était à l'égard du monde ; demandons-lui un peu de part de cette application totale et continuelle qu'il avait à l'égard de Dieu ; demandons-lui qu'il nous inspire quelque portion de ce zèle qui le dévorait. Enfin, faisons tous la prière qu'il ordonna à ses disciples lorsqu'il leur dit : Rogate Domimim messis ut mittal operarios in messem suam ; messis quidem mnlla , opcrarii autem pauci. [Malth. ix , 57.) Il y a beaucoup de prêtres, mais il y a peu d'ouvriers. Que chacun donc travaille pour soi , qu'il s'applique ces paroles : Admoneo te ut resuscites gratiam Dei quœ est in te per impositionem manuum. {II Tint, i , 6. ) C'est ce que je souhaite et pour vous et pour moi.