XII' ENTRETIEN
Sur le bon exemple que les ecclésiastiques doivent donner aux peuples.
L'obligation la plus essentielle et la plus indispensable du sacerdoce est de donner bon exemple en tout et partout. Les ecclésiastiques sont, par leur état, les copies de Notre-Seigneur, leur maître et le modèle des peuples. Ils doivent dire, à l'exemple de saint Paul : Imitatores met estote , siçut et ego Christi (/ Cor. iv, 16), et exprimer en eux, aux yeux des fidèles, la vie de notre aimable Sauveur, qui , étant monté au ciel , a voulu se donner, e\\ quebjuc façon, lui-même comme un modèle sensible dans la personne de ses ministres sacrés. C'est pour cela que la vie des apôtres n'a été «ju'une expression continuelle de notre divin Maître. Ils le rendaient sensible à ceux qui n'avaient pas eu le bonheur de le voir sur la terre , et ils ont incomparablement plus converti de Juifs et d'infidèles par leur vie édifiante que par leurs miracles. C'est pour apprendre ce devoir à tous tes ecclésiastiques, que Notre- Seigneur les appelle la lumière du monde et le sel de la terre : Vos estis lux mundi [Matlh. v, 14), vos estis sal terrœ {Ibid., 15) ; que l'Eglise dans ses conciles et les saints Pères disent unanimement : Vita clericorum est liber luicorum et continuum vclul prœdicandi ycnus. Les ecclésiastiques ne sauraient remplir leurs devoirs s'ils ne soutiennent la dignité du sacerdoce et de ses fonctions par une vie sainte el exemplaire. C'est le sujet de cet entretien , (n> je vous ferai voir : premièrement la nécessite et l'obligation où sont tous les ecclésiastiques de donner bon exemple; en second lieu, en quoi et comment ils doivent donner bon exemple.
J'établis l'obligation qu'uni tous les ecclésiastiques de donnei' bon exemple sur trois devoirs principaux et essentiels au sacerdoce : 1° Les prêtres sont les ministres de Dieu, et ils doivent le glorifier ; ce qu'ils feront efTieacement parle bon exemple. 2° Ils sont les ministres de l'Eglise, les plus nobles officiers de cette Epouse de Jésus-Christ , et, en cette qualité, ils doivent contribuer à son honneur ; ce qu'ils feront par le bon exemple 5° Enfin ils sont les pasteurs des fidèles, et ils doivent travailler avec zèle à leur salut ; ce qu'ils ne peuvent faire utilement et efficacement qu'en soutenant leurs foî^c-' tions par une vie sainte et exemplaire. 1° Les prêtres doivent contribuer à la gloire de Dieu, ce qu'ils feront efficacement par le bon exemple. Le zèle de la gloire de Dieu doit faire le caractère d'un prêtre ; il doit être dans les sentiments du prophète Elie : Quid hic agis, Elias? Et respondit: Zelo zeiatus sum pro Domino Deo exercituum [III Reg. xix, 10) ; et dire avec Notre-Seigneur : JSon quœro gloriam meam, sed ejus qui misit me Patris. {Joan. VIII, 50.) Gloria Dei, dit un Père de l'Eglise, o anima sacerdotalis! panis tuus est. Tel est le langage de l'Eglise dans tous les conciles : Estis, o clerici, divina misericordia in ecclesiastico ordine conslituti ad gloriam Dei conservandam et propagandam. Or, c'est par le bon exemple qu'ils contribueront efficacement à la gloire de Dieu, comme Notre-Seigneur lui-même l'a dit dans l'Evangile : Vos estis lux mundi ; sic luceat lux vcstra coram hominibus, ut glorificent Patrcm vestrum qui incœlis est. {Malth. v, 1 i 16) C'est le boa exemple, dit saint Ambroise, qui fait respecter la majesté de Dieu : Vt qui vidit mini-^ strum allaris congruis ornatum virtutibus, auctorem prœdicet et Dominum venerelur qui taies liabet ser~ vos. C'est la raison qu'en donne le concile de Trente, par ces mémorables paroles dont nous parlerons dans la suite de cet entretien : Sic decet clericos in sortem Domini vocatos vitam moresque suas componere, ut habitu, gestu, incessu aliisque omnibus rcbus nihil nisi grave, moderatum ac religione plénum prœ se ferant,^ ut corum actiones cunctis afferant veneralionem. Le bon exemple a toujours produit cet effet dans tous les temps, dans l'Ancien et le Nouveau Testament. Nabuchodonosor fut forcé de respecter le Dieu de Daniel, et de publier sa gloire en voyant la sainte vie de ce prophète et de ses compagnons : Daniel serve Dei vivcntis, pareant Deo Danielis {Dan. xiv, 42) ; et il le fit i)ublior dans tout son empire. C'est la vie sainte et exemplaire des prophètes qui attirait au service de Dieu les Juifs et leurs rois. C'est la vie sainte du grand prêtre Onias, qui fit resi)ectcr le temple aux princes infidèles : Propter Oniœ pontifias pietatem, lisons-nous au /7" livre des Machabécs (m, 1), ftebat ut et ipsi rcges et principes sunwio honore sanclum locum duccrent, et tcniplutn maximis illiislrarcnt muneribus. C'est le bon exemple des apôtres et de le.urs successeurs qui a attiré à la religion clirélicnnc tant de
653 EÎSTRETIEKS ECCLESIASTIQUES. 6o4
Juifs Cl d'iiifidùles. Us enlraiont par milliers dans meut : Ecclesia est sponsa Christi de latere ejus for-
TEglise en s'écriant : Oh ! que le Dieu des Clirélicns mata, gratia ilUus dealbala, ac prelioso sanguine dor-
est gTAiMil Credinuis Jesttm Christuni Filium Dei esse tala... Tota ptdclira es. Telle est l'idée que nous
qui talem sibi elegit famnlani, dirent les païens de en donnent les saints Pères et les conciles après
sainte Cécile. Saint Pierre exhortait tous les Chré- TEcriture sainte. C'est aux ecclésiastiques que
tiens, à plus forte raison les i>asleurs et les ecclésiastiques : Conversationeni veslrani inter gentes liabentes bonam, ut in eo qtiod detrectant de vobis tanquam de malefactoribus, ex bonis opcribus vos considérantes, glorificent Deum.... llœc est voluntas Dei, ut benefaciesites obmulescere faciatis liominum iniproborum ignoranlianu (I Petr. u, 1:2, 15.) En effet, il arrive souvent que les idolâtres et les impies corrompus et igRoranis attribuent à Dieu les crimes qui sont commis par les laïques et par les prêtres ; mais la vie sainte et exemplaire fait voir que Dieu, auteur de la religion chrétienne, condamne le péché, qu'il est saint et qu'il contribue à la gloire de son saint nom. Terlullien confirme cette vérité par un beau mot : Cliristiarus {a fortiori sacerdos), est compcndium Evangelii. Il dit dans son apologétique qu'on avait beau décrier le christianisme auprès des princes païens, la vie sainte des Chrétiens servait d'apologie à Jésus-Christ, fondateur de la rehgion chrétienne, et attirail au christianisme des foules d'idolâtres, orateurs, philosophes, Grecs, sa-vants, libertins; les princes mêmes s'écriaient : Oh! que le Dieu des Chrétiens est grand et saint! On a vu le même effet du bon exemple dans tous les siècles ; et c'est ce qu'ont opéré en ces derniers lemps les exemples de saint Ignace, de ses premiers compagnons, de saint François Xavier dans les Indes, au Japon, dont les rois idolâtres respectaient le Dieu que ce saint adorait, en permettant à leurs sujets d'en embrasser la religion : Sic luceal lux vestra, ut glorificent Patrem vcstrum qui in cœlis est.
Mais hélas ! disons-le avec douleur, c'est au contraire par la vie scandaleuse des prêtres que Dieu est déshonoré : Ad vos, o sacerdotes, qui polluitis altare meum ; coinquinabar in mcdio eorum ; per vos blaspliemalur nomen meum inter génies. {Ezecli. xxii, 26.) Que peuvent dire les idolâtres et les libertins ignorants, du Dieu des Chrétiens et des vérités de la religion, en voyant la vie déréglée des laïques et surtout des ecclésiastiques ? Plurimi, dit saint Bernardin de Sienne, considérantes cleri sceleratam vitam, ex hoc vacillantes, imo muUoties déficientes in fide non credunt quod illa quœ de noslra fide sunt scripta, sinl vera... clavium virtutem non credunt, ecclesiastica sucrumenta despiciunt, etiam non esse imo putanl, non liorrenlinferos, hoc sœculum statuunt sibi paradisum.
En second lieu, le bon exemple des ecclésiastiques fait honneur à l'Eglise. Après la gloire de Dieu, celle de l'Eglise catholique doit être le plus à eœur à un prêtre. S'il fait attention à la nature
cette Eglise est confiée : Jpsis crédita est Ecclesia. Sacerdotes sunt custodes sponsœ Christi, sponsi ac ministri. Or, un époux est jaloux de l'honneur de son épouse; cetteiqualitc et les autres, que les saints Pères et les conciles donnent aux prêtres, doivent les engager à faire honneur à l'Eglise. C'est ce que saint Bernard recommandait autrefois à des évêques et à des prêtres assemblés : Attendite nobis et pretioso deposito, quod vobis creditum est, quod est Ecclesia : sponsa est, sludete ornatui ; sponsœ ov' natus est in bonis opcribus et moribus. C'est le bon exemple des Chrétiens et surtout des ecclésiastiques qui a augmenté et honoré l'Eglise : Sanguis martyrum fiebat semen Christianorum, dit Terlullien en son apologétique. Tous étaient attirés au christianisme par la vie sainte des Chrétiens et de leurs pasteurs, par la patience et les vertus qu'ils pratiquaient au dehors, et dans les prisons. C'est ce que les Actes des apôtres rapportent de saint Paul et de Silas. L'histoire ecclésiastique rapporte la conversion d'une grande famille, opérée par la vie exemplaire de saint Sébastien. C'est par la vie sainte et édifiante que les idolâtres ont abandonné le paganisme, que les hérétiques, et les schismatiques sont rentrés dans le sein de l'Eglise catholique, que les pécheurs les plus endurcis se sont convertis et ont embrassé la perfection la plus élevée. Il est aisé de prouver cette proposition par ce qui est arrivé depuis la naissance de l'Eglise jusqu'à nos jours : conversions innombrables et étonnantes, qui ont fort augmenté l'Eglise, et lui ont fait un honneur infini. Aussi l'Eglise, qui a toujours été jalouse de sa gloire, a pris en tout temps des soins extrêmes pour ne souffrir dans le clergé aucun ecclésiastique qui pût la déshonorer, quelqne tjalent qu'il eût d'ailleurs. Elle excluait du sacerdoce et des saints ordres ceux qui n'avaient pas été irrépréhensibles, quelque longue et rigoureuse pénitence qu'ils eussent faite. Eligite viros ex vobis septem boni lestimonii, dit saint Pierre dans le choix des premiers diacres. {Act. xv, 22.) Saint Paul a prescrit la môme règle à ses disciples Tite et Timothée : Oportet episcopum sine crimine esse, irreprehensibilem; operarium inconfusibilem ; diaconos similiter pudicos, non bilingues, non mullo vino deditos, non turpe lucrum sectanles. (/ Tint, m, 2; lit. I, 6.) Si un ecclésiastique tombait après l'ordinalion, il était exclu du clergé : Dcponalur et ad communionem laicam dimittalur; ex pœnitenlibus, quanlumvis bonus, nullus ordinetur.
L'Eglise perd son lustre par la vie déréglée et scandaleuse de ses ministres : Quomodo obscurnluin
de celte Eglise, rien de plus propre à le porter est? Si in clerico, dit saint Grégoire le Grand, qui à lui faire houneur ci à procurer son agrandisse- excmplum est vitœsœcularibus, juste aliquid reprehniT.
ditur, ex ejus vitio ipsa religionis nostrœ œslimatio (jravatur. Vapor est exitialis, dit saint Grégoire de Nazianze , qtio omnes inficiuntur; et odor morlis in mortem. En effet, la vie infâme des gnostiques déshonora infiniment l'Eglise au m' siècle. Elle eut besoin d'apologies qui montrèrent que les crimes de ces hérétiques étaient en horreur à l'Eglise, L'histoire ecclésiastique nous apprend que les hérésies et les schismes ont pris naissance de cette vie scandaleuse des mauvais Chrétiens, et surtout des pasteurs et des prêtres. Et ne pouvons-nous pas, en cette occasion, mettre dans la bouche de l'Eglise cette plainte que lui faisait faire saint Bernard auxii'siècle : Ecce in pace mea amaritudo mea ama~ rissima ; amara prias in nece martijnun, amarior i» conflictu hœreticorum, sedamarissima in moribus domesticorum. « Filios enutrivi et exaltavi, ipsi nntem spreverunt me {Isa. i, 2); » quod faciunt hœrclici ptr prava doymata , .hoc faciunt ptures liodie per prava exempta, tanto graviora hœreticis, quanto prœvalent opéra verbis.
y Les prêtres, comme pasteurs des âmes, doivent travailler à leur salut, surtout par le bon exemple. Les prêtres sont par leur état obligés à travailler au salut et à la sanctification des âmes. Notre-Seigneur pendant tout le temps de sa mission y a travaillé, et les prêtres tenant ici-bas sa place doivent le faire : Pro Chrisîo legatione fnngimur. {II Cor. v, 20.) Saint Paul l'a fait : Impendam et supki impendar ipse proanimabus vcstris {II Cor. XM, 15); omnia snstineo propler electos, ut et ipsi salutem eonsequantur. (II Tim. n, 10.) Quis infirmatur, et non infirmer? {II Cor. xi, 29.) Les noms que l'Ecriture, les saints Pères et les conciles donnent aux prêtres, leur apprennent ce devoir. Il» sont lux mundi;sic Inceat lux veslra, etc. Ils sont les astres du firmament de l'Eglise, les docteurs et les maîtres des peuples. Us doivent les éclairer et les sanctifier surtout par une vie édifiante. Notre- Seigneur les appelle Scil terrœ. [Matth. v, 13.) Bona conversatio sacerdolum, dit saint Grégoire le Grand, conditura est populi ; petra salis sunt ijiter unimalia Erxlesiœ, id est fidèles, ut quisquis sacerdoti conjungilur, quasi ex tactu salis sapore œternitatis condiatur; tous les Pères et les conciles disent unanimement : Vita clericorum liber est laicorum ; iniuentium forma ei exemplar. En cUet, l'expérience ancienne et journalière apprend cette vérité. Les fidèles suivent les prêtres comme les brebis leur pasteur, les disciples leur maître, les soldats leur général. Le bon exemple des prêtres est nécessaire aux commençants, à ceux qui avancent et aux parfaits. Au commencement du christianisme les premiers Chrétiens se conformaient aux apôtres ; dans la suite les fidèles imitaient les évèques, les prêtres et les diacres ; c'était une pierre d'aimant qui attirait à la piété tout le monde, et même les infidèles cl les plus endurcis. Nous lisons dans la vie des buinls lïiinistrcs du Seijincur et dans l'histoire ccclc-
siaslique, que le bon exemple a toujours produit cet effet, comme on peut le voir dans saint Justin, TertuUien et les autres apologistes de la religion chrétienne. TertuUien atteste qu'un Chrétien imprimait du respect et empêchait les impies de con>niettre le crime en sa présence : Ex occurso me» vitia suffundo. Ce furent les saints exemples de saint Pothin, premier évêque de Lyon, de saint Irénée, qui lui succéda, et des prêtres qui étaient dans leur compagnie, qui encouragèrent au martyre tout le peuple de Lyon. C'est par le même moyen que le Pape saint Corneille anima les Romains au martyre, et releva plusieurs Chrétiens qui étaient tombés par faiblesse. Au iv' siècle, saint Basile raconte qu'il fui attiré au service de Dieu par les discours et la sainte vie de saint Grégoire de Nazianzc son ami. Au v' siècle, saint Augustin fut converti par la même voie. Simplicicn, son ami, lui proposa l'exemple de \ictorin, orateur et pécheur comme lui , qui s'ét:ùt converti, comme ce saint le rapporte dans ses Confessions, et ce fut ce qui fixa ses irrésolutions el acheva de le convertir. L'histoire du xn' siècle nous, apprend que saint Berisard, allant à Cîteaux, attira par son exemple un grand nombre de jeunes gens, et l'on sait l'impression que fit sur le Pape Innocent II et sur toute sa cour la vie sainte des religieux de Clairvaux qui vinrent le recevoir en procession, avec une modestie qui arracha des larmes aux assistants. Dans tous les siècles jusqu'à nos jours, la vie sainte et exemplaire des religieux et religieuses a attiré dans leurs monastères une infinité de personnes de l'un et de l'autre sexe., pauvres, riches, nobles et même princes et princesses. Le concile de Trente, convaincu de cette vérité, a engagé très-fortement tous les ecclésiastiques à donner bon exemple, et particulièrement au chapitre premier de la session dixième de la réformation. 1" Il dit quintcgrilas prœsidum salus est populorum, et ideo digniores eligendi sunt , irrcpreliensibilcs, secundum Scripluras et sacros canones. 2° Il recommande aux évèques de ne choisir pour les bénéfices à charge d'âmes, que des ecclesiasticjues irrépréhensibles : Qua enim libertate laicos poterunt corripere sacerdotes, cum tacite sibi ipsis rcspondcant eadem se admisisse quœ corripiunt ? o" 11 recommande encore aux évèques d'avertir souvent les ecclésiastiques de cette obligation : Monebunt prœterea episcopi suas clericos in quocunque ordine fuerint, in conversatione, scrmone et scientia, commisso sibi populo prœeant ... . ncmini danlcs nlUim oli'en~ sioncm, ut non viluperctur minislcrium corum, sed in omnibus exliibcant se Dci ministros. 4° Le saint concile en donne la raison au même lieu : ISiliil est quod alios magis ad pielatem et Dei cultum assidue inslruat, quam eorum vita et cxcviplum qui se divitio viini.sierio dcdicarnnl. Cum enim clerici in alliorevi locum suhlati conspiciuntur, in eos tanquam in spéculum reliqui ocutos conjiciunt, ex iisque sumunl quod imitcutur ; qnapropter sic dcccl omniuo clericos vi-
tnm moresifue stios componere, ut liabitti, gcstu, inccssu aliisquc omnibus rebits uiliH tiisi grave, moderalnm ac religione plénum prœ se ferant, ut eorum actiones cvnctis afferant veneratiotiem. Sans celte vie sainte et exemplaire, les prêtres ne s'acquitteront jamais de leurs fonctions principales envers les peuples, rinstruclion et la correction.
{" Leurs discours, s'ils ne sont soutenus par le bon exemple, seront «rs sonans et cijmbalum tinniens. (I Cor. xin, 1.) D'où vint le fruit des prédications des apôtres, de saint Pierre, saint Etienne, saint Paul ? C'est de leur vie sainte : ils pratiquaient la pauvreté, la niortifioalion, l'oraison : ils souffraient tout pour Jésus-Christ : prisons, exil, toui'ments, la mort même. Saint Bernard dit de saint André : Crucifirus cruciflrum prœdicabat. Et saint Jérôme écrivait au prêtre Népotien : Non confundant opéra tua sermonem tuum. . . . deiicatus est magister qui pteno ventre de jejuniis disputât. ... an non confiisio et ignominia est paupcrem Christum et esurientem fastuosis corporibus prœdicare, rubentes buccas et tumenles jejuniorum docirinas profcne ? Comment les apôtres ont-ils opéré ce grand miracle de la conversion du monde entier ? C'est, dit saint Chrysostome, Mundnm converterunl non propter mira qiiœ fecerunt, sed quia verus crat in ipsis gloriœ peciiniœque contemptus. . . . magis enim convincunt opéra quam miracula. C'est aussi ce que saint Bernard nous apprend : Da voci tuœ vocem virtutis, consonet vitu verbis ; vox equidem verbi sonat, vox excmpli tonat : si mundum contcmnendum, conlemne prius, et ad ipsum alios efficacius invitabis.
En second lieu, les prêtres doivent corriger les fidèles dans leurs manquements soit en particulier, soit quelquefois en public : Argue, increpa, peccantem coram omnibus argue, ut et cœteri timorem liabeant. {II Tim. iv, 2.) Mais, pour y réussir, le prêtre doit être lui-même irrépréhensible, de peur que ceux qu'il corrige ne disent hautement : Medice, cura teipsum. {Luc. iv, 23.) Et quelquefois ils le disent à haute voix. Rien n'avilit tant notre ministère, dit saint Grégoire le Grand, et ne fait tant mépriser la parole de Dieu annoncée par les prêtres, que leur vie peu édifiante : Quid restât nisi ut cujus vita despicitur, prœdicatio ipsa contemnatur ? Car, comme dit le saint concile de Trente, qua libertate poterunt laicos corripere sacerdotes, cum tacite sibi ipsis rcspondeant ea admisisse quœ corripiunl ? Il est vrai que les délinquants raisonnent mal, car Notre-Seigneur nous a dit : Super catkedram Moijsi , etc. (ilatth. xxiii, 2) ; quod dixerint vobis facite ; secundum autem opéra eorum nolite facere. {Ibid., 5.) Toutefois l'expérience de tous les siècles nous apprend que les corrections et les discours n'opèrent rien sur les mœurs, quand ils ne sont pas soutenus de la vie sainte et exemplaire des pasteurs qui instruisent et corrigent. Mais en quoi et comment les ecclésiastiques doivcni-ils donner bon exemple ? c'est
ENTRETIENS ECCLESIASTIQUES. a.'S
ce qui nous reste a examiner dans un second
point.
Je vous ai déjà ci(é ces respectables paroles du concile de Trente, qui devraient être gravées dans nos cœurs et encore plus dans nos œuvres : Sic decet clericos vitam moresque suos componere, ut habitu, gestu, incessu aliisque omnibus rébus niliil nisi grave, moderatum ac religions plénum prœ se feront. La sainte Eglise, par l'organe de ses princes, Icsévêques, nous apprend comment et en quoi les ecclésiastiques doivent donner bon exemple. Elle veut que ce soit en tout et partout. Le saint concile, par ces mémorables paroles, renferme tout le détail que l'apôtre saint Paul fait des vertus ccclésiasli([ucs dans ses épîtres à Tite et à Timothée, où il n'excepte rien : In omnibus teipsum prœbe exemplum bonoriim operum. (7 Tim. iv, 12 ; Tit. n, 7.) Elles vont trop bien à mon sujet pour ne pas y faire un peu d'attention ; souffrez donc que j'en fasse une courte paraphrase, y ajoutant ce que les saints Pères et les conciles ont dit de plus remaniuable là-dessus.
i° In habitu. Les ecclésiastiques doivent donner bon exemple dans leurs vêtements. Ex visu, dit le Sage, cognoscitur homo sensatus, et amiclus corporis annuntiat de illo. {Eccii. xix, 27.) Pour cela les ecclésiastiques doivent toujours porter l'habit de leur état dans toute la modestie capable d'édifier les peuples ; c'est-à-dire la soutane, les cheveux courts, et la tonsure. Cette obligation est bien plus grande pour tous ceux qui ont charge d'âmes et même qui sont dans les ordres sacrés. L'Eglise appelle la soutane habitus sanctœ religionis ; elle traite d'apostats ceux qui la quittent. Clericos qui reliclo ordine et habitu. . . . taies inter apostatas numeraudos sanctorum Patrum statutu déclarant, est-il dit au ui'^ concile général de Latran sous Alexandre III, en 1179. Le concile œcuménique de Vienne au xiv* siècle, sous Clément V (en 1511), les déclare déchus des privilèges de la cléricature : professorum illius ordinis prœrogativa se reddit indignum. Le concil»? de Trente en sa session 14, De reformatione, chap, 6, dit : Etsi habitus non faciat monachum, oportet lamen clericos vestes proprio congruentes ordiui semper déferre, ut per decentiam habitus extrinsece moxum honestalem intrinsecam ostendant. L'Eglise punit sévèrement les délinquants par des censures, la privation des revenus de leurs bénéfices. Que dirait-on d'un président ou d'un conseiller de parlement qui ne porterait pas sa robe quand il le faut ? d'un gentilhomme sans épéc , d'un chevalier du Saint-Esprit sans le collier de l'ordre ? Voit-on les religieux quitter leurs babils ? Et de quel droit quitterions-nous le nôtre ? Il faut en outre éviter toute sorte de vanités dans les habits ecclésiastiques et dans les cheveux. Le u' concile géné^ rai de Nicéc, sous Adrien I" en 767, est remarquable à ce sujet : Omnis jactantia et ornatura corpo^ ralis aliéna est a sacrato ordine ; eos ergo episcopos vel clericos qui se fulgidis et claris vestibus çrmtU
6rj9 ŒUVRES COMPLETES DE M. TRONSON.
emendari oportet ; quod si in hoc pcrmanserint, corrigantur, vel deponanlur. Le iv' concile de Lalran, icnu en 1215, sous Innocent 111, déclare : Absit veslium curiosa mollities a sacro ordine. Mais hélas ! à voir plusieurs ecclésiastiques de nos jours avec des cheveux frisés et des habits courts, lios sponsos potius fjuam clericos existimes. (S. IIiero.n.)
2° In gestu. Saint Ambroise dit que ipsa corporis species simulacrum est mentis, figura probilatis. Sapientia hominis lueet in viiUu, lisons-nous dans YEcclésiaslique (xix, 26), et ab occursu faciei cognoscilur sensalus. Saint Ambroise n'admit point à la tonsure un de ses amis pour quelque geste indécent qu'il lui vit faire. Cet homme apostasiaet se fit arien. Saint Grégoire jugea par là ce que devait être Julien TApostat étudiant avec lui à Athènes : Ne.qnc cnim boni milii unqnam significare aut ominari vidcbantur cervix non statu, linmeri subsultantes et subinde agit.ili, oculus insotens etvagns furioseqiieintuens, risus pétulantes et effrénés, nutus temerarii. Il faut tenir la lête droite sans la lever ni la baisser trop, sans la pencher de côté et d'autre ; il ne faut pas la tourner et la remuer çà et là légèrement. 11 faut qu'un ecclésiastique ait un regard doux et modeste, qu'il n'ait pas les yeux égarés ni trop fixés et arrêtés sur ceux qu'il regarde. Il doit éviter toute immodestie dans les ris, surtout aux promenades ou dans les rues : Stultus in risu extoUit vocemsuam, sapiens autem vix tacite ridebit. ( Eccli. xxi, 23. )
3° In incessu. Clericus professionem suatn in incessu probet , dit le m' concile de Latran , et .".près lui celui de Trente. Il faut éviter en marchant toute immodestie, ne pas aller d'un pas trop précipité, ni courir ; éviter toutes les démarches affectées, toute sorte d'agitations de tête, de mains, de bras, d'épaules et de corps. Saint Grégoire de Nazianze augura mal de Julien par sa démarche : JSeque enim milii boni aliquid significare aut ominari videbantur pedes instabiles et titubantes.
4° In sermone. Saint Paul donne cet avis à son disciple Tite : Prœbe teipsum exemplum bonorum operum in verbo et conversatione. ( Tit. ii, 7. ) Ainsi les ecclésiastiques doivent s'abstenir de toutes paroles indécentes, cl même équivoques, qui pourraient faire de la peine à ceux qui les entendent : Om7tis scrmo malus, dit saint Paul, ex are vestro non procédai ; fornicatio... aut stulliloquium, aut sciirrilitas, nec nominetur in vobis. ( Eplies. iv, 29 ; v, 5, 4. ) Car, comme dit saint Bernard, ISngœ in ore laicorum nngœ sunl, in ore sacerdotum blasphemiœ. Consecrasti os tuum Evangelio, talibus jam aperire illicitum, assuescere sacrilegum est. n Lubia » enim € sacerdolis custodient scientiam, et ex ore ejus Icgcm requirent [Malucli. \\, 7); » non nugas profeclo aut fabulas... si de verbo otioso Deo in die judicii rationem reddiluri stimus, quanto districtius de verbo menduci, mordaci, injurioso, adulatorio! Les ecclésiastiques doivent, autant qu'ils le peuvent, tenir tics discours saints et utiles, capables d'cdilicr le
prochain. Si quis loquitur, quasi sermones Dci ( / Pctr. IV, 11); saint Pierre y exhorte les femmes chrétiennes, ut per mulierum conversationcm non sine verbo lucri fiant ( / Pctr. m, 1 ), à l'exemple de Notre-Seigneur, de ses apôtres et de tous les saints : Stupeant, admirentur, dit saint Ambroise, et dicant hi homines : sunt Dei quorum talis est conversatio ; comme saint Martin, nunquamin ore ejus nisipax, nisi castitas, nisi charitas, nisi pietas ; cîd rarior in ore mundus, frequentior Cliristus. On peut entrer en conversation par la porte des mondains, disait saint Ignace à ses rehgieux; mais il faut les faire sortir par la nôtre. Enfin, il faut être prudent dans ses discours : Tempus lacendi, tempus loquendi. ( Eccle. ni, 7. ) Qui modcratur lubia sua prudentissimus est {Prov.\, 19 ) ; mala aurea in lectis argenteis, verbum prolatum in tempore suo. {Prov. xxv, 11.) Bis ad limam quam ad linguam, tit in sermo7ie niliil nisi grave.
o° Aliisque omnibus rébus. Saint Paul n'excepte rien : In omnibus tcipstim prœbe exemplum bonorum operum. ( Tit. ii, 7. ) 1" In doetrina: foi saine et orthodoxe, morale pure, ni relâchée ni rigoureuse, tenir le milieu comme l'Eglise. Il faut parler avec respect de la sainte Eglise et des conciles, du Pape et des évêqucs ; se bien instruire de la doctrine et de la morale de l'Eglise, et l'enseigner aux fidèles ; donner soi-même l'exemple d'obéissance à l'Eglise et à ses décisions sur le dogme, la morale et la discipline : Bouum depositum custodi, devitans profanas vocum novitales {II Tim. i, 14 ); éviter tout homme suspect, et les livres des héritiques ; s'exprimer dans les termes de l'Eglise; imiter saint Jean l'Evangéliste et saint Polycarpe son disciple : Mementote prœpositorîim, suivre fidèlement la défense de l'Eglise à l'égard des hérétiques, schismatiques et excommuniés : Os, orare, vale, communio, mensa negatur. 2° In gravitate : gravitas tuam decet personam, dit saint Bernard à tous les ecclésiastiques ; modestie et sainte gravité en allant en ville ou en conversant avec les gens du siècle ; ne paraître que rarement au dehors et seulement pour ses fonctions, à l'autel, en chaire, dans l'administration des sacrements, au confessionnal, en visites nécessaires : CItristus, dit saint Ambroise, non est circumforaneus , non in foro, non in plateis reperitur. Cette modestie et cette sainte gravité doivent licluipc particuhèremont à l'Eglise et dans les fonctions sacrées, en annonçant la parole de Dieu, en récitant l'Olfice divin ou en y assistant. Rien de plus capable d'inspirer aux fidèles une haute idée de Dieu, de Jésus-Christ, de ses mystères, des sacrements et des lieux saints, où l'on ne doit jamais parler que par nécessite, à voix très-basse et en peu de mots ; cette règle se garde dans les maisons des grands et les palais dos princes. 5° In castitate : in ore tuo nisi caslitas. Eviter toute chanson trop h'gère; cum muticribus accessus quodnmuudo (ugi- (ii'us ; scrmo cum mulieribus rarus, brevis et austi-
cet
ENTRETIENS ECCI.ESIASTIQUES.
rtis , en un mot, chasteté sévère, édifianle, dolicate et sans soupçon ; pour cela l'Eglise ordonnait aux ëvèques d'avoir chez eux des syncelles, et de ne jamais visiter sans eux ni veuve ni vierge. 4" /h charitate; charité pour les peuples, amis et ennemis ; charité tendre, filiale, généreuse, compatissante, universelle et constante pour toute sorte de personnes , tous les temps et tous les lieux ; et éviter avec grand soin tout ce qui est contraire à cette divine charité : Supportantes im'icem{Eplies. IV, 2), nihil per contentiouem, sedin humilitate snperiores sibi invicem arbitrantes ( Philip, ii, 5 ) ; cliaritas patiens est, beniijna, non agit pcrperum, omnia crédit, sperat, snstinet. ( I Cor. xiii, 4 seq.) 5° Aliisque omnibus rébus, in omnibus, comme dit saint Paul ; à table, dans son domestique, son appartement ; table frugale, meubles convenables à la modestie ecclésiastique et conformes aux canons du IV* concile de Carthage , renouvelés par le concile de Trente ; Atiisque omnibus rébus : à la ville, à la campagne, seul et en compagnie ; in omnibus, en tout et partout. Enfin, souvenons-nous de cette exhortation de saint Pierre aux pasteurs : Pascite qui in vobis est gregem Dei , non dominantes in cleris, sed forma [acti gregis ex animo ; et tum appariierit princeps pastortim, percipietis imniarcescibilem gloriœ coronam. {I Petr. \, 2,3, 4. ) Amen.
XIIP ENTRETIEN.
Sur les cérémonies ecclésiastiques.
J'ai dessein. Messieurs, de vous parler aujourù'hui d'un sujet des plus importants, mais des plus combattus de la rehgion ; c'est des cérémonies ecclésiastiques qui accompagnent nos mystères, et qui en impriment tellement la dévotion, que les conciles les appellent si(/nacu/a p/eta/is et religionis cliristiame. C'est ce qui devrait les rendre extrêmement vénérables dans le christianisme, et qui devrait obliger de ne les traiter jamais qu'avec respect ; et cependant il se trouve à présent que, par un malheur étrange, la plupart des personnes les coml)attent et les traitent d'une manière qui ne tient rien de la piété avec laquelle l'esprit de l'Eglise les établit, ni de l'esprit de religion avec lequel elle désire qu'on les traite. Car non-seulement les hérétiques, les impies, mais même à présent beaucoup de Chrétiens, qui font d'ailleurs profession de piété, n'en ont que du mépris ; et quoique tous ne les attaquent pas directement, ils ne laissent pas, pour la plupart, de leur donner de rudes atteintes, les hérétiques en les condamnant, les impies en les méprisant, beaucoup de Chrétiens en les négligeant. Les hérétiques les condamnent par un faux zèle, les impies les méprisent par un esprit de libertinage ; plusieurs Chrétiens les négligent par un faux principe de piété. Les hérétiques les condamnent comme mauvaises ; les impies les méprisent comme indiflérentes ; plusieurs Chrétiens les négligent quoi-
que bonnes, mais comme n'étant pas faites pour eux. Les hérétiques les condamnent comme mauvaises, parce qu'ils les considèrent comme de pures inventions de l'esprit humain, qui ne renferment aucun mystère, qui ne sont bonnes que pour les peuples, pour frapper leurs yeux, arrêter leur esprit et les surprendre, et qui, n'ayant été inventées que par un mauvais artifice, ne sont capables que de porter à la superstition plutôt qu'aux sentiments véritables de la rehgion. Les impies méprisent les cérémonies comme indifférentes, parce qu'aveuglés par leurs passions et ne pénétrant pas le fond de nos mystères, ils ne peuvent les croire si importantes à la religion, et se persuadent qu'en donnant le cœur à Dieu, on satisfait assez à son devoir, sans se gêner, se contraindre et s'assujettir à toutes les pratiques extérieures que l'Eglise nous marque. Enfin plusieurs bons Catholiques, et qui pis est, plusieurs même qui sont ecclésiastiques, les négligent comme n'étant pas pour eux, parce qu'ils croient qu'elles ne sont que pour les personnes grossières qui ont besoin d'être excitées par quelque objet sensible, mais que pour eux, s'élevant à la contemplation de Dieu assez facilement, cette attention aux cérémonies les détournerait de l'attention à Dieu, et qu'étant suffisamment occupés par l'attrait du Saint-Esprit qui les rempUt de la vue des mystères, les cérémonies, quoique saintes et utiles, t,?, seraient pour eux qu'un obstacle et un empêchement à leur dévotion. Ainsi ils ne s'y appliquent point dans la célébration des saints mystères ; ils ne les font que par manière d'acquit et sans une particulière application, et s'en acquittent aussi d'une manière si négligente et de si mauvaise grâce, qu'en vérité cela n'est capable que d'en donner du mépris : de sorte que, si les hérétiques et les libertins parlent ouvertement contre les cérémonies et les condamnent dans leur cœur, les Catholiques et les ecclésiastiques mêmes les exposent au mépris par leur conduite. N'est-ce pas une rude persécution pour l'Eglise de se voir traitée de la sorte? Aussi voyons-nous la violence qu'elle souffre de se voir ainsi déchirer dans ses entrailles par ses propres enfants ; et les plaintes qu'elle pousse dans cet état sont des marques suffisantes de sa douleur : Filios enutrivi et exaltavi,ipsi autem spreveruntme... facti sunt filii mei verditi.,. convertimini, filii, rêver lentes...
Tâchons, Messieurs, d'apaiser autant que nous pourrons la douleur d'une si bonne mère, et puisqu'un des grands sujets de ses larmes est assurément la manière indigne dont on la traite dans ses cérémonies, par le mépris que l'on en fait, tâchons de ne les traiter jamais qu'avec toute la religion qui leur est due ; et, pour cet effet, voyons : 1° l'estime que nous devons faire des cérémonies ; combien nous devons les respecter, les affectionner, et nous y appliquer pour les bien faire ; 2° la manièïc de ks bien faire.
Pour rimportance d'cslimcr les cérémonies , el robligalion que nous avons de nous y appliquer pour les faire, je la lire particulièrement de trois principes. Le premier est l'estime même que Dieu en fait. Ce premier fondement est considérable; car l'estime que Dieu fait des choses est la règle la plus certaine et la plus sûre que nous puissions avoir de leur valeur. 11 n'en est pas comme de l'estime des hommes; ceux-ci se trompent tous les jours dans leurs jugements : souvent ils méprisent ce qui mérite de l'estime; souvent ils estiment ce qui n'est digne que de mépris : leur vue bornée, qui ne pénètre pas le fond des choses, la passion qui les trou- Lie ou l'intérêt qui les aveugle, sojit trois princi-pes d'erreur qui font qu'on ne peut prendre aucune mesure assurée sur tous leurs jugements. Mais en Dieu il n'en est pas de même : point d'intérêt, point de passions, point de bornes dans ses connaissances ; ainsi toute certitude dans ses jugements. C'est pourquoi lorsque le Saint-Esprit, dans l'Écriture sainte, veut nous faire connaître la grandeur d'un saint, il ne dit pas qu'il sera grand devant les hommes, mais qu'il sera grand devant Dieu : Hic erit maynus corani Domino {Luc. i, 15), parce que tous ses jugements sont équitables: Justus es. Domine, dit le Prophète, et rectum judicivm tuum. {Psal. cxvui, 137.) Son jugement donc fait la valeur des choses : Dieu les estime autant qu'elles valent, ou plutôt elles valent autant que Dieu les estime.
Or, je trouve que Dieu a eu toujours une estime particulière pour les cérémonies, et je le prouve, rm point par des raisonnements incertains, non point par de frivoles conjectures, mais par ce que lÉcrilure sainte nous en dit. Or, nous trouvons dans l'Écriture trois points principaux bien propres à nous faire comprendre l'estime que Dieu fait des cérémonies.
Le premier, en ce que lui-même dans l'Ancien Testament les a dictées ;
Le second, en la manière dont il les a. dictées;
Le troisième, dans les châtiments dont il punit <eux qui les méprisent ou qui ne les observent pas avec ,une assez grande fidélité.
i° Nous voyons dans l'Ancien Testament que c'est Dieu même qui a dicté toutes les cérémonies, et qu'il a voulu les dicter de sa propre bouche. Ceci est remarquable. 11 n'en a point voulu donner la commission à un homme ; il n'a point voulu confier ret ouvrage à ses pro[)hètes et à ses saints ; il n'a iiyint voulu s'en décharger sur une créature, comme il a fait dans beaucoup d'autres choses dont il leur donne le gouvernement et la conduite : il l'estime dune toll(! importance, que lui-même veutenprcni're le soin. 11 les enseigne lui-même à Moise; mais avec une telle exactiludi;, (ju'il est impossible d'y faire attention, qu'on ne s'en étonne. Car il les dicte; toutes l'une après l'autre, il les enseigne; jusqu'aux plus pi'lites, et en détermine tellement toutes les |)articularilés, qu'il n'y a aucune circonstance Jii du
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temps ni du lieu, ni de la personne, ni de la manière, qui n'y soit très-expressément déterminée. Consultons le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome, et nous verrons avec étonnement dans ces trois livres, outre beaucoup d'autres de l'Ecriture sainte, qu'il faut que Dieu ait une estime toute extraordinaire des cérémonies, pour avoir pris tant de soin de les apprendre à l'homme : Dieu ne parle pas de choses inutiles, et il ne multiplie pas ainsi les paroles, s'il ne s'agit de quelque affaire de conséquence. Dieu nous fait donc connaître, en dictant ainsi si aniplement et si en détail toutes les cérémonies, et l'estime qu'il en fait, et l'estime que nous devons en faire.
Mais il la fait encore, connaître par la manière dont il les dicte. Dieu parle aux hommes en deux manières : quelquefois il leur dit simplement ce qu'ils doivent faire; c'est son ordinaire, nous le voyons dans une infinité de lieux de l'Écriture sainte ; c'est sa conduite dans les choses communes. Mais lorsque la chose est plus importante, il ne se contente pas de dire simplement ce que l'on doit faire, mais il fait faire une attention particulière à ce qu'il dit : Audi, Israël, Israël, écoutez : Ego Dominus {Dent. VI, 4), c'est moi qui vous parle, moi qui suis votre Seigneur et votre Dieu. Quand il parle de la sorte, c'est une marque que la chose qu'il va dire est d'importance. C'est ainsi que Noire-Seigneur voulant donner aux Chrétiens ce commandement important el le plus difficile, mais le plus indispensable de la charité, au sujet de la dileclion des ennemis', fait faire cette réflexion, que c'est luimême qui le donne : Ecjo autem dico vobis, etc. C'est moi-même : Ego autem; c'est moi, qui suis votre Maître, votre Seigneur, votre Roi, votre Dieu : Ego autem.
Et c'est ainsi que Dieu parle dans l'Ancien Testament, lorsqu'il donne les cérémonies Non-seulement il commande parlabouchede Moïse et enjoint, et à plusieurs fois, de les observer étroitement: Custodi cœremoniam atquc judicia qua: mando tibi liodic ut fadas. {Dcul.Wi, 11.) Observa et cuve ne quando obliviscaris Domini Dei tui, et negligas cœremoniu» qtiasegoprœcipio tibi hodie. {Deut. viii, 11.) Custodi cœremonias ejus, ut benetibi sit. {Deut. x, 15); mais encore, en les ordonnant lui-même, il se sert de ces paroles ego Dominus, marque qui nous fait coiniaître qu'elles sont d'une grande importance.
Enfin nousne douterons point qu'elles ne le soient, si nous faisons attention aux châtiments dont Dieu punit ceux qui y nuuKiuent. C'est une chose élonnanle, combien il est rigoureux en ce point. Il ne laisse pas échapper la moindre faute ; il punit tout el irès-sévèremenl. Nous en avons un g.rand nombre d'exemples dans l'Ecriture sainte. En voici seulement trois auxquels je vous supplie de faire attention. Ils sont capables, à mon avis, de faire trembler les plus hardis.
Le pieniior e:il eu la ttersomic de deux des prc-
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ENTRETIENS ECCLESIASTIQUES
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m'iCTS prêtres do l'Ancien Tostamont, Nadab oi Abiii, tous deux enfanls d'Aaron ; ils avaient éîé nouvellement laits [uèlres. Remarquez, s'il vous plaît, toutes les circonstances. La première fois qu'ils exercèrent leur olVice, pour avoir mis seulement des charbons dans leurs encensoirs bors le sanctuaire, ce qui était défendu par le cérémonial, lequel ne permettait pas d'encenser avec du feu que l'on eût pris ailleurs ; comme ils voulaient encenser, il sortit du feu du sanctuaire qui les brûla tout vifs, eu sorte qu'ils demeurèrent morts sur la place : Egres- SHS iijnis a Drjiniuo devoravit eos, et mortui surit co~ ram Domino, dit le texte sacré [Levit. \, '2) ;et Dieu défendit même aux prêtres de les pleurer. Quel épouvantable jugement! et qui aurait jamais pensé qu'une si petite iaute, en apparence, eût été si cruellement punie, même en des prêtres tout nouveaux.
re et les enfants de mort subite, et qu'ensuite l'arche est prise par les Philistins ([ui la nicltent dans le temple de leur idole; que le peuple est entièrement défait par ses ennemis ; qu'en punition de cette faute, Dieu prédit que la plupart de ceux de celte famille mourront à la fleur de leur âge, et, ce qui doit étonner par-dessus tout, il jure à la race d'iléli que sou inicpiité ne sera point effacée ni par leurs oblations ni par leurs sacrifices? Apnès cela, Messieurs, oserons-nous traiter les cérémonies de choses indifférentes, et serons-nous assez aveugles pour croire, après tous ces châtiments que Dieu exerce, que c'est peu de chose que d'y manquer? Dieu ne châtie jamais le pécheur autant qu'il le mérite, il le traite toujours avec quelque douceur ; et lors même qu'il est le plus en colère, il se ressouvient encore de sa miséricorde, dit le prophète : Cum iratus fue-
en des prêtres qui péchèrent par ignorance ou par "*' misericordiœ recordaberis {Ilabaciic m. 2.) Ainsi
inadvertance, en des prêtres qui, n'étant pas encore bien expérimentés dans leur olfice, pouvaient couvrir leur faute de quelque excuse ? Mais il n'y a point de petites fautes dans les prêtres : Dieu ne reçoit point leurs excuses, surtout lorsqu'il s'agit de la religion, et il les punit d'autant plus rigoureusement que, leur ayant donné plus de lumières et leur ayant fait plus de grâces et de faveurs, ils doivent cire aussi d'une plus grande fidélité.
Le second exemple est eu la personne de ce pauvre lévite dont la faute nous est rapportée dans le //• livre des Rois (ch. 6). Il arriva qu'en une procession générale, où l'on portait l'arche dans une cbarrelte à bœufs, les deux enfants d'Abinadab, lévite eurent charge de la conduire. Le plus jeune, nommé Ahio, conduisait les bœufs, et Oza l'aîné, marchait à côté de l'arche. Comme ils eurent marché quelque temps, l'arche se trouve en danger d'être renversée et de tomber par terre : Oza porte la main pour la soutenir, et, parce qu'il la touche à nu, contre ce qui était ordonné dans le cérémonial. Dieu s'irrite tellement contre lui, que, sans avoir égard à la nécessite occurrente qui semblait devoir servir de quelque excuse à sa faute, il le châtie sur-lechamp et le punit de mort. Qui l'aui ail jamais pensé? Quam incomprehcnsibilia sunt judicia ejus ! {Rom.w, 33.)Ses jugements sont des abîmes : Judicia eju^abys- $us mulla {Psal. xxxv, 7) : mais au fond, c'est que l'exaclilude qu'il désire en ses ministres pour les cérémonies qu'il leur ordonne est extrême, aussi bien que sa rigueur à punir leurs manquements.
Enfin, le troisième exemple est celui des enfants du prêtre Héli, Ophni et Phinées. Parce qu'ils n'observaient pas U)utes les cérémonies ordonnées pour le sacrifice. Dieu se fâche tellement contre eux et contre leur père, qui ne les corrigeait pas, qu'il résolut d'ôter le sacerdoce de sa famille ; et il menace de faire une correction si exemplaire, que tous ceux qui en entendraienl parler en seraient étonnés. En effet, qui ne serait surpris de voir que pour celle faute, il punit en un mèioe jour et le pè-
il le châtie toujours moins qu'il ne le mérite. Puis donc qu'il punit si sévèrement ceux qui manquent aux cérémonies, ne faut-il pas avouer que les péchés que l'on y commet sont très-considérables devant ses yeux?
Je sais bien que l'on me dira, cl peut-être l'avezvous déjà dans la pensée, que toiis ces châtiments sont arrivés dans l'Ancien TesUiinenl, et que cela était bon dans ce temps où l'on faisait grand cas des cérémonies; mais qu'à présent il n'en est pas de même; que noussommessousla loi de grâce, que l'on n'est plus si fort attaché à ces exercices extérieurs, et qu'on n'y regarde plus de si près. Il est vrai. Messieurs, que ce n'est pas de même ; mais c'est bien pis. Car, i" les cérémonies de l'ancienne loi n'étaient point si importantes que les nôtres, et elles n'étaient rendues si vénérables que parce qu'elles étaient la figure des mystères que les nôtres célèbrent; de sorte qu'autant que la vérité surpasse la ligure, et les mystères du Nouveau Testament, ceux de l'Ancien, autant nos cérémonies sont-elles plus relevées que celles de la loi. C'est donc un plus grand crime d'y manquer,
2" Si, dans le temps où il y avait tant de cérémonies et de choses fort légères et de peu de poids , Dieu punissait si sévèrement l'omission d'une seule, si petilequ'elle pût être, combien aura-l-il plus de sujet de châtier ceux qui y manqueront, à présent qu'elles ne sont pas en si grand nombre, et qu'elles sont iniiniinenl plus dignes de respect! n voulait qu'on les observât autrefois avec une souveraine exactitude, et il veut qu'on les observe encore à présentavec une extraordinaire fidélité : il n'y a que celte différence, qu'autrefois c'était un temps de crainte elde rigueur, et c'est pourquoi Dieu châtiait sur-le-champ et visiblement les coupables, pour intimider et pour instruire et les présents et les absents ; mais à présent nous sommes au temps de grâce, de miséricorde et de clémence ; ainsi il diffère, il attend, il souffre avec beaucoup de j)alience ; mais enfin, si nous ne sommes à l'avenir plus fidèles, il nous punira d'au-
ŒUVRES COMPLETES DE M. TROiNSON.
tant plus rigonreiisement en l'autre vie, que nous aurons en celle-ci abusé davantage de sa bonté.
Voilà, Messieurs, l'élat que Dieu fait des cérémonies, et le premier motif qui nous oblige à les bien faire.
Le second est l'estime que l'Eglise même on fait, estime sur laquelle je ne m'étendrai pas beaucoup, parce qu'elle est appuyée presque sur les mêmes principes dont nous venons de nous servir pour vous montrer l'estime que Dieu en fait.
L'Eglise ne peut jamais manquer dans sa conduite : comme elle est toujours assistée du Saint-Esprit, et qu'elle est dirigée par ses lumières, elle ne peut se tromper dans ses jugements; et partant ce qu'elle estime mérite de l'estime. Or, je vois qu'elle a toujours témoigné une estime et un respect tout particulier pour les cérémonies.
1° Elle-même a voulu les prescrire, et les a crues d'une telle importance, qu'elle n'a pas voulu les laisser à la liberté de ses enfants. Elle a cru que c'était une matière qui méritait ses soins, et que le sujet était d'assez grande conséquence pour employer les lumières toutes pures et toutes saintes qu'elle puise dans le sein même de Dieu, pour en donner des règles.
Non-seulement elle les règle, mais elle les règle toutes et en détail, et c'est la seconde marque de son estime, jusqu'à une démarche, à la posture du corps, à une inclination profonde ou médiocre, à un mouvement de tête, à un regard, jusqu'à un clin d'œil. Est-il possible que l'Eglise, cette Epouse toute sainte de .lésus-Christ, toute sage et éclairée qu'elle est, se fût occupée à régler si exactement toutes ces choses, si elle ne les avait crues trèsimportantes devant Dieu?
Enfin, si nous voulons faire attention aux châtim.ents dont elle menace ceux qui négligent les cérémonies, nous aurons une dernière preuve de son estime. Voici ce qu'elle en dit dans le concile de Trente, sess. 8. can. 15 : Si quis dixerit reccptos et approbalos Ecdesiœ catholicœ rilus in solcmni sncramentorum adminislrulionc adliiberi consuetos aut cotiicmni, aut sinepeccato a ministris pro libitu omilli, aul in novos altos per quemcunque Ecclesiarum pastorem mutari posse, anathetna sit : Si quelqu'un, dit le concile, parlant des cérémonies de nos sacrements, dit qu'on peut les mépriser, que chacun peut les omettre sans péché ou les changer, qu'il soit anathème. Ces paroles sont remarquables. Le concile dit quatre choses : 1° qu'on ne peut pas les mépriser; 2" qu'on ne peut pas les omettre s(;lon sa fantaisie et sans péché ; 7)" que chacun ne peut pas les changer comme il lui plaît ; A" enfin, il prononce anathème à quiconque dira le contraire. Sur cela voici comme je raisonne : l'anathèmeou l'excomujunicationestla plus grande peine de l'Église ; elle n'est donc prononcée que pour un grand péché. Cependant l'E- (■,lis(! la [trononce au sujet dont je parle, car elle excommunie, c'csl-à-dirc qu'elle prive de tous ses
suffrages, de toutes ses prières, de tous ses sacrifices, de toutes ses grâces, et enfin livre au démon. Et qui ? Trois sortes de personnes.
4° Ceux, non pas qui changeront les cérémonies, mais qui diront seulement que chaque pasteur peutles changer ; 2° ceux, non pas qui les mépriseront, mais qui diront seulement qu'on peutles mépriser; 3° ceux, non pas qui les omettront, mais qui diront qu'on peut les omettre sans péché : Si quis dixerit aut contemni, aut sinepeccato omitli, aut per quemcunque pastorem mutari posse, anathema sit. Et si cela est. Messieurs, où en sommes-nous ? Et si elle excommunie ceux qui le disent seulement, que sera-ce de ceux qui le font ? Ce n'est, disons-nous, qu'une petite cérémonie : quel si grand mal de la changer ou de l'omettre? Elle est trop incommode : quand je ne la ferais pas, pourvu que ce ne soit pas par mépris, quel mal y aura-t-il ? Aveuglement horrible ! C'est mal fait que de la mépriser ; mais encore c'est mal fait que de l'Omettre. Anathème, dit le concile, à quiconque dira qu'on peut les mépriser ; mais encore anathème, dit le même concile, à quiconque dira que chacun peut les omettre sans péché. Ainsi ne nous abusons point nous-mêmes, et ne croyons point être en assurance, en disant que nous ne les méprisons pas. Quoique nous ne les méprisions pas formellement, si pourtant nous n'apportons pas le soin qui est nécessaire pour les observer toutes, nous avons assurément tout sujet d'entrer dans de justes craintes, après cette doctrine du concile.
Et voilà. Messieurs, le second motif qui nous oblige aies bien faire, l'état que l'Église en fait elle-même ; et ce qui m'oblige, avant que de passer au troisième motif, à vous donner ce bel avis que l'Eglise d'Orléans donne à tous ses clercs pour les obliger à se rendre attentifs aux cérémonies, et particulièrement à celles de, la sainte Messe : Sacrificate, non quasi velamen veslrœ devolionis liabentes consuetudinem aut libertatem, sed quasi obcdientiœ filii, captivantes intellectum in obsequium ejus quœ liabct consilium, et spiritum Sponsi qui inlcr cjus ubcra commoralur : quam qui audit, Sponsum cjus audit; qui non audit, est tanquam ethnicus et publicanus.
Enfin, le troisième motif qui nous oblige à nous affectionner el à nous rendre ponctuels à l'observation des cérémonies, c'est la fin et le dessein pour lecjuel elles ont été instituées. Car elles ont été établies et pour les prêtres el pour les peuples. Pour les prêtres, afin de les préparer aux actions mystérieuses et divines auxquelles ils sont obligés de s'appliquer, afin d'exciter en eux la vive foi des choses qui s'y passent, de les remplir de respect envers ce qu'elles contiennent, et pour qu'ils expriment à l'extérieur ce qu'ils voient el ce qu'ils sentent des choses saintes qu'ils manient. Ainsi les adorations, les génufl<'\ions qu'ils font, les bras élciulus sur l'autel, sont jtour exprimer ladmiralion (|u'ils ont pour ces mystères et le profond étonnenienl qui les oblige à s'abîmer et s'anéantir devant
la majesté divine : »insi, lorsqn'ils lovent les yeux vers le ciel et qu'ils les rabaissent aussitôt eu s'inclinaut, ils protestent, en s'abaissaut de la sorte, qu'ils ne sont pas digues de paraître devant Dieu, qu'ils sont trop faibles pour soutenir l'éclat d'une si haute majesté , et ainsi des autres ; si bien que les cérémonies servent aux prêtres pour exciter leur ferveur et les porter à s'acquitter plus dignement des hommages de la religion, et à témoigner au dehors le respect et la dévotion de leur cœur pour de si augustes mystères.
Mais elles servent encore aux peuples, et leur servent aussi en deux manières.
1° Pour leur faire mieux connaître la grandeur de nos mystères et leur en donner plus d'estime. C'est la raison qu'en rapporte le concile de Trente, en parlant des cérémonies de la sainte Messe. Comme les peuples ont l'esprit plus grossier, dit le concile, et qu'ils ne pourraient pas, sans ces discours extérieurs et sensibles, s'élever à la considération de choses si sublimes et si élevées: Cum natnra liominum ea sit, ut non facile qucul, sins adminiculis exterioribus, ad rcnim divinarum meditationcm sustolli, pour cela, continue le saint concile, l'Eglise a établi de certaines cérémonies, Quo et niajestas tanti sacrificii commendaretiir, et mentes fidelium per hœc lùsibilia relhjioms et pietatis signa ad rerum atlissimarum, quœ in hoc sacrificio latent, contcmplationem excitarentur : aCxn de rendre nos mystères plus remarquables, et que par ces signes extérieurs et visibles de la religion, l'esprit des fidèles fût élevé à la considération des grandes choses qui s'y passent.
2" Xon-seulement elles font connaître aux peuples la grandeur de nos mystères, mais elles leur en impriment encore le respect, et les excitent, lorsqu'ils y assistent, à y porter plus d'attention et de révérence. Car quand ils voient cette grande révérence dans les prêtres, voyant ces ornements si magnifiques et ces cérémonies si augustes, voyant que lout le clergé s'abîme et se perd devant la majesté de Dieu, le moyen qu'ils ne disent en eux-mêmes : il faut que Dieu soit grand et adorable, puisqu'il y a devant lui tant d'esprits bienheureux qui fléchissent le genou en sa présence, tels que sont les anges et les saints représentés par les ecclésiastiques qui se prosternent devant lui ; il faut que cet Agneau soit admirable en sa beauté et en sa puissance, ptiisque ces vingt-quatre vieillards se jettent à ses pieds et y déposent leurs couronnes avec respect et révérence? Nous voyons par expérience le respect que ces cho- .ses ?inpriment dans l'esprit des plus pauvres et des p'.us ignorants qui, n'étant pas capables de concevoir, par la seule explication de la parole, les mystères cachés, ni de porter révérence à ce qui est de plus sacré, se disposent plus facilement à leur devoir et à la révérence qu'ils doivent à Dieu, par le moyen de ces choses extérieures et scnsii)les. L'instruction passée, le souvenir s'en perd dans les esprits grossiers; mais les cérémonies durent autant que le ser-
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vice, et tiennent les peuples dans le respect et dans la révérence. Ce sont des prédications par les yeux, comme la parole est une exhortation par l'oreille ; et elles sont d'autant plus elficaces, qu'elles sont plus sensibles et plus sortables à leur disposition grossière. El voilà. Messieurs, la lin de l'institution des cérémonies et le fruit qu'on en remarque dans l'Eglise. Mais c'est ce qui nous oblige d'apporter tous nos soins à les bien faire; autrement, si nous les négligeons, au lieu d'être des témoignages de piété, elles ne seront que des marques de notre irréligion; au lieu de porter dans les cœurs l'estime de nos mystères, elles n'en inspireront que le mépris ; au lieu de tenir les peuples qui y assistent attentifs , elles les dissiperont, et ne leur donneront pas tant d'édification que de scandale. Nous le voyons tous les jours, et le peuple même est obligé quelquefois de le témoigner tout haut et de s'en plaindre. Je sais une personne de condition, hérétique, qui, après plusieurs conférences qu'elle avait eues avec un bon religieux, ayant pris la résolution de se convertir , entra dans une église ; et y voyant les prêtres y faire le service sans aucun respect, elle en fut tellement touchée, qu'elle ne put croire que cette religion fût véritable, et ensuite elle ne voulut plus entendre parler de conversion. Pensons-nous que ces prêtres ne répondront point de ce scandale et de la perte de cette âme, aussi bien que de tant d'autres qui seraient gagnées à Dieu par les cérémonies faites avec révérence, et qui, ne les voyant traitées qu'avec mépris, ne peuvent avoir beaucoup de respect pour nos mystères?
Voilà, Messieurs, les motifs principaux qui nous obligent de traiter avec un grand respect toutes nos cérémonies, et de veiller très-soigiieusemer.t pour les bien faire. Mais que faut-il pour les bien faire? Quatre choses : ponctualité, bienséance, modestie ,> dévotion.
1" Il est nécessaire d'y apporter une grande ponctualité : ponctualité qui doit paraître en trois choses : i. à les faire toutes; 2. à les faire dans le temps précisément où l'on doit les faire ; 5. à les faire en la manière qu'elles nous sont marquées.
1° A les faire toutes : car pourquoi nous dispenser plutôt de l'une que de l'autre? Pourquoi se soumettre en un point et ne pas se soumettre en l'autre ? L'Eglise nous les propose toutes : pourquoi donc taire ce discernement : Je ferai bien cette cérémonie, mais pour celle-là, n'importe ? Quel droit avons-nous d'en user de la sorte, et pourquoi par-: ta^er ainsi notre obéissance? Aut totum honore office, aut totum contemne, disons-nous en parlant du règlement, au sujet de ceux qui se dispensent d'une partie; et à plus forte raison pouvons-nous le dire au sujet que je traite. Voyons comnte on se comporte dans le monde; et particuUèrement c»^.ux qui approchent les princes : ils sont si exacts et si ponctuels à observer les plus petites cérémonies, que, pour chose du monde, ils ne voudraient pas y avoir
manqué d'un seul poinl. Tout y est réglé ; on sait (|ai sont ceux qui se couvrent en la présence du roi, et en quel temps ils se découvrent : on sait en quels t^rIne.s on doit traiter, quelles civilités on doit rendre, etc. En un mot, on fait tout, et l'on est exact à tout. N>5l-il pas juste d'apporter au moins autant de soin en la présence du Roi des rois? Oh ! ce n'est pas de même, dit-on. 11 est vrai, ce n'est pas de même ; mais c'est bien davantage : car autant que Dieu est élevé au-dessus de la créature, autant devons-nous y apporter une plus grande exactitude. 11 faut donc, en premier lieu, les observer toutes. C'est ce que saint Jérôme loue dans la personne du prêtre Népotien, et dont il parle avec estime [Epist. ad IIcl'iodor.) : Erat sollicilus si nileret altare , si parictes absque fuUgine, si pavimenta lersa, si janitor creber in porta, vêla semper in ostiis, si socrarium mundum, sivasa luculenta ; et in omnes cwremonias pia sollicitudo disposila, non minus, non majiis neçfligebat offilium.
Mais, en second lieu, illaut les faire dans le temps où on le doit. Car, i° l'Eglise même nous en déternyne le temps ; il faut donc suivre la règle qu'elle nous donne et s'y soumettre. 2° C'est que ne les fai
OELYRES COMPLETES DE M. tUONSON.
donc les faire dans le temps ; autrement nous causerons nécessairement du désordre et de la confusion, et nous ravirons à l'Église, au moins en ce point, celte belle qualité qui lui est donnée dans le cantique: Terribilis ut casirorum acies ordinata {Cant. VI, 5) ; car, au lieu d'être terrible à ses ennemis par le bel ordre de ses cérémonies qui porteraient les sentiments de piété et de religion dans les cœurs, elle ne leur donnera dans celte confusion qu'une occasion de raillerie et de mépris.
Et c'est ce qui nous oblige de les observer encore exactement quant à la manière dont elles nous sont marquées. Une inclination médiocre, quand elle nous est marquée médiocre ; profonde, quand elle est marquée profonde, et ainsi des autres.
Et voilà les trois choses nécessaires pour la ponc tualité dans les cérémonies : les faire toutes, les faire dans le temps et les faire en la manière qu'elles sont .marquées Or, pour être ponctuels à ces trois choses, il y a deux avis à vous donner, absolument nécessaires, sans lesquels il est impossible de s'y rendre fidèle. Le premier est de bien les apprendre avant d'être obligé de les faire; le second est une grande attention quand on les fait; sans ce-
sant pas dans le temps, elles n'atteignent pas la fin la d est impossible qu'on ne s'y méprenne et qu'on
pour laquelle elles sont établies, et l'on sort du des- n'y nianque.
sein que l'Eglise a eu en leur institution. Par exemple, elle ordonne qu'on s'inclinera au nom de Jésus, pour témoigner le respect qu'on lui porte : si l'on y manque, et que l'on fasse cette inclination ou avant eu après, en disant quelque autre mot, cette cérémonie n'a plus sa signification : ainsi ce n'est plus une ftérémonie de religion, ce n'est plus qu'une action naturelle et un mouvement indifférent. De même elle ordonne qu'en offrant à Dieu le pain sur la patène à la sainte Messe, on l'ait entre les mains, et qu'en disant suscipe , sancte Pater, on lève les yeux au ciel, et en disant liane immaeulatam liostiam, on regarde l'hostie; si, sans observer le temps de ces cérémonies, par négligence ou par une trop grande précipitation, on commence en découvrant 1<; calice, suscipe, sancte Pater ; si, en disant ces autres paroles, hanc immaeulatam liostiam, on n'a pas la patène dans les mains, et on ne fixe pas les yeux sur l'hoslic, dès lors on manque le but de ces cérémonies, et l'on sort des desseins que l'Eglise a eus en les instituant. 5° Ce qui nous oblige encore d'y observer le temps, c'est que sans cela il n'y a que confusion dans les cérémonies, et ainsi elles ne portent plus aucun sentiment de piété dans les cœurs. Les cérémonies n'ont poinl de lustre ni d'éclat, à moins que l'ordre et l'uniformité ne s'y rencontrent. Or, pour cela, il est absolument nécessaire de les faire précisément dans le temps ; car si, par exemple, plusieurs doivent faire ensemble la gi'nufiexion, et qu'ils ne la fassent que l'un après l'autre, nous voyons <pie les cérémonies perdent leur grâce et leur beauté: cl comment pourront-ils la faire ensemble, si tous ne sont ixacls à observer le même temps? Il faut
i" Il faut bien les apprendre avant d'être obligé de les faire ; car autrement, comment ferait-on bien ce qu'on ne sait pas? C'est pourquoi le concile général de Lalran défend aux évêqucs, mais très-expressément, de recevoir aucun prêtre qui n'ait été auparavant instruit de ce sujet ; Districte prœeipimus ni episcopi promovcndos in sacerdotes diligenter jkstruanl et informent, etc., super divinis officiis et écolesiasticis sacramentis (jnaliter rite vakant celebrare. Et la raison qu'il en rend est admirable : c'est, ditil, qu'il vaut mieux avoir peu de prêtres et qui soient bons, que d'en avoir beaucoup et de méchan.s: comme si c'était assez pour faire un méchant p.être que de ne pas savoir les cérémonies : Satins est enim, maxime in ordinationc saecrdotum, paucos bonos quam mullos malos liabere ininistros. Et c'est ici un étrange désordre dans la religion ; il faut que je le dise à la confusion de notre état : il n'y a point de profession, pour basse et pour méprisée qu'elle puisse être ; il n'y a point dart, il n'y a point de métier où l'on n'en apprenne les règles avant de s'y engager. Un cordonider, un savetier, ne s'exposera pas à ce métier sans en savoir les règles. Il n'y a que l'état ecclésiastique, il n'y a que les prêtres, il n'y a que les clercs qui s'y exposent, qui yentr*Mil, qui s'y engagent sans connaître ce qu'ils seront obligés de faire. Il sera assez temps, dit-on, de s'en i-nstruire ; je les apprendrai toujours bien (piand je serai prêtre. Et de là vient que la plupart ne les savent jamais; et c'est même une des raisons pour lesquelles l'Eglise a ordonné les interstices, et a voulu qu'il y eût un espace de temps considérable d'un ordre à l'autre, afin que l'on put s'instruire à
ENTRETIENS ECCLESIASTIQUES
loisir des fonctions de l'orare auquel on aspirait, et que Ton pût en apprendre toutes les cérémonies avant d'y être engagé. Il est donc d'une grande \mporuncc de les apprendre avant d'être obligé de les faire. Or nous avons trois moyens de les apprendre. Le premier, lire les rubriques où elles sont marquées ; le second, consulter sur ce sujet et conférer avec des personnes qui les savent; le troisième, assister exactement à toutes les répétitions que Ton en fait.
1° Lire les rubriques du Missel, du Bréviaire et du Rituel ; du Missel pour la sainte Messe, du Bréviaire pour le saint Oflice , du Rituel pour l'administration oes sacrements. C'est une chose incroyable que la négligence que l'on a sur ce point. On trouve des prêtres qui disent tous les jours la sainte Messe et le saint Oflice ; des prêtres qui ont des dix, douze, quinze, vingt années de sacerdoce, et qui, en toute leur vie, n'auront pas lu une fois les rubriques : faut-il s'étonner si l'on s'en acquitte si mal?
2° Comme il y en a quelques-unes que l'on ne trouve pas aisément, et quelques-unes même que l'on ne trouve qu'obscurément, il faut consulter et conférer avec des personnes qui les savent, et demander ce que l'on ne sait pas. Quelquefois on a honte de s'instruire, et particulièrement les anciens prêtres, ou ceux qui sont savants d'ailleurs : ils croient qu'il y va en cela de leur honneur ; ils ne peuvent se résoudre à proposer leurs doutes, et ils ont honte de se faire instruire par de plus jeunes; et se laissant ainsi aller aux sentiments d'une honte criminelle, ils demeurent toute leur vie dans leur
voilà le premier avis que nous avions à vous donner pour les faire ponctuellement, qui est de les bien apprendre avant d'être oblige de les faire.
Le second est d'être fort alieniifen les faisant; car il y a tant de choses à y observer, que si nous n'y apportons pas un peu d'attention, nous y ferons assurément beaucoup de fautes. Et que l'on ne me dise pas que celte attention aux cérémonies extérieures nous fait perdre notre dévotion ; car si cela était, il y aurait bien à craindre que notre dévotion ne fût une fausse dévotion. Quoi ! dire que ce que l'Eglise, toute sage et éclairée qu'elle est, a établi comme 'm moyen pour nous élever à Dieu, uous en détourne, n'est-ce pas une manifeste tromperie et une pure, illusion? Il faut donc, après les avoir apprises, se rendre attentif en les faisant; et c'est le moyen de les faire ponctuellement, qui est la première condition pour bien les faire, la ponctualité.
2" Il faut les faire avec' bienséance.
Il y en a qui les font toutes et ponctuellement, mais ils les font de si mauvaise grâce, que cela serait plu scapable de donnerdu scandale que de l'édification aux peuples qui les voient. N'est-ce point une honte que l'on ait tant de soin à apprendre la bonne grâce dans îe monde, et que l'on en ait si peu de l'apprendre pour Dieu? On apprendra pendant des années entières à un enfant à se tenir droit, à demeurer dans une posture ferme, et à avoir une bonne contenance : des mois entiers s'écouleront à lui apprendre à faire une démarche ; et enfin, à force de lui faire répéter souvent les mêmes pas, et de le mettre dans la même contenance, on lui donne l'air du
ignorance. Qu'ils apprennent d'un grand Pape à monde, et ce qu'on appelle la bonne grâce dans le
changer de conduite, et qu'on ne doit jamais avoir de la honte d'apprendre de qui que ce soit ce qui est nécessaire pour nous acquitter de nos obligations, ou qui peut le moins du monde contribuer à notre salut : NuUus propter opprobrium senectutis aut juvenlutis, vel nobililatem generis, a parvulis et minus eruditis, si quid forte utililatis est aut salutis, inquirere neyliyat.
Non-seulement il faut lire les rubriques et s'en informer des personnes qui les savent, mais encore il faut être fidèle à les réduire en pratique. Et c'est pour cela que cette répétition s'en fait ici tous les jours à la sortie de la conférence de l'Ecriture sainte. Il y en a quelques-uns que l'on marque pour les répéter ; mais il est bon que les autres même qui ne les savent pas encore y assistent, quoiqu'ils ne soient pas marqués, parce qu'ils ne laisseront pas toujours
siècle : et pour Dieu l'on croit qu'une ou deux fois qu'on répétera les cérémonies, suffisent ; on s'imagine qu'on en sait toujours assez ; on s'en ennuie et l'on s'en lasse. Et cependant il y a un certain air, non pas du monde, mais de Dieu, dans les cérémonies; un certain air, non pas séculier, mais religieux, qui est nécessaire pour bien faire les cérémonies; un air qui donne même de la dévotion et du respect, et qui ne s'acquiert qu'en les répétant trèssouvent : sans cela, dit saint Bonaventure, ou nous y ferons beaucoup de fautes, ou nous les ferons d'une manière ridicule et qui attirera plutôt la risée que la dévotion des peuples : Sœpe illa quœ in publico necessaria sunt, prius in secreto exercitationis usum exposcHUt ; quia si prorsus ea in occullo negtigi' mus, uli poslmodum eis, dum opus est, in publico non valemus, et tune aut prorsus a disciplina déficientes
d'apprendre beaucoup en les voyant faire aux autres, intuenlibus scandatum facimus, aut inepte, id qnod
et surtout prendre garde, dans cette répétition, d'y observer le silence, l'attention et la modestie. Souvent, pour n'y être pas assez sérieux, on y perd le respect pour les cérémonies, et on s'accoutume à les faire avec dissipation et négligence, et ensuite quand on est obligé de les faire en public, on s'y comporte de même. Il faut donc un grand respect, même quand on les répète en son particulier. Et
OEUVRES COMPL. DE M. TrO.NSON. I.
in nobis non est simulare conantes, irrisionem excilamus.
Enfin il faut les faire avec dévotion, dévotion qui demande deux choses :
i" Amour pour les cérémonies. Ne point les faire par contrainte, par gêne , avec répugnance, surtout lorsqu'on nous marque pour les fonctions que nous croyons moins considérables • car si , désirant les
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éclatantes, nous avons àe la peine à pratiquer les moindres, c'est une marque que nous n'aimons pas lanl les cérémonies que leur éclat.
2° La dévotion demande que notre esprit ne soit pas tellement absorbé et emporté par l'extérieur de la cérémonie , qu'il ne pense à l'intérieur et à ce qu'elle représente ; et pour cela il est important d'en apprendre même les significations et les mystères, non-seulement pour les enseigner aux peuples, mais aussi afin qu'en même temps que nous les faisons , nous puissions former dans notre cœur les affections ({ui doivent y être conformes.
Voici, Messieurs, les principales choses nécessaires pour bien faire les cérémonies , et à quoi il faut tâcher de nous rendre fidèles en toutes occasions, mais surtout en la sainte Messe , où les cérémonies étant plus relevées en leurs significations, plus anciennes en leur établissement , plus vénérables en leurs auteurs, plus autorisées par les canons, étant aussi réglées avec plus de soin et commandées avec plus de rigueur, il faut aussi y apporter une extraordinaire diligence : Quamvis in mdlo loco disci- 'plinam suam liomo deserere debeat, ditigentius tamen et maçjh sollicite ibi servanda, ubi neglectus générât scandalum, vel custodia bonœ imitationis exemplum. (S. BoNAVENT., Specul. discipl. ad novit., p. i, c. 7.) Qui ignorât ignorabitur, etc., qnibus quid eliud evenire putandum est, nisi quod illis sacerdotibus contiçit quos, post captivitatem Israelitici populi , rex Astyriorum in urbibus Samariœ constituerat , et divini cultus cœremotiias ignorabant? Nam cum nescirent Deitm juxta legalem mandatorum observantiam colère, leonum eos rabies consmnebat. « Immisil in eos Dominus leones, et ecce interficiunt eos, eo quod ignorent ritum Dei terrœ. i {IV Reg. xxv, 26.) Pelriis autem dicit, « Quia diabolus tanquam leo rngiens circuit qnœrens quem devoret. t (i Petr. v, 8.) Saccrdotes ergo qui Dei légitima nesciunt, leonum dcnlibus exponuntur, quia nimirum illos malignorum spirituum rabies dévorât qui sacrificiorum cullui temerariis ausibus insistentes, qualHer Deus rite colatur ignorant, sicque fungunlur officio saeerdotum, ut sacerdotalis officii nesctant sacrumentum ; et sicut per illorum imperitiam factum est, quod Scriptura testatur, I (Jnaquœque gens fabricata est deum suum, posueruntque eos in fanis excelsis {IV Reg. xvii, 29), » ita nunc pcr pseudosacerdotum ignoruntium quidocere populum nesciunt, fieri dolemus, ut scilicet alii quorum dcus venter est, et terrenasapiant, luxuriam colant; aliiavariliam, qucB est idolurum servitus , venerentur; alii rapinis, alii liomicidiis, et alii vencficiis, sacrilega devotione inserviant , et sic diversis criminibus tanquam simulacris et sculptilibus officium servitulis impendant. L'nusquisque cujus opus facit, illius et servus appellatitr. (S. Petrus D.vHiANiJS , opusc. V6, Contra inscitiam clericorunif «n Praîlat.)