‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 169 sur 303 · X\P ENTRETIEN · texte numérisé non relu

X\P ENTRETIEN

Sur le petit nombre de prêtres sauvés.

Dans les derniers entretiens nous avons fait voir que les prêtres doivent être saints, qu'ils doivent être animés de l'esprit ecclésiastique, qu'ils doivent être appelés de Dieu, et qu'ils doivent répondre à leur vocalion par une application fidèle à leur ministère. En établissant ces grandes vérités, nous avons pu connaître, par les réflexions que nous avons faites, qu'il y a peu de prêtres qui répondent à toutes ces obligations ; d'où j'infère une conséquence bien terrible, qu'il y a peu de prêtres sauvés. C'est la conséquence que les saints Pères ont tirée, en considérant d'un côté les grandes obligations des prêtres, et de l'autre le peu de fidélité qu'ils avaient à répondre à toute leur étendue. Je crois qu'il est très-important que nous fassions une sérieuse réflexion sur cette vérité terrible et épouvantable, qu'il y a peu de prêtres sauvés. Si cette vérité était bien méditée et bien gravée dans notre esprit, on ne se presserait point tant pour entrer dans le sacerdoce, on y entrerait avec plus de précaution qu'on ne fait, on s'appliquerait avec plus de zèle aux fonctions de son ministère, et l'on ferait tous ses efforts pour persévérer dans le service de Dieu et de son Eglise.

Ne croyez pas que je veuille vous épouvanter sans fondement. Lorsque je dis qu'il y a peu de prêtres sauvés, ce n'est pas de moi-même que je l'avance, je ne le dis qu'après un grand saint et un grand docteur de l'Eglise, qui assure, après de sérieuses réflexions et dans une parfaite conviction, qu'il y a pou de prêtres sauvés, et qu'il y en a beaucoup plus qui périssent et qui se damnent , c'est saint Chrysostome écrivant sur les Actes des-apôtres ; voici comme il parle : Non temere dico, sed ut affectus sum ac sentio: non arbitrer multos esse sacerdotes qui suivi fiant, sed multo plures qui pereant. Je ne parle point, dit ce saint, témérairement et sans fondement ; ce n'est pas par exagération que je m'explique, mais je m'explique suivant mes sentiments, et suivant la conviction et la persuasion où je me trouve : je ne pense pas ((u'il y ait beaucoup de prêtres sauvés, et je crois^ qu'il y en a beaucoup plus de ceux qui se damnenS que de ceux qui se sauvent.

Remarquez comme ce saint docteur dit que 1»

nombre des prêtres damnés surpasse de beaucoup celui de ceux qui sont sauvés. Qui de nous à présent ne tremblera pas en entendant cette terrible vérité? Mais remarquez encore que le clergé du temps de saint Chrysostome était bien plus réglé qu'il n'est présentement. Qu'on ne s'imagine donc plus, lorsqu'on parle du petit nombre des élus, que cela ne regarde que les laïques qui vivent dans le monde, où la plupart font naufrage comme sur une mer orageuse; et ne nous trompons pas nous-mêmes en nous flattant que celte vérité terrible ne nous regarde pas. 11 faut donc au contraire, soit que nous soyons engagés dans le sacerdoce, soit que nous y aspirions, que nous prenions garde de n'être pas du nombre des prêtres réprouvés ; et pour nous mettre à couvert de ce malheur, je crois qu'il est important, 4° de vous découvrir les sources ordinaires de la réprobation des prêtres , afin de nous précautionner, et, 2° de vous indiquer les règles à suivre pour éviter ce malheur, et être du petit nombre des prêtres sauvés.

i° Je réduis à (juatre les sources ordinaires de la réprobation des prêtres : 1° au défaut de vocation ; 2° au défaut de correspondance à sa vocation ; 5° au défaut de persévérance dans sa vocation ; i° à la nature des chutes que l'on fait dans l'état ecclésiastique. Je dis donc qu'il y a peu de prêtres sauvés, parce qu'il y en a très-peu, 1° qui soient appelés ; 2° très-peu qui répondent à leur vocation; 5° très-peu qui persévèrent dans leur vocation ; 4° très-peu enfin qui se relèvent de leurs chutes; en d'autres termes, le défaut de vocation, le défaut de fidélité à sa vocation, le défaut de persévérance dans sa vocation, la nature des chutes qui, dans le sacerdoce, sont presque irréparables, quatre sources trop fécondes de la perte d'une infinité de prêtres, quatre raisons pour lesquelles il y a si peu de prêtres sauvés. Reprenons-les, s'il vous plaît, et examinons-les avec une grande application.

Je dis^ premièrement, qu'il y a très-peu de prêtres qui soient sauvés, parce qu'il y en a Irès-peu qui entrent bien dans le sacerdoce. Pour bien entrer dans le sacerdoce, il faut avoir des vues conformes à celles de Notre-Seigneur. 11 faut répondre à ses intentions et à ses desseins sur les prêtres. Quelles sont les vues de Notre - Seigneur sur les prêtres? que demande-t-il de ceux qui s'engagent dans le sacerdoce? i" Notre-Seigneur demande d'eux qu'ils aient un grand désir de procurer la gloire de son Père, c'est la principale fin du sacerdoce. Comme c'était la grande intention de Notre- Seigneur qui est le souverain prêtre de l'Eglise, ce doit être aussi celle de ceux qui sont rendus participants de son divin sacerdoce. 11 faut donc être animé du grand désir de procurer la gloire de Dieu, en entrant dans ^e sacerdoce ; si l'on manque de celte disposition, on manque de la plus essentielle aux prêtres. Néanmoins, la plupart se jcltont dans ri'.glise sans consulter la volonté de Dieu.

2° Il demande d'eux qu'ils aient un grand zèle pour le salut des âmes ; c'est la seconde fin de l'institution du sacerdoce. H faut entrer dans les sentiments de Notre-Seigneur qui a eu un zèle si admirable pour les âmes , et qui les a tant aimées , qu'il a donné son sang et sa vie pour les racheter. Les prêtres doivent avoir les mêmes dispositions, et ils doivent les exprimer par leur conduite à l'égard des âmes; et si l'on n'a pas celte disposition en recevant la prêtrise, on peut dire qu'on na pas l'esprit du sacerdoce : Ego elegi vos ut eatis et fructum afferatis., et fructus v ester maneat. [Joan. xv, 16.)

5° Notre-Seigneur demande que ceux qui entrent dans le sacerdoce aient une grande sainteté et un désir très-grand de se sanctifier de plus en plus, afin de soutenir par la pureté de leur vie la sainteté de leur étal qui demanderait une vertu plus qu'angélique. Voilà de grandes dispositions et de saintes intentions que Notre-Seigneur dema'nde de ceux qui reçoivent le sacerdoce, et qui entrent dans un état si saint. Or il y en a très-peu qui répondent aux desseins de Notre-Seigneur. De là viest que ceux qui n'y répondent pas se damnent , et en s'élevanl à un état si sublime, ils montent bien haut pour faire des chutes plus terribles.

J'ai dit qu'il y en a très-peu qui répondent aux intentions de Notre-Seigneur, lorsqu'ils entrent dans le sacerdoce ; car ordinairement on a des vues toutes contraires aux siennes. Au lieu de se proposer pour fin la gloire de Dieu , le salut des âmes et sa propre sanctification, on a des vues basses, grossières, terrestres et criminelles. Si l'on pénétrait le cœur de la plupart de ceux qui reçoivent les saints ordres, on verrait que ce sont la chair et le sang, l'intérêt et l'avarice, la gloire et les aises de la vie qui les animent et les dirigent. Les uns sonl appelés au sacerdoce par leurs parents qui sont bien aises de décharger leur famille , et de procurer des bénéfices à leurs enfants. Us les destinent d'eux-mêmes au sacerdoce , et leur font une espèce de violence pour les engager à prendre cet état; Us leur représentent qu'ils leur donneront peu pour subsister, et qu'ils n'ont pas grand'chose à attendre. Voilà ce qui fait la vocation d'un très-grand nombre d'ecclésiastiques. Comme les enfants ont une crainte révérenlielle pour leurs parents , et qu'ils n'osent pas les contredire , ils prennent l'état de vie qu'ils leur proposent , pour ne pas les contrarier. II y en a d'autres qui entrent dans le sacerdoce par l'inspiration et la suggestion du démon. Ce malin esprit , ennemi irréconciliable de Dieu et des hommes, voyant les grands maux que peut faire dans l'Eglise un prêtre qui n'est pas appelé de Dieu , tâche de persuader à plusieurs d'entrer dans l'Eglise et de s'élever au sacerdoce. 11 les élève sur le pinacle du temple , parce qu'il sait bien que lorsque ces misérables seront prêtres , il les portera à conomcttre une infinité de désordres qui les perdront , et une infinité d'âmes avec eux. Enfin, il y en n d'autr»S

701 ENTRETIENS ECCLESIASTIQUES

qui entrent dans le sacerdoce par des vues tontes chaniellos : ils se promènent telle place et ses émoluments, qui vaudront mieux que le patrimoine qu'ils auront dans le monde ; ils se proposent qu'ils mèneront une vie douce et commode ; où bien encore ils se proposent l'honneur et l'élévation : ils envisagent les charges et les emplois ecclésiastiques comme des choses honorables ; c'est ce que remarque saint Chrysostome dans l'homélie que je vous ai citée. Maintenant, dit ce Père, nous recherchons le sacerdoce comme une magistrature séculière et profane, et nous aspirons à cette dignité afin de nous attirer l'honneur et la gloire de ce monde : Nuuc autem aliter quam profanes magistratiis , et hanc affectamus diynitatcm, uimirnm ut glorificemuret honorcmur apud homim's. D'où il conclut qu'on se damne el qu'on se perd devant Dieu , en prenant des vues si peu conformes â la sainteté du sacerdoce : Perdimur apud Deum. On s'élève dans le monde , et devant Dieu l'on s'abaisse et l'oft se perd : Quid htcri fccit hic honos? C'est un honneur qui coûte bien cher.

Telle est la première cause de la damnation des prêtres, ils entrent mal dans le sacerdoce; aussi leur dira-t-on un jour ce qui est rapporté dans l'Evangile, de celui qui entra dans la salle du banquet sans être revêtu de la robe nuptiale: Amice, quomodo hue intrasti? {Matlh. xxii, 12.) Mon ami, comment vous êtes-vous ingéré dans le sacerdoce ? Comment y êtes-vous entré n'ayant point la robe nuptiale, c'esf-à-dir»'. les dispositions nécessaires? Où est le désir que vous aviez de procurer la gloire de Dieu? Où est le zèle que vous aviez pour le salut des âmes? Quelle sainteté aviez-vous? Vous n'aviez que des vues profanes en entrant dans le plus saint de tous les états , el vous vous êtes présenté à cet étal auguste qui fait trembler les anges, étant encore dans le péché , ou tout dégoûtant du péché ! Quomodo hue intrasti? comment êtes-vous entré? Des ecclésiastiques diront peut-être alors : Seigneur, nous avons prophétisé en votre nom , nous avons chassé les démons , nous avons fait des miracles ; et cependant le Seigneur leur dira : Je ne vous connais pas : ISescio vos.{Matth. XXV, 12.)Yoilà 'donc ce qui damnera la plupart des prêtres, une mauvaise entrée dans le sacerdoce. C'est la première source de leur réprobation.

La seconde source de la réprobation d'une infinité de prêtres est que , de ceux mêmes qui sont bien entrés , il y en a peu qui répondent à leur vocation , parce qu'il y en a peu qui s'acquittent entièrement de leurs obligations, et ne manquent à quelqu'une qui est essentielle à leur état ; el en voilà assez pour les damner et pour les perdre. Saint Chrysostome fait une attention particulière à ceci , et, en assurant qu'il y a un très grand nombre de prêtres qui se damnent , il ajoute : Multas enim eautas naOet Quœ depellant ipsum a suis moribus ; il y a plusieurs principes qui portent un prêtre à se perdre, et à corrompre la pureté de ses mœurs ; et il dit qu'il faut qu'il ail une très-grande vigilance pour

se conserver : el iimumeris oeulis ilU opus undique. 11 faut qu'il ait une attention particulière sur luimême, autrement il se perdra infailliblement. Nous pouvons dire qu'un prêtre, pour bien se conserver, doit veiller particulièrement sur trois choses : r sur lui-même; 2" sur les obligations de son élal; 3" sur le monde.

l" Il faut qu'il veille sur lui , car, comme nous sommes tous portés au hial, et que notre chair c<^t toute rebelle à la loi de Dieu, il est nécessaire qu'on s'applique sans cesse à la réprimer et à la mortifier, qu'on n'écoute point ses plaintes cl ses murmures lorsqu'elle se plaindra du travail et de la fatigue, et qu'elle fera entendre sa voix pour dire qu'on se tue, qu'on ruine sa santé par excès de travail , que cela ne peut pas durer. Mais il faut encore veiller sur son âme, car elle a aussi des passions et des désirs déréglés en grand nombre. Tantôt elle a des pensées secrètes d'ambition , tantôt elle veut amasser quelque chose par esprit d'avarice , et ainsi des autres désirs déréglés. Or il faut mortifier tous ses désirs désordonnés , et l'avoir toujours entre les mains, comme faisait David : Anima mea in manibus meis semper [Psal. cxviii, 109): j'ai toujours mon âriie entre mes mains pour l'observer, et pour l'empêcher de contracter aucune souillure.

2° Ce n'est point assez de veiller sur sa chair et sur son âme, il faut veiller sur ses obligations. Or ces obligations sont très-étendues et Irès-difTiciles. Si vous êtes simple prêtre , vous devez réciter tous les jours dévotement l'office divin , vous devez garder fidèlement la continence , vous devez approcher des saints autels avec une grande pureté de cœur, vous devez vivre avec un grand détachement des richesses, des parents el du monde. Vous devez vous occuper el travailler selon vos talents, et suivant les facilités que vous trouvez pour faire le bien. Ces obligations sont grandes. Mais, disent quelquesuns , je ne suis que simple prêlre , je ne suis pas obligé de travailler. Vous vous trompez, l'état ecclésiastique n'est pas un étal d'oisiveté ; vous devez craindre l'effe» de ces paroles : S^ri'um inutilem ejicite in tenebras exteriores. {Matth. xxv, 50 ) Mais si vous êtes engagé dans une place à charge d'âmes, vous avez un grand surcroît d'obligations. Il faut que vous ayez soin de vos ouailles, il faut les paître el les nourrir par les instructions nécessaires , en sorte que si, faute de les instruire, quelqu'une se perd par ignorance, vous en répondrez devant Dieu âme peur âme; si vous instruisez , il ne faut point par lâcheté taire la vérité , mais il faut l'annoncer avec une sainte liberté, comme faisaient les apôtres : Loquebantur verbum Dei cum fiducia. (Aet. iv, 29.) Si vous êtes dans le tribunal de la pénitence, il faut ménager les intérêts de Dieu; il faut quelquefois, sans respect humain, refuser ou différer l'absolution à ceux qu'on ne juge pas suffisamment disposés, quand ce serait un magistr-at , quand ce serait un gentilhomme, quand ce .serait votre curé. Si vous ne

lu

le faites, vous conimcilez un sacrilège, et -vous participez au péclié des autres : Hic jam quœritur intcr dispensalores ut fidelis quis invenialur. Si vous avez des malades , il faut les visiter et leur donner les sacrements ; si vous y manquez , vous vous damnez, et si quelque personne meurt sans les recevoir par votre négligence, vous en répondrez devant Dieu, et vous avez commis une très-grande faute. Cela n'est-il pas capable dï-pouvanter? dit saint Chrysostome : Si vel unus tantum decedat non initiatus, nonné totam ipsitis suhvertil salutcm? Si une seule personne meurt sans baptême par la faute du prêtre, voilà tout son salut ruiné; et pourquoi? C'est que le salut d'une seule âme est quelque chose de si considérable , que l'esprit n'en peut comprendre le prix et la valeur : Vnîus enim animœ perditio tantam habel jacturam , uti milla ratio possil œstimare. Et pour prouver plus amplement qu'une âme est d'un grand prix , il fait ce raisonnement : Si le salut d'une seule âme est si considérable, que le Fils

pas pour dire à ces personnes : ^on licel tibi? (Matth. XIV, 4.) On tremble dans ces occasions, et l'on succombe aux dépens de son salut éternel...

Disons encore que les péchés des prêtres , quoiqu'ils ne fussent que légers dans les laïques, deviennent très-grands dans les prêtres, à cause de leur état, de leurs lumières, des grâces qu'ils ont reçues de Dieu , et du bon exemple qu'ils doivent donner : Si peccas privatim, niliil taie passurus es; si ir sacerdotio, periisti; en sorte qu'au jugement de Dieu on dira à un prêtre , quomodo vixisti? comment avezvous vécu dans le sacerdoce? Comment vous étesvous acquitté de vos obligations? Quelle a été votre sainteté , et quel est le bon exemple que vous avez donné , quomodo vixisfi ? Comment avez-vous conduit \e troupeau qui vous a été confié ? Que sont devenues ces ouailles? Les avez-vous nourries de la parole de Dieu , et édifiées de vos exemples ? Comment avez-vous assisté les malades? Comment avezvous apaisé les discordes? Mon Dieu! que la plupart

de Dieu s'est fait homme pour elle , e't qu'il a souf- des prêtres seront confus au jour du jugement, parce

fert de si grands tourments , concevez combien la perte de cette âme attirera de châtiments et de punitions sur celui qui était chargé de son salut, et qui l'aura laissée périr par sa faute. Si un homme qui est cause de la mort copporelle d'un autre, est digne de mort , à combien plus forte raison celui qui est coupable de la mort spirituelle d'une âme 1 Etcnim si unius animœ salus tanti est , ut ob hanc Filius Dei fieret liomo , tantaque pateretur, perditio , coyila quantum conciliabit pœnam. Quod si quis ad hominem in liac vita perditum morte dignus est, quunlo magis illel Vous voyez comme le salut d'un prêtre dépend souvent d'une seule infidélité. Cela doit, en •vérité, nous remplir de crainte et d'épouvante.

qu'ils ne pourront pas satisfaire à toutes les demandes qu'on leur fera, pas même à la moindre partie 1 On leur fera voir qu'ils n'ont pas vécu en prêtres, et qu'ils ont passé leur vie sans étude, sans oraison, sans piété, sans application à leur charge, s'occupanl du jeu, de la chasse, du négoce, de procès , de repas de côté et d'autre , perdant le temps en visites , en voyages, en promenades et en une infinité d'exercices indignes de la profession d'un prêtre.

3° Ce n'est pas tout : il faut qu'un prêtre veille non-seulement sur soi et sur les obligations de s«n état, mais il faut encore qu'il veille sur le monde pour se préserver de sa corruption et de sa contagion. Vous savez ce que saint Jean nous apprend : Totus

Ajoutons que, pour bien s'acquitter de ses obliga- mundus in maligno positus est. (I Joan. v, 19.) 11 faut

tions devant Dieu, il faut qu'un prêtre surmonte beaucoup de dillicultés , soit du côté du temps, soit Je la part des lieux difficiles où il faut aller, soit de la part des personnes auxquelles "il faut parler et avec lesquelles il faut traiter, ménageant généreusement en toute circonstance les intérêts de Dieu , ce qui s'appelle, selon saint Chrysostome, avoir un esprit grand et magnanime; et de ce défaut de magnanimité , qui est fort commun parmi les prêtres , ce saint conclut qu'il y en a peu de sauvés : Quoniam res requirit excelsum animum. Car il est certain qu'un prêtre qui n'a pas une grande force se damne dans son état. Il faut qu'il ait une grande force pour soutenir toutes les persécutions des méchants, et surtout les persécutions des mauvais prêtres, qui sont nos plus cruels ennemis. Il faut une grande force pour soutenir tous les assauts du démon , les combats de la chair, les révoltes violentes et fréquentes de la triple concupiscence , et pour en être toujours victorieux. Quelle force ne faut-il pas

donc avoir une très-grande fidélité pour ne point se laisser gâter et corrompre par le monde. Il est difficile d'être dans le monde et de n'être pas du monde ; il est difficile de converser avec les gens du monde, et de ne pas en prendre l'esprit et les maximes. Cela demande une vigilance continuelle et une application très-grande , pour ne pas participer à la milice du monde ; et parce que la plupart des prêtres n'ont pas cette vigilance et cette application, étant dans le monde ils deviennent mondains, ils en prennent l'esprit, ils se laissent conduire par ses maximes, ils estiment ce qu'il estime, ils parlent et agissent comme lui , en un mot , ils sont du monde , et ils attirent sur eux les malédictions que le Fils de Dieu lance contre le monde. On peut dire d'eux ces paroles du Prophète : Commisti sunt intcr génies et didicerunt opéra eorum. {Psal. cxv, 55.) Voilà une source très-commune de la perte des prêtres. Us font bien quelquefois dans la retraite et dans un séminaire : mettez-les dans le monde, en peu de

pour faire des corrections à des pécheurs publics et temps on ne les reconnaît plus ; ils se pencrtisscnl scandaleux , surtout si ce sont d(!s personnes de et contractent le mauvais air et la contagion du qualité selon le monde? Quelle fermeté nci faut-il monde. Ne faut-il donc pas inférer de co que nous

^-J ENTRETIENS flCCLESlASTlQUES. 706

MMions de «lue, qu'il y a pou de prêlros qui se sau- revivre ses passions, et Ton abandonne sa première vent? 11 y a très-pou de prêtres qui entrent bien ferveur qu'on ne reprend pas ordinairement, soil dans le sacerdoee ; de eeux (jui y entrent bien , il y parce que s'étant dégoûté de la régularité, il n'y a en a peu qui s'acquittent entièrement de leurs obli- plus rien qui fasse impression sur le cœur, soit gâtions; ajoutons encore que de ceux qui s'acquit- parce que Dieu se voyant méprisé par une personne

iont bien, pendant un temps, de leurs obligations et répondent à leui vocation , il y en a t-rès-peu qui ^K'rsévèrent jusqu à la mort et qui meurent sainletuenl. C'est la troisième considération, qui nous fera connaître combien il y a peu de prêtres qui se sauvent.

Ce n'est pas assez dans les simples Ckrétiens , pour être sauvés, de bien vivre pendant quelque temps, ni pour un prêtre de bien s'acquitter de ses obligations pondant une bonne partie de sa vie ; mais i4 faut que les uns etJes autres persévèrent jusqu'à la mort. S'ils manquent de fidélilé avant de mourir, iU sont perdus; témoin Judas qui avait bien commence et bien vécu pendant quclq<îe temps, mais qui Onit mal. Or, nous voyons que plusieurs prêtres qui vivent bien en certains temps, qui édifient et qui lâchent de s'acquitter de leurs obligations, sucfombenl enfm et finissent par le relàcliemenl. C'est < e qu'une malheureuse expérience nous apprend tous les jours, puisque souvent nous .avons la douleur d'apprendre que des personnes gui avaient «nêmc paru les plus ferventes ne se soutiennent \)as longtemps après leur sortie du séminaire. Ces chutes viennent de plusieurs principes. Le premier est que souvent l'on n'est pas bien établi dans la piété, ni bien enraciné dans la charité ; et les tentations venant fondre sur un coeur, il y succombe : Et in tempore tentationis mcedunL ( Liu. viii, 15.) Ou n'a pas une résolution bien ferme de servir Dieu malgré les efforts du démon, malgré les attraits du monde, malgré la malignité de notre chair; et le •démon nous attaquant avec violence, notre chair venant à se révolter, le monde nous présentant ses charmes, ou nous intimidant par ses menaces, ses persécutions et ses railleries, l'on succombe sous le poids de ces tentations : Et in tempore lentatianis recedunt. C'est le premier principe de nos chutes et du défaut de persévérance. Le second est une certaine présomption qui fait qu'on s'établit en soimême, qu'on s'appuie sur sa prétendue justice et qu'on Qiéprise les autres. On est comme ces scribes et ces pharisiens dont parle le Fils de Dieu, qui in te confidebant tanquamjiLSli, et aspernabanlur cœtcros. {Luc. xviH, 0.) C'est cette présomption pharisaïque qui attire la colère de Dieu ; elle nous prive de sa protection et de l'abondance de ses grâces; elle nous porte à nous exposer témérairement dans les occasions, ci l'on y tombe, l'on s'y perd, l'on y fait des chutes irréparables, comme nous le verrons tout à l'heure. Un troisième principe de nos chutes, est notre propre inconstance. On se lasse de bien faire ; li's bonnes œuvres causent enfin du dégoût par leur coutinuation ; l'on perd insensiblement le goût d'une bonne règle de vie qui nous avait maintenus jusqu'alors, on se rapproche un peu du monde, on laisse

OEUVRES r.OlIPL. PE M. rRO>SO->- I.

à qui il avait fait beaucoup de grâces, la méprise à son tour et la rejelle de son cœur. Qu'il y en a qui abandonnent ainsi l'œuvre de leur salut, les uns un an après leur sortie du séminaire, les autres plus tôt ou plus tard ! Ne lisons-nous pas dans l'Ecriture sairUe, que Salomon, après avoir reçu tant de grâces de Dieu, après avoir été doué d'une sagesse si admirable, se pervertit dans sa vieillesse par l'amour des femmes qui le portèrent â l'idolâtrie ? Judas n'avaitil pas été élevé à l'école du Fils de Dieu ? Néanmoins il tomba ensuite et par la malheureuse flexibilité de son cœur et par une passion qu'il avait négligé de mortifier. Quatrième cause pour laquelle on ne persévère pas : on ne veille pas sur soi, on néglige de mortifier ses passions ; elles demeurent comme assoupies, et tôt ou Xard elles se révoltent et surprennent ceux qui ne se licnnent pas sur leurs gardes. Il ne faut donc pas s'assurer sur sa prétendue fidélité, ni sur les bonnes œuvres, ni sur sa piété; nous ne sommes que faiblesse par nousmêmes. Il faut être fidèles, si nous voulons persévérer, à morlifier continuellemenJ, nos passion^ nous humilier sans cesse, et recourir souvent à la prière; Jiutremenl nous ferons certainement des chutes, et elles seront irréparables ; c'est la quatrième et dernière considération qui nous montrera combien il y a peu de prêtres qui se sauvent.

Je ne dis pas que les péchés des prêtres soient butièrement irrémissibles : mais je dis qu'ils sont presque irrémissibles. Saint Berjiard nous apprend cette vérité dans ses Déclamations. Ce grand saint, qui pesait les choses au poids du sanctuaire, dit que les prêtres sont appelés les anges du Seigneur, et que, comme la prédestination des anges était attarhce à une bonne ou mauvaise action, de même les prêtres sont élus ou réprouvés. Voici ses pofoles : Cœteste offiàum tcnet sacerdos; angélus Domini exercituum factus est ; tanquam amjelus aitt eligl'.ur aui reprobatur, iiiventa quippe in angelis pravitas, et districlius judicetur necesse est, et inexorabiliiis qnum humana. La raison en est que les péchés des prêtres sont censés, comme ceux des anges, des péchés de malice. On demande pourquoi Dieu n'a pas fait miséricorde aux anges, et qu'il l'a faite aux hommes- La raison qu'on en rend est que le péché des anges était un p 'ché de malice, et le péché de l'homme un péché de fragilité. Or nous pouvons dire que, quoique les prêtres soient des hommes, il y a néanmoins plus de malice que de fragilité dans leurs péchés. Ce sont des personnes éclairées, ou qui doivent l'être par leur étal ; ce sont des personnes qui ont reçu des grâces spéciales de Dieu ; ce sont (ici personnes qui, étant élevées à une haute dignité, font une très-grande injure à Dieu et à Itiir

état, lorsqu'elles conimellent des péchés; cl par conséquent leurs péchés étant des péchés de malice et contre le Saint-Esprit, ils ne se remettent ni en ce monde ni en l'autre, c'est-à-dire qu'ils ne se rcmoltent que très-difTicilement. C'est ce qui est à craindre, et un prêtre doit beaucoup appréhender que, s'il commet un seul péché mortel, il ne s'en relève jamais. Qu'il y a un grand nombre de prêtres qui, ayant offensé Dieu mortellement une fois, ne se sont jamais relevés de cet état ! Sachez qu'il y a tant dingraliliide, tant de mépris, tant d'irrévérence dans un prêtre qui pèche morlellcmcnt, et qui se laisse aller au désordre, surtout à l'impureté, que souvent il n'en revient plus: il s'en confessera à la vérité, mais il n'en n'aura pas un véritable regret, et il ne se convertira pas. Nous pouvons inférer de là qu'il y a bien peu de prêtres qui se sauvent, parce qu'il y en a une infinité qui vivent d'une manière déréglée. Ils ne commettent pas un seul péché, mais ils en commettent plusieurs; ils passent leur vie en tombant de péchés en péchés, tantôt dans l'impureté, tantôt dans l'intempérance, tantôt dans l'avarice, tantôt dans les emportements, tantôt dans des irré- TÔrences; ils roulent de précipice en précipice, et par leur conduite déréglée ils attirent la malédiction de

Dieu sur eux, et ils meurent dans l'insensibilité. H ne faut pas se flatter : un prêtre s'imagine quelquefois qu'il n'a qu'à se donner du bon temps, et qu'il fera pénitence avant de mourir ; c'est une illusion ; ces sortes de prêtres meurent comme des Judas, iU portent le caractère de leur réprobation.

Après toutes ces raisons, il ne nous est plus permis de douter du très-petit nombre de prêtres sauvés, et il ne nous reste plus qu'à Suivre quelques règles que je vais vous indiquer, pour éviter ce grand malheur.

1" Ceux qui ne sont pas engagés dans le sacerdoce et qui y aspirent, doivent bien se pénétrer des fins du sacerdoce, savoir: du désir de la gloire de

pour parler de l'abnégation et de la mortification, on ne la pratique pas pour cela. On demeure même d'accord, en général, de ces vérité^ parce qu'elles n'incommodent pas en les considérant de cette manière. On convient qu'il faut renoncer à soi-même, qu'il faut se mortifier, qu'il faut se détacher des honneurs, des richesses et des plaisirs ; qu'un prêtre, en un mot, doit, pour représenter Jésus- Christ sur la terre, l'iniiter en tout ; n>ais quand il faut venir à la pratique, on voit naître des dilîicultés, et l'on se trouve arrêté par mille considérations humaines. C'est ce que répondit Clénient VIII à Bellarmin. Le Pape avait consulté ce cardinal sur plusieurs articles qui concernaient le souverain pontificat. Celui-ci dit son sentiment fort généreusement, et le Pape même reconnut qu'il avait raison. Néanmoins il lui dit ensuite : Vcra sinit quœ dicitis, fatcmur, sed cum ad praxim deccrnimus, in multas difficuliates incidimus. On connaît, par exemple, qu'il faut mener une vie fort frugale et bien réglée, que le superflu des revenus ecclésiastiques doit être donné aux pauvres, qu'il ne faut jamais exercer le saint ministère par des vues d'intérêt, qu'il faut instruire assidûment, néanmoins cum ad praxim devenimus, in multas difficultates iticidimus. Un prêtre doit donc i" être fidèle à marcher constamment dans la voie étroite du salut qu'il connaît mieux que personne.

2° Il faut se représenter souvent l'importance do salut et les suites de cette grande affaire : Etre éternellement damné ou sauvé. Il faut que, dans celte vue, on se détermi'ne toujours à prendre le plus sûr. Je n'en fais pas une obligation, mais je dis que la prudence le demande. Et pourquoi ne ferions-nous pas pour notre salut ce que nout» faisons dans toutes les autres affaires, dans un procès, dans une maladie, dans un ouvrage? N'oublions jamais cet avis des saints : ISuUa salis magna securitas ubi periditatur (Cternitas. De là un

Dieu, et du salut des âmes, et bannir toutes les vues prêtre se gardera bien de ne s'abstenir que des

profanes, acquérir la sainteté qui est nécessaire aux prêtres, sans se presser si fort, comme on fait, et ne faisant rien sans conseil. Si l'on n'avait pas les marques de vocation, il ne faudrait pas avancer, (|uelque chose qui pût arriver. Saint Chrysoslome donne cet avis aux personnes qui désirent le sacer- (ioce : Cum coucupisces sacerdolinm, ex adverso potie qu'ils donnent. C'est ce qui a lail dire ces paroles

péchés mortels, mais il évitera tant qu'il pourra les péchés véniels et ceux qui paraissent les plus légers. Car les péchés véniels dans les prêtres déplaisent fort à Dieu, et il arrive souvent que ce qui n'est que véniel dans les laïques est mortel dans les prêtres, à raison de leur état et du scandale

criminaliunrs quas illic perpeti neccsse est : ponc vitam a nefjotiis liberam, jfonc suppliai modum. Il faut l)enser aux persécutions et aux injures auxquelles on sera exposé si l'on veut faire son devoir, au dégagomonl de toutes les affaires du momie, et aux châtiments terribles qu'on se pré[)are en l'autre.

2" Si l'on est dans le sacerdoce, pour assurer son salut il faut, \" entrer véritablement dans la voie étroite, c'est-à-dire dans la i»r;iti([ue de l'abnégation, de la ujorlificatiiju et di; riiumilialion ; il n'y a <pie ce cbcmiu (|ui conduise au ('iei. Il ne faut pas se coiilcnlerdc (pichpicidée que l'on en a; car,

si remarquables à saint Crégoire: Plerumque quod in luicis culpa non est, hoc crimcn est in sacro ordine constitulis. Et voilà ce qui trompe bien des occlésiastiipies ; ils se mesurent sur les laïques. Ce n'est pres(pie rien à des laïques de passer quel- (pie temjis de conversation avec des personnes d'un autre sexe, si l'honnêteté y est gardée; dans m\ prêtre ce sera un écucil et iin sujet de scandale. Ce n'est presque rien dans un laicpie de dire des I>laisanteries ou des paroles (lui font rire; dans un piètre ce sera souvent un blas|>hèine et un sacrilège : Nuqœ in ore laUornni nuqiv suut ; in tov

:uy

MEDITATIONS J^CCLESlASTiQlES.

saccrdotis blasphem'uv ; talibus apcrire illicitum, assuesccrc sacrilcginm. 11 laul donc éviter les moindres péchés, 01 nuMno, aulant qu'il se peut, l'onibrc et l'apparence du péché : Àb onmi specie mala abs- (incte vos (/ Thcss. v, 22) ; c'est l'avis de s;iint Paul, et agir autrement, ce serait ne pas prendre le plus sur, et par conséquent ignorer l'importance du salut et les suites de cette affaire.

ù" Enfin, il faut suivre le petit nombre. Comme il y a peu de personnes qui se s;\uvent dans tous les étals, il faut imiter les plus fervents. Ne nous comparons jamais aux lâches qui sont en plus grand nombre, mais à ceux qui sont véritablement fitlèles à leurs obligations : Vive eum pattcis, ul cum \>auns mercaris eligi. Oh ! mais, dit-on, je serai singulier, on me remarquera. Vous serez singulier, à la bonne heure ; mais il faut l'être uu peu pour se

sauver ; la foule u'incrunmode pas dans le chemin du ciel. LU ami de dom Harlhéleniy des Martyrs lui ayant représenté qu'il devait s'accommoder un peu à la coutume des autres évoques, et qu'autrement il se i-endrait singulier, reçut pour réponse ces belles paroles : Que si les évoques des premiers siècles n'avaient pas suivi les singularités des apôtres, on ne lirait pas mainlcjiaut leurs noms dans le Martyrologe : Nisi ad apostolicas simjularilales déclinassent, forte eûriim nomina non legerentnr in Martliroloijio. Profilons d'une si sage réponse ; ne craignons pas de paraître singuliers , sans nous inquiéter de ce que dira de nous le grand nombre des lâches ; lâchons d'imiter le petit nombre des saints prêtres, suivons leurs vestiges, et nous aurons part à leur bonheur.

MEDITATIONS ECCLESIASTIQUES

PREMIÈRE MÉDITATION

de la vocation à Célal ecclésiastique.

V Ahni<«eî-vous en la présence de Dieu par nn acte de foi e: d'adoration. — V Dans la conviclion de votre indigniiê à paraître devant Dieu, demandez-lui pardon de vos péchés, el donner-vous à Notre-Seigneiir, afin qu'il vous présente à Dieu son PiVe. — 5* Kenoncez aussi k votr^ esprit, et demandez celui de Notre-Seigneur, afin qu'il vous fasse bien faire oraison.

Premier point. Adoration. — Adorez Noire-Seigneur Jésus-Clirisl , Prêtre selon Tordre de Melchisédech, établi en son divin sacerdoce parla vocation particulière de Dieu son Père : Jnravit Domittns et von pœnitebit eum: Tu es Sacerdos incetcrmimsccnndum ordinem Melcliisedecli.{Psal. cix, A.) Si quelqu'un eût pu prétendre à la prêtrise sans vocation et sans crainte d'usurper, c'était assurément ce divin Sauveur ; car n'y avait-il pas droit par sa naissance et divine et temporelle? l'idiimis yloriam ejus, gloriam quasi l'nigeniti a Pâtre pletuim gratiœ et veritatis. {Joan. I, \L) Que s'il faut une grande innocence pour mériter celle dignité, n'était-il pas la sainteté par essence ? Talis enim decebat ut nobis esset Pon~ tifcx sanctus, innocens, impollutui, segregatus a peccatoribus et excelsior cœlis faclus. (Ilebr. vu, 20.) Si la science est nécessaire, en lui étaient tous les trésors de la science et de la sagesse de Dieu : In quo sunt omnes ihesanri sapientiœ et scientiœ Dei. {Col. Il, 3.) Si le 7.èle est indispensable, il était dit de lui : Zetus domus 'uœ comedil me. {Psal. lxviii, 10.) S'il était besoin de prudence, il était, et il s'appelle par excellence la sagesse incamée. Si l'on demande de l'autorité, toute puissance lui était donnée au ciel et hur la terre : Data est milii otnnis poiestas in cœlo et in terra. {Mutth. xwin, 18.) Si l'on cherche la force, U était ia vertu ile Dieu. Si l'on cherche la

pnrelé d'intention, il ne cherchait el ne pouvaU chercher que la gloire de son Père : Quœrit gloriam ejus qui misîtcum. {Joan. vu, 18.)xVon quœro gloriam nieani.iJoan.Mii, 50.) Toutefois il n'usurpe point le sacerdoce malgré toutes ses qualités admirables, il ne s'y élève point lui-même, mais il attend que son Père l'y appelle et lui dise : Tu es sacerdos in œternum... Ncc quisquam sumit sibi honorem, sed qui vocalur a Deo, tanquam Aaron ; sic et Christns non semelipsum clarificavit ut Pontifex fieret. {Ilcbr. xv, -i-, 5.) Si CInistiis, cum essct sanctus, innocens, impollutus, minime Pontificem se ipsum inslituit, quid nocenlcs, infirmi, in eis agere debent? Hinc quorumdam clericorum lemeritas confutatur, qui, nullo suadentc ncc impcrwnte,. sacerdotii gradum assumunt. Altitudinem ministerii liujus utinam sapèrent et inlelligerent! Ad illud. ctiam vocati alque impulsi se acclamarent indignas, non minus Dei quam propriœ conscientiœ judicitim . formidantes (B. Lalr. Justi.n., Serm. de Eucli., n. 20.) Adorez ce divin modèle de tous les prêtres, admirez, louez, bénissez et le Fils qui est appelé, et le Père qui l'appelle à ce divin état.

Seco.nd i>oixt. Communion.^ L'e.vcmple de Nolrc- Seigneurdevraitsulfire pour ne s'engager jamais dans le sacerdoce et dans l'état ecclésiastique sans vocation : Juspice, et fac secundum exemplar quod tibi monstratumest. {Exod. xxv, 40.) Mais, pour voir en particulier les motifs que vous avez de craindre de vous y ingérer sans y être appelé, vous méditerez à loisir les trois considérations suivantes. La première considération est que ceux qui s'ingèrent et qui s'engagent dans cet état sans vocation, font une injure à Dieu très-signalée, et commeltent une terrible offense, en choquant manifestement les ordres qu'il a prescrits, et en renversant insolemment la conduite

7ii

qu'il veut ôlre observée Jans son Eglise ; sur quoi vous remarquerez Irois choses : la première, que c'est Dieu même qui donne cet ordre de ne point s'engager dans l'état ecclésiasliciue sans y être appelé. Il ne veut point qu'on entre dans sa maison qu'il ne l'ordonne ; qu'on y prenne aucune fonction qu'il ne l'agrée, ni qu'on embrasse aucun état qu'il n'y appelle. C'est un maître absolu, il veut choisir ses serviteurs, et les appliquer lui-même aux emplois qu'il désire. C'est un bon père de famille qui prend lui-même le soin de pourvoir ses enfants. C'est un roi sage, ïl veut avoir entre ses mains le choix de ses minisires, et il n'agrée absolument que ceux qu'il y appelle. Donc s'y engager sans vocation, c'est choquer manifestement les ordres qu'il a prescrits, et renverser insolemment la conduite qu'il veut être observée dans sa maison. Mais c'est, en second lieu, choquer ses ordres dans une matière de la dernière conséquence. Car qu'y a-t-il de plus important dans sa maison, que l'entrée de son sanctuaire, que le nnnistère de ses autels, la dispensation de ses trésors, la garde de son épouse et la conduite de sa famille? Que direz-vous d'une personne qui, sans l'agrément du prince, et même contre sa volonté et sa défense expresse, serait assez téméraire pour s'engager dans sa maison ; qui se servirait de mille artifices pour avoir part à ses secrets, et prendre malgré lui le maniement de ses affaires ; qui lui ferait même quelque espèce de violence pour disposer de tout dans sa {amûlel Aiideatne aliqids veslrTim alicujus reijuli, non prœclpicnte aut etiam proliibenle eo, occupare ministeria, percipere bénéficia, neyotia dispeiisare? Jamais, continue saint Bernard, on n'a vu personne assez téméraire pour se porter à cet excès d'insolence. C'est néanmoins ce que l'on voit dans la famille de Notre-Seigneur, quand on s'engage sans vocation dans l'état ecclésiastique ; c'est ce qu'on fait dans la maison de Dieu, qui est une maison de prière et non pas d'intrusion, dit Pierre de Blois : Domus orationis, et non intrusionis. Ce qu'on n'aurait pas la hardiesse de faire dans la maison d'un prince, on ne craint pas de le faire dans la maison de Dieu ! N'est-ce pas, dit saint Bernard, une présomption étrangement ambitieuse? n'est-ce pas un emportement horrible qui va jusqu'à la fohe? Quid ixtud Icmeritatis? imo, quid infamiœ csl? ubi limor Dei? ubi morlis mcmoria? ubi yeliennœ metus il lenibilis exspectutio judicii? Il y a plus, car nonseulement les ordres de la maison de Dieu sont violés par cette conduite tén)éraire, et des ordres de la dernière C()nsé(]ucnc(! ; mais, <!n troisième lieu, ce sont les ordres les plus précis cl les plus indispensables qu'il ait jamais donnes. Il y a peu de lois dont il ne dispense quehiuefois ; mais de celle de la vocation, jamais. Que ce soient des prophètes, que ce soienldes apôtres, factum estvcrbmn Domiui ad me., vocavit eos... vocuvit ad se mios vvliàl iMorc. i, 20); que ce soit son pntjire Kiis, il faut ([u'il lappelle, autrement c'est une usurpaliim sacnlége (jui fait

que Dieu cruellement outragé se porte au plus haut point de sa fureur. C'est ce que vous méditerez bien à présent, en faisant réflexion sur ce que lui-même a dit par son prophète, qui vous fait connaître jus- (lu'où va cet outrage : Ipsi regnnventnt, et non ex me... Iratns est furor meus in eos, usquequo non poterunt emundari. [Ose. vin, 4, 5.) Ils se sont ingérés, dit Dieu, ils ont usurpé un honneur et une autorité que je ne leur avais point donnée, et pour ce sujet ma fureur s'est irritée contre eux, et ils ne pourront plus se corriger. Pour bien entendre ceci, concevez que l'Ecriture sainte remarque trois mouvements de Dieu irrité contre les pécheurs ; le premier est de colère; le second est de fureur; et le troisième est de fureur irritée. De colère contre les pécheurs ordinaires ; de fureur contre les péchés plus énormes et plus considérables; de fureur irritée contre les péchés les plus exécrables et contre les plus abominables de tous les crimes. Or, c'est ce troisième mouvement dont Dieu menace ceux qui entrent dans l'état ecclésiastique sans vocation. D'où vous pouvez conclure la grandeur de l'outrage qu'il reçoit par cette insolente conduite. Mais c'est aussi ce qui peut vous faire connaître le tort irréparable qu'on se fait à soi-même, en s'engageant ainsi dans l'état ecclésiastique sans vocation ; car que pcut-ou attendre d'un Dieu irrité de la sorte?

C'est la seconde considération que vous ferez. Car si l'on A peine à supporter le moindre mouvement de la colère de Dieu ; si c'est assez pour faire frémir les plus grands saints ; s'ils sont dans des saisissements de crainte qui les mettent tout hors d'eux-mêmes, en sorte qu'ils ne savent quelquefois où ils en sont, que sera-ce de sa fureur et de sa fureur irritée? Quand Dieu est en colère, encore se souvient-il de SCS bontés : Cum iratus fueris, misericordiœ recor-daberis {Habac. m, 2) ; mais dans sa fureur irritée, il n'y a plus de miséricorde. C'est pourquoi le jour du jugement est appelé le jour de la colère de Dieu irritée, dies irœ, parce qu'alors il n'y aura plus de miséricorde pour les pécheurs : Ira non liabct misericordiam. (Prov. xxvii, 4.) Sa fureur tolidement débordée sur eux ne leur laissera plus d'attente de grâce, ni d'espérance de salut, et il n'y aura plus qu'un accablement de toute sorte de maux, et un abîme impénétrable de supplices, de tourments, de calamités et de misères. Et voilà où tombent ceux qui s'engagent dans l'état ecclésiastique sans vocation : Horum certa est damnalio. (S. Bern., in Déclamât.) 1" Us n'auront que peu ou point de grâces; car Dieu ne les ayant point appelés, quel droit ont-ils d'y prétendre? Quel droit peut avoir un serviteur de demander des gages et des appointements à son maître, lorsqu'il fait ce qu'il ne veut pas, et qu'il le sert contre sa volonté? Un oiseau, comme dit le Sage, qui sort de son nid, ne trouve plus les secours de son père dans ses nécessités, mais U est exposé à la |)roie des autres oiseaux. Ainsi, en est-il des ecclésiasii(|ues qui sont entrés dans l'Eglise sans voea-

MKDIT.VTIONS KCC1,ES1 ASTIQUES. "f*

c'est se perdre soi-niènie el s'exposer evideimiiciU à la damiialiou étcrnollo, que de s'engager ainsi icniérairemenl dans Pélal ecclésiastique; car c'est la marque la plus certaine et le caractère le plus assuré de la réprobation. Et si Dieu, dit saint Augustin, punit autrefois si sévèrement Corc, Dathan et Abiron en les ensevelissant tout vivants dans les enfers, pour s'être ingérés sans vocation à faire les fonctions du sacerdoce, ce n'est, dit ce Père, que pour empêcher qu'on ne s'ingère dans cet état, en faisant iifreuf, ft l'os fs«nVM$. (/sa. Lxv, 13.) Privation donc, connaître le châtiment que mérite ce. crime. Cn

lion : ils ne trouvent plus les mêmes secours qu'ils rencontraient auparavant, quand ils éutient dans l'él;U où Dieu les voulait : Sicnt avis trausmujrans de HÏdo suo, sic vir qvi rclinquil sutim locum. (Prov. XXVII, 8.) Parce qu'ils ont choisi ce que je ne voulais pas, dit le Seigneur, ils seront dans la famine; et pendant que mes serviteurs fulèles seront rassasiés de mes grâces, vous en aurez disette : Pro eo quod iiohii eUujistis, propter hoc, lux'c dicit Douiinus : Eccc servi tnci comedcnt, cl vos esuriclis; eccc servi mci

en premier lieu, des secours de Dieu. Privation, en second lieu, presque irréparable... Ils seront incorrigibles, non potcrniit emundari. Qu'on s'engage sans vocation dans beaucoup d'autres états, on ne reçoit pas la grâce en y entrant, mais on peut ensuite réparer ce malheur. Que je perde même la grâce de plusieurs autres s;Krements, c'est une grande perte, mais elle peut être réparée. Que je fasse une communion indigne et sacrilège je puis en réparer le

s'attire, dit saint Eplirem, un jugement sans miséricorde : Si indigne quis liane digniintem sibi vsnrpare sit austis, tenebras sibi exteriores judiciumque absque misericordia consciscit. (S. Ei'UR., De saeerd.) C'est pourquoi ayez pitié de votre pauvre âme, dit saint Bernard, ayez pitié du sang précieux au prix duquel elle a été rachetée. Craignez ces horribles tourments, ce feu éternel et tous ces supplices qu'attirent sur eux ceux qui s'engagent sans vocation : Parcite,

fruit par une suivante. Mais pour l'entrée indigne obsecro, fratres , parcite animabus vestris, pardte

dans le sacerdoce, comment la réparer? car elle ne se fait qu'une fois, de sorie que si l'on manque de la bien faire, il n'y a plus d'autre voie qui la répare : Omnis planlatio quam non plantavcrit Pater meus, cradicabitur. {Matth. xv, 13.)

Quand on a dessein de, se retirer dans un cloître el de se faire religieux, combien de consultations 1 conibien d'examens ! combien de communions ! combien de prières, de vœux et de sacrifices ! Après tout cela, on fait encore une année entière, et quelquefois ceux ou trois, de probation et de noviciat. Toutefois, quand on s'y serait établi sans vocation, on pourrait recevoir la grâce d'y bien vivre et de s'y sanctifier. Par la pratique fidèle de ses règles on trouverait le moyen de réparer cette grâce ; mais la grâce de bien vivre dans le sacerdoce est régulièrement attachée à la vocation et à la réception de l'ordre ; et, bien loin qu'on puisse l'acquérir par le seul exercice des fonctions de cet élat, on s'en rend, au contraire, plus indigue, parce qu'on continue son sacrilège et son usurpation : Quia non est mihi voluntas in vobis, dicit Dominus, idée munus non suscipiam de manu reslra. {Malach. i, 10.) Et conmie ces fonctions sont des voies de sanctification et d'accroissement de grâce pour ceux qui y sont entrés légitimement, elles ne sont aussi pour les autres, disent les Pères, que des voies de sacrilège et de profanation : Usurpati siquidcm aiisus sacerdolii sacrificium in sacrilcqium, et vitam convertit in mortem. (Petk. Blcs., epist. IG.) Ce n'est pas que Dieu, touché des larmes el des travaux d'une sévère et bborieuse pénitence, ne relâche quelquefois de ses rigueurs et ne donne d'autres grâces et des secours communs et généraux, avec lesquels nous pourrions satisfaire absolument à nos obligations; mais cela est si rare, et quand il les donne, il arrive si peu qu'on y soit fidèle, que nous pouvons bien dire celte perte entièremeiit irréparable. C'est pourquoi vous devez vous persuader que

stnyuini qui effusus est; Iwrrendum timcte supplicitim, ignem qui paratus est declinate. (S. Bern., De convers. ad cler.)

Enfin, pour troisième considération, outre l'injure signalée qu'on fait â Dieu, et le tori irréparab':^ qu'on se fait à soi-même, méditez bien le cruel outrage qu'on fait à l'Eglise, en s'engageant dan? l'étal ecclésiastique sans vocation. C'est le plus scandaleux qui fut jamais, c'est la persécution la plus sanglante qu'elle ait jamais reçue, c'est la plaie la plus mcurable et qui lui est aussi la plus sensible. Car, 1° elle se voit par ce moyen persécutée de ses plus chers enfants ; 2° elle se voit persécutée en ce qu'elle a de plus cher ; 5° elle se voit persécutée sans espérance de remède ; trois circonstances qui la rendent inconsolable dans sa douleur. 1° Elle est persécutée en ses plus chers enfants. De toutes les persécutions, il n'y en a point de plus cruelle que celle d'une mère déchirée par ses propres enfants ; et lorsque ceux qu'elle aime plus tendrement, pour qui elle n'a aucune réserve, pour qui elle a de plus grandes tendresses, et qui devraient être les premiers à |la défendre, sont les premiers à la persécuter, c'est le plus haut point de sa douleur : or , c'est 1 outrage qu'elle reçoit lorsque des prêtres entrent sans vocation dans l'état ecclésiastique ; car ce sont ses plus chers enfants, pour qui elle a moins de réserve et plus de tendresse ; et ce sont eux pourtant qui la déchirent le plus cruellement. 2" Elle est persécutée en ce qu'elle a de plus cher. Trois choses sont extraordinairement chères à l'Eglise : ses mystères, ses enfants et sa gloire. Ses mystères, parce que ce sont les gages de l'amour de son Epoux ; ses enfants, parce que ce sont les gages de son amour pour son Epoux ; sa gloire,parce que c'est un rejadlissemenl de la gloire de son Epoux, qui fait le sujet de ses plus grandes complaisances. Or, un prêtre qui s'engage sans vocation la ncrsécutc cruellement cn ce»

ŒL'VKEs co.mplî-:tks de ji. tronson.

irois choses : 1° en ses mystères, car il les profane ; ' 2" en ses enfnnts, car il les massacre; 3" en sa gloire, car il la lui enlève. 1° Il profane ses mystères. Car y étant entré sans -vocation, et y vivant sans grâce, comment ne profanerait-il pas ses mystères? Ex inordimta et ex indisciplinnta vinltïtudine sacerdotnm liodie datur contcmptui Rcdemploris iwstri vcncrabilesacramentuni. (S. Amdr.) 2° Illui massacre ses enfants. Car, enfin, il faut avouer qu'il n'y a rien qui perde tant d'âmes qu'un méchant prêtre. La promotion d'un prêtre indigne, disent les saints, est la raine de tout le peuple : et le moyen que le corps soit bien sain, la tète étant malade ? Sacerdotiim vitia in omncs redundanl : indignorum promotio populi est dejectio. (Isid. Peins., lib. v, epist. 322.) Capite languescente, cœlera corpons menibra inficinnlur. (Id., lib. m Sentent., cap. 38.) Un prêtre qui entre de la sorte, dit Notre-Seigneur, entre comme un voleur: or le voleur, ajoute-t-il, ne vient que pour dérober, massacrer et tout perdre : Qui non intrat per oslium in ovile ovium, sed asccndit aliunde, ille fur est et latro... E(jo sum cstium ovium... Fur non venit nisi ut furetur, et maclet, et perdat. {Jean, x, 1, 2, 7.) 5° Après avoir profané ses mystères et perdu ses enfants, il lui enlève sa gloire. Car qu'y a-t-il qui donne plus sujet de blasphémer contre la sainteté de nos mystères et contre la gloire de l'Eglise, que la conduite de ces prêtres qui y entrent sans vocation? Quamvis enim (ides et veritas non ex moribus expendi debeant sed ex fide mores, attamen eorum religio et doctrina facile contemnitur quorum vita despicitur. {Synod. Ebroic., 1576:) 3" Enfin, cette persécution est celle où elle voit moins de remède, et c'est aussi le sujet le plus sensible de sa douleur ; car elle peut bien dire avec sujet, à présent, ce que saint Bernard lui faisait dire autrefois : Ecce in pace mmaritudo mea amarissima. Quand elle est persécutée par des hérétiques, dit ce saint, elle peut les chasser hors de ses murailles; quand elle est persécutée par les tyrans, elle peut encore les fuir; et ainsi elle peut éviter ces sortes d'ennemis ou en. les chassant ou en les fuyant : mais, pour la persécution de ses plus chers enfants et de ses prêtres, "ïomment les chassera-t-t;lle ? comment les fuira-t-clle ? Ils ont entre leurs mains tous ses mystères, elle leur a donné part à tous ses secrets ; ils ont à leur disposition tous ses trésors et tous ses biens : Nec fugere nec fugarc potest. La seule consolation qui lui reste est de gémir dans s(m malheur et sur la perte de ses enfants qui lui sont enlevés à présent, par la persécution des méchants prêtres, et pour le temps et pour l'éternité : Vox in Rama andila est, ploratus et ululatus multus ; Hachcl ploriius filios suos, et noluit consolari,quia non sunt. [Mallh. ii, 18.) Examinez si vous n'êtes point en danger d'être du nombre de ceux qui persécutent ainsi l'Eglise ; demandei à Dieu la grâce de souffrir plutôt toutes sortes de peines et de j)erséx',utions, que d'en faire souffrir une si sanglante a TEglisc.

Troisième point. Coopération. — 1° Résolvez-vous, quoiqu'il en coûte, à ne vous engager jamais dans l'état ecclésiastique sans être bien assuré de votre vocation. 2" N'épargnez rien pour reconnaître si Dieu vous veut dans cet état, et prenez pour cela tous les moyens qui vous seront enseignés. 3° Si vous voyez que Dieu ne vous y appelle pas, résolvezvous à en embrasser un autre, quoi([u'on en puisse '.«ire... Que le monde en murmure, que vos amis en grondent, que vos parents vous menacent, n'importe ; il vaut mieux vous sauver avec leur haine, que de vous damner avec leur amitié. Or, vous vous damnez si vous vous faites ecclé^iastique sans que Dieu vous y appelle.

Remerciez... Priez... Offrez...

Bouquet sf>iuituel. — Melius est salvari in Inimili gradu fidelis populi,qnam in cleri subtimilatc et deterius vivere et districlius judicavi. (S.^Beun., De couversut. ad cleric., c. ullimo.)

Des moyens pour discerner la vocation ecclésiastique; et qu'on ne doit rien négliger pour reconnaître si l'on est véritablement appelé de Dieu à cet état.

1° Meltez-vons en la présence de Dieu par un acte de foi et d'adonilion. — 2° Renoncez à vos péchés cl Ji vousmême, et donnez-vous à Noire-Seigneur peur être en lui digne de paraître devant. Dieu. — 5"Renoncez à voire esprit et à vos propres lumières, et invoquez le Saiiil- Espril alin qu'il vous conduise dans l'oraison.

Premier point. Adoration. — Adorez la bonté de Dieu sur ceux qu'il appelle à l'étal ecclésiastique, ei sa justice sur ceux qu'il n'y appelle pas, et qui permet pourtant qu'ils s'y engagent. Quelle grâce pour les uns! quelle sévérité pour les autres! Vide ergo bouitatem et severitatem Dei ; in eos quidem qui cectderunt severitatem, in te autem bonitatem Dei si permanseris, alioquinet tu excideris. [Rom. iv, 22.) Il n'y a point de faveurs, il n'y a point de bénédictions, il n'y a point de secours que ne puissent espérer de I')ieu ceux qui sont légitimement appelés à ce divin état. Mais il n'y a point de rigueurs, de malédictions et de châtiments que ne doivent redouter ceux qu'il n'y appelle point. Comme il choisit les uns pour ses amis intimes, il les introduit dans le plus secret de son sanctuaire, il leur confie tous ses trésors et ne peut avoir pour eux de réserve. Mais comme il rebute les autres et les considère comme ses ^lus cruels ennemis, il les abandonne à sa fureur et les rejette par un jugement d'une effroyable réproba lion. Admirez les richesses incompréhensibles de cette bonté à l'égard de ceux cjui entrent dans ce divin état par une bonne vocation, et les jugements terribles et impénétrables de sa justice à l'égard de ceux qui y entrent sans être appelés; et, bénissant la conduite de Dieu sur les uns cl les autres, dites, surpris d'élonnemcnt, avec les saints : 0 altitudo diviliarnm sapientiœ et scientia; Dei! quam incomprehensibitia sunt judicia cjus et iuvtstigabilcs viœ ejus. {Rom. XI, 35.) (S. Ephr., De saccrd.)

Deuxième foint. Communion. — Vous ne sauriez

doiiier qu'il y

MEDITATIONS ECCLESIASTIQUES

ail loiis los motifs (le craindre pour ceux qui s"eiig;»gent dans 1 état ecclésiasli(iue sans une légitime vocation. Vous l'avez vu bien aniplcinenl dans la uiédilaiion précédenle, et le premier point de celle-ci a du vous en rafraîchir la niéinoire. Or, voici la conséquence que vous devez en tirer à présent: Puisqu'il est si important de ne point s'engager dans l'état ecclésiastique sans que Dieu y appelle ; puisque c'est une affaire où il y va de la perle ou du s;Uut de l'àme, il ne faut donc point que je m'engage sans avoir apporté auparavant toute sorte de soins, et sans avoir pris toute sorte de moyens pour bien examiner et reconnaître effectivement si Dieu m'y appelle: Videte vocationem vcslram, ait vocains Apostolii$ (I Cor. \, 20), considercmns et nos an vocati vcncrimus, et vocati a Deo ciijus nimirum hirc vociitio est; quia quos prœdestinavit, lios et vocavit. Sed quis vocaverit nos in honorent cleri, convenire velimus conscientias singnlorum, etc. (S. Bern., in Dcclam.) Car 1° il n'y a point d'affaire qui soit plus importante, et ainsi il n'y en a point qui mérite un plus sérieux examen. Voyons ce qu'on fait quelquefois pour un intérêt temporel. On consulte, ou cherche, on examine, et dans la crainte de se tromper dans la résolution qu'on doit prendre, on prend toute sorte de moyens pour connaître la voie par laquelle on pourra en obtenir un bon succès. N'en négligeons donc aucun pour discerner notre vocation qui est la voie de notre salut, autrement nous nous mettrions en danger de nous perdre, en embrassant l'état ecclésiastique où Dieu ne nous voudrait pas. Dieu, pour l'ordinaire, ne découvre sa volonté qu'à ceux qui la recherchent, et qui se servent des voies ordinaires que sa providence fournit, pour cet effet, à ceux qui sont fidèles à faire ce qui est en eux pour pouvoir la connaître. Si donc vous négligez de prendre ces moyens, ne sera-ce pas avec une souveraine équité qu'il vous cachera ce qu'il désire, et n'est-ce pas avec justice qu'il permettra qu'au lieu d'embrasser la condition qu'il voudrait pour votre salut, vous embrassiez celle qu'il ne veut pas, dans laquelle il prévoit même que votre perte sera inévitable. Pensez bien à cela; car c'est ce qui a fait trembler les plus grands saints, et c'est aussi le premier motif (|ui doit vous obliger d'apporter tous vos soins pour reconnaître si Dieu vous appelle à l'état ecclésiastique, et qui doit vous porter puissamment à n'épargner pour cela ni jeûnes, ni aumônes, ni mortifications, ni prières, ni communions, ni sacrifices. Le deuxième motif qui doit vous obliger à prendre toutes les voies imaginables pour connaître si Dieu vous appelle à cet état, c'est la très-grande difficulté de reconnaître cette vocation ; difficulté qui vient de trois sources, 1° parce que c'est Dieu qui y appelle, et qui y appelle ceux qu'il lui plaît, selon les desseins particuliers qu'il en a formés de toute éternité dans le secret de son conseil : Vocavit ad se quos volait. Or, comme il n'y a point de créature qui ait clé api'cléc à ce conseil, il n'y en a point aussi qui

puisse rendre un témoignage assuré des résolution^ que Dieu y prend. Porsoinie, dit l'Apotre, ne connaît ce qui est de l'homme, que l'esprit de l'homme qui est en lui ; et personne ne connaît les desseins de Dieu, que l'Esprit même de Dieu, ou celui, disent les saints, à (|ui, par une grAce particulière, cet Esprit s'est révélé : Deus forsitan vocal, quis audeat dissuadere: forte non vocal, quis appropiiiqnare consulat ? Utrum vero vocalio Dei sit an non, quis scire possil, cxceptoSpiritu Deiquiscrutatur eliam alla Dei, tel si cui forte revelaverit ipse? fS. Bern., cpist. 8, Ad. Brun. Colon.) Quiseniin cognovit sensum Domini, aut consiliarius ejus fuit ?... Quis enim hominum scit quœ sunt liominis, nisi spiritus Iwminis qui in ipso est. ha et quœ Dei sunt nemo cognovit nisi Spiritus Dei. (/ Cor. ii, i.) 2" II est difficile de reconnaître ceux que Dieu appelle à ce divin état, parce qu'il ypii appelle de toute sorte. Autrefois il était plus facile d'en faire le discernement, la famille ou la naissance en fournissait ordinairement assez de marques. Car dans la loi de nature, le sacerdoce était attaché à la primogéniture. Ainsi alors c'était assez d'être aîné pour être appelé à la prêtrise. Dans la loi écrite il suffisait d'être de la tribu de Lévi pour être appelé au service du temple. Mais à présent, ni la naissance ni la famille ne font plus rien pour cette vocation ; elle ne dépend ni de l'une ni de l'autre. Dieu y appelle de toutes nations, familles, élals, conditions, emplois ; et même de grands pécheurs, après une digne pénitence, y ont été appelés, et de très-grands saints parfaitement innocents ne l'ont jamais été: ISon quod caro et sanguis creavit eligil, sed, cessante privilegio patrum, et familiarum ordine prœtermiss9, eos redores Ecclesiœ accipit, quos Spiritus Sanctus prœparavit ut in populo adoptionis Dei, cujus universilas sacerdotalis atque regalis est, non prœrogativa terrenœ originis obtineat unclionem, sed dignatio cœlestis gratiœ gignal antislitem. (S. Léo, serm. 2 In Aiinivers, suœ assumptionis.) Sola Levitica tribus ad sacerdotium lune erat elecla. Nunc aulem ex omni populo Christiano passim fit sacerdotalis electio, et in promutione clericorum non distinclio gcneris, sed prœrogativa duntaxat exquiritur sanclitatis. (Petr. Damian., opuscul. 8, Contra eleric. in temp.) Comment donc discerner au milieu d'un si grand nombre d'hommes, et dans une si grande variété de conditions, le petit nombre de ceux que Dieu veut honorer de cette dignité? C'est là le difficile, et c'est aussi ce i[ui demande qu'on s'y applique avec attention. 5" Ce qui demande encore de sérieuses réflexions, c'est que non-seulement Dieu, mais le diable en appelle aussi plusieurs à cet état, qu'il fait entrer dans le temple, qu'il introduit jusque dans le sanctuaire, qu'il élève et qu'il porte lui-même jusque sur le pinacle du temple, alin de leur faire faire une chute plus profonde. Vniversos siquidem in ordinibus ecclesiasticis honorem quœrenles prvprium, aut divitias, seu corporis voluptateni, postremo (ftiœ sua sunt, non quœ Jesti Christi, manifeste prorsus et indubitauter

7Ï0 ŒLVUES COMPLET

non ea quœ ex Deo est cliaritas, sed aliéna a Deo, cl i]i!.œ omnium radix malorum cupiditas introducit. (S. lÎERN., in Declam.) Ainsi ce n'est pas assez, dit saint Bernard, de savoir que vous êtes appelé, mais il faut savoir de plus qui vous appelle. N'est-ce point le nîonde ? n'est-ce point la chair? n'est-ce point l'ambition, l'avariée, h volupté? Ne sont-ce point vos amis, vos parents, ou l'intérêt de votre famille? En un mot, pouvez-vous bien répondre que c'est Dion qui vous appelle ? C'est ce que vous devez à présent examiner, et ce qui demande une exacte recherche, vous souvenant toutefois qu'il est écrit : Sapicntia facile videtur ab his qui dilignnt-eam, et invenilur ab liis qui quœrunl illam. (Sap. vi, i3.)

Le troisième motif qur doit vous obliger à faire tout ce qui est en vous pour reconnaître si vous êtes appelé à l'état ecclésiastique, est que, quelque dillieullé qu'il y ait à reconnaître cette divine vocation, Notre-Seigneur ne manquera point de vous en donner assez de connaissances si vous faites tout ce qui dépend de vous pour la découvrir. Car comme il dit lui-mêmedans l'Evangile : Celui qui cherche trouve : « Qucerite, et invernetis; onwis enim qui quccrit invenit [Mutth. VII, 7);> si donc vous cherchez sa volonté et que vous employiez pour cela tout ce que vous croyez pouvoir vous aider à la trouver, assurez-vous qu'il ne manquera pas de vous la faire connaître. Il est de sa bonté infinie de ne point refuser ses grâces à ceux qui font ce qui est en eux pour les avoir ; et après tout, comment pourra-t-il vous condamner comme coupable pour n'avoir pas fait sa volonté, s'il vous était impossible de la connaître ; il faut donc que vous le puissiez par les moyens qn'il vous donne. C'est à vous maintenant à examiner si vous vous en êtes servi. Qu'avez-vous faitpour connaître la volonté de Dieu sur voire vocation à cet état? quelles prières y avez-vous employées? quelles mortifications, quelles aumônes, quels jeûnes, quelles bonnes œuvres? Quel conseil avez-vous pris? quelle retraite avez-vous faite? En vérité, n^avez-vous pas tout sujet de vous confondre envoyant combien vous avez pris peu de soin d'embrasser les moyens qui pouvaient vous la faire connaître? Ilumiliez-vous-en devant Dieu ; demandez-lui pardon de votre faute, et priez-le de vous faire la grâce que vous ne vous engagiez point dans cet état, sans avoir pris auparavant toute sorte de voies pour reconnaître si véritablement il vous y appelle.

Troisième point. Coopération. — Le premier moyen (juc vous devez vous résoudre de prendre pour reconnaître si Dieu vous appelle à être ecclésiastique, et la première chose que vous devez faire avant de vous y engager, est de prendre un temps considérable pour examiner à fond, dans la retraite, si vous y avez vocation, et si c'est Dieu qui vous y appelle. C'est dans la solitude, dans la séparation du monde et la retraite, qu'il parle au cœur; c'est là parliciilièrcmcnt qu'il se fait entendre, et c'est là «^nc V0U.S devez aller pour l'écouler. Retirez-vous

donc des compagnies, des visites, des divertissements, des conversations du monde, du soin de vos affaires; mais ne croyez pas que huit ou dix jours^ de fetraile suflTisent pour vous mettre en assurance. Il faut y donner assez de temps pour purger votre cœur, rompre vos attaches, calmer vos passions, et vous mettre en état, par une pureté très-grande et une paix profonde, de pouvoir discerner la voix de Dieu : Deduc me^ Domine, in viam justificationum tuarum, et exquiram cam semper. {Ps.al.f cxviii. 55.) Le second moyen que vous devez prendre est de prier beaucoup dans cette retraite, et de demander, pendant un temps considérable, qu'il vous fasse h grâce de vous faire connaître sa volonté el la voie par laquelle il veut que vous alliez à lui : ISotam fae mihi viam in qtia ambulem. {Psal. cxlii, 8.) Faites dire des Messes, faites faire aussi des prières pour cet effet, communiez souvent à cette intention; et, parce que l'oraison est rendue phis puissante quand elle est accompagnée du jeûne et de l'aumône, employez l'im et l'autre selon vos forces el votre pouvoir. Mais pendant ce temps demeurez dans une grande indifférence pour embrasser quelque état que ce puisse être, aussitôt que vous reconnaîtrez que Dieu vous y appellera. Résolvez-vous enfin à consulter un bon directeur fort désintéressé, et que vous connaissiez être bien éclairé et expérimenté dans les matières ecclésiastiques ; et surtout résolvez-vous de n'entrer jamais dans cet état qu'après lui avoir rendu un compte exact de toute votre conscience, de vos desseins, de vos sentiments et des dispositions de votre cœur, etqu'après qu'il vous aura dit nettement que Dieu vous y appelle, et que vous devez vous y engager ; autrement il n'y a aucune sûreté pour vous. Statuimus quod nuUus ad examen per sacrorum ordinum susceptionem aliejuatenus admiltatur ^ nisi recenler confessus fuerit omnia sua delicla idonca sacerdoti; et quia pauci sunt qui sua delicla cum sequelis eorum inlelligant, per districtum informatorem débet inslruiordinandus anexpediat sibi ordinari. C'est ainsi que s'exprime le concile de Salzbourg, sous Martin V, et celui de Mayence en 1549 (ch.. 8i).

1° Remerciez Dieu des grâces qu'il vous a faites, pendant l'oraison. 2° Demandez-lui pardon des fautes que vous avez faites. 5° Mettez le tout entre les. mains de la sainte Vierge.

Bouquet spirituel. — Yidetc vocationcm vestram^ ait vocalus Apostolns ; considcrcmus et nos an vocnlt vcnerimus, et vocati a Deo. (S. Beun.)

Des marques de la vocation ecclésiastique, et de l'importance de les bien examiner.

MollPz-voiis en la présence de Dieu; et dans la ceriilnde que la foi vous donne de celte divine présence, huiai liez-vous devant cette adorable riiajeslé. — llenoiicez i vous-même, el donnez-vous à Jésus-Christ pour être <li{,Mie fie paraître devant Dieu. — Henonce/. à voire esprit cl donnez-vous à celui de Dieu même , afin qu'il Vrie en vous selon qu'il conmiil que Dieu désire.

pREjnrn ronr. Xdornlivn. - Adorez Nolrc-ScK

721 MEDITATIONS ECCLESI.VSTIQUES.

piicur dans les dessenis qu'il a sur vous. Quels qu'Us loignemonl cl s'en puissent être, ils sont toujours inlîuiniont aiiorablcs, et soit qu'il vous appolie à l'étal eoelésiastique ou qu'il ne vous y appelle pas, vous devez toujours rendre à cette divine volonté les mêmes hommages ; vous devez l'aimer, vous y soumellre el vous y abandonner également. Rendez-lui donc à présent tous ces devoirs du fond de votre cœur. Elle esl votre souveraine, vous êtes son esclave ; ainsi proleslei-lui de voire entière dépendance, (luoique peulf ire vous ne connaissiez pas encore ce qu'elle désire de vous sur le choix de votre étal. Acquittezvous cependant de ce (jue vous savez bien qu'elle

relirèrenl. L'inclination n'est donc pas une marque nécessaire de vocation. Elle n'est pas aussi, en second lieu, une marque assurée, car on peut avoir une grande inclination à une chose, et n'y être pas. appelé. L'Ecriture sainle nous en fournil un exemple remarquable dans ceux que Notre-Seigneur avait guéris. {Mure, v ; Luc. IX.) Ils ont une grande inclination à suivre le Fils de Dieu et à être admis au nombre de ses disciples, el néanmoins. Nolrc-Seigncur n'appelle ni l'un ni l'autre ; on peut donc avoir inclination à un étal el n'y être pas appelé. Considérez, 2" que l'inclination, pour pouvoir servir de marque légitiuje de vocation

exige, et consacrez-vous toujours, par une disposi- j^jt avoir quatre conditions. 1* Elle doit être désinlion inviolable, à lui garder une éternelle fidélité. léressée, c'est-à-dire que ce ne soit point riulérêl

Second point. Communion. — Pour ne point sortir ^,^^■^ yous y porte, mais le désir de la gloire de Dieu,

des vues de Dieu sur vous, et pour suivre sa divine volonté dans le choix que vous pensez faire de l'état ecclésiastique, il est de la dernière conséquence que vous fassiez une attention particulière aux véritables marques de la vocation à ce divin étal, alin de reconnaître si vous les avez. Il y en a trois particulières que l'on donne communément, el qui se rencontrent pour l'ordinaire dans ceux que Die» y appelle. Mais comme elles sont la source de trois erreurs, et que nous voyons que la plupart n'y faisant point assez d'attention y sont trompés, el se font ecclésiastiques sans que Dieulesy appelle, vous devez y veiller de près pour n'y être pas trompé vous-même. La première marque de vocation à un étal qu'on donne ordinairement, esl la pente ou inclination qu'on ressent. Dieu la fait presque toujours éprouver à ceux qu'il appelle ; et comme sa conduite est douce, qu'il dispose de tout avec suavité, et que d'ailleurs nous faisons mieux les choses où nous porte l'inclination, sa vocation ne se trouve guère sans un certain attrait qui touche le cœur, et qui lui donne au moins quelque petit mouvement vers la condition où il le veut. Or, sur ce principe, voici comment la plupart raisonnent et tombent dans l'égarement et dans l'erreur. Je ressens une grande inclination pour être ecclésiastique, j'en ai grande envie, j'en ai grand désir ; donc je suis appelé à l'état ecclésiastique. Pour découvrir cette

de la sanctification des âmes el de votre salut. Car si vous choisissez celte condition pour avoir du bien, pour parvenir aux honneurs, pour vivre dans l'oisiveté, pour être en considération dans le siècle, pour vous sauver du débris de votre famille, en un mot, si vous vous faites ecclésiastique pour avoit en ce monde plus de plaisirs, de richesses el de gloire, il esl évident, dit saint Bernard, el vous le voyez bien clairement, que ce n'est point Dieu, mais l'ambition, l'avarice ou la volupté qui vous appellent, el que votre inclination esl plutôt une marque de réprobation que de vocation à cet état : 0«? gradus ecclesiaslicos et ministeria sanclHarii eo quœril mit îenet animo eoqiie intuitu ut tiujns vitœ Itabeat necessaria, evangelizal ut manducet, et perverse nimis ordine cœlestibus terrena mereatur, qnoniam cette dignius ampliusque cousentaneum rationi ut carnalia mnqis opéra et negotiaexerceret... melius erat fodere ant eliammendicare.{S. Bern., Declam. inh:PC verba: Eccenos reliquimus omnia. [Matth. xix, 27.]) Audi querelas Domini. « Ipsi regnaverunt, et non ex me ; principes, exsliterunt, et ego non vocavi eos... » {Ose VIII, A.) (Id. ibid.) 2° Cette inclination doit être raisonnable el bien réglée, c'est-à-dire qu'elle n'empêche pas un plus grand bien. C'est pour cela que le Fils de Dieu ne voulut point recevoir le Gérasénicn qui avait inclination à le suivre, parce qu'il y avait plus de bien à faire dans sa maison. C'est ainsi

erreur et vous en prémunir, considérez bien 1" qu'un père de famille qui voudrait quitter l'éducaqu'encore que l'inclination soit une des marques lion nécessaire de ses enfants, et le soin qu'il est ordinaires de la vocation à l'état ecclésiastique, elle obligé d'en prendre, pour vivre plus doucement dans

n'en esl pas néanmoins, absolument parlant, une marque infaillible, comme elle n'en esl pas aussi une marque nécessaire. Elle n'en est pas d'abord une uarque nécessaire; car on peut, par humililé ou par pusillanimité, ne ressentir en soi-même aucune inclination pour un état, mais, au contraire, en avoir aversion, et néanmoins y être véritablement appelé. Ainsi Jouas fut appelé de Dieu pour prêcher les Ninivites ; Moïse, pour conduire le peuple de Dieu; Jérémie, pour lui annoncer sa parole, quoiqu'aucun d'eux ne désirât ces emplois, et que, bien loin d'y être portés par inclination, ils en eurent de lé-

la retraite ; ou un magistrat qui ferait considérablement du bien dans l'Etat, et qui voudrait abandonner son ministère, devrailavoir sou inclination pour trèssuspecte. 5' Elle doit être constante, ferme, solide, persévérante ; car si elle vient d'une fougue d'humeur, d'un dépit, de quehiuc dégoût, et qu'elle n'ait point été affermie pai le temps, on ne doit pas y faire grand fondement. Il faut attendre et la laisser mûrir avant d'en porter un jugement solide. De même si l'on chancelle, si l'on est flottant el inconstant; si tantôt on veut, tantôt on ne veut pas, il y a bien à crainùrc que la nature ail plus de part que

la grâce à celle indiiialion. 4" Elle doit être paisible. Car hi elle esl accompagnée de crainles, d'irrésolutions, d'inquiétudes qui agitent le cœur et le lourinenlent, il n'y a point de fondement suffisant pour se déterminer sur cotte inclination ; il faut alors patienter et attendre le calme. Examinez bien ces conditions-, car comme la plupart s'y méprennent, vous seriez en danger de tomlter dans l'erreur comme les autres, si vous n'y faisiez plus d'attention que les autres; et c'est ce qui doit vous servir de premier motif ou de première réilexion, afin de vous obliger d'y prendre garde.

La seconde marque qu'on donne pour la vocation à l'ctat ecclésiastique , est d'avoir enfin l'aptitude que demande ce ministère pour être utilement exercé. Car qui dit un ministère, dit un homme qui a quelque office à faire, et celui (pii ne peut s'en acquitter va contre la nature de la chose qu'il usurpe. Comment donc serait-il appelé de Dieu ? Quisqnis sacerdodum non ad elulionis pompam, sed ad ulilitatem adipisci de sidéral, primo vires suas ciim eo qnod est snbiturus ancre metiatur ut et impur abstineat; et ad id cnm tnetn edam qui se sufficere existimut, accédai (S. Gkfx.) ; aulrement il trompe l'Eglise qui croit avoir un serviteur agissant, et qui a un homme inutile. 11 abuse de la puissance qu'il reçoit en son ordination, en ne pouvant pas la mettre en exercice, et il est cause de la perte de tous ceux qui se perdent par son peu de capacité. 11 faut donc, pour être appelé, avoir en soi l'aplitude requise pour s'acquitter des obligations de l'état qu'on embrasse. Or, sur cette marque, voici comme la plupart tombent dans Terreur. .le n'ai point d'autre dessein en me faisant prêtre, dit-on souvent, que de dire mon bréviaire, et la sainte Messe : or, j'en sais assez pour m'acquitter très-bien de l'un et de l'autre... Or, pour vous découvrir celle erreur, el vous en préserver, considérez, premièrement, que cette aptitude demande qu'on puisse s'acquitter dignement, non-seulement du bréviaire et de la sainte Messe, mais encore des autres obligations attachées à cet étal, et que l'Eglise impose dans l'ordination. Car on s'engage à la servir ; or, pour cela beaucoup de vertus sont nécessaires. Il faut un grand amour pour Dieu, un zèle ardent pour l'Eglise, une charité sans Lornes pour le prochain, une grande estime et affection pour les fonctituis ccclésiasruiues, une profonde religion, une chasteté inviolable, et une modestie exemplaire : à moins d'avoir ces vertus, ou au moins un grand désir de les acquérir, c'est une erreur ([ue de croire être appelé à l'état ecclésiastique. Considérez, secondement , que cette aptitude doit être accompagnée d'une disposition d'esprit qui lasse voir qu'on l'a suflisamment ouvert

OECVUr.S C0.MPEL1ES DE JI. THONSON. ^Vé

pou capables de tact et de prudence, (ju'il n'y a personne qui voulût en avoir de tels pour son service ; de croire que Jésus-Christ les appelle au ministère de ses autels et au service de son Eglise, c'est ce qui ne viendra jamais dans la pensée d'un homme de bon sens. Considérez, en troisième lieu, que cette aptitude demande encore la disposition du corps, en sorte que, 1° vous n'ayez aucune difformité extérieure qui déshonore votre ministère et fasse honte à votre état ; el 2° que vous ayez une certaine dextérité et bienséance qui vous fasse faire les fonctions de votre état d'une manière modeste, édifiante et pleine de religion. Examinez bien tout ceci ; car, comme beaucoup s'y trompent, vous êtes en danger de faire naufrage au même écueil, à moins que vous n'y fassiez une attention toute particulière. C'est la seconde réflexion que vous devez faire.

Li troisième marque est l'appel de votre supérieur ou de celui sur qui il se repose. Les autres marques peuvent tromper, et nous voyons des personnes qui ont une grande inclination pour l'état ecclésiastique, et une parfaite aptitude pour en faire dignement toutes les fonctions, qui néanmoins n'y sont certainemenl pas appelées, el que Dieu attire à d'autres professions ; mais pour l'appel du supérieur, il ne manque jamais, et l'Eglise l'a toujours donné comme la marque la plus assurée de la vocation, parce que c'est en lui que Dieu réside pour nous faire connaître sa volonté. Or, voici comme on raisonne sur celte marque : Mon évêque m'a dit de recevoir les ordres, ou du moins il m'y recevra certainement si je m'y présente ; j'y suis donc infailliblement appelé. Toutefois, pour découvrir l'erreur où la plupart se méprennent ici el vous en préserver, considérez qu'alin que l'appelde votre supérieur vous soit une marque sûre de vocation , il faut 1° qu'il vous dise de son propre mouvement, sans respect humain et sans aucune vue de chair ou d'intérêts, que vous êtes appelé à cet étal, cl non pas que vous le lui fassiez dire par des amis , dos parents, par soUicilalions et prières importunes, ou par (luelque autre voie. 2° Il faut qu'il vous connaisse : car si vous lui cachez vos dispositions , si vous ne lui ouvrez pas entièrement votre cœur, si vous ne lui déroulez pas toute votre conscience, en sorte qu'il ne sache pas ce ([u'il y a de principal et dans votre conduite pour le passé, et dans vos sentiments pour le présent, et dans vos intentions pour l'avenir , il n'est point en état de discerner ce (pie Dieu demande de vous ; et comme vous le trompez. Dieu, en punition, permettra peut-être (piil vous trompe et qu'il vous reçoive pour Tétat ecclésiastique dans le temps même que Dieu, par un jugement de réprobation, vous en repousse. La

(lit saint

pour la science, assez cai)able de règle pour la con-

duite et discipline, on un mot, assez bien fait pour chose est de la plus haute importance , .ni sa.ni ne noinl tomber dans de grosses et lourdes bévues Jean Chrysostome (lib. n De saccrd.) et elle demande un sérieux examen de la pari du supérieur " Hujusmodi rcs magno admudum examine indiqel

indignes de cet étal. Car, de croire que ces esprits si grossiers, si rudos, si pesants, bi lilupides, et si

MKl)! 1 \\ H)^b KCCl.t:siASTIQUES.

eumque oi-'orlet qui exliibiturus sit, qnem ad sacerdo !ii fuuclioncm idoneum ccnsct, non vulgarem tantum famam alque opitiionem seqiti, eaque esse coutctitum, scd eumdi'm item ncccsse est uiia ann ea illius vires, mciiltat<'sque imprimis, exacte atqne ante omnia examimre. j" Après vous avoir fait connaître à lui , il faut que vous lui laissiez la liberté entière de tenniner celte aCfaire, afin qu'il ne soit point engagé à vous dire ce quMl ne voudrait pas; car si l'espérance de telle ou telle place que vous serez déterminé à ne point abandonner, la nécessité de vivre que vous ne voudriez point chercher ailleurs , et le peu de disposition qu'il voit en vous pour déférer à ses avis, ou quehiuc autre raison de celte nature , le met dans la nécessité de vous admettre aux saints ordres, quelle marque y a-t-il en cela qui puisse être sufiisajite pour une si sainte vocation?

La quatrième marque de vocation à cet état est la probité des mœurs et rinn&cence de la vie : mais comme cette marque a été amplement expli(iuée en parlant de la sainteté requise pour s'engager dans cette divine profession , nous nous contenterons de es que nous en avons dit alors.

Examinez-vous à présent sur les trois autres mar ques, et voyez le peu d'attention que vous y avez fait; étonnez-vous de votre aveuglement et de votre négligence eli ce point. Confondez-vous-en ; demandez pardon à Dieu pour le passé, et la grâce de ne vous point faire ecclésiastique, sans avoir bien examiné et reconnu en vous toutes ces marques.

Troisième point. Coopération. — 1° Résolvezvous de douter toujours de votre vocation , et ainsi Je ne vous faire jamais ecclésiastique , à moins de reconnaître en vous toutes ces marques en la manière que vous venez de les méditer. 2° Pour ne point vous tromper , rapportez-vous-en à votre directeur ou à celui sur qui votre supérieur se décharge de votre conduite, et nullement à des personnes séculières , quoiqu'elles soient vos amies : Dei sacerdotcm dccct puerilibus non agi sœcularibusve consiliis. (S. Ber.n., epist. 42 , Ad Uenric. Senon.) 5° Faites-leur bien connaître tout votre fond; faites fidèlement et ponctuellement tout ce qu'il vous dira ; et même afin qu'il vous connaisse mieux , et que vous soyez aussi dans un état de pureté plus grande, résolvez-vous à lui faire une bonne confession générale, et ne lui cachez rien de vos inclinations, dispositions, tentations , humeurs , ni rien de tout ce qui pourra lui servir pour vous bien connaître , et bien juger s'il est à propos que vous vous engagiez dans cet état. Enfin, si vous y êtes déjà engagé, et que vous l'ayez fait mal à propos, quid restât nisi ut aul correctus obedias senioribus , aut confusus audias ab illusoribus : hic home cœpit œdificare, et non potuit consummare. (S. Bern., De prœcept. et disp., c. 13.)

Remerciez... Priez... Offrez...

BouQLET srmiTiEL. — \idcle vocationcm vcslram.

0«'// ne faut point entrer avec précipitation dans l'étal ecclésiastique et les saints ordres, et qu'il faut prendre un temps considérable pour s'y bien préparer.

\" Mcltpz-vons en la pn-sonce de Dieu par un aclc do f.»i et (i'adoralion. — T Kononcez à vos p'mIii's ci à vmiîsriir-iDc, fl piic/. Nolre-Seigiieur do vous rovôliM {]o lui, a!iii (lo paraitrc en son nom et en sa personne dcvanl la iiiajesiû do Dion son Père. — 5° Kenoncf/ à voire esprit et prie/. Noire-Seigneur de vous donner lo sien, alin que, vous abandonnant à sa vertu, vous fassiez oraison en sa direction et sous sa conduite

Premier point. Adoration. — Considérez comme Notre-Seigneur, qui connaissait le mérite du sacerdoce, et qui n'avait point d'autre vue en toute sa conduite que la gloire de son Père et l'intérêt de sa religion, n'a voulu paraître qu'à Tâge de trente ans, employant tout ce temps pour se préparer à ce saint ministère. C'est sur ce modèle que les conciles ont ordonné autrefois ]qu'on ne serait point prêtre avant trciite ans ; et quoiqu'ils aient a présent relâché quelques années de cette règle, Hs veulent toujours qu'on emploie un temps notable pour s'y préparer, et qu'on ne s'engage pas même dans les ordres qui y doivent servir de dispositions, et dans les ministères inférieurs, sans y avoir songé sérieusement longtemps auparavant, et s'y être préparé. Adorez Jésus-Christ, et rendez-lui vos devoirs dans l'exemple qu'il vous donne, et dans la conduite quil veut être observée dans son Eglise.

Second point. Communion. — 11 est de la dernière importance de ne point vous engager dans les saints ordres que vous n'y ayez bien pensé auparavant, et que vous ne vous soyez éprouvé vous-même pendant longtemps. Vous le devez : 1° afin de reconnaître si vous pourrez soutenir cette charge. Y a-t-il personne assez téméraire, dit Notre-Scigneur dans l'Evangile, pour entreprendre de bâtir une tour avant d'avoir calculé à loisir s'il en pourra soutenir la dépense ? On en fait le compte exactement, de peur qu'ayant jeté les fondements, et ne pouvant pas achever ce qu'on avait commencé, on ne soit exposé à la moquerie de tous ceux qui verraient cette imprudence : Quis enim volens turrim œdificare, 7wn prius sedens computat sumptus qui necessarii sunt ad perficiendum, ne postquam posueril fundamenlum et non potuerit perficerc, omnes qui vident incipiant illuderc ei dicentes : quia hic homo cœpit œdificare, et non potuit consummare. {Luc. xiv, 28-30.) Pourquoi donc n'en ferez-vous pas autant pour l'état ecclésiastique? On s'y engage sans examiner quelles en sont les obligations, et quelle force on a pour s'en bien acquitter. C'est un édifice d'une grande dépense, dit saint Bernard ; car, entre les autres obligations qu'il porte avec soi, on y est obligé à une vie plus sainte, plus retirée du monde, plus dégagée des plaisirs, plus éloignée des divertissements du siècle. Vous serez obligé d'être plus réservé dans vos conversations, plus modéré dans vos rires, plus religieux dans vos paroles ; vou« serez obligé d'être plus assidu à la prière, plus fervent aux œuvres de

mais appris à nager? Qui csl-cc, dil saint Clirysosloine, qui ontreprcndra jamais de bâtir ur.e maison s'il ne sait rarchitecturc? Et croirait -on pouvoir entreprendre sans grand péril la guérison des personnes dangereusement malades, à moins d'avoir étudié en médecine? Il faut une longue épreuve, disent les Papes, avant de pouvoir prendre en sûreté le gouvernail de l'Eglise: Lomja débet vitam probatione monstrare cui gribernacula commilluntnr Ecclesiœ. Il faut, pour ne point se précipiter, attendre la maturité de l'âge, le mérite du tra\ail, l'expérience, la discipline, sans quoi il y a du péril.

Péril, l"vqu'on n'y entre au scandale de l'Eglise; car quelque saint que l'on puisse être, les peuples

piélé, plus zélé pour le service du prochain. Voyez donc, avant de vous engager, si vous êtes en état de vivre de la sorte ; car c'est là, dit saint Clirysoslomc, calculer étant assis, sedens compntare, que de faire cet examen tout à loisir et avec temps, et non pas par manière d'acquit et avec empressement.

2' Quand vous n'auriez point d'autre engagement à prendre dans cet état, que la continence qu'il faudra que vous gardiez, uc serait-ce pas assez pour vous y faire penser de bonne sorte, et pour >ous obliger à vous éprouver longtemps avant de vous mettre dans cette nécessité? Car enfin, quelque distinction que Ton puisse trouver à tout le reste des obligations pour se mettre en sûreté de conscience, il n'y a point d'explication à celle-ci. 11 faut, depuis s'étonnent toujours de voir élevée en quatre jours

qu'on est une fois engagé, ou se contenir, ou se damner. Or, comment saurez-vous si vous avez assez de force pour vous contenir, si vous ne vous éprouvez ? Il n'y a qu'une longue expérience qui puisse vous rassurer sur ce point. C'est un don de Dieu, et un don particulier que le don de continence ; et comment savez-vous si vous l'avez? Et si Dieu ne vous le donne pas, où en ctes-vous ? Vous voilà le plus misérable du monde, car vous voilà exposé à tout autant de sacrilèges que la chair vous livrera d'attaques. Vous voilà sans remède, vous voilà exposé à vous damner sans ressource. Quelle rage I quel désespoir! Vous voilà même en danger de faire un étrange scandale dans l'Eglise : pensez-y donc bien auparavant.

5° Il n'y a point d'état ni de métier oii l'on ne prenne un temps assez considérable pour en apprendre les règles, et pour s'y exercer avant d'y prét(îndre à la maîtrise. Pourquoi donc n'en ferait-on

au sacerdoce une personne qui a été élevée parmi eux, qui a vécu comme eux, et qui ne s'est séparée que depuis peu de temps de leur façon de vivre. C'est ce qui diminue le respect qu'ils devraient avoir pour les prêtres, et ce qui, passant ordinairement des ministres à la religion, rend nos mystères moins vénérables aux yeux des peuples. Péril, en second lieu, qu'il n'y entre pour la ruine des âmes ; car s'il n'est pas capable, il perdra tout ; et c'est pour cela, dit saint Grégoire, qu'il faut bien prendre garde que cela ne se fasse point avec précipitation: Citm scriptnm sit ut prius quis probetnr et sic minislret, multo anle probandus est qui popnli inlercessor assumitur, ne fiant causa ruinw populi saccrdotes niali. (S. Greg., epist. 110.) Périls en troisième lieu, qu'il n'entre pour sa propre perte et sa damnation ; car s'il y entre mal, tout est perdu pour lui, conmie vous avez pu reconnaître dans les méditations précédentes. Or, s'il y entre trop vite,

pas au'ant pour les saints ordres qui sont infiniment il y entre mal, puisqu'il y entre contre la défense de plus relevés? N'est-ce pas une honte qu'il n'y ait l'Eglise, et que de plus il y a bien de l'apparence rien de si exposé au mépris que nos mystères? Hé- qu'il y entre par quelque motif intéressé, jiuisque

las! dit saint Grégoire deNazianze, pour apprendre à danser ou à jouer de quelque instrument, on passe des années tout entières, et pour l'état ecclésiastique et le sacerdoce qui demanderaient toute la vie, nous aurons peine à y employer si peu de temps! N'estce pas un épouvantable aveuglement, et un sujet

s'il n'avait que la vue de la gloire de Dieu, il ne se presserait pas assurément de la sorte, comme nous le verrons dans la méditation suivante.

5* Enfin, c'est ce qui a fait que les saints ont extraordinairement appréhendé ces sorte? d'ordinations, qui leur laissaient peu de temps pour se préparer.

pour nous servir devant Dieu d'un terrible repro- C'est ce qui a fait que les uns se sont échappés des

mains de ceux qui les traînaient au sacerdoce; les autres se sont cachés dans des antres et des cavernes ; les autres se sont retirés dans le fond des déserts et des solitudes. C'est ce qui fit trembler, en particulier, saint Grégoire de Nazianze, et ce qui l'obligea de passer une bonne partie de sa vie dans la retraite, sachant, dit-il, (pie toute la vie n'est pas trop longue pour s(^ pri'paier à ce saint ministère. C'est ce (pii fil que saint Augustin, après avoir employé plusieurs années à l'étude dans la retraite et la prière, comme il se vit pressé de recevoir les ordres, et qu'il ne se

che?

'i'-On a toujours tenu dans l'Eglise ces ordinations précipitées et trop empressées pour très-suspectes et très-périlleuses. N'imposez pas sitôt les mains, dit saint Paul, écrivant à un évêque, de peur de vous rendre coupable du péché de celui que vous ordonnerez. Or, qu'est-ce à dire, sitôt? C'est-à-dire, dans h pensée de saint Clirysoslome , avant diverses épreuves et plusieurs fois réitérées, avant un examen très-exact, avant de très-longues discussions; autrement, dit ce saint, il y a du péril. En effet, n'est-

ce i)as une déplorable chose, dit saint Augustin, de vit plus de moyens de résister aux ordres supérieurs,

voir prendre le gouvernement du vaisseau à ceux demanda néanmoins à son évècpie, avec instance et

qui n'ont point ap|)ris à manier la rame, et devoir par grâce, de remettre encore son ordination jiis-

dcs personnes se jeter en pleine nier sans avoir ja- ipiaux Pâques suivantes, ne croyant p;»s avoir cié

MEDITATIONS ECCLESIASTIQUES

assez de lemps pour se préparer à un minislèrc si moignerez el charilé pour eux en les retirant de leur Itérilleux et si saint, parce qu'il ne s'y était pas pré- perle, et amour pour lÉglise en enipècliant que ses ] are dès sa jeunesse : A'i/m/ in liac vita difficilius, niliil laborioshts, pcrfciilosius cpiscepK ont prcsbijtcri, aut diacoui officio. Quis atitcm isle sil modus, iicc a pncrilla , HCC ab adolcscciilia mca didici ; et co tempore ffuo discere cœperam , vis wilii fada est mento peccnfontiu incontm. C'est ce qui fit que Sidonius, se vovaul ordonné sans avoir eu le temps do se préparer beaivcoup, fut tellonuMU lournienlé par les inquiétudes de sa propre conscience, qu'il en fut réduit comme à l'exlrémiié, se voyant comme un arbre infructueux très-indigne de la place qu'il occupait, et pjir conséquent en très-grand péril de son salut. C'est ce qui fit encore que Synesius, dans la douleur de se voir élevé au ministère des autels sans avoir pris quelques années pour s'y préparer, supplie très-humlilenient Théophile de prier Dieu pour lui comme l>0Hr un téméraire et un abandonné.

Après ces exemples bien médités, que vous restct-il, sinon de conclure : Si hœc in viridi, in arido quid fiet? {Luc. XXIII, 31.) Si ces grands saints ont ainsi tremblé de ce qu'ils avaient peu de temps à se préparer pour les saints ordres, quoique souvent ils eussent eu plusieurs années, ne devez-vous pas à présent frémir, vous qui n'êtes point comparable en sainteté, en doctrine, en piété à ces grands hommes, et qui, pourtant, croyez qu'une ou deux années suffiront pour être digne du sacerdoce? Ilélas ! les cèdres du Liban tremblent , et vous vous croyez en assurance! vous croyez que peu de mois suffisent pour vous y préparer convenablement! vous croyez en avoir de reste ! vous ne sauriez souffrir qu'on vous conseillât de différer! vous vous en plaignez, et croyez qu'on fait injustice! Reconnaissez ou votre aveuglement ou votre témérité : aveuglement, si vous ne croyez pas qu'il y ait sujet de craindre ; témérité, si, le croyant, vous vous tenez en assurance. Confondezvous-en devant Dieu, demandez-lui-en pardon ; priezle de vous faire la grâce que vous puissiez renoncer à vos empressements pour les saints ordres, que vous puissiez prendre tout le temps nécessaire pour un si saint et si grand engagement

Troisième point. Coopération. — 1° Résolvez-vous de prendre un temps considérable avant de vous engager dans l'état ecclésiastique ; el, quoiqu'on disent la chair el le sang, les parents, les amis, la famille, de vous y disposer tout à loisir. 2° Ne mesurez point tant la longueur de ce temps par celui que vous employez à vous y préparer, ou par le nombre de vos années, ou par l'exemple des autres qui sont admis :.ux ordres sans une longue préparation, mais par le progrès que vous ferez dans la piété, dans la pratique des vertus, dans l'esprit, le zèle et la discipline ecclésiastique, et surtout par l'avis de votre directeur. 3° Tâchez, autant que vous pourrez, d'insinuer le même esprit aux autres; de les guérir des misera l»les et téméraires empressements qu'ils font paraître pour les saints ordres : car, par ce moyen, vous lé-^ qu'il a'y a rien que vous deviez plus craindre en

mystères aussi bien que ses ministères soient aussi malheureusomenl profanés, cl zèle pour la gloire de Dieu, qui serait outrageusement offensé par celle voie précipitée.

Remerciez... Priez... Offrez...

Bouquet spiuituei.. — Quand on vous pressera de recevoir les saints ordres , dites comme saint Bernard, dans la vue de votre indignilé et dans la conviction de voire faiblesse : Audile excusaulcm Doniinum rcspondenlem pro me : Quid, inquil, molesti estis htiic mulieri? Quid est ? vos vidclis in {acie, et idco sccundum faciem judicalis ; 7ion est vir, ut putatis, qui possit mitlerc manum ad fortin, sed mulier? Quid tentatis ei imponere juijum ad quod ego enm minus sufftcienlem intneor? Bonum opus operatur in me, si quando de muliere in virum et virum perfectum profeceril, poterit in opus perfectionis assumi. (S. Bern., serin. 12 in Cant.)

Nemini cilo manus iniposueris. Quid est cilo manus imponere, nisi ante œtatem maturitalis , ante tempus examinis, ante meritum laboris, ante experientiam disciplina: ? (S. Leo, epist. 87, c. 2.) Quid est itlud cito? Non ex prima probationc, nec secunda, nec terlia, sed ubi consideralio diuturna prœ~ cessit exactissimaque discussio ; neque euim ea rcs periculo caret. (S. Chrys., hom. 16 in I Tliimotlt.)

y MÉDITATION.

Qu'il est important de bien se disposer pour entrer dans l'état ecclésiastique et daus les ordres, et combien l'on doit craindre de s'y engager indignement.

1° MeUez-vons en la prt'sence de Dieu par un acte de foi el d'ailoralion. — 2° Demandez pardon à D.eu de vos piîchcs qui vous rendenl indigne de vous prûsenler dpvanl lui, e(, après avoir renoncé à lout ce que vous èies, donnez-'vous k Jésus-Christ, afin (|ue vous sojez digne de paraître devant la majesié de Dieu son P» re. — 3° Invoque/, le Sainl-Espril, el renonce/, au vôlre.

Premier point. Adoration. — Admirez l'entrée de Notre-Seigueur dans le sacerdoce. Il y est entré au moment que s'est faite en lui celte admirable union de la nature divine et de la nature humaine en unité de personne, c'est-à-dire au moment que son humanité s'est trouvée absorbée dans la divinité, et qu'elle a été remplie des trésors immenses de toutes sortes de grâces, de dons et de vertus. Oh ! la belle et digne entrée dans le sacerdoce ! Oh ! qu'il est digne de cet honneur! Rien ne lui manque de tout ce qu'on peut désirer de talents, de lumières, de sainteté, de perfection pour cet état. Que ce modèle est admirable ! Considérez-le attentivement; adorez cl remerciez Jésus-Christ qui vous le donne.

Deuxième point. Communion. — 11 est très-important que vous apportiez tous vos soins pour bien vous préparer aux saints ordres, afin de ne point y entrer indignement. Voici quatre considérations qui pourront vous servir utilement sur ce sujets el qui sont, à mon avis, très- propres à vous convaincre

celte vie, qnc cette entrée indigne dans cet état. La première considération est que, si vous faites altenlion à vos dispositions, vous êtes peut-être plus en danger que vous ne pensez d'y entrer de la sorte ; car ce ne sont pas seulement ceux qui s'y engagent sans vocation, qui y entrent indignement; mais aussi ceux , 1" qui y entrent avec quelque péché inortpl sur la conscience, et qui ont manqué de douleur sulTisante pour ceux qu'ils ont connais, ou manqué de bon propos pour l'avenir et de résolulion pour en éviter les occasions, on manque d'en avoir fait la pénitence el la satisfaction nécessaires ; tous ceux-là n'ont pas encore acquis la pureté de cœur essentiellement requise pour un si saint engagement. 2" Ceux qui se sont réellement purifiés des péchés passés, mais qui se souillent de nouveau par l'impureté des intentions qui les portent à se faire ecclésiastiques, et ([ui n'y entrent que pour s'exempter de la juridiction laïque et charges séculières, que pour avoir quelque bénéfice et y vivre plus grassement, que pour y trouver le moyen de passer mieux le temps et d'y faire plus de dépenses , en un mot, que pour des fins intéressées, et nullement pour la gloire de Dieu el le service de L m Eglise. Qiio affeclu ac projwsilo accédant ord'ittaudi videudum, accuraleqiie investigaïuium, uum videlicet Dei causa tantum, an potius suœ commodilatis gralia, ad ordincs compescendos aspirent, qmrrentes quœ sua siint, non quœ Jesu Christi : quid est cnim sua quœrere, nisi cum talcs non tjratis Deinn ditiqunt , non Denm proptcr Deum quœrunt, tenipotalia commoda sequentes, lucris inhiantes et honores ub hominihus expctentcs? {Concil. Colon., p. i, c. 91.) 5° Ceux qui y entrent à bonne intention, mais qui n'ont pas les talents et la capacité que demande absolument cette profession pour s'en bien acquitter. A' Ceux qui avec l'intention bonne ont encore les tiilenls requis, mais à qui manque la volonté de se rendre fidèles à leurs obligations. Ils ne veulent j)oinl faire ce à quoi l'Eglise les oblige ; ils ne sont point dans le dessein de porter la soutane, ni la tonsure, et ne sonl point, en un mol, dans la résolution de satisfaire aux autres engagements de cet étal. 5° Ceux enfin qui, pour ne pouvoir pas garder la continence, pour ne pouvoir pas quitter les jeux el les divertissements séculiers et profanes, délénuus aux ecclésiastiques sous de graves peines, pour ne pouvoir pas renoncer à ces sortes d'annisements «|ue saint Bernard dit n'être que des bagatelles dans un séculier, mais être des sacrilèges dans un ecclésiastique, pour n'avoir pas assez de piété, ou pour (|uel(|ue autre raison, jugeront bien que l'étal ecclésiastique serait infailliblement l'occasion de leur perle : voilà les personnes (|ui entrent indignement «ians rétat ecclésiastique et dans les saints ordres. Faites bien attention sur vous-même pour voir si vous n'êtes point en danger d'y entrer do la sorte ; car assurément vos dis|)()sitions doivent vous faire craimlrc »|iic vous ne soyez de ce nond>re.

La deuxième considération est que, si vous entrez de la sorte dans les saints ordres, c'est-à-dire si vous y entrez indignement, vous perdez la grâce de Dieu, et d'ami vous devenez son ennemi, qui est le plus grand malheur que vous ayez à craindre, surtout dans ce temps où, vous engageant dans cet étal divin, el faisant profession de prendre Dieu pour votre unique portion el de lui appartenir comme son héritage, vous entrez aussi dans des obligations qui demandent une liaison plus intime el plus étroite avec lui pour vous acquitter de vos devoirs, et néanmoins, vous la détruisez absolument en y entrant de la sorte ; car \° vous ne sauriez douttr que vous ne l'offensiez, el que ce dérèglement ne soit coupable ; 2" vous ne sauriez non plus douter que ce péché ne soit notable, puisque c'est dans une matière de conséquence, el de conséquence pour la gloire de Dieu, pour le bien de l'Eglise et pour votre salut ; 3° vous savez bien même que ce péché de recevoir les ordres indignement va jusqu'à ce point d'énormilé de profaner un sacrement, el qu'ainsi il ne peut être excusé de sacrilège. Voyez donc le sujet que vous avez de craindrcv

Troisième considération. Vous devez d'autart plus craindre, que vous empêchant de recevoir la grâce sacramentelle, et le droit que vous auriez aux grâces actuelles que Dieu vous donnerait en vertu de votre ordination pour vous acquitter dignement de vos obligations, vous auriez grande peine ensuite de vous y sauver. Or, pour bien entendre ceci, vous remarquerez, {° que chaque sacrement opère deux sortes de grâces, l'une qui est commune à tous les sacrements, el que Ton appelle giàce habituelle ou sanctifiante ; l'autre qui est appelée sacramentelle, et qui est particulière à chaque sacrement, qui sont certains secours el certaines grâces actuelles, ou plutôt un certain droit qu'on a sur ces grâces que Dieu donne dans ces occasions ])our arriver à la fin du sacrement, pour s'acquitter digaement des obligations qu'on y contracte, el.pour y être fidèle au milieu des obstacles, des tentations et des difiicultés qu'on y rencontre. 2° Vous remarquerez que celle grâce sacramentelle et ces secours actuels que Dieu confère en vertu du sacrement que l'on reçoit, sonl tellement propres à l'ellet pour lequel il les donne, qu'encore qu'ils puissent être en quehpie manière su])pléés par d'autres grâces, et que Dieu en donnât d'ailleurs de sulfisantes pour le même effet, néaiunoius ces dernières ne sont jamais si proportionnées à ce que nous devons faire, el on ne s'en sert pas si aisément que des premières : o:» y a plus de peine, el avec cela dillicilemeiil vient^ on à bout de et; qu'on a prétendu. 11 en est, dit saint Jérôme, connue d'un ouvrier qui a des outil-s tellenu'iil propres à certains ouvrages, que si ces outils lui maïKpicut, (pioiqu'il en ail d'autres qui puissent avoir le menu; effet eldont il se sert au défaut des premiers pour cet ouvrage, néanmoins il n'ni vi^nl à bout (|u'4nec pl-js de peine ; il faut /ju'il y mette

MEDITATIONS ECCLESIASTIQUES

Ixoaucoup plus de .temps, ci après tout, il sera lièsrarc qu'il réussisse. 3" Vous renianiuerez que celui qui reçoit iiuligiicuieut un sacrement, n'étant pas disposé à la grâce de ce sacrement, est privé du droit (ju'il pourrait avoir à ces secours actuels et aux grâces fortes qui lui seraient données dans les occasions, en vertu du sacrement, pour s'acquitter des obligations qu'il a coniractées ; c'est la doctrine de tous les docteurs. 4" Vous observerez qu'il y a cotte dillérence entre les sacrements qui impriment caractère et qui ne se réitèrent jamais, et c<*uxqui ne l'impriment pas et se réitèrent, que la grâce des premiers étant perdue, on peut la recouvrer ; mais pour les autres qui se donnent après le haptème, si on les reçoit sans en recevoir la grâce, l'on se met en danger de ne la recouvrer jamais ; ei qimiqu'ensuite l'on se repente, quoiqu'on ôtc les obstacles qu'on avait mis, comme cette grâce est attachée aux sacrements et qu'elle ne se donne point par d'autres voies dans le sentiment de beaucoup de docteurs, la perte en est tout à fait irrép;irable. Sur ces quatre observations vous pourrez aisément appuyer votre troisième considération, et conclure (jue si vous recevez les ordres indignement, qui est un sacrement qui imprime caractère et qui ne se réitère plus, et si vous avez dans votre âme quelque empêchement à la grâce qui doit vous y être donnée, vous vous mettez en grand danger de votre salut.

La quatrième considération qui doit encore vous faire craindre ce désordre, est que non-seulement vous vous exposez à perdre une âme, mais en outre vous en exposez beaucoup d'autres qui seront enveloppées en votre perte ; car ce péché est tellement contagieux que, 1° il affecte l'âme de celui qui îe commet et qui entre indignement dans les ordres ; vous le savez et vous ne sauriez en douter étant catholique. 2° Il infecte même celui qui l'ordonne: les mains qui lui sont imposées deviennent empoisonnées par la contagion du même crime; et le cœur (jui consent à son ordination, et qui malheureusement l'admet dans le sanctuaire, se trouve enveloppé dans la même contagion; c'est la doctrine de tous les saints et de l'Eglise. 5^ Il infecte même ceux qui ont quelque part à son ordination, soit par les avis intéressés qu'ils en ont donnés, soit par les prières que le respect humain leur fait faire pour cet effet, soit par les sollicitations irréguliéres que le manque de respect et d'estime pour cet état leur a fait employer ; car tous ayant concouru au péché, ils ont tous part au même crime. 4° Tant d'âmes qui, dans les desseins de Dieu, devaient être sanctifiées par ce prêtre, cju' se sont perdues pour ne pas liouveren ce misérable la grâce qui devait leur être offerte par son ministère, et qu'il ne pourra pas

leur donner, pour no l'avoir pas lui-même et pour s'en être rendu indigne en s(m ordination. Voyez quelle perte ! jugez quel scandale et quel désordre dans l'Eglise ! Craignez que vous n'en soyez vousmèuïc coupable si vous vous engagez dans les saints ordres à la légère. Demandez à Dieu la grâce de vous y bien préparer et de ne point vous y engager sans avoir pris un temps considérable pour y penser, et après avoir connu que vous aurez en vous les dispositions pour y entrer saintement.

Tnoisii^ME POINT. Coopération. — 1" Uésolvez-vous de bien purifier votre cœur par une bonne confession générale, et de ne point entrer dans les saints ordres que vous ne l'ayez bien faite. 2° Résolvezvous de purifier votre âme, dans une bonne retraite, de toutes les intentions inipures ou déréglées qui pourraient vous porter à cet état. 5" Prenez un temps considérable pour déraciner les vices et mauvaises habitudes, et acquérir les vertus qui y sont nécessaires avant de vous engager.

Remerciez. . . . Priez Offrez. . . .

BoiQLtT SPIRITUEL. — ISulliim cst sacrametilmn (juod niagis accurate et digne dandtim vel accipiendum ; cœlera enim sacramcnta unicuiquc preptcr se dantur, istttd sodttn non propter se sohim scd propler alias datur. (S. Leo.)

De l'importance des interstices (111).

1" Mellez-vous en la pn^sonce de Dieu p.ir un acic de fol cl d'adoration. — 2" Henonce/. à vos péchés et à vousmême dans la vue de vuire indignilé à p railre devart Dieu, et donnez-vous ensiiile à Noire Seigneiii. blin iju'il vous présente à Dieu son Père. — 3° Renoncez à voire propre esprii, et donnez vous à celui (le .Noire- Seignenr, afin qu'il prie eu vous et vous fasse bien faire oraisou

Premier point. Adoration. -- • Considérez le Saint- Esprit qui dispose de tout avec une souveraine sagesse, réglant les interstices dans l'Eglise, et s'appliquant en particulier à marquer l'intervalle du temps qu'on doit demeurer à chaque ordre , avant de parvenir au sacerdoce. Adorez-le dans celte application ; il ne fait rien qui ne mérite nos respects ; rendez-lui les vôtres dans cette vue.

Seco.nd point. Communion. — Ce n'est pas assez, pour ne point vous précipiter dans le sacerdoce, de vous préparer longtemps avant de vous engager dans l'état ecclésiastique et dans les saints ordres, mais il faut de plus observer les interstices, c'est-à-dire l'intervalle de temps établi par l'Eglise entre chaque ordre. Vous méditerez à cet effet les trois motifs suivants. Le premier motif qui peut vous faire connaître l'importance de garder les interstices , est le soin et resactitude que l'Eglise a apportés en celte matière; or, cette exactitude et ce soin paraissent en trois choses. Premièrement, par les ordonnances qu'elle en a faites. Car ce fut une de ses premières

(lil) Quoique l'Eglise dispense aujourd'hui 1res- des saints ordres, et combien est déplorable la né-

aisémenl des interstices pour cause, celte inédilalion cessilé de l'Eglise qui la force de SC relâcher sur te

li'esl pas moins propre à faire sentir combien il est point, important de ne pas se précipiter dans la réception

TT.a ŒUVRES COMPLK

oocnpalions au sortir de ses persécutions, et dès <ju'elle se vil en liberté par la paix qui lui fut rendue sous le premier empereur chrétien , et qu'elle lut en état de donner quelque forme plus particulière à sa discipline, elle régla aussitôt le temps qu'on devait demeurer en chaque ordre avant de monter au degré supérieur. C'est ce qu'elle fit sous le Pape Sylvestre, en déterminant qu'on serait trente ans lecleur avant d'être exorciste, qu'ensuite, après a\oir été un jour exorciste, on pourrait être fait acolyte, dans lequel ordre on demeurerait dix ans pour monter à celui de sous-diacre ; qu'après avoir été cinq ans sous-diacre on pourrait être élevé au diaconat , d'où, après une épreuve de sept ans , on serait admis au sacerdoce. Elle ne s'est pas contentée d'une seule ordonnance sur ce sujet, nuiis elle en a fait un très-grand nombre, en sorte qu'il y a fort peu de siècles où elle n'en ait renouvelé les dé';rels; et quoique, selon les diverses conjonctures des temps, les différents besoins où elle s'est trouvée, elle ait aussi réglé différemment le temps de ses inlerstices , qu'elle en ait mis quelquefois plus, quelquefois moins, elle a toujours eu grand soin d'en laisser assez pour éprouver les mœurs et la fidélité de ceux qu'elle voudrait élever à ce saint sacerdoce. PJous voyons encore fraîchement que dans son dernier concile œcuménique elle a mis ce point entre ceux qu'elle a jugés de la dernière conséquence, et qu'entre ce qu'elle a cru de plus important pour le bon ordre du clergé, elle a réglé particulièrement le lemps des interstices pour ôter toute occasion à ces ordinations précipitées que le relâchement ou l'intérêt avaient introduites dans l'Eglise. Minores ordines, dit ce concile (sess. 25, c. -4), per temporum interslitia, nisi aliud episcopo expcdire magis viderelur, conferanlur. Promoli ad sacrum siibdiaco- *iatus ordinetn, si per annum saltem in eo sint vertali, ad altiorcm (jradum, nisi aliud episcopo videatur, ascendere non permittatur. {Ibid., 1. xiii.) Adprctbijleratus ordincm assumantnr qui in diaconatuad minus annum inlegrum minislraverinl, etc. {Ibid., c. a.) Secondement, l'exaclilude et le soin de l'Eglise touchant les interstices paraît dans le désir qu'elle a ou qu'on observât fidèlement les règles qu'elle en a faites. Car nous voyons que vers la lin du \' siècle, (juclqucs églises se trouvant fort désolées et dépourvues de prêtres, le Pape Gélase ne trouvant pas le moyen de les secourir dans leur nécessité, ni de leur donner bientôt des prêtres comme ils en avaient grand besoin, à moins d'abréger le temps des interstices, il se résolut d'accorder en ce point quelque rclAche, mais il le fait avec une telle précaution, qu'il fait bien connaître toute l'étendue de celte dispense. Car il dit, 1° qu'il ne l'accorde (|iie i)our les églises qui, ayant été dépouillées de leurs ministres par la désolation des guerres, n'avaient plus de secours sullisants ; 2° qu'il ne la leur accorde que pendant qu'elles seront dans le besoin ; 5" qu'aussitôt quCllfs ;Miroiil des ministres en nombre sullisant,

elles observeront exactement les règles des saints canons touchant les interstices, sans qu'elles puissent se servir de cette dispense ; 4° que même pendant leur besoin, les laïques qui seront appelés au sacerdoce observeront néanmoins dix-huit mois d'interstices , et les religieux une année ; 5° qu'elles prennent garde que ce qu'on leur retranche du temps ordinaire soit suppléé par leur dévotion, en sorte qu'on voie en eux toute la perfection qu'ils auraient acquise s'ils avaient observé toute la rigueur des canons louchant les interstices. En vérité, si l'Eglise en de si grands besoins ne veut pas néanmoins qu'on reçoive des laïques au sacerdoce avant dixhuit mois d'interstices; si elle demande une perfection extraordinaire dans ceux même qui sont ordonnés dans ses plus grandes nécessités, si elle veut qu'on ne se relâche des saints canons qu'à la dernière extrémité, que dirait-elle à présent de ceux qui, sans aucun besoin, sans qu'on remarque en eux aucun talent particuher, sans qu'on voie aucun fondement de dispense, veulent se faire ordonner en une année, en un mois, en une semaine, et qui se plaignent quand on les oblige de différer, comme si on leur faisait une grande injustice? En vérité, n'est-ce pas une épouvantable aveuglement? Troisièmement , l'exactitude et le soin de l'Eglise touchant les interstices paraissent en ce que la plus grande condescendance qu'elle a eue sur ce point dans le dernier concile, a été de déterminer au moins trois ou quatre ans d'interstices, sans laisser indifféremment à la liberté de l'évêque d'en disposer , mais en l'obligeant de le faire selon qu'il jugera que l'utilité ou la nécessité de lEglise l'exigera, Or, sur ce fondement, voyez quelle présomption c'est de s'empresser pour obtenir dispense des interstices. Puisque l'Eglise désire qu'on ne dispense que sur des raisons d'utilité ou de nécessité, c'est manifestement se croire nécessaire ou utile à l'Eglise que de solliciter cette dispense. Quand il n'y aurait point d'autre indisposition pour recevoir les ordres que celte vanité, ne serait-ce pas assez pour mériter justement d'en être exclu bien légitimement?

Le second motif est tiré des raisons que l'Eglise a eues d'établir ces interstices, qui nous font connaître le profil et favanlage qu'en peuvent retirer ceux qui s'y soumettent. Il y en a trois principales. 1" C'est afin d'apprendre ce qui est nécessaire pour s'acquitter dignement du ministère où l'on s'engage, pour s'instruire des sacrements, des Oilices divins, des mystères de notre religion, des règles pour la bonne conduite des âmes, en un mol, pour accpiérir toute la science et l'expérience que demande le sacerdoce. Or ceci n'est pas l'ouvrage d'un jour, d'une semaine, d'un mois cl d'une année : à peine, dit saint Grégoire de Nazianze, le temps qu'il ya juscpi'à la vieillesse est-il sullisant, quand même depuis l'enfance il aurait été loulemplo>é à ce dessein. N'est-ce donc pas à lort qu'on se planil de trois ou quatre aniK'cs (pie r.'Oglise, à présent, y demande ; qu'on cherche

des dispenses pour on abréger le temps et n'Otre point sujet à cette rt^gle de l'Espril-Saint? Y a-t-il métier si chétif où l'on ne mette un temps considiirable pour en faire l'apprentissage qui est nécessaire ? Y a-t-il monastère qui n'ait son noviciat? Pourquoi le sacerdoce, qui est l'état le plus noble et dont les fonctions sont les plus saintes, les plus difficiles et les plus périlleuses, n'aurait-il pas son temps d'épreu^•e pour s'exercer, dans les différentes fonctions des saints ordres, à acquérir ce qu'on ne peut savoir que par la pratique et l'expérience ? Ne cxlrcma quidem seneclns huic rd prœsdtuta lonytim tcmpus censeri débet. (S. Greg. Naz., orat. 1.) 2" C'est pour se remplir de l'esprit ecclésiastique, pour s'accoutumer à mener une vie cléricale, pour se remplir <ies grâces et des vertus extraordinaires que demande la sainteté de cet état. Or tout cela ne se

MEDITATIONS FXCLESIASTIQLES. 7r>8

faire paraître à présent plus utilement co grand zèle, que si vous conservez sa beauté en conservant ses ordres , lesquels étant bien observés feraient que tous les ecclésiastiques mèneraient une vie tout angélique. Le troisiènie motif qui nous oblige de garder les interstices sont les sujets qu'il y a de «raindre pour ceux qui les violent. Crainte, 1" que leurs raisons qui paraissent suffisantes devant les hommes, ne suffisent pas pour les justifier entièrement devant Dieu. Combien de raisons fausses sur ce sujet! Une ferveur extraordinaire qu'on allègue pour des personnes qui h peine en ont une ordinaire, qui, peut- Ctre, ne pourraient pas répondre d'être dans le commencement du pur amour, La considération des parents qn'on dit être avancés en âge, et qui voudraient, dit-on, avoir celle consolation avant leur mort, lesquels, souvent, ne s'en mettent guère en fait qu'avec le temps. Il faut une longue fidélité, il peine, si ce n'est pour la décharge de la famille, faut se faire grande violence, et il faut être dans une intention extraordinaire sur ses sentiments, ses actions et sa propre conduite. Car il faut quitter pour cela tout ce qu'on a de séculier, iî faut changer . sa manière de rie ; il faut dans ses paroles, dans ses conversations, dans ses entretiens, dans ses récréations et divertissements, dans ses vêtements, dans sa manière d"'agir, retrancher tout ce qu'il y a <le conforme au siècle, et qui ne s'accorde pas avec la retenue, la biejiiséance, la modestie et la gravité sacerdotale ; en un mot, il faut se transformer entièrement, et devenir un tout autre homme. Or, pour cela une bonne volonté ne suffit pas ; la pratique est absolument nécessaire, et l'on n'en viendra jamais à bout que par un long exercice. 5° C'est afin que l'Eglise puisse mieux connaître ceux qui sont en <5tat d'approcher de ses autels, qui sont légitimement appelés au divin sacerdoce, et à qui elle puisse avec sûreté confier la conduite de ses enfants. N'at-elle pas bien raison d'en user de la sorte ? et si cela est, quelle raison avez-vous de demander dispense ? Est-ce que vous ne voulez pas qu'elle vous connaisse, et voulez-vous la tromper en vous trompant vous-même ? Mais quand même vous auriez quelque raison, êtes-vous si pressé que vous vouliez par votre précipitation contribuer à diminuer l'estime qu'on doit avoir de nos saints mystères? Multi ante probandi sunl, ne 'fiant causa ruimx; populi sacerdotes mali. (S. Grec, Epist. ad Syagr. HO al. 108, lib. VII.) Les séculiers, les ecclésiastiques, et même les infidèles , ennemis de la foi, estiment davantage nos mystères, notre religion et notre sacerdoce, quand ils voient le soin, la peine et le grand travail qu'il faut prendre pour s'en rendre digne. Quand ils voient qu'en trois jours on fait un prêtre, et qu'on le tire de la poussière du peuple pour le faire asseoir avec les prêtres sur le trône du sacerdoce , pensez-vous que cela ne retranclie pas beaucoup de leur estime, et ne diminue pas leur respect? Puisque vous êtes ecclésiastique, vous devez avoir ie zèle de la maison de Dieu ; or vous ne sauriez

OEuvuES coMri.JiTES DE M Tbonson, I.

Une place qui se trouve vacante engage à être prêtre sous peu de temps, quoique souvent on n'ait pas consulté si l'on y était appelé, si c''était le bien de l'Eglise, et quoique souvent même on n'ait pas le dessein de la servir. En vérité, penserons-nous que de telles excuses soient admises? Oh ! je ne m'étonne pas, dit un docteur de nos jours, si le Pape accordant ces dispenses se sert de ces termes, fiai ut pctitur, pour vous apprendre que selon que vous demandez il vous accorde ; si vous demandez bien, il vous accorde bien; mais si vous demandez mal, vous n'êtes pas pour cela en assurance. Quand même vous auriez une bonne raison, il y a sujet de craindre, ea second lieu, que, ne gardant pas les interstices, vous n'ayez point la capacité requise pour vous acquitter dignement de votre ministère ; car, enfin, il y a beaucoup de choses que vous ne sauriez acquérir que par l'exercice ; et si vous ne prenez pas le temps nécessaire, vous devez tout craindre : craindre pour votre vocation, qui n'aura pas été autant examinée que le désirait l'Eglise par l'épreuve qu'elle voulait faire de votre piété et de votre fidélité pendant les interstices ; craindre pour votre grâce, qu'elle ne soit pas assez forte pour soutenir les obligations de cet état ; craindre pour votre vertu, que n'ayant point été assez éprouvée, elle ne succombe sous le poids d'une charge si accablante ; craindre pour vos fonctions, que vous omettrez en partie dans l'appréhension de les mal faire, ou que vous ferez d'une manière si indécente , si dégoûtante, pour ne les avoir pas assez pratiquées, qu'au lieu d'édifier, elles ne seront propres qu'à donner du scandale. C'est ce que l'on voit dans la plupart de ceix qui se précipitent dans les saints ordres, et c'est ce dont nous ont avertis tous les Pères. i}md putamus, dit saint Grégoire {ad Syagr., epist. IGO), quod isti subjcctis prœstituri sint qui fiunt repente ex laids sacerdotes, qui antequam discipulatus limen attinqant , tenere locum magisterii non formidanl?... Qui sœcularem habilum deferens ad ecclesiastica offida tenire festiuut, mutaievuU sœculnin, non rednquere. — JgnornL,

759 OrrVRES COMPLETES DE M. TRONSO>f

dit saint Jérôme {Epist. ad Océan.), ignorât momentaneus saccrdos ItnmiUtatem et mamuetudinem ruitkorum, ignorât blandilias Cliristianus, nescit seipsum conlemnerc. etc.. Non jcjunavit, non flcvit, non mores suos sœpe repreliendil et assidua meditalione correxit, non subslantiam pauperibns erogavit. Judicium autem et ruina diaboli nulli dubium est quin arrogantiœ sit: incidunt in eam qui in pitncto Itorœ, necdum diseipuli, jam magistri fiunt. Enlin, il y a bien à craindre pour voire intention ; car de tous ceux qui se pressent de la sorte, rarement en trouvera-t-on (jui ne soient sollicités à cela par avarice, par ambition. Enfin c'est une marque qui ne manque guère et qui dénoie qu'on ne cherche pas Dieu purement. Car qui cherche Dieu purement, ne veut que sa vohmlé. Or comment la volonté de Dieu peut-elle se manifester à vous plus assurément pour votre entrée dans les saints ordres, que par la règle de l'Eglise ? Pesez cette règle avec les raisons de dispense que vous alléguez, et vous verrez si vous n'avez pas sujet de craindre. Examinez-vous \hdessus, confondez-vous de vos sentiments passés ; demandez-en pardon à Dieu, priez-le de vous faire entrer en un plus grand respect et une plus grande obéissance pour les ordres de l'Eglise, sa chère épouse et votre bonne mère,

Troisième point. Coopération. — i° Résolvezvous de ne point user de dispense à ce sujet , sans «ne très-grande nécessité que votre directeur juge sulFisante ; et surtout ne demaiidez point à' extra tempora pour forcer en quekiuc façon l'Eglise de vous recevoir malgré elle. 2° Pour observer les interstices non-seulement selon la lettre , mais dans l'esprit de l'Eglise, employez-vous dans chaque ordre aux fonctions qui vous sont propres, et tâchez d'y acquérir la science, la piété et la capacité que désire l'Eglise, sans rien négliger pour cela. 5° Ne

7iO

vous à Jésiis-Clirist. — ."" Pricz-lc qu'il vous donne son Kspril, cl renoncez au vùire.

Premier point. Adoration. — Adorez Notre-Seigneur Jésus-Christ comme prêtre dans cette belle qualité qu'il prend lui-même, de lumière du monde : Ego smn lux mundi. {Joan. viii , 12.) C'est le titre qui exprime le plus parfaitement l'adorable plénitude de connaissances et de doctrine qui est en lui , et qui nous le représente comme une source divine de tonte science, de toute lumière et de toute vérité. C'est aussi à quoi vous devez particulièrement vous conformer comme ecclésiastique. Il est, dit saint Jean, plein de grâce et de vérité ; et le Père l'engendrant dans la splendeur des saints, le remplit tellement de toutes ses connaissances, aussi bien que de ses divines ardeurs, qu'il se trouve avoir eu soi tous les trésors de sa sagesse et de sa science , aussi bien que de sa charité. C'est avec cette plénitude qu'il vint dans le monde pour l'éclairer. Rendez-lui donc vos devoirs comme à la véritable lumière ; remerciez-lc de ce qu'il l'a communiquée si abondamment à son Eglise par les effusions de ses divines splendeurs, et par la manifestation de ses saintes vérités. Admirez avec quelle plénitude il l'a donnée à ses apôtres. Tout ce que j'ai appris de Dieu mon Père, dit-il à ses premiers prêtres, Je vous le fais connaître ; or c'est h quoi il veut nous donner bonne part comme ecclésiastiques , puisqu'en cette qualité il nous choisit pour éclairer le inonde. Aimez-le pour toutes ces boutés, et abandonnez-vous h tous les desseins qu'il a sur vous.

Second point. Communion. — L'autorité , la raison et l'expérience sont trois voies puissantes par les- (juelles vous pouvez , à présent, vous convaincre de l'obligation absolue que vous avez d'être savants. Car si vous y faites une, attention particulière, vous trouverez dans ces trois sources de puissants motifs

montez point à un ordre supérieur, que vous n'ayez pour reconnaître et la nécessité absolue que vous acquis la vertu de celui où vous êtes ; car autrement «vez de la science, et qu .1 n y a nen que vous de-

acqu

c'est avec injustice que vous demandez un ordre supérieur, n'élant pas seulement digne de celui ([ui Itii est inférieur.

Remerciez... Priez... Offrez...

Boi'QiJET SPIRITUEL. — Yideant quos ab officio œtas vel imperfectio prohibet, et tamen prœcipitatio movct, ne cuin intempestive arripitint qnod non valent , perdant illud qnod tempestive uiiquoties implere passent ; nam et pulli avium si ante pennarum perfectioncm volare appelant, nnde in alla ire cupiunt, inde in ima cadunt ; sic et conceplnm sobolem, si prinsquam formetur, femina prof'ert, non tum domum quum tumulum replet. (S. Crec, Past.)

\Il" MÉDITATION

De la science des pr(Hres, et de l'obligation qu'ils on! d'élrc sava7its.

io fui

' Mclloz.-voiis en la (.rêscncc .1.' DiiMi par «"> acte (to Un cl d'aiJurutioii. — 2" Uenoueczk vous-même cl (lonnc/-

viez plus redouter que 1 ignorance.

Pour l'autorité, il y en a de trois sortes auxquelles vous pouvez vous arrêter : 1" des saints Pères ; 2° de l'Eglise; 3° de Dieu même. Des saints Pères, dans leurs ouvrages ; de l'Eglise, dans les conciles ; de Dieu même, dans rEcrilure sainte. 1° Des saints Pères : en voici trois entre beaucoup d'autres qui sont considérables. Saint Chrysostome parlant des prêtres, dit que ce sont des flambeaux qui doivent luire et qui sont obligés d'éclairer par l'abondance de leur lumière, sans quoi ils ne satisfont point à leur devoir, et ne s'acquittent point de l'oflice que Dieu leur donne : Quomodo lucernœ , si non lucent? Profecto ijiseparabile est Incerc a lucerna ; tenetur ergo iucere abundantia doctrinœ quem Dominus vohiit habere o(licium lucernœ. (Ilom. 15 in I Tim.) Saint Jérôme dit qne Dieu avait connnandé de meure autrefois ces deux mots sur le ralional du grand prêtre : Doctrine et vériti^ , pour nous :>[; prendre que le piètre doit être docte , <'l (pi'il (Uù

Til

MEDITATIONS ECCIESIASTIQUES.

annoncer la vérité. Et il tient cette doctrine d'une telle nécessité, qu'il dit qu'elle est de précepte apostolique , et que l'Apôtre en a publié le connnandeuieul quand il a dit qu'il faut que l'évéque , ce qui signifie en ce lieu, selon les saints Pères et le Ponlilical, le prêtre aussi bien que le laïque, qu'il faut, dis-je, qu'il soit docteur, c'est-à-dire, comme il l'explique ailleurs , qu'il soit assez savant pour instruire avec sûreté les ignorants , et pour reprendre avec force ceux qui sont dans l'erreur : Idcirco in sucerdotii pcctore rationale est, et in ratioiiali doctrina et veritas ponilur, ut discamns saccrdotcm do- :tum esse debere et prœconem Dominicw vcritatis. (In Ualacli. II.) Oporlet episcopum cssc doctorem. (/ Tim. m, i) ; potcns sit cxlwrtari iîi doctrina sana , et eos qui c^niradicunt argiiere. (Til. i , 9.) Saint Denis , dans VEpitre à Demophile , dit que la fonction du prêtre étant d'illuminer et d'éclairor , ce qui se fait par l'instruction, celui-là est tout à fait éloigné de la vertu du sacerdoce, aussi bien que de l'ordre de la prêtrise, qui n'a pas la vertu d'éclairer, c'està-dire qui n'a pas la science et la dévotion requises pour le saint ministère : Si sacerdotum ordo illuslrandi vim habet, profecto penittis abhortet u iacerdotum orâ'me atque facidtate, is qtd illustrandi ci non est prœdilus, ac mtdto mayii w qui illustratus non est. ( Epist. 8, ad Demophil.)

2" Pour les conciles, en voici trois célèbres entre beaucoup d'autres, i. Le concile de Tolède défend aux ignorants, sous de graves peines, de s'approcher des saints ordres, et il ordonne qu'il n'y aura que ceux qui se seront rendus recomniandables par leur science aussi bien que par leur bonne vie, qui seront ordonnés : Nullus ad sacra ministeria veniat indoctus aut ignorantiœ tenebris involutus, sed solus accédât qucm morum innoccnlia ac litterarum splendor rcddunt illustrcm ; aliter ordinaturis cl ordinandis imminet... Dei et Ecclesiœ ejus vindicta. 2. Le concile d'Aix-la-Chapelle, sous Louis le Débonnaire : t Comme on défend, » dit-il, < aux pécheurs de s'ingérer dans le sacerdoce, on le défend pareillement aux ignorants. Il faut, » ajoute-t-il, < que le docteur ecclésiastique, c'est-à-dire l'évéque et le prêtre, soit illustre en science aussi bien qu'en piété, parce que, conmie la science sans piété fait un ecclésiastique superbe, la piété sans la science le rend tout à fait inutile :» Sicut iniqui et peccatores ministerium sacerdotale assequi prohibentur, ita indocli et imperiti a tali officia retrafienttir. Tarn doctrina quam vita cliirere débet ecclesiaslicus doctor ; nam doctrina sine vita arrogantem facit, vila sine doctrina inulilem reddit. 3. Le saint concile de Trente qui est comme le sommaire de tous les autres conciles, dans la session 2ô' presque tout entière, ne veut point qu'on reçoive aucun prêtre qu'il ne soit assez savant pour enseigner les autres, et qu'il n'ait assez de capacité pour cet effet.

3° Pour l'Ecriture sainte, nous avons trois passages cé4ébres • le premier au livre du Léviiiqtw,

où Dieu, après avoir comnuuidé expressément que tous les prêtres eussent la science du discernement, dit que l'aveugle et le boiteux, c'est-à-dire, selon l'interprétation de tous les saints, l'ignorant et le pécheur qui ne marchent pas droit dans les voies de Dieu, sont également rejelés du ministère des saints autels ; et même il est remarquable que l'aveugle est mis à la tète de tous les autres, et est marqué le premier entre ceux qui doivent en être absolument rejetés : Homo de semine tiio qui habucrit maculam, nonofferet panes Deo sno, ncc accedct ad ministerium. ejus si cœcus juerit, si claudus, si, etc. {Levit. xxi, 17 seq.) Le second est dans le prophète Osée, où Dieu déclare hautement qu'il ne souffrira point que ceux qui ont méprisé la science exercent on aucune façon les fonctions du sacerdoce : « Parce que, t dit-il, « vous avez rejeté la science, je vous rejetterai et ne souffrirai jamais que vous me serviez dans le sacerdoce, i Ensuite il marque que cette qualité est tellement requise, que le manquement ne s'en peut suppléer par aucune œuvre de piété, quelque excellente qu'elle paisse être, non pas même par les sacrifices et les holocaustes : Qrda ta, scientiam repulisti, et ego rcpellam te ne sacerdotio fungaris tnihi. {Ose. iv, 6.) Miscricordiom volui et non sacrificium, et scientiatn Dei plus quam holocausta. {Ose. vi, 6.) Le troisième est de l'apôtre saint Paul en ses Épîtres à Timotliée et à Tite, où il dit qu'il faut qu'un évêque ail une science considérable : Oportet episcopum esse doctorem (J Tim. m, 2) ; ce qui'doit aussi s'entendre des prêtres, comme nous avons vu ci-dessus par le témoignage des saints Pères. Voyez, après cela, si ce n'est pas une témérité insupportable de vouloir s'ingérer dans le sacerdoce sans avoir acquis aucune doctrine, aucune science ni capacité pour cet effet.

Pour la raison, vous considérerez les trois suivantes, que vous trouverez d'autant plus solides, qu'elles sont encore appuyées sur l'autorité de l'Ecriture sainte et des saints Pères, l" C'est que les prêtres sont établis comme les dépositaires et les dispensateurs des vérités de Dieu, de la bouche desquels les peuples doivent recevoir l'éclaircissemeni de leurs dilïicultés et de leurs doutes ; Interroga sacerdotes legem. {Agg. n, 42.) Labia sacerdotis custodient scientiam, et legem ex ore ejus requirent. (Malacli. Il, 7.) Or, quel trésor de doctrine cela ne domande-t-il pas d'un prêtre, et ne lui faudrait-il pas une plénitude de science inépuisable ? 2" C'est que toutes les plus notables qualités cpii leur soni attribuées dans l'Ecriture et dans les ouvrages des saints Pères, et qui expriment leurs principaux devoirs, marquent évidemment le besoin qu'ils ont do la science. Ils sont appelés les conducteurs des peuples, les médecins des âmes, les juges des consciences, les sentinelles de la cité et de la maison de Dieu, les hérxiuts et les ambassadeurs de la majesté divine, maîtres et docteurs des peuples : or

/43 (Ï.UVnrS COMPLETI

tout cela demande la science, lin qualité de coaducteurs des peuples, ils doivent savoir les voies du ciel où ils doivent les conduire, autrement ils se rendent dignes de tous ces reproches et de toutes CCS malédictions que le Fils de Dieu a fulminées contre les pharisiens : « Malheur à vous, conducteurs aveugles : > Vœvobis, duces cœci.Cœcus autem si cœco ducatum prœstet, amboinfoveam cadinit. {Matth. xxm, i6;\v, li.) Per eorumiijuorautiam lii etiam (jui scqurtnlurolfendifiU. (S. Ghegor., Pflsior.) En qualité de médecins des âmes, ils doivent en connaître les plaies et savoir y appliquer les remèdes. Or c'est ce qui demande beaucoup de connaissances, de lumières et de prudence; car c'est en cela spécialement que les saints appellent le ministère sacerdotal l'art des arts. En qualité de juges, ils doivent savoir les lois et les maximes de l'Evangile, selon lesquelles ils doivent prononcer, et apporter beaucoup de soin et de discernement pour reconnaître ce qui peut justifier un homme ou le rendre coupable. Comme sentinelles de la maison et de la cité de Dieu qui est l'Eglise, ils doivent toujours avoir les yeux ouverts pour découvrir les périls dont elle est menacée par les erreurs et les dogmes des hérétiques, par les fausses maximes des casuistcs relâchés, par la corruption de ceux qui vivent de l'esprit du monde, et avertir soigneusement et fidèlement de s'en garder, se souvenant, comme il est même marcjué dans l'Ecriture sainte, que toute sentinelle qui s'endort et manque à s'acquitter do ses devoirs, est 'sans rémission jugée digne de mort. Comme hérauts et ambassadeurs, ils doivent connaître la volonté de leur Maître et la faire entendre h ceux vers lesquels ils sont envoyés : or c'est ce qui ne peut se faire sans beaucoup de lumières et de connaissances : Pro Clirislo U'cjatione funyimur, tanquam Cliristo exhortante per nos. (Il ' Cor. v, 20.) Enntes docele omnes (fentes. {Matlh. xxviii, 19.) Comme maîtres et docteurs des peuples ils doivent les instruire. C'est la commission et l'ordnî ({u'ils ont i-eçus de la bouche même du Fils de Dieu. C'est ce qui leur a été recommandé une infinité de fois par les apôtres dans leurs Epîtres, et par toute l'Eglise dans les conciles, et c'est ce que le concile de Trente a encore expressément ordonné. Or comment s'acquitter de ce devoir sans étude et sans science? 11 faut se rendre disciple avant que d'être maître : Testificor coram Dec et Cliristo Jesu , prœdica verbum opportune, importune; aryue, obsecra. (// Tim. IV, 1, 2.) Doccndiin populis offtàum smcepcrunt. {Conril. Tolct. iv.) Quomodo doccre polcrunt quoU ipsi non didicerunt? Dcsinut tocnm docendi tmcipere qui nescit docere. (Isinort. .Ilispal.) Quomodo erunt magistri qui non fucrunt discipuli? aut quulitcr scient docere (jrcgem sibi creditum et cxliortari? Isti sunt canes non valcntes latrare. (S. Ckkc;.) 7>" C'est que tout cela ne s'étend pas seulement aux curés, ail< vicaires et àlous ceux qui ont charge d'àmes, mais encore aux simples prêtres et aux bénéliciers.

S DE M. TRONvSON. 744

Car 1" les qualités que nous veno'ns de marquer, qui demandent une abondance de connaissances et de lumières, sont données généralement à tous les prêtres, sans aucune distinction, par l'Ecriture sainte , les conciles et les Pères. Or nous devons nous en tenir à leurs expressions , et ce n'est pas à nous aujourd'hui à inventer de nouvelles façons de parler, et à mettre d'autres termes que ceux qui ont été mis par nos pères. 2" L'Eglise n'a pas deux sortes d'ordinatioa; elle dit également à tous ceux qui doivent être ordonnés, par la bouche de l'évêque : t 51 faut que le prêtre oDfre, bénisse, conduise, prêche, baptise : > Sacerdotem oportet offerre , benediccre , prœcsse , prœdicare et baplizare. Elle dit aussi à tous : « 11 faut que votre doctrine serve de médecine au peuple de Dieu : î Sit doctrina vestra spiritualis medicina populo Dci. C'est aussi à tous qu'elle confère le pouvoir de remettre les péchés : Accipite Spiritum sanctum ; quorum remiseritis peccata remittunlur cis , et quorum rctinucritis rctcntû suni. (Joan. XX , 23.) Or quelle apparence qu'elle donne ce précieux talent sans avoir dessein qu'on l'emploie ? Croire que , parce qu'on est simple prêtre , on n'est pas obligé de travailler ni par conséquent d'être savant , c'est une pensée qui n'est point assurément conforme à l'esprit de l'Eglise; car, comme dans les Etats bien policés on n'établit des médecins que pour travailler à guérir les malades, des juge* que pour exercer la judicature , des capitaines pour commander, des soldats pour combattre; ainsi dan* l'Eglise on ne reçoit des prêtres que dans l'espérance qu'ils exerceront les fonctions du sacerdoce. 3' C'est que, de quelque manière qu'un prêtre soit ordonné, et quelque simple qu'il prétende être , il y a troi» points capitaux , outre l'obligation d'offrir le Sacrifice et la prière, qui ne demandent pas si peu de lumière que quelques-uns s'imaginent, dont il ne peut se dispenser et qui lui rendent la science absolument nécessaire. 1° Il ne peut se dispenser, étant prêtre, de bien vivre et d'une manière digne de sa profession ; il doit donc savoir les règles de la vie ecclésiastique, et partant ne pas ignorer les saintes Ecritures et les canons, qui en sont les sources primitives. 2° Il est obigé de soutenir et de défendre la vé.-ité, la foi et la religion, stirtont si elle est attaquée en sa présence, comme il peut arriver, soit par les libertins, soit même par les hérétiques ; son silence ne pourrait que scandaliser les fidèles el rendre les autres plus insolents. Il doit donc être instruit dans la doctrine de l'Eglise, et savoir lo f(Hid des mystères d'ui»e manière relevée. 3" Enfin il y a des occasions où il ne peut éviter d'administrer les sacrements, et même le plus dilllcile de tous, qui est celui de la pénitence ; comme si par le chemin il rencontrait des personnes blessées à mort et qui ne pussent avoir de secours d'ailleurs. Or ne serait-il pas en danger de s'acquitter fort mal de ce redoutable exercice, s'il manque de science, surloui dans ces derniers nioments où l'on n'a pas le

745 MEDITATIONS ECCLESLVSTIQLES

loisir dq consulter et où les fautes sont suivies de rélerniié, et par consétiueut entiCMeuionl irréparables?

Pour rexp«^riencc, elle nous fait assez connaître les désordres et les malheurs qui viennent de Tignorance des prêtres. 1° C'est par là que les erreurs, les superstitions et les hérésies ont inondé lEglise dans ces derniers temps, comme toutes les histoires en font foi. "^** C'est de là que vient leur peu de piété dans l'administration des choses saintes, parce qu'ils n'en connaissent pas l'excellence. 3^ De là vient pour l'ordinaire leur dérèglement, parce que ne s'occupant pas et ne trouvant pas même moyen de s'occuper, ils demeurent dans l'oisiveté qui est la mère de tous les vices, i" De là procède aussi l'avilissement de leur condition dont ils ignorent la grandeur et les prérogatives. 5° De là naît le défaut de respect de la plupart des peuples, qui ne remarquant en eux que ce qu'ils voient dans le commun des hommes, ne trouvent aucun sujet de les honorer plus particulièrement : Quomodo enim observari potest a populis qui nihil kabet secretum a populo? (S. Ambros.) G" De là le manquement d'instruction parmi les fldèles, l'insensibilité pour les choses de la religion, les âmes et les affections toutes terrestres, une vie toute païenne dans les villes et demi-brutale à la campagne. 7° De là enfin nrr débordement de péchés et une corruption générale. C'est pourquoi ils sont comparés au soleil, aux astres et aux autres corps qui sont les principes et la source de la lumière, et qui n'en peuvent être privés sans devenir non-seulement inutiles, mais nuisibles et monstrueux, et jeter partout la confusion ; ce qui ne peut manquer, selon la menace du prophète, d'être suivi d'un jugement tcrririble et d'une effroyable damnation : Proplerea captivus duclus est populus meus, quia non habuil scientiam, el nobiles ejus interierunt famé; et proplerea (iilatavit infernus animam suam, et aperuit os suum absque ullo termina ; et descendent fortes ejus, et po~ pnltts ejus, el sublimes, (jloriosique tjua ad eum. {Isa. V, 43, 14.)

Examinez, après cela, si vous avez raison de faire si peu d'état de la science, d'employer si peu de temps pour l'acquérir, d'étudier avec tant de négligence, de faire si peu d'efforts pour vaincre en ce point vos répugnances ; de vous persuader que, n'ayant pas dessein de prendre la conduite des âmes, vous .serez toujours 'assez savant pour dire le Bréviaire et b sainte Messe. Confondez-vous d'avoir été dans ces dispositions ; humiliez-vous-en devant Dieu ; désirez beaucoup et demandez-lui la fidélité pour travailler à acquérir toute la science qu'il désire que vous ayez.

Troisième point. Coopération. — 1° Résolvez-vous de ne point vous engager dans le sacerdoce, que vous n'ayez acquis la science nécessaire. 2° Résolsolvez-vous pour cela de bien étudier et de retrancher de ces affaires, de ces visites, de ces di-

verlissements, de ces inutilités qui vous font perdre la plus grande partie de votre temps. S" Appliquez-vous particulièrement à l'étude des choses qui regardent votre profession, comme sont l'Ecriture sainte, les saints canons et les cas de conscience, retranchant toute étude ou lecture inutile.

Remerciez... Priez... Offrez...

Bouquet spirituel. — Labia sacerdotis cuslodicnt sàenliam. {Malach. ii, 7. ) Qnia lu scienliam repU' listi, ego rcpellam le. {Ose. iv, 6.)

VHP MEDITATION.

De l'ignorance des ecclésisliques , el que c'est une marque qu'ils ne sont pas appelés au sacerdoce.

Mellez-vous on la présence de Dieu par un acte de fui et d'adoralion. — 2o Renoncez à vous-même pour vous unir à Jésus-Christ. — 5° Demandez sou Esprit el relioncez au vôtre.

Premier point. Adoration. — Adorez Notre-Seigneur Jésus-Christ qui, non-seulement renferme en soi, comme homme, tous les trésors de la science de son Père ; mais qui, en qualité de Dieu, est avec lui le Dieu même de toutes les sciences : Quia scientiarum Dominus est. { I Reg. ii, 3. ) C'est lui qui, en qualité d'homme, en reçoit la plénitude dans le temps et en son humanité sainte par dépendance de son Père ; mais c'est lui qui, la recevant dans l'éternité sans dépendance en sa génération éternelle, en est avec son Père la première et divine source, ayant en soi toutes ses mêmes lumières aussi bien que ses divines perfections et sa même nature. Admirez la plénitude incompréhensible de connaissances et de lumières qui est en lui et comme Dieu el comme homme ; et surtout réjouissez-vous de voir ce grand éclat qui rejaillit sur lui du sein de Dieu son Père avec un si grand avantage, qu'il fait qy'il est appelé : Candor lucis (clernœ, lumen de lumine, splendor Patris. Rendez-lui tous vos devoirs dans cette vue.

Second point. Communion. — Exposez-vous souvent à Notre-Seigneur, afin qu'il dissipe les ténèbreâ de votre ignorance ; car il n'y a rien que vous deviez plus craindre que ces ténèbres, et, dans le dessein que vous avez d'aspirer au sacerdoce, il n'y a rien que vous ne deviez entreprendre pour ôter cet obstacle qui vous rendrait tout à fait indigne de la prêtrise. Vous avez vu, dans la méditation précédente, comme l'ignorance des ecclésiastiques est la source d'une infinité de malheurs et pour eux, ci pour les peuples, et pour lEglise; vous pouvez encore les repasser. Mais il est important que vous ajoutiez cette considération, que l'ignorance est tellement opposée au sacerdoce, qu'on peut dire qaun ignorant n'a point de vocation à l'état ecclésiastique, el que par conséquent il ne peut légitimement s'y engager, quelque dispense qu'il obtienne ; et s'il s'y engage, il est dans un état tout évident de damnation. C'est ce que vQus allez méditer à fond, et vous

vous arri^tcrez pour cela aux irois motifs suivants qui pourront vous en convaincre.

Le premier motif qui fait connaître qu'un ignorant n'a point de vocation à l'état ecclésiastique, est que l'Eglise, à qui il appartient de déclarer et de faire connaître les volontés de Dieu, et qui ne s'y méprend jamais, a toujours rejeté ces sortes de gens du ministère sacré. Vous remarquerez à ce sujet cinq choses en sa conduite, qui vous découvriront combien elle est exacte et rigoureuse sur ce point si important. La première est qu'elle a défendu à ceux qui étaient dans les ténèbres de l'ignorance et qui ne s'étaient point rendus considérables par l'éclat de leur doctrine aussi bien que par l'innocence de leurs mœurs, de se présenter à l'ordination, comme il se voit au concile de Tolède : Nullus ad sacra veniat indoctus, nullus ignoranliœ tenebris involutus, sed quem morum innocenlia et litterarum splendor red' dunt illustrcm. La seconde est qu'elle a défendu absolument à tous les évêques d'en ordonner aucun de cette sorte, conmie il se voit dans VEpître du Pape GélaseaMX évêques de Lucanie: Nullus illitteratos ad clericatus ordinem promovere prœsutnat. La troisième est qu'elle a menacé d'une rigoureuse et terrible punition et les particuliers et les évoques même qui outrepasseraient cette règle : Aliter ordinaturis et ordinandîs imminet Dei et Ecclesiœ ejus vindicta. La quatrième est que, pour empêcher ce désordre, elle a, dans tous les temps et dans tous les lieux, établi un examen solennel où la capacité de ceux qui se présenteraient pour être ordonnés .serait soigneusement éprouvée, afin de rejeter les ignorants. Or il n'est pas croyable qu'elle eût ainsi voulu les exclure, si elle avait cru que Dieu eût voulu les introduire, elle qui, ne vivant que de r<îsprit de son divin Epoux, ne peut aussi avoir d'autres pensées ni d'autres mouvements que ceux qu'il lui inspire. La cinquième est qu'elU a apporté sur ceci une tcUo exactitude et une si grande sévérité, que s'il est arrivé quelquefois que, nonobstant toutes ces précautions, quelques ignorants s'y soient introduits, aussitôt qu'elle les a reconnus, elle y a apporté promptemcnt remède, les privant du ministère qu'ils avaient témérairement usurpé, ou pour toujours et par une entière déposition, comme il paraît dans le Droit, en la personne même d'un évêque déposé pour ce sujet par le Pape Honoré 111, ou pour un temps, et jusqu'à ce qu'ils se fussent rendus capables, comme on peut voir on divers conciles punissant pareillement l'évoque qui les avait ordonnés, jusque-li» qu'elle a prononcé suspension contre ceux qui admettraient un ignorant même h la tonsure. Après cela comment peut-on croire que ces sortes de gens aient vocation à l'état ecclésiastique, et comment pourrait-on se persuader que Dieu y appelle ceux que l'Eglise en rejette de la sorte ?

Le second motif est que Dieu même a déclaré net- il ne sera promu (|ue par les hommes, et ainsi il ne tcment dans l'Ecriture sainte, qu'il n'appelait point pourra être qu'un mauvais^prélrc. Oh! quel sujet

les ignorants aux ministères sacrés, mais, au contraire, qu'il les en rejetait : < Parce que vous ave/, rejeté la science, > dit-il par un de ses prophètes,» je vous rejetterai du sacerdoce ; » ce qui était figuré au Lévitique, où l'aveugle est marqué aussi bien que le boiteux entre ceux qui doivent être rejetés du service des autels. L'aveugle est le symbole de l'ignorant, comme le boiteux Test des pécheurs ; de sorte que comme les méchants ne sont point appelés à un état si saint, l'ignotant aussi ne le peut être, et partant l'ignorance est une marque certaine qu'un homme n'a pomt de vocation à l'état ecclésiastique. Il est bien vrai que, comme l'Eglise a admis autrefois des pécheurs au clergé après que, par une bonne vie et un long exercice des vertus, ils avaient entièrement effacé et leurs péchés et les mauvaises impressions qu'ils avaient données d'eux par les dérèglements de leur vie passée, qui étaient le fondement de la défense de l'Eglise, de même elle peut admettre des gens qui, ayant été ignorants, se seraient instruits et seraient en état d'être utilement employés. Mais comme il n'y a point d'occasion où il soit permis d'ordonner ou d'employer un homme qui, ayant été dans le crime, ne se serait point rétabli dans la vertu et l'innocence de la vie, qui sont les dispositions essentielles à l'état sacerdotal , de même il n'y en a point où cela se puisse à l'égard d'un incapable ou d'un ignorant demeurant tel, ces deux cas étant également indispensables, et le défaut de la science aussi bien que de la bonne vie étant, Cil quelque hypothèse que ce puisse être, un empêchement essentiel et une irrégularité de droit divin qui ne peut recevoir de dispense légitime.

Le troisième motif est que Dieu n'appelle point des gens ineples à un emploi, sa volonté étant (jue ceox qui sont dans les charges et les emplois s'en acquittenl^ et il leur donnerait plutôt miraculeusement les qualités par lui-même, s'il les appelait, que de les souffrir dans leur incapacité, connue on peut voir par h conduite qu'il a tenue à l'égard des apôtres. Or les ignorants sont entièrement ineptes pour les fonctions ecclésiastiques : Litteris carcns, dit le Papo Géiase, sjacTts non potest esse aplns ofjiciis. Car, eu effet, à quoi pourraient-ils être employés? Instruiront-ils les peuples? ils ne sont pas instruits euxmêmes : or, quomodo erunt mayislri qui necdum fucrunt discipuli? Conduiront-ils les consciences? Ils sont aveugles : or, si cœcus cœco ducatum prwstct, ambo in foveam codant. {Matlli. xv, i i.) Offrinuil-ils des sacrifices et des prières? Us n'en pénètrent ni l'excellence ni les mystères ; ainsi dillicilemeut pourraient-ils même les offrir connue il faut.

Concluez donc, avec les saints Pères, qu'un prêtre ignorant ne peut jamais avoir en cet état des maniues suffisantes de vocation, et que, s'il s'engage dans le sacerdoce avant d'avoir acquis la science, connue il ne sera point prêtre par l'ordre de Nolrc-Seigneur,

MEDITATIONS ECCLESIASTIQUES

do oraiiulro pour vous qui voivs êtes im;\i;iiiô que vous ii'avie/, pas besoin d'autre science que de savoir dire la sainte Messe, et qui même n'en avez appris que rexlérieur, qui en ignorez les mystères, qui n'avez point rinlolligence de ce que signifient les cérémonies que Ton y fait, qui avez négligé d'apprendre la jihipart des choses qui appartiennent à cet état, cl qui en ignorez les obligations principales ! Confondezvous-en devant Dieu ; demandez-lui pardon du passé, et la grâce, à l'avenir, de vous appliquer sérieusement à l'élude des niaiières ecclésiastiques, cl à la science des choses de celle profession.

Troisième point. Coopération. — Pour vous rendre savant, résolvez-vous , 1" d'éviter par-dessus tout l'oisiveté qui n'est pas moins la mère de l'ignorance que des vices. 2" Dégagez-vous soigneusement de toutes les occupations qui n'ont point de rapport à voire ministère : procès, trafics, affaires de parents, lectures qui ne concernent point votre profession, visites inuiiles , jeux et divertissements superflus. Car autrement la plus grande partie de votre temps vous étant enlevée par ces amusements, aussi bien que la vigueur de votre esprit affaiblie par les distractions et dissipations qui en sont inséparables, vous vous trouverez hors d'état de pouvoir jamais acquérir la science qui vous est nécessaire. 5° Réglez vos heures et établissez uji ordre, selon que vos obligations pourront le souffrir, pour vos actions et pour l'emploi de votre journée, car cela est nécessaire pour n'y point perdre de temps ; et n'oubliez pas d'y marquer l'étude comme une des principales obligations, el d'y vaquer pendant uu temps considérable.

Remerciez... Priez... Offrez...

Bouquet spirituel. — Sacerdotes doctiores esse oportere cœteris populis doccbat Christus dicens : quia cu'cus si cœco ducalnm prœstet, ambo in fovcam cadunt... Si quis ignorai, iijnorabilur.

De la science des ecclésiastiques, et de l'étude des matières qîii regardent celte profession.

\° Adorez Dion présent. — 2° Unissei-voiis à Jésus-Chrisl. — 5" Invoquez sou Esprit el renoncez au vôlro.

Premier point. Adoration. — Si l'homme eût toujours été innocent, il aurait toujours été savant. L'ignorance n'est qu'une peine de son péché, et, s'il ne se fût point séparé de la source de la lumière pour se précipiter volontairement dans les ténèbres, il aurait eu sans peine toutes les connaissances qui lui eussent été nécessaires pour s'acquitter parfaitement de ses obligations. C'est ainsi que Dieu avait donné les sciences au premier homme, en lui donnant la grâce, el c'est ainsi qu'il les aurait données à tous ses descendants, selon les besoins qu'ils en auraient eus en cette vie. Mais depuis que l'homme est devenu criminel, il est aussi devenu ignorant : il vient au monde sans science, comme il y vient sans sainteté; cl comme cette scienc»; ne lui est donnée qu'après

beaucoup d'éludé, de veilles, de travaux et de peines, il se voit obligé de manger l'aliment de son àme, aussi bien que celui de son corps, à la sueur de son visage. C'est le châtiment de son péché, et le travail (pi'il prend à se rendre savant est une partie de la pénitence qu'il doit en faire. Adorez la justice de Dieu dans celle conduite; soumeltez-vous-y avec amour; réjouissez-vous de voir Jésus-Christ exempt do cette misère ; car comme il n'a poini eu de péché, il n'a point eu aussi d'ignorance. Remerciez-le, dans cette misère où vous èlcs , de vous avoir fourni tant de moyens que vous ne méritiez point, pour acquérir les connaissances qui vous sont nécessaires.

Second point. Communion. — Ce n'est pas assez d'étudier, mais il faut étudier ce qui regarde voire profession. Car à quoi vous serviront toutes les sciences, si vous ne connaissez pas vos obligations, cl si vous ignorez votre devoir? Comme donc vous êtes ecclésiastique, ou que vous avez quelque dessein de l'être, il faut vous appliquer particulièrement' à l'étude des fonctions cléricales. Or, pour vous faire connaître que vous ne devez rien épargner pour cet effet, et que vous devez travailler avec assiduité el courage pour acquérir cette science ecclésiastique, outre les motifs généraux que vous avez pu remarquer dans les deux méditations précédentes, en voici trois que vous méditerez à présent, qui pourront vous servir sur ce sujet.

Le preniier est la nécessité que vous avez de savoir ces matières ; nécessité si grande, que sans elle, 1° il est impossible de pouvoir réussir dans cet état. Voyez-le par expérience dans toutes les conditions. Il n'y en a pas une seule au monde, de quelque nature qu'elle puisse être, où l'on puisse réussir sans avoir la connaissance des choses principales qui lui appartiennent. Un soldat, par exemple, ne réussira jamais dans la profession des armes, un juge, dans celle de la judicalure, un marchand, dans le trafic et le négoce, s'il n'est instruit de ce qui appartient à sa profession. La même chose doit se dire de toutes les autres conditions, mais beaucoup plus de l'état ecclésiastique qui, étant plus saint et plus relevé que tous les autres, et portant en soi des obligations bien plus difficiles et des emplois plus périlleux, demande aussi plus indispensablement les lumières et les connaissances de ce qui appartient à cet état. Or, si un ecclésiastique ne peut, sans la science des matières ecclésiastiques, réussir dans son état, ne faut-il pas de nécessité qu'il les étudie, l'étude étant la seule voie pour les apprendre? 2° Non-seulement il ne peut réussir sans celle science, mais même il ne fera jamais ses fonctions avec esprit, c,'està-dire avec ferveur et dévotion, avec estime et respect, ni même avec joie et consolation intérieure.

1° Il ne les fera pas avec estime et respect ; car le mérite et la valeur reconnus sont le fondement de l'estime : or, comme il ne connaîtra pas le p»ix

et l'exceirencc de ses fonctions, le moyen qu'il les eslinie comme il doit, et qu'il les traite avec ce respect qu'elles méritent ? Personne ne peut dignement exercer ni décemment pratiiiuer ce qu'il ignore. 2" Il ne les fera point aussi avec ferveur et dévotion. Car ne pénétrant point leur sainteté, ne voyant point

Comede

dcponatiir. (S. Hieron., Epist. ad NepoL) voiumenistud. {Ezech. \u, 1.)

2° Il faut qu'il ne soit pas ignorant des saints canons et des règles de l'Eglise. Que le prêtre, dit le second concile de Tolède, ne sache pas seulement les saintes Ecritures, mais encore qu'il étudie les à fond la gFaodeur de h grâce qui y est attachée, canons. Car comme il est obhgé de les observer, et ne connaissant point les grandes dispositions et la qu'il doit régler sa vie et former sa conduite sur les pareté extraordinaire qu'elles exigent, il ne s'y ap- ordonnances qu'ils en ont faites, il est évident qu'il pliquera que comme à des actions communes et pro- ne peut les ignorer sans manquer à son devoir, puisfanes, qu'avec une grande négligence et par manière que, n'en ayant point la connaissance, il ne pourrait d'acquit, et ainsi il ne s'excitera point à cette point les mettre à exécution : Sacerdotes ccnones

grande dévotion que demander.t ces saintes et divines fonctions. Z" Il ne les fera point aussi avec joie et consolation intérieure; car le moyen qu'il n'ait mille chagrins quand il verra qu'il n'y réussit point, et qu'il ne peut pas même y réussir? Voilà l'état pitoyable oïl sont réduits les pasteurs ignorants. Ils font leurs fonctions avec tant d'immodestie, d'irrévérence et d'irréligion, ils traitent leur ministère avec tant de mépris, ils sont tellement chagrins et inquiets quand ils sont obligés à s'y assujettir avec quelque application, qu'ils font bien connaître et le peu d'estime qu'ils en ont, et combien ils sont éloignés de s'en acquitter avec esprit. Rendez-vous donc capables dans cette profession, si vous ne voulez pas tond)er dans ces misères.

Le second motif qui doit nous obliger de bien étu- >dier les matières ecclésiastiques, et d'y donner notre temps, nos soins et nos travaux, est la qualité des choses qu'elles renferment, et dont le prêtre doit avoir indispensablement la connaissance, qui peutêtre nous manque pour la plupart. Car, 1" il faut qu'il sache l'Ecriture sainte, et surtout le Nouveau Testament, en sorte qu'il en ail une intelligence raisonnable, et qu'il soit capable d'en comprendre le sens non-seulement littéral, mais le spirituel et le mystique. Car, 1. c'est là un des points sur lesquels les conciles veulent qu'on interroge les ordinands. 2. C'est l'étude et l'occupation que les conciles et les saints Pères lui recommandent par-dessus tout. 5. Quand elle ne lui serait point ainsi recommandée, toujours est-il vrai que c'est la source primitive de toutes les vérités qu'il doit annoncer aux peuples, <!n sorte que tout ce qu'il leur dira n'aura aucune

meditentur. {Conc. Totel.)

3° Le prêtre doit être instruit dans les mystères et les articles de la foi, et instruit non-seulement comme les simples fidèles, mais d'une- manière exacte et plus élevée, c'est-à-dire, en maître; en sorte qu'il soit en .étal de les enseigner à ceux qui les ignorent, et même de les défendre contre ceux qui voudraient les attaquer. Car c'est ce que l'Eglise exige de lui, et ce qui montre qu'il devrait avoir quelque teinture des controverses et de l'hisloiro ecclésiastique, au moins quant aux principaux points, surtout dans les lieux où il pourrait se rencontrer avec des hérétiques, des libertins et de mauvais Catholiques ; n'y ayant rien de plus capable de rendre CCS sortes de gens insolents et d'affaiblir les fidèles, que s'ils voyaient un prêtre , qui par sa quaUté doit être le dépositaire des vérités de la religion , demeurer muet ou dans la confusion à la voix d'un ministre et quelquefois d'un artisan ou d'une femmelette, qid n'aura rien de plus considérable que sa présomption et la témérité d'attaquer toutes sortes de personnes.

4" L'Egliso veut qu'il sache la doctrine des sacrements, c'est-à-dire tout ce qui est nécessaire pour les administrer dignement, et porter le peuple à les recevoir saintement et avec le respect et les dispositions requises ; car personne ne doute que ce ne soit un de ses principaux emplois. Et comment pourra-t-il s'en acquitter dignement s'il en ignoro la nature et la vertu, la saintetxî et les dispositions qui doivent en être inséparables, et dont il doit même instruire les peuples, selon le commandement exprès qui lui en a été fait dans le concile de Tren-

ïiolidité, ni par conséquent aucun fruit, si le fond et te? Or, pour cela, quelque connaissance que l'on ail

la substance de ses instructions ne sont tirés de ces saintes Ecritures. Il faut donc qu'il les étudie et qu'il les apprenne : Sciant saccrdotes Scripluras sanctas. {Concil. Tolet.) — Convenit sacerdotali tninisterio izire formam evanijclicam, documenta aposlolica. 'Concil. Aquisgr.) — Sancla Evangelia et Epislolas beali Pauli apostoli non solum crcbro Icctitenl, sed eliam, quantum possunt, sludeant mcmoriœ commendare. (Conc. Turr.) — Oinnis scriptura divinitits inapirnlu utilis est ad docendum, ad corripiendum, ad crudicnilum in jmUtia , ut perfectus sil homo Dci ad omne opu» bonum, {!! Tim. m, 16.) — Sacras Scriptura» /cgfc, imo de manibus tuis nmiqnam sacra Icclio

d'ailleurs, il faut à la science de l'école joindre la lecture des livres spirituels et une étude exacte du Rituel; autrement on s'expose dans la praliq\ic à faire beaucoup de fautes.

li" Il doit être bien instruit de ce qui concerne l'oblation du sacrifice adorable de la sainte Eucharistie ; car c'est sa principale fonction, comme c'est la principale action de la religion , à laiiuelle toutes les autres doivent se rapporter, et pour laquelle spécialement il est établi prêtre, dont on doit aussi l'interroger dans son ordination. Comme encore il doit savoir ce qui concenie la célébration desOilices divins, soit en particulier, soit en public, non-seu-

V^ MEDITATIONS ECCLESIASTIQUES. Toi

IcinoiU quant à ce qui reprde la piété el la dévotion et dont on peut tirer tant d'avantages sur ce sujet ;

4" tant do livres où ces matières sont expliquées ,

intérieure qu'il doit y apporter et qu'il doit inspirer aux peuples qui sont obligés d'y assister, mais aussi pour ce qui regarde la bienséance extérieure et solennelle, comme le chant et les cérémonies que l'Eglise désire qu'il sache.

6° Il doit aussi être savant dans la théologie morale, et capable de résoudre au moins les diiïicultés qui arrivent ordinairement dans la conduite des consciences, et de proposer celles qu'il ne peut décider, pour en avoir l'éclaircissement. Car c'est à lui à discerner le saint d'avec le profane, et à prononcer, comme juge , sur l'état des âmes et des consciences des fidèles ; ce qu'il ne peut faire sans être bien instruit des maximes pures et des principes véritables de cette morale chrétienne , qui cherche plutôt à se conformer à l'Evangile et à la doctrine des saints, qu'au raisonnement humain et à la faiblesse du siècle.

7° Comme les prêtres sont les médecins des âmes, les guides et les maîtres de la vie spirituelle, et que c'est à eux à prêcher, à exhorter, à reprendre , à corriger, à fortifier, etc., il est nécessaire qu'ils aient la science de la piété et les connaissances requises pour conduire les âmes dans l'exercice de la vie chrétienne et spirituelle, pour les porter à la vertu, les détourner du vice , les soutenir dans leurs faiblesses, et procurer en toute manière leur avancement.

8° Comme ils sont médiateurs entre Dieu et les peuples, et qu'une de leurs principales fonctions est d'apaiser sa colère et de le rendre propice , ils doivent être bien versés dans la connaissance et l'exercice de l'oraison mentale, afin d'obtenir de Dieu, parleurs prières, ce qu'il dénierait à celles du peuple. Il doit , dit saint Grégoire , avoir une sainte expé-

éclaircies et digérées. N'est-ce pas assez pour rendre coupable un ecclésiastique qui, dans notre siècle , se trouvera dans l'ignorance de son devoir, ayant tant de moyens et de facilité de l'apprendre?

Confondez-vous devant Dieu, | et demandez-lui pardon de vous être si peu servi de ces moyens. Priez-le de vous donner la grâce d'en faire à l'avenir un saint usage.

Troisième point. Coopération. — 1° Résolvez-vous de vous appliquer sérieusement à l'étude des choses que vous avez vues ci-dessus être nécessaires à un ecclésiastique, et d'y donner tout le temps, le soin et l'assiduité qui seront nécessaires pour les bien apprendre. 2° Résolvez -vous de vous servir du moyen que vous croirez le plus efficace pour y réussir, comme de demeurer dans un séminaire, de fréquenter et parler souvent avec des ecclésiastiques qui soient fervents et savants dans ces matières, de lire souvent les livres qui en traitent, etc. ; et, en vous servant de ces moyens, ayez une grands foi et docilité pour ces matières. 5° Ne craignez point même' de retrancher un peu de vos autres études, si vous n'avez pas assez de temps pour celle-ci ; car vous ne sauriez rien apprendre de plus utile, et qui vous soit plus nécessaire et pour cette vie et pour l'éternité.

Remerciez... Priez... Offrez...

DouQUET SPIRITUEL. — Rejccla crgo scienlia quœ in -perniciem trahit, appréhende scienliam quœ œdificat ad salulem.

De ta chasteté des prêtres , qui est la plus riche fleur de la couronne sacerdotale , et combien celle vertu doit être éminente dans les prêtres.

rience que Dieu lui accorde avec facilité tout ce qu'il

demande Or nnel ii^^af^e de l'nnison ne fiiil-il nnint ^° Mettez-vous en la- présence de Dieu par un acte de foi aemanae. ur quel usage ae i oraison ne laut-u point ^^ d'adoration. - 2° Renoncez à vos nécht^s et doonez-

avoir pour s'assurer d'une si grande grâce I Voilà ce que renferme principalement la science ecclésiastique. Voyez si elle ne vous manque pas dans la plupart de ces points, et si ce n'est pas aussi un puissant motif pour vous obliger à les étudier et à les apprendre.

Le troisième motif qui vous y oblige, est la facilité qu'on a dans notre siècle d'apprendre celte science, facilité qui rend, à présent, les ecclésiastiques ignorants beaucoup plus coupables qu'ils n'étaient autrefois. Car, au milieu de tant d'aides et de secours que l'on a dans le temps oii nous sommes , il faut avouer qu'ils sont tout à fait inexcusables : 1° tant de séminaires où l'on travaille particulièrement à acquérir cette science, et où l'on peut si \ facilement apprendre ces matières ; 2° tant d'ecclé- », siastiques instruits dans ces matières, qui ne demandent qu'à en instruire les autres, el donl la conversation et l'entretien nous aideraient beaucoup pour les apprendre en peu de temps; 3" tant de conférences qu'on fait de toutes parts sur ces matières ,

vous à Jésus-Christ, renoncez au vôtre.

5° Invoquez le Saint-Esprit et

Premier point. Adoration. — Considérez que Notre- Seigneura tellement aimé la pureté , qu'encore qu'il se soit soumis à toutes les peines et misères qui accompagnent la nature humaine, il n'a jamais voulu souffrir qu'il y eût en sa conception ni en sa naissance aucune circonstance, pour petite qu'elle pût être, qui diminuât sa pureté virginale. 11 ne s'est point soucié d'avoir été fouetté , souffleté , moqué et insulté en toutes manières, d'être attaché à une croix entre deux larrons; il a enduré mille calomnies et paroles injurieuses; il a bien voulu mourir comme un blasphémateur, comme un perturbateur du repos public, comme un infâme; mais il n'a pu souffrir que sa Mère reçût aucune atteinte en sa pureté parfaite. C'est pourquoi, afin qu'elle n'en reçût aucun déchet, nous voyons qu'il a renversé toutes les lois de la nature, et que, devant naître d'une femme qui devait être sa mère, il n'a point voulu que l'homme y eût aucune part, mais (jne le Saint-Esprit seul en

accomplit le mystère, afin qu'il n'y eût rien qui ne s'y passât daus une souveraine pureté , et qu'il pût servir de modèle achevé de cette vertu. Admirez l'amour que Jésus-Christ a fait paraître en cela cl même en toute sa vie pour cette vertu. Réjouissezvous de voir et dans le Fils et dans la Mère une si grande pureté , qui peut servir en toutes circonstances d'un modèle achevé de celte sainte vertu, Approchez avec respect et avec amour de ces divines sources de toute chasteté, pour vous mettre en eiat d'y puiser et de vous remplir de cette divine vertu.

Second point. Communion. — Considérez l'étroite obligation que vous avez, comme ecclésiastique, et particulièrement comme ayant l'honneur d'être prêtre , de vivre dans une très-grande pureté et dans une inviolable chasteté. Méditez bien pour cela les trois considérations suivantes qui vous y engagent. 1° Ce que vous devez être comme prêtre ; 2° ce que vous devez faire ; 5° ce que vous devez craindre.

Première considération. — Ce que vous devez être dans l'état ecclésiastique vous oblige de posséder la chasteté dans un degré très-éminent. i" Dans le sentiment des saints Pères de l'Eglise, un prêtre doit être comme un saint au milieu du paradis; car depuis qu'il est élevé au sacerdoce il n'est point du monde, il tient plus du ciel que de la terre; sa vie doit être la vie d'une personne ressuscitée ; en sorte que, s'il vit encore dans la chair, il ne doit plus vivre selon les appétits de la chair ; il ne doit plus avoir de parla ses plaisirs; il doit être tout à (ait dégagé de la corruption. Or quelle pureté cela ne demandet-il pas dans un prêtre ! 11 faut, dit saint Chrysoslomc, qu'elle soit plus grande que celle du soleil même; il faut qu'elle aille à un tel point, qu'il n'y ait rien qui l'égale. 2" Un prêtre doit être un ange, c'est la qualité que lui donnent les conciles et les saints Pères, et le Saint-Esprit, dans l'Ecriture sainte, le qualifie de ce titre, pour lui apprendre qu'il doit avoir la pureté d'un ange. Or comment posséder cette pureté angéli(iuc en cette vie, au milieu de la chair ([ui nous environne, à moins d'avoir la chasteté en un degré très-éminent? C'est par cette voie, dit saint Bernard, que l'homme devient un ange; et encore cette vertu aurait-elle cet avantage par-dessus celle de l'ange, que si la pureté de l'ange fait paraître plus de bonheur, la chasteté de l'homme fait paraître en lui plus de courage et de force. 3" Un prêtre doit être comme Dieu ; c'est encore une qualité que lui donne le Saint-Esprit dans l'Ecriture sainte. 11 doit donc être tout à fait dégagé de la matière, autant (pic l'étal présent de cette vie peut le perinellre; or il ne saurait être établi dans cet étal que par une grande chasteté, laquelle a cet avantage, qu'elle rend riionune semblabh; à Dieu. Car Dieu étant de sa nature d(''gagé de la matière, étant incorruptible; et très-pur ; eiràme étant aussi lrès-j)ure de sa nalur(\ et incapable de corruption, lorsque la (chasteté lui lait faire tous ses eflorts pour communiquer au cor\>s

la môme pureté et intégrité par une continence parfaite, rhonune n'exprime-t-il pas en quelque façon en lui-même, dans un miroir très^pur, la ressemblance de Dieu, et ne devient-il pas lui-même tout divin par cette vie? Or c'est ce qui est nécessaire au prêtre, et si absolument, que sans cela il n'est point un prêlre du Dieu vivant, dit saint Clément d'Alexandrie, et par conséquent ne peut être qu'un prêtre du démon.

Seconde considération. — Ce que vous devez faire comme prêtre vous oblige à une très-grande pureté. Car 1° vous devez, comme prêtre, offrir le corps de Jésus-Christ ; c'est une de vos obligations essentielles et indispensables : or comment oscrez-vous olTrir cette victime pure, sainte et immaculée, él-ant vous-même une victime immonde, et ayant l'insolence de vous immoler au démon par vos impuretés? Quelle communication y a-t-il delà lumière aux té- Kèbres? quelle société entre Dieu et Déliai? 11 ne peut y en avoir aucune, dit l'Ecnture sainte. Or il F.e doit pas y en avoir davantage entre vous et le corps de Jésus-Christ ; vous qui, de membre de Jésus-Christ que vous étiez, vous êtes rendu membre de l'Antéchrist par vos impudicités. Voilà le sentiment des Pères; et ne savez-vous pas, ajoutent-ils, (jue Jésus-Christ a tellement aimé la pureté, qu'il n'a pas voulu naître de la pureté conjugale, mais de la virginité ; et qu'il ne s'est pas même contenté d'avoir U(;ie mère vierge, mais il a encore voulu que celui qui passait pour son père fût aussi vierge? Or, si son amour pour cette vertu a été jusqu'à ce point que de ne vouloir naître que d'une vierge, que de ne vouloir être touché que par des mains vierges, lorsqu'il était dans .son état d'infirmité et sujet aux faiblesses de l'enfance, quelle pureté ne demandcrat-il pas à présent dans les prêtres qui le produisent sur l'autel et qui l'ont toujours entre les mains! ù présent, dis-je, qu'il est dans sa gloire ! Autrefois, pour immoler seulement des figures, il fallait même s'ai)Stenir des plaisirs légitimes ; l'usage du mariage n'était pas permis aux prêtres pendant qu'ils servaient dans le temple; et c'était assez pour être coupable, que de n'être pas entièrement purifié. Quelle pureté ne sera donc point requise dans les prêtres <îu Fils de Dieu, qui ont entre les mains la vérité dont les autres n'avaient que de faibles ombres et de légères images!

2" Vous devez, comme prêtre, prier pour les peuples ; c'est une des fonctions annexées au sacerdoce, et dont il n'y a point de prêtre qui puisse se dispenser sans crime : or, pour le faire avec fruitet avec efficace, il faut que celui (pii prie ail une grande puroté. Car si saint Paul avertit les personnes même qui sont dans le monde, de s'abstenir des plaisirs charnels, quoicpie honnêtes et licites, i)our vaepier avec l)lus de fidélité à l'oraison, que ne doit-on point dire des i)rêtres (jui doivent y être continuellement applicpuisl Comment er.suitc les prêtres impurs oseraient-ils s'adresser à Dieu pour apaiser sa colèf©

qu'ils allument onï-mômcs par leurs impirrelés? Us ne peuvent pas prôteudro, non plus, que dans cet éh\t Dieu les exauce aisément, puisque étant dans la ciiair, ils ne peuvent lui plaire ; et ainsi comment serontils exaucés?

ù" Vous devez, comme prêtre de Jésus-Christ, annoncer la parole au peuple ; car c'est ce que s'attril)!iai*>nt les premiers prêtres, et c'est ce que l'Eglise déclare et représente à leurs successeurs : or pour cela il faut une chasteté assez grande pour vous mettre h couvert des soupçons mômes d'impureté ; car nous voyons que tous les vices ensemble ne font pas taiit de tort aux prédicateurs, que celui d'impureté, quand on les en soupçonne ; parce que c'est une vérité naturellement imprimée dans l'esprit des hommes, que ceux qui font cette fonction divine doivent être exenqus de toutes les ordures de la chair, et vivre connue l'on vit dans le ciel, où ils veulent conduire les autres. De plus, les aumônes, pour magnifiques qu'elles soient, l'exercice de la charge pastorale, les actions de charité ou en la consolation des allligés, ou en rinstruction des ignorants, pour assidues qu'elles paraissent; l'exemption de tous les autres crimes, pour parfaite qu'elle se fasse reconnaître, ne peuvent efïacer la tache de l'incontinence ni eiitrer en aucune compensation avec elle ; et c'est ce qui fait que le peuple ne peut écouter sans indignation et sans horreur ceux qu'il soupçonne être sujets à ce vice infâme. Enlinles plus débauchés mêmes ont peine à souffrir que celui qui est malade couuijc tux, entreprenne de guérir leur maladie et de leur offrir des remèdes. Il faut donc que les ecclésiastiques, pour bien s'acquitter de leurs devoirs, aient une très-grande pureté, et qu'ils soient tellement recommandables par cette vertu, qu'on ne puisse pas même les soupçonner des moindres choses qui pourraient lui donner quelque atteinte

Troisième considération. — Ce que vous avez à craindre connue prêtre vous oblige à une très-grande chasteté; car 1° vous avez extraordinairement à craindre les tentations contre cette vertu, qui seront plus violentes que si vous étiez en un autre état : car ordinairement on trouve plus douces les voluptés qu'on n'a point goûtées, et on a plus de peine à s'en défendre. De plus, comme les plaisirs vous seront défendus dans cet état, vous vous y sentirez porté quelquefois avec d'autant plus de violence, que vous aurez moins de liberté de les prendre ; c;ir c'est le propre de la nature corrompue, de se porter plus vivement à ce qu'on lui défend. Enfin le démon vous attaquera d'autant plus rudement sur ce sujet, que, comme remarquent les saints, il tâche particulièrement d'abattre ceux qui tiennent lieu de chefs dans l'armée de Jésus-Christ. Ce sont les riches et non pas les pauvres, dit saint Cyprien, qui doivent le plus craindre les voleurs; et plus une personne est élevée, plus elle est exposée aux atteintes de l'ennemi. Or la science, le zèle, le soin des âmes, l'amour des pauvres, la diligence,, la mo-

CEESIASTIQUES. 758

destie et les autres vertus qui ont. le plus d'éclat, ne lui donnent pas tant do peine et de jalousie que I;» pureté de votre corps et de votre cœur, parce qu'il sait bien que vous ayant volé ce trésor, il sera bientôt maître du reste, ou qu'il le rendra inutile ; c'est pourquoi il fait en ce point tous ses cflorts ; et comme on voit qu'il n'attaque jamais plus violet\inient un prêtre que quand il le lente d'impureté, on est en c-et état en péril évident de faire naufrage, à moins d'avoir une très-grande chasteté.

2° Vous devez craindre à cause du vœu solennel que l'on fait en recevant les ordres sacrés, et qui vous met en tel étiU que toutes vos impuretés seront des sacrilèges, et que, si vous ne pouvez garder la con.tinence, vous n'aurez plus de remèdes pour votre salut.

3° Vous devez d'autant plus craindre que, si vous tombez, vous ne vous en relèverez jamais ; car c'est une chose bien rare qu'un prêtre impur se convertisse ; et peut-être n'en a-t-on jamais vu qui se soit converti parfaitement. C'est donc ce que vous devez craindre, et ce qui vous montre l'importance, pour prévenir ce malheur, de bien conserver la chasteté et de vous affermir autant qu'il vous sera possible dans cette vertu. C'est pourtan'* à quoi vous no pensez pas assez. Parce que vous ne tombez pas» peut-être, dans les plus grands désordres, et que vos impuretés ne passent pas à l'extérieur, vous croyez être en sûreté sur cette matière ; et cependant avez-vous toute la haine, toute l'horreur, toute l'exécration que vous devez avoir de ce crime ? Les premières pensées qui vous en viennent quelquefois dans ces occasions, quand vous les repoussez, n'estce pas avec une horrible lâcheté et une épouvantable négligence ? Ne seriez-vous point bien aise que telles et telles choses vous fussent permises ? Aprèâ tout, si vous avez tant d'amour pour la chasteté, d'où vient que vous l'exposez si souvent à être violée par la licence trop grande de vos regards, par les immortifications trop ordinaires de vos sens, par ces déhcatesses trop affectées que vous avez pour votre corps? En vérité, vous avez bien sujet de vous en confondre devant Dieu, de lui en demander pardon pour le passé et la grâce d'être plus fidèle à l'avenir.

Troisième point. Coopération. — 1° Résolvezvous de demander souvent à Dieu la chasteté ; car c'est un don de Dieu, et vous ne pouvez l'attendre que de sa grâce ; et surtout dans les premières attaques de la tentation, dès les premiers mouvements, dès les premières pensées, donnez votre cœur à Dieu, et dites avec les saints : 0 amor qui sentper ardes et tmnquam exslingucris ! charitas Deus meuSy accende me : contincntiam jubés ; du quod jubés, et. jubé quod vis. 2° Ne conversez jamais avec ceux dont la chasteté peut vous être suspecte, à moins que la nécessité ne vous y oblige ; car ce vice est si contagieux, qu'il se contracte même par la proximité. Une parole, un regard suffit quelquefois pour donner d'hor-

ribles tenlalions ; et corame 11 y a certaines personnes qui sont tellement à Dieu, que tout cequiesten elles et vient d'elles inspire et respire la sainteté, il y en a d'autres qui sont tellement livrées et vendues au démon, que tout ce qu'elles ont et qui vient d'elles respire et inspire le venin de la chair et le péché. 3" Ne vous engagez jamais dans les saints ordres, que vous n'ayez auparavant éprouvé, et pendant un long temps , si vous pourrez conserver cette vertu inviolablemenl au milieu des occasions. Pour particulariser davantage, ne songez point à vous y engager, que vous n'ayez resté une année entière sans succomber au péché ; ou si vous avez quelque raison grande et considérable qui ne vous permette pas d'attendre si longtemps, ne vous y engagez point que vous ne vous en soyez abstenu au moins l'espace de six mois, et qu'avec cela vous sentiez une force assez grande, suivant l'avis de votre directeur, pour vous conserver inébranlable au milieu de toutes sortes d'attaques.

Remerciez... Priez... Offrez...

Bouquet spirituel. — • Te ipsum castum cuslodi. {I Tim. v, 22.) — Ante omtiia miindiliam cordis et castitatem corporis, tanquam proprium ac prœcipuum clericorum ornamentum, omni studio servare studeant. — Soli qui puram cujunt vilam, veré sunt Dei sacerdotes.

XP MÉDITATION.

Combien les prêtres doivent craindre l'impureté.

1° Mettez-vous en la présence de Dieu par un acte de foi et (l'adoration. — ^"Renoncez à vos péchés et à vousniArne, et priez Noire-Seisneur de vous présenter à son l'ère, aliii qu'il vous soulFre en sa divine présence. — .5° Renoncez aussi à votre propre esprit, et demande! à Nolre-Seigdt'ur la grâce de vous donner le sien, afin qu'il. vous conduise dans l'oraison, et que vous puissiez la faire pour sa gloire et pour votre salut.

PnEMiER POINT. Adoration. — Adorez Notre-Seigneur Jésus-Christ sous celte belle qualité que lui <lonne l'apôtre saint Paul : Taiis decebat ut nobis esset Pontifex impollutns, segregatus a peccatoribus. (Hebr. VII, 2G.) Sa pureté est si grande, qu'elle le tient dans un dégagement total de toute souillure et de toute corruption. 1" Considérez qu'il est si pur, qu'il ne peut admettre dans son corps non plus que dans son cœur la moindre impureté ; car il est la pureté même, il est la pureté essentielle, il est la source de toute pureté. 2" Considérez qu'il a eu un amour si extraordinaire pour cette vertu , que, quoiqu'il ait bien voulu être tente par le démon contre les autres vertus, et qu'il en ait souffert extérieurement quelques attaques, il n'a jamais permis qu'il l'ait attaqué sur eelle-ci : il letenlede superbe, de gourmandise, d'avarice, mais jamais d'impureté. 5" Considérez que, par ce même amour de la pureté, il tint une conduite si sainte en toute sa vie, que ses ennemis mêmes n'ont pas la première pensée de former sur lui le moindre soupçon (pii chcMpie celte vertu, ni

ment et leurs passions, d'être un ivrogne, un séducteur, un menteur, un démoniaque, un séditieux, ils n'ont jamais pu, dans tout l'excès de leur rage et de leur fureur, le soupçonner d'être impur. 4" Con-^ sidérez que par ce même amour il a voulu choisir une mère vierge, il a aimé par-dessus ses autres disciples celui d'entre eux qui était vierge ; il se donne tellement à posséder à ceux qui sont vierges, qu'il ne peut avoir pour eux aucune réserve. Rendez vos devoirs h Jésus, ce grand amateur de la pureté : Jesu, atnator puritatis.

Second point. Communion. — Considérez les sujets de craindre tout ce qui peut choquer cette vertu que Notre-Seigneur a tant aimée, et combien tous les péchés d'impureté qui lui sont opposés doivent vous être effroyables. Yoilà trois motifs qui peuvent vous servir pour cet effet. Le premier sont les sentiments de Dieu même : or vous pouvez les tirer de trois sources : la première, du désir qu'il a que les prêtres soient saints, et de l'obligation qu'il leur en impose ; la seconde, des expressions remarquables dont il se sert pour exprimer le vice et le crime des prêtres impudiques ; la troisième, des redoutables châtiments dont il les punit dans cette vie. Premièrement, pour l'obligation qu'on leur impose d'être saints, elle est si étroite, et il faut croire qu'il l'a tellement à cœur par les préceptes réitérés et les avis continuels qu'il en donne, qu'on ne peut douter de ses sentiments sur ce sujet. Nettoyez-vous, dit-il par ses prophètes, lavez-vous, purifiez-vous, soyez saints : or il est vrai que cela demande un éloignement do tous les vices ; mais il est vrai aussi que, comme il n'y en a point qui soit plus opposé à cette pureté et netteté que celui de la chair, qui souille honteusement notre âme et notre corps, H n'y en a point aussi que le prêtre doive plus détester.

Pour la manière dont Dieu exprime l'énormité do ce crime, elle est surprenante : les prêtres, dit-il par ses prophètes, ont pollué le lieu saint, et ils ont souillé mes sanctuaires ; et ce qui est plus étrange, c'est qu'il ajoute (ju'ils le salissent et l'infectent lui-même : j'étais, dit-il, pollué au milieu d'eux. Ne fauHl pas que ce vice ait pour cela uno étrange infection, puisque Dieu qui est la pureté même, qui ne peut recevoir en soi aucune tache, assure néanmoins qu'il est infecté , sali , souillé, corrompu par les prêtres qui l'offrent sans avoir la pureté requise? Voilà quelle est l'énormité de ce crime tout à fait horrible. Il ne corrompt pas seulement le corps et l'ùme du prêtre (|ui le commet, disent les saints, mais il souille encore Jésus-Christ même que le prêtre reçoit et immole à l'autel.

Troisièmement, les châtiments que Dieu a exercés sur les ministres des autels adonnés à ce crime, font assez connaître l'horreur extrême qu'il en a, et les sujets que nous avons de les craindre : 1 " nous de, lui faire aucun reproche sur a; sujet ; et s'ils Tac- en voyons une étrange punition en la personne çusvnt, dans leurs emportements, dans leur aveugle- d'Osa. Ce pauvTe lévite, vovant l'arche en danircr

Page 1