XV' ENTRETIEN
L'avarice des prêtres.
C'est un mal bien ancien que l'avarice des prètrea! Le prophète Jérémie s'en plaignait de son temps : .4 minore usque ad majorem omnes avaritiœ studenl; a prophcta usque ad sucerdotem cuncti faciunl dolum Uer. VI, 13.) C'est la plainte que nous pouvons bien faire encore dans notre siècle, et nous pouvons bien dire avec Isaje : Ipsi pnslores declinaverunt unui-
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quisque ad avaritiam. {Isa. lvi, H.) Conjbicn ne voyons-nous pas tous les jours de curés, de prè-. très, qui négligent tous leurs devoirs, ne travaillent à autre chose qu'à amasser du bien, à faire valoir leurs propriétés 1 Omnes avaritiœ student.< N'est-ce pas quelque chose de bien déplorable,' que des ministres des autels , qui ne devraient être attachés qu'à Dieu seul, s'attachent ainsi aux biens de la terre, autant et quelquefois plus que les laïques ? Que je serais heureux, si je pouvais en inspirer une forte aversion à tous ceux qui vont m'é-. coûter ! Je sais que la chose est difficile, pour ne pas dire moralement impossible ; car si Notre-Sei-^ gueur même, ayant entrepris de convaincre des cœurs du mépris qu'ils, devaient faire des richesses s'ils ne voulaient renoncer à Dieu, puisqu'on ne. saurait servir deux maîtres. Dieu et l'argent ; si Notre-Seigneur, dis-je, ayant entrepris de détromper là dessus des avares, n'en remporta que du mépris et des moqueries : Audiebant autem hœc phari-. sœi, qui erant avari, et deridebant eum {Luc. xvi,14) ; n'ai-je pas tout sujet de craindre de ne remporter d'autre fruit de cet entrelien, que les mépris et les. railleries de ceux qui pourraient se trouver atteinta de ce vice ? Néanmoins je ne laisserai pas ppur cela de parler d'un sujet si important, à l'exemple de mon divin Maître, qui ne laissait pas d'inculquer à toutes les rencontres le désintéressement, le mépris qu'il faut faire des biens de la terre et le détachement universel qu'il faut en avoir, quoiqu'il vît que la plupart de ceux à qui il parlait, non-seulement ne profitaient pas de ses discours, mais s'en moquaieat même et en faisaient le sujet de leur raillerie. Ce me sera toujours beaucoup si je puis confirmer un grand nombre de bon prêtres, qui me font l'honneur de m'entendre, dansle détachement des biens périssables de ce monde, dans lequel la grâce les a, déjà établis, et augmenter en eux une disposition si sainte; et peut-être même que je ne désespérerais pas de donner quelque atteinte au cœur de ceux qui se trouvent malheureusement engagés dans ce vice, s'ils voulaient ouvrir leur esprit aux lunvères de la grâce, et donner l'attention qu'il faut à ces deux choses : 1" à la nature de ce vice, 2° à ses suites funestes, qui sont les deux motifs que je leur propose, et les fondements de l'horreur que je souhaite exciter dans leur cœur pour ce vice monstrueux-. Ce sera aussi les deux parties de ce discours.
Première partie. — Pour donner horreur de quelque monstre épouvantable, il n'est pas nécessaire de faire de grands discours ni de grands raisonnements ; il suffit de le faire voir pour le faire fuir ; il suffit de l'exposer à la vue des gens tel qu'il est en lui-même pour en faire concevoir de la crainte et de l'aversion. La laideur et la difl'ormité extraordinaire qu'on remarque en lui ne frappent pas plutôt les sens, que le cœur se sent saisi de frayeur et d'horreur pour une chose si épouvantable. Le vice dont je traite, ie veux dire l'avarice, est chIiq