GI
MEDITATIONS Et
Je loiubcr par terre, éUMui la main pour la soutenir ; et Dien , an lieu d'agréer cette action qui fienible mériter quelque récompense, le punit surle-champ d'une mort soudaine, î\ cause seulement, disent plusieurs , qu'il ne s'était pas abstenu de sa fenune le jour précédent, et qu'ainsi il n'était pas assez pur pour loucher l'arche. Quelle rigueur 1 Quel sujet de crainte pour les prêtres du Fils de Dieu, qui n'ont pas seulement h loucher l'arche, mais Jésus-Christ même, et qui doivent être pour cela mille fois plus saints que ceux de l'ancienne loi ! 2° Nous voyons, dans VEiode, que les enfants d'Âaron , Nadab cl Abiu , furent brrtiés tout vifs pour avoir mis du feu étranger dans leurs encensoirs ; ce qui était , dans le sentiment des saints Pères, une ligure de l'aflectioa charnelle et déréglée des prêtres, et du châtiment qu'ils doivent attendre du feu de la vengeance de Dieu, lorsqu'ils sont si téméraires que d'approcher des saints ministères sans être tout :\ fait purifiés de ce vice. 5° Le bienheureux Pierre Damien rapporte que, de son temps, «n prêtre adonné à l'impureté ne voulant point profiter des avis qu'on lui donnait sur ce sujet, fut puni de mort subite, et rendit son âme dans l'acte même de son péché , éprouvant en lui cette terrible sentence de TApôtre, que c'est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant. {Uebr. x, 3i,) N'est-ce pas assez pour vous faire craindre? Car enûn, si vous êtes si misérable que de vous abandonner à ce vice, n'avez-vous pas sujet d'appréhender que la même chose ne vous arrive ? et après cela où en serez-vous? Le vénérable abbé Pierre de Cluny, rapporte qu'un autre prêtre abandonné à ce vice fut emporté par le diable, sans avoir jamais voulu se convertir ; il y a une infinité d'exemples pareils qui tous doivent vous faire trembler.
Le second motif qui doit vous obliger d'éviter l'impureté, est la conduite de l'Eglise, et les précautions qu'elle a prises pour empêcher ce vice et pour écarter limpurelé do ses autels. 1° Elle a voulu qu'on y ait pourvu dès la jeunesse ; et pour cet effet elle a ordonné qu'on établirait des séminaires pour retirer les jeunes ecclésiastiques, afin qu'étant assemblés sous les yeux des évêques et sous une direction sainte dans une même communauté, ils pussent plus aisément se préserver de la corruption qui est ordinaire à cet âge, et se conserver dans la sainteté et pureté nécessaires pour approcher des saints autels. C'est pour cela qu'elle a fait plusieurs ordonnances sur ce sujet, quelle a réitérées de temps en temps pour empêcher la discipline primitive de s'affaiblir ; qu'elle en a fait un décret solennel dans son dernier concile œcuménique, qui en fait admirablement bien connaître l'importance, et qu'enfin les plus célèbres. conciles qui ont été tenus depuis ce temps, suivant le même esprit, en ont renouvelé les ordonnances. 2° Elle n'a pas seulement fait ses efforts et apporté ses soins pour conserver la pureté des prêtres : mais, quand elle re-
CLESLVSTIQUES. 70^2
marquait que quelques personnes étaient tombéesdans quehiue impureté, elle ne les admettait jamaisà la tonsure, quoique même elle n'y fussent tombées qu'une seule fois, et que d'ailleurs elles eussent, tous les talents imaginables pour servir dans l'EgliSe. 5° S'il arrivait qu'une personne , après avoir été élevée dans l'étal ecclésiastique, fût ensuite asseî misérable pour tomber dans ce péché, elle était exclue pour toujours , ou du moins pour de longues années, du ministère des autels ; et l'Église ne les rétablissait jamais dans les fonctions de ses ordres, qu'après un long temps d'une très-sévère et trèsexacte pénitence. Voilà quelles étaient les précautions de l'Eglise pour empêcher l'impureté dans ses ministres, d'où vous pouvez tirer deux instructions considérables.
La première, l'horreur étrange que l'Eglise a de ce vice, quoiqu'elle n'observe plus à présent une si grande rigueur pour la discipline extérieure; et si dans le besoin qu'elle a de ministres, elle en reçoit qui ont été autrefois dans ce vice, après qu'ils en ont fait une longue et exacte pénitence, elle ne laisse pas d'en conserver dans le fond le même sentiment , et d'avoir toujours la même aversion de ce vice qui est toujours également horrible aux yeux de Dieu. La seconde, comme Dieu ne déteste pa; moins ce vice qu'il faisait autrefois ; que l'Eglis^; n'en a pas moins d'horreur ; qu'il n'est pas moins contraire à la sainteté de notre état, vous devez l'éviter avec le même soin que si l'Eglise le châtiait avec la même rigueur et sévérité de son ancienne discipline.
Le troisième motif qui doit vous obliger de fuir l'impureté, est la raison ; et pour cela vous ferez les trois considérations suivantes , sur lesquelles vous aurez bien à réfléchir : la première, qu'il n'y a point de crime dans les prêtres, dont Dieu se tienne plus offensé que de l'impureté. 1° Ce péché souille l'image du Père qui est très-accomplie dans les prêtres, et la souille de b manière la plus honteuse et la plus sale qui puisse être. 1° Il corrompt les mem.bres du Fils d'une manière abominable, et les membres les plus nobles cl les plus considérables, qui sont les ecclésiastiques. 3° Il profane le temple du Saint-Esprit, et le temple où il réside d'une manière plus spéciale et plus sainte. Quel outrage ! c'est là néanmoins l'injure véritable que l'iTiipureté fait à la très-sainte Trinité dans les prêtres. De plus, comme le prêtre représente Jesus-Cbrist, qu'il tient sa place et qu'il n'est qu'un avec lui, s'il est impur, son impureté semble retomber sur Jésus-Christ même qui paraît dans le prêtre, et qui semble même être ce Jésus-Christ dont il est parlé dans Zacharie (c. m, 3) : Jesui erat indulus vestibus sordidis. Quel habillement pour le Fils de Dieu ! quel vêtement pour un Dieu de toute pureté ! Ajoutez encore que, comme le prêtre immole Jésus-Christ à l'autel, il semble souiller Jésus-Christ même connue
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victime, qui est la plainte que Dieu fait par son pro-
phète.
La seconde est qu'il n'y a point de crime plus scandaleux à l'Eglise, que rinipurelc d'un prêtre ; car, 1° il fait que le peuple s'y adonne plus librement ; 2° il fait que le peuple méprise les choses saintes, qu'il n'a plus de respect pour l'état ecclésiastique, qu'il se retire de la fréquentation des sacrc- HK'nls, qu'il n'a plus la révérence qu'il doit avoir pour la sainte Messe, qu'il perd la religion pour les redoutables mystères. 3° C'est la désolation et la ruine de l'Eglise, car l'on souille ce qu'elle a de plus saint ; et c'est de là que viennent, par une suite nécessaire, tant d'hérésies, tant d'impiétés, tant d'apostasies dont les histoires sont remplies, et dont nous voyons tant de funestes et de tragiques exemples en nos jours, dans la perversion de tant de religieux et d'ecclésiastiques, qui se portent à cet excès que de quitter même la religion pour satisfaire leur passion.
La troisième raison est qu'il n'y a point de crime qui fasse plus de tort aux ecclésiastiques et qui attire après soi plus de malheurs que l'impureté. 1" II rend l'homme tout stupide et hébété ; il aveugle son esprit, il renverse sa prudence et le rend semblable aux bêles. 2° Il bouche toutes les avenues au Saint' Esprit et à ses grâces; car le Saint-Eprit, dit l'Ecriture sainte (/ Cor. ii, li), ne demeure pas dans un homme charnel. 5° Ce n'est pas une simple fornication, mais un sacrilège, à raison de la violation soleimcUe du vœu qu'on en a fait dans l'ordination ; de plus, c'est une espèce d'adultère : voilà donc trois péchés en une même action, auxquels si vous ajoutez le scandale, que peut-on concevoir de plus affreux? A" Un ecclésiastique adonné à l'impureté , quelle qu'elle soit, en revient à peine. Il ne s'en corrige jamais, à moins d'un miracle, ce vice ayant cela de particulier, qu'il endurcit un homme et le rend insejisible à tous les avertissements qu'on peut lui donner, à cause de la faciUlé qui mène à la coutume, et puis à la nécessité, et c'est ce qui fait que dans les missions, quoique les plus grands pécheurs se convertissent et fassent pénitence, quoiqu'il n'y en ait point qu'on ne réduise, l'on ne voit jamais les prêtres adtmnés à ce vice se convertir et se rendre ; au contraire, l'on ne voit personne s'opposer si opiniâtrement aux instructions que les ecclésiastiques impurs. 5° C'est aussi une marque que donne saint Paul de la réprobation. Ils ont suivi, dit-il, les désirs de leur chair ; c'est pourquoi Dieu les a abandonnés à leur sens réprouvé. G" Il est en horreur, en exécration à tout le monde. Après cela, voyez si vous n'avez pas tous les sujets du monde de craindre ce vice. Demandez à Dieu la grâce qu'il vous en préserve à jamais, et pour cela faites les résolutions suivantes.
TnoisitcMF. l'OiNT. Coopération. — 1° Résolvezvous de fuir toutes les occasions dangereuses (|ui pourront vous porter au mal, pour petites et légè-
res qu'elles vous paraissent ; car il n'y a rien de léger en cette matière, et tout y est très-dangereux. 2" Voyez en particulier ce qui vous porte et excite plus ardemment à ce mal, afin d'appliquer particulièrement vos soins à l'éviter : par exemple, la bonne chère, la liberté de la vue, telle lecture, telle conversation, tel entretien, telle personne, tel passetemps. 5° Mortifiez la chair et les sens. C'est le remède dont se servait l'Apôtre contre les furieuses tentations de la chair dont il était tourmenté : Corpus meum casligo et in servitulem rcdiijo. {I Cor. ix, 27.)
Remerciez Dieu Demandez-lui pardon,...
Offrez-vous à la très-sainte Vierge. . . .
Bouquet spirituel. — Sacerdoles poHucnmt sat.ctuariamea. . . Coinquinabar in mediu eorum. {Ezecli. XXII, 26.) — Cur, 0 sacerdos ! qui sacrificium actes ojlerre temetipsmn, prias maligno spiritui ne» vcrcris victimam iminolare? (Petr. Dajiian.) 0«wquis flammn Ubidinis œstuat, qua frontc, qua consci>:nlia diviuis altaribus appropinquat ? (1d.) — Fervientum cujns admistione tota massa corrumpitur, inconlinentia est ecclcsiaslicorum, quœ subditos perversa imitatione corrumpil. Quid cuim faciel laicuc, nisi quod palrem suum spiritualem vidcrit facicnlem ? (Petr. Blés.)
XIP MÉDITATION.
Combien les ecclésiastiques doivent fuir la fréquenta-tion des femmes.
1° Meltez-voiis en la présence de Dieu par \in acte de foi cl d'adoration. — 2° Uenoncez à vospécliés et h voasinème, cl donnez-vous à Jés.;s-Ciirist. — 3° Invoquez .e Sainl-Espril et renoncez au vôtre.
Premier POINT. Adoration. — Considérez 1° comme la pureté des prêtres trouve sa première image dans le Père éternel qni est pur et fécond tout ensemble, et que saint Grégoire de Nazianze nomme pour cette raison le premier vierge. Sa virginité est si féconde, qu'elle engendre un Verbe, lequel étant vierge ftt fécond comme son principe, produit avec lui, dais une admirable unité, un amour substantiel. Considérez 2" comme le Verbe se faisant chair retient ces deux admirables perfections, naissant d'une mère qui est plus vierge, s'il est permis de parler ainsi, après qu'elle a conçu et enfanté, qu'elle n'év tait dans le berceau ou après son vœu. Le Très- Haut, c'est-à-dire le Père éternel, la couvre de sa vertu qui n'est autre chose que sa fécondité virginale dont il lui fait une admirable communication, et par laquelle, n'étant qu'une pure créature, elle est rendue capable d'engendrer dans le temps le même Fils qu'il engendre dans l'éternité, et en la pureté de sa génération. Considérez 3° que ce Verbe étant homme, donne encore à son Eglise cette admirable virginité ; (;ar par la communication de sa pure fécondité, il lui donne la vertu d'engendrer spirituellement de nouveaux enfants, qui sont tons les fidèles qui la reconnaissent pour leur mère. Ado
MEDITATIONS ECCLESIASTIQUES
rc7. ces promièrcs et divines sources de la virginité et (le la jnireté des prêtres, qui, pour être pères des Cluélions, n'en sont pas moins purs, et (pii sont nuMne en état d'engendrer spiritnellenient d'anlant plus d'enfants en Jésus-Christ, qu'ils ont une pureté plus grande. Désirez beaucoup cette pureté, et, comme elle ne peut se conserver parfaite dans la fréquentation des femmes, méditez bien à présent les motifs qui peuvent vous obliger de vous en éloigner
Second point. Communion. — Le premier motif qui doit vous obliger de fuir la fréquentation de toutes sortes de femmes, est que cette fréquentation est l'ennemie ordinaire de la pureté : c'esl là que les plus grands saints ont fait naufrage; c'est là ce qui a renversé des cèdres du Liban ; c'est là que se sont perdues des personnes aussi illustres en vertus qu'éminenles en dignité. Combien de clercs, dit saint Cyprien , combien d'évéques et de grands évèques, après avoir soutenu constamment la foi devant les tyrans, après avoir triomphé généreusement de leurs persécutions, après avoir fait un grand nombre de miracles, sont venus misérablement échouer à cet écueil ! Combien de lions ont été domptés par la délicatesse et l'infirmité de ce sexe ! Croyez-moi, dit saint Augustin , je parle en évêque et en homme qui en a l'expérience ; les cèdres du Liban ne sont pas assurés , il y en a qui ont été abattus, quoiqu'ils fussent dans un étal de perfection si sublime que je ne les aurais pas plus soupçonnés de tomber dans ce vice que les Jérôme et les Ambroise. Sans aller fouiller dans l'antiquité et remonter jusqu'aux premiers siècles, nous n'avons que trop d'exemples dans ces derniers temps , et vous-même n'en savez que trop sur ce sujet. Pour peu que vous en ayez vu dans le monde, rappelezles dans votre esprit, et, après avoir bien médité tant d'effroyables chutes , faites à loisir ceâ deux réflexions.
La première est qu'après que tant de grands hommes ont perdu leur chasteté dans la fréquentation des femmes , vous ne devez en aucune façon prétendre de pouvoir jamais l'y conserver; car enfin, quelque bonnes résolutions que vous ayez prises, vous n'êtes pas plus saint que David , vous n'êtes pas plus fort que Samson, vous n'êtes pas plus sage que Salomon. Si donc David et les hommes les plus justes, après une longue suite d'années employées au service de Dieu , y perdent leur innocence et le mérite de leur vie passée, et y deviennent des adultères et des homicides; si les Samsons invincibles y deviennent de misérables captifs ; si toutes les lumières de la sagesse et de la prudence des Salomons y sont obscurcies, et s'ils y deviennent eux-mêmes ldolàtre.s, quelle vertu et quel degré de sainteté pourra être à l'épreuve de leurs embûches ? Quand même vous auriez plus de force, plus de sagesse, plus de sainteté , dit saint Cyprien , vous ne devriez point marcher . dans un endroit où vous voyez que la
plupart de ceux qui y passent tombent cî se perde,' t. Quand i\ s'agit d'aller dans un endroit où il y a du danger d'intéresser votre santé , ou de perdre la viCj vous êtes si précaulionné, vous le fuyez avec soin; et pour votre âme, et pour votre salut éternel, vous vous exposez sans crainte, sans appréhension, dans les occasions où plusieurs périssent : ce n'est point aimer son âme.
La seconde réflexion est que cette témérité de s'exposer de la sorte, mérite que Dieu vous délaisse et vous abandonne. Celui qui aime le péril , dit le Saint-Esprit, péril dans le péril. {Eccli. m , 27.) 11 nous a bi'cn promis de nous aider à sortir du péché, mais il ne nous a jamais promis d'assister dans les occasions ceux qui s'y exposeraient et y demeure-' raient volontairement. Il a bien promis la grâce pour s'en retirer , si l'on veut ; mais qu'il donne la • grâce pour ne point pécher, lorsqu'on n'en veut point sortir, lorsqu'on s'y expose de sang-froid, lorsquon y demeure volontairement, c'est à quoi vous ne devez point vous attendre , dit saint Cyprien , et c'est ce qui doit vous faire croire que, quelque force que vous ressentiez en vous-même , quelque expérience que vous ayez faite de votre pureté, quelquû désir que vous ayez de plaire à Dieu , quelque forte que soit votre haine contre le péché, quelque affermies que soient votre grâce et votre sainteté, vous toniberez infailliblement dans quelque impureté, si, pouvant vous retrancher cette grande fréquentation et familiarité avec les femmes, vous ne le faites pas. Yoilà le premier motif qui doit vous obliger de luir la fréquentation des femmes : c'est un écueil assuré de la pureté, et ce serait un plus grand miracle si vous la conserviez , dit saint Bernard , que si vous ressuscitiez un mort; si vous ne sauriez faire l'un, commentoseriez-vous espérer de réussir en l'autre? C'est vous tromper que de le croire, disent les saints, et il est aussi peu possible de ne point offenser Dieu parmi les femmes, qu'il vous est possible de marcher sur des charbons ardents sans vous brûler.
Le second motif est que, quand vous seriez même assuré de ne pas perdre 'la pureté dans la fréquentation des femmes, ce serait assez pour vous obliger à les fuir, que de penser que cette vertu y est toujours assurément en péril : c'est le second motif que nous donnent les saints. Et en effet, soit que vous fassiez attention aux exemples que vous venez de méditer, et à ce que les saints Pères nous en disent, soit que vous considériez les différents attraits dont la volupté se sert pour amollir insensiblement, et s'emparer du cœur de l'homme ; soit que vous consultiez l'inclination naturelle , et la pente qui est dans le fond de la nature corrompue pour ce péché; soit que vous examiniez votre propre faiblesse sur ce point , et en quel état vous êtes lorsque vous vous trouvez avec les femmes, vous avouerez aisément que votre chasteté est en péril dans ces occasions, et que vous vous y perdrez, à moins d'y apporter une extrême vis^ilar.re. Or, après cela, si vous vous trouvez dans U
763 ŒtYRES COMPLETES DE M. TilOxNSON.
victime, qui est la plainte que Dieu fait par son prophète.
La seconde est qu'il n'y a point de crime plus scandaleux à l'Eglise, que l'inipuretc d'un prêtre ; car, 1° il fait que le peuple s'y adonne plus librement ; 2° il fait que le peuple méprise les choses saintes, qu'il n'a plus de respect pour l'état ecclésiastique, qu'il se retire de la fréquentation des sacrements, qu'il n'a plus la révérence qu'il doit avoir pour la sainte Messe, qu'il perd la religion pour les redoutables mystères. 5° C'est la désolation et la ruine de l'Eglise, car l'on souille ce qu'elle a de plus saint ; et c'est de là que viennent, par une suite nécessaire, tant d'hérésies, tant d'impiétés, tant d'apostasies dont les histoires sont remplies, et dont nous voyons tant de funestes et de tragiques exemples en nos jours, dans la perversion de tant de religieux et d'ecclésiastiques, qui se portent à cet excès que de quitter même la religion pour satisfaire leur passion.
La troisième raison est qu'il n'y a point de crime qui fasse plus de tort aux ecclésiastiques et qui attire après soi plus de malheurs que l'impureté. \° 11 rend l'homme tout stupide et hébété ; il aveugle son esprit, il renverse sa prudence et le rend semblable aux bêtes. 2" Il bouche toutes les avenues au Saint" Esprit et à ses grâces ; car le Saint-Eprit, dit l'Ecriture sainte (/ Cor. ii, l-i), ne demeure pas dans un homme charnel. 5" Ce n'est pas une simple fornication, mais un sacrilège, à raison de la violation sole!\nelle du vœu qu'on en a fait dans l'ordination ; de plus, c'est une espèce d'adultère : voilà donc trois péchés en une même action, auxquels si vous ajoutez le scandale, que peut-on concevoir de plus affreux? A" Un ecclésiastique adonné à l'impureté , quelle qu'elle soit, en revient à peine. 11 ne s'en corrige jamais, à moins d'un miracle, ce vice ayant cela de
res qu'elles vous paraissent ; car il n'y a rien de léger en cette matière, et tout y est très-dangereuri. 2" Voyez en particuUcr ce qui vous porte et excite plus ardemment à ce mal, afin d'appliquer parliculiêrement vos soins à l'éviter : par exemple, la bonne chère, la liberté de la vue, telle lecture, telle conversation, tel entretien, telle personne, tel passetemps. 5° Mortifiez la chair et les sens. C'est le remède dont se servait l'Apôtre contre les furieuses tentations de la chair dont il était tourmenté : Corpus meum castigo et in servHulem rcdujo. (I Cor. ix, 27.)
Remerciez Dieu.... Demandez-lui pardon.... Offrez-vous à la très-sainte Vierge
Bouquet spirituel. — Sacerdotes poUuerunt sanctuaria niea. . . Coinquinabar in tnediu eoruni. {Ezeclu XXII, 26.) — Cur, 0 sacerdos ! qui sacrifidum actes ojfcrre tcmctipsum, prius maligne spiritui non vcrcris viclimam immolare? (Petr. Damian.) Quiiquis flamrna libidinis œstuat, qua fronte, qua conscicnlia divinis altaribus appropinqnat ? (Id.) — Fer~ tnentum cujus adtnistione tota massa corrumpitur, inconlinentia est ecclcsiaslicorum, quœ subditos pervcrsa imilatione corrumpil. Quid cnim faciet luicus, nisi quod palrem suum spiritualem videril facienlcm ? (Petr. Blés.)
Xll' MÉDITATION.
Combien les ecclésiastiques doivent fuir la fréquentation des femmes.
r Mcltez-vons en la présence de Dieu par un acte de foi el d'addralion. — T Uenoncez à vos péchés et à vonsuicme, el donnez-vous à Jé6;;s-Christ. — 3° Invoquer .e Sainl-Esprit et renoncez au vôtre.
Premier POINT. Adoration. — Considérez 1° comme la pureté des prêtres trouve sa première image dans le Père éternel qni est pur et fécond tout ensemble.
particulier, qu'il endurcit un homme et le rend in- d que saint Grégoire de Nazianze nomme pour cette
seiisible à tous les avertisscineuls qu'on peut lui donner, à cause de la facilité qui mène à la coutume, et puis à la nécessité, et c'est ce qui fait que dans les missions, quoique les plus grands pécheurs se convertissent et fassent pénitence, quoiqu'il n'y en ait point qu'on ne réduise, l'on ne voit jamais les prêtres adonnés à ce vice se convertir et se rendre ; au contraire, l'on ne voit personne s'opposer si opiniâtrement aux instructions que les ecclésiastiques impurs. 5" C'est aussi une marque que donne saint
raison le premier vierge. Sa virginité est si féconde, qu'elle engendre un Verbe, lequel étant vierge Ot fécond comme son principe, produit avec lui, dais une admirable unité, un amour substantiel. Considérez 2" comme le Verbe se faisant chair retient ces deux admirables perfections, naissant d'une mère qui est plus vierge, s'il est permis de parler ainsi, après qu'elle a conçu et enfanté, qu'elle n'estait dans le berceau ou après son vœu. Le Très- Haut, c'est-à-dire le Père éternel, la couvre de sa
Paul de la réprobation. Ils ont suivi, dit-il, les dé- yeitu qui n'est autre chose que sa fécondité virgi-
sirs de leur chair ; c'est pourquoi Dieu les a aban- nale dont il lui fait une admirable communication,
donnés à leur sens réprouvé. G° Il est en horreur, et par laquelle, n'étant qu'une pure créature, elle
en exécration à tout le monde. Après cela, voyez si est rendue capable d'engendrer dans le temps le
vous n'avez pas tous les sujets du monde de crain- même Fils qu'il engendre dans l'éternité, et en la
dre ce vice. Demandez à Dieu la grâce qu'il vous en pureté de sa génération. Considérez 5° que ce
préserve à jamais, cl pour cela faites les résolutions suivantes.
TnoisiicME P0I.NT. Coopération. — 1" Résolvezvous de fuir toutes les occasions dangereuses (|ui pourront vous porter au mal, pour petites et lége-
Verbe étant homme, donne encore à son Eglise cette admirable virginité ; car par la communication de sa pure fécondité, il lui donne la vertu d'engendrer spirituellement de nouveaux enfants, qui sont tous les tidêlcs qui la reconuaisscnl pour leur mère. Ado
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MEDITATIONS ECCLESIASTIQUES
rc7. CCS pronùores et {livinos sourcos (K* la virginité et de la pureté des prêtres, qui, pour être pères des Chrétiens, n'en sont pas moins purs, et qui soiit même en état d'engendrer spirituellement d'aut;uit plus d'enfants en Jésus-Christ, qu'ils ont une pureté plus grande. Désirez beaucoup cette pureté, et, comme elle ne peut se conserver parfaite dans la fréquentation des femmes, méditez bien à présent les motifs qui peuvent vous obliger de vous en éloigner
Second point. Communion. — Le premier motif qui doit vous obliger de fuir la fréquentation de toutes sortes de fenmies, est que cette fréquentation est l'ennemie ordinaire de la pureté : c'est là que les plus grands saints ont fait naufrage ; c'est là ce qui a renversé des cèdres du Liban ; c'est là que se sont perdues des personnes aussi illustres en vertus qu'éminenles en dignité. Combien de clercs, dit saint Cyprien , combien d'évéques et de grands évèques , après avoir soutenu constamment la foi devant les tyrans, après avoir triomphé généreusement de leurs persécutions, après avoir fait un grand nombre de miracles , sont venus misérablement échouer à cet écueil ! Combien de lions ont été domptés par la délicatesse et l'infininté de ce sexe ! Croyez-moi, dit saint Augustin , je parle en évéque et en homme qui en a l'expérience ; les cèdres du Liban ne sont pas assurés , il y en a qui ont été abattus, quoiqu'ils fussent dans un étal de perfection si sublime que je ne les aurais pas plus soupçonnés de tomber dans ce vice que les Jérôme et les Ambroise. Sans aller fouiller dans l'antiquité et remonter jusqu'aux premiers siècles, nous n'avons que trop d'exemples dans ces derniers temps , et vous-même n'en savez que trop sur ce sujet. Pour peu que vous en ayez vu dans le monde, rappelezles dans votre esprit, et, après avoir bien médité tant d'effroyables chutes , faites à loisir ceâ deux réflexions.
La première est qu'après que tant de grands hommes ont perdu leur chasteté dans la fréquentation des femmes , vous ne devez en aucune façon prétendre de pouvoir jamais l'y conserver; car enfin, quelque bonnes résolutions que vous ayez prises, vous n'êtes pas plus saint que David , vous n'êtes pas plus fort que Samson, vous n'êtes pas plus sage que Salomon. SI donc David et les hommes les plus justes, après une longue suite d'années employées au service de Dieu , y perdent leur Innocence et le mérite de leur vie passée, et y deviennent des adultères et des homicides; si les Samsons Invincibles y deviennent de misérables captifs ; si toutes les lumières de la sagesse et de la prudence des Salomons y sont obscurcies , et s'ils y deviennent eux-mêmes idolâtres, quelle vertu et quel degré de sainteté pourra être à l'épreuve de leurs embûches? Quand même vous auriez plus de force, plus de sagesse, plus de sainteté , dit saint Cyprien , vous ne devriez point marcher . dans un endroit où vous voyez que la
plupart de ceux qui y passent tombent et se penic t. Quand il s'agit d'aller dans un endroit où il y a du danger d'Intéresser votre santé , ou de perdre la vicj vous êtes si préeaullonné , vous le fuyez avec soin; et pour votre âme, et pour votre salut éternel, vous vous exposez sans crainte, sans appréhension, dans les occasions où plusieurs périssent : ce n'est point aimer son âme.
La seconde réflexion est que cette témérité de s'exposer de la sorte, mérite que Dieu vous délaisse et vous abandonne. Celui qui aime le péril , dit le Saint-Esprit, péril dans le péril. (Eccli. m, 27.) 11 nous a bi'cn promis de nous aider à sortir du péché, mais il ne nous a jamais promis d'assister dans les occasions ceux qui s'y exposeraient et y demeure-' raient volontairement. Il a bien promis la grâce pour s'en retirer , si l'on veut ; mais qu'il donne la • grâce pour ne point pécher, lorsqu'on n'en veut point sortir, lorsqu'on s'y expose de sang-froid, lorsqu on y demeure volontairement, c'est à quoi vous ne devez point vous attendre , dit saint Cyprien , et c'est ce qui doit vous faire croire que, quelque force que vous ressentiez en vous-même , quelque expérience que vous ayez faite de votre pureté , quelque désir que vous ayez de plaire à Dieu , quelque forte que soit votre haine contre le péché, quelque affermies que soient votre grâce et votre sainteté, vous tomberez infailliblement dans quelque Impureté, si, pouvant vous retrancher cette grande fréquentation et familiarité avec les femmes, vous ne le faites pas. Voilà le premier motif qui doit vous obliger de fuir la fréquentation des femmes : c'est un écueil assuré de la pureté, et ce serait un plus grand miracle si vous la conserviez , dit saint Bernard , que si vous ressuscitiez un mort; si vous ne sauriez faire l'un, commentoscrlez-vous espérer de réussir en l'autre? C'est vous tromper que de le croire, disent les saints, et il est aussi peu possible de ne point offenser Dieu parmi les femmes, qu'il vous est possible de marcher sur des charbons ardents sans vous brûler.
Le second motif est que, quand vous seriez même assuré de ne pas perdre la pureté dans la fréquentation des femmes, ce serait assez pour vous obliger à les fuir, que de penser que cette vertu y est toujours assurément en péril : c'est le second motif que nous donnent les saints. Et en effet, soit que vous fassiez attention aux exemples que vous venez de méditer, et à ce que les saints Pères nous en disent, soit que vous considériez les différents attraits dont la volupté se sert pour amollir insensiblement, et s'emparer du cœur de l'homme ; soit que vous consultiez l'inclination naturelle , et la pente qui est dans le fond de la nature corrompue pour ce péché; soit que vous examiniez votre propre faiblesse sur ce point , et en quel état vous êtes lorsque vous vous trouvez avec les femmes, vous avouerez aisément que votre chasteté est en péril dans ces occasions, et que vous vous y perdrez, à moins d'y apporter une extrême ynrilar.ce. Or, après cela, si vous vous trouvez dans U
coHvcrsiUion des femmes, i" c'est une tentation très-manifeste ; car c'est dormir sur le bord d'un précipice, c'est respirer un air contagieux, c'est avaler du poison, c'est s'exposer auprès des serpents, des scorpions et des vipères ; et c'est néanmoins ce que le démon vous persuade pour vous surprendre. Pensez-y bien sérieusement, el songez que la femme, dans le sentiment des saints Pères, étant une fontaine et un chemin d'iniquité, la perte des âmes et la porte pour aller à tous les diables, les armes dont les démons se servent contre les saints, l'amorce et Tappàt avec lequel ils les attirent , le piège qui les arrête , les liens qui les captivent et par lesquels ils se les assujettissent, il n'y a que le démon qui puisse vous donner cette inclination pour la société des femmes , et qui puisse vous porter à les fréquenter de la sorte. Que vous ne rompiez pas cette familiarité et fréquentation , il faut avouer que c'est unQ grande folie ; car y a-t-il personne qui voulût se tenir longtemps dans un lieu où l'on est obligé de combattre tous les jours , et où rarement on remporte la victoire, et où néanmoins il faut se résoudre à vaincre tous les jours, ou à se perdre? Ne faut-il pas avoir perdu tout à fait l'esprit pour en user de la sorte ? 2° N'est-ce pas aussi une marque , si vous n'évitez point ces fréquentations , que vous n'aimez pas beaucoup la chasteté, puisque vous l'exposez si aisément? On n'a garde d'exposer ce que l'on aime ; on se donne bien garde de hasarder ce que l'on estime et ce que l'on chérit; il faut donc que le péril où l'on se trouve dans les conversations et familiarités avec les femmes vous oblige de les quitter autant que vous pourrez.
Le troisième motif de les éviter est l'intcrct de votre réputation, que vous êtes obligé de conserver et que vous perdrez assurément dans leurs conversations. C'est pourquoi quand votre pureté n'y serait pas intéressée, quand votre chasteté n'y courrait aucun ris-juc , c'est assez que vous donniez occasion de faire un mauvais jugement de votre conduite, c'est assez que vous soyez un sujet de scandale à vos frères , c'est assez que vous scandalisiez l'Eglise , pour vous rendre coupable devant Dieu ; c'est le sentiment des saints. Vous êtes toujours avec des femmes , disent-ils, et vous voulez qu'on ait bonne opinion de vous et que l'on vous croie continent ! Je
vant Dieu qui est votre juge, vous êtes content. Car 1" l'Apôlre vous commande de faire le bien nonseulement devant Dieu, mais devant les hommes, et saint Augustin ajoute : Nobis necessaria vila nostra, aliis {ama nostra. 2° Ecoutez ce que vous dit un fameux concile après ce saint docteur : Pour nous , dit-il, notre conscience nous suffit , mais pour le peuple notre réputation est nécessaire ; nous devons la conserver, et c'est une cruauté que de la négliger en se contentant du témoignage de sa seule conscience.
Considérez, en outre, que, quand ces fréciuentations seraient innocentes, si vous n'ôtez toute occasion de murmure et de scandale, vous donnerez aux autres occasion de vous imiter, et vous ne serez pas en état de les avertir, bien loin de les reprendre avec vigueur, lorsqu'ils s'exposeront à ce péril, et que vous verrez qu'ils s'y perdent en ne l'évitant pas. Méditez bien toutes ces raisons ; car c'est sur ces fondements, 1° que les saints conciles dans tous les temps ont défendu très-expressément aux ecclésiastiques de tenir aucune femme chez eux ; 2° que plusieurs, dans les siècles avancés, en ont exclu même les plus proches parents ; 3° que les saints Pères, dans tous les tem: s, ont toujours condamné cette fréquentation comme une très-grande corruption ; 4° que saint Basile en particulier menace d'anathème un certain ecclésiastique nommé Grégoire, quoiqu'il eût soixante et dix ans et qu'il ne le crût pas capable de tomber dans ce péché ; qw'il sera anathème s'il ne chasse une femme qui demeurait chez lui ; 5" qu'on ne voidut point souffrir cette cohabitation en Paul de Samosate, et que les évèques déclarèrent qu'il devait la quitter, quand même on accorderait qu'elle fût innocente, el qu'il n'eût aucun mauvais commerce. Voyez maintenant comment vous vous êtes comporté sur ce sujet; humiliezvous-en ; demandez-en pardon à Dieu, et la gr.'ico de faire de bonnes résolutions.
Troisième point. Coopération. — 1" Résolvez-vous de ne demeurer jamais, si vous pouvez, avec aucune femme ; car il y a à craindre avec vos proches parentes; il y a d'autant plus à craindre, que l'on s'en délie moins et qu'oji s'y donne ordinairement plus de liberté: et le désastre de la pauvre Thamar, causé par son frère Amnmn, fait assez voir si l'on
veux que vous le soyez, mais vous causez du scan- peut sans danger converser familièrement avec ses
dale, vous scandalisez l'Eglise de Dieu ; ôlez donc le scandale arrivé, ou vous n'êtes point sans crime <le donner ainsi fondement à la mauvaise opinion que l'on peut avoir de votre vertu, et de ne vouloir point le retrancher. Car, après tout, vous savez ce que l'on pense et ce que l'on a raison de croire des "ecclésiastiques qui sont ordinaireirjcnt avec les femmes : et ne me dites pas que vous ne vous mettez
proches et alliées, et si la sœur même peut être en assurance avec son propre frère. De plus, comment empêcher que plusieurs autres femmes ne viennent visiter vos parentes? Ajoutez même qu'elles ont souvent besoin de servantes ; çt tout ceJa se trouve dans la maison où vous êtes ; le moyen donc que votre vertu ou votre réputation ne soit intéressée? ce qui a fait (pie quehiues conciles ont défendu de
pas en peine de ce que l'on pense de vous; que les deineurer avec des parents. Pour d'autres femn)es
jugements des hommes vous sont indifférents; qtie qui ne sont point vos parentes, vous avez vu le péril
le témoignage de votre propre conscience vous qu'il y a. Pour des servantes, le danger y est d'au-
«ulhl ; (pic, i)ourvu iprclle ne vous reproche rien de- tant plus évident que l'on a plus duutonlc sur elles :
ce qui a donne lieu aussi à plusieurs conciles de défendre expressément h tous les ecclésiastiques d'en retenir chez eux. 2° Résolvez-vous non-seulement de ne point demeurer, s'il se peut, avec des femmes, mais encore de ne. les visiter jamais, au moins le plus rarement que vous pourrez ; et pour cela, 1° ne les visitez jamais par divertissement, jamais par complaisance et jamais sans nécessité. 2° Quand dans la nécessité vous vous trouverez avec elles, que ce ne soit jamais seul , mais ayez toujours quelque bonne personne en votre compagnie, qui puisse être témoin de ce que vous faites. 5° Finissez-en le plus tôt que vous pourrez. 4' En quelque façon que vous vous rencontriez avec elles, tâchez de mortifier tellement votre vue, que vous ne l'arrêtiez jamais sur elles, particulièrement sur leur visage, et de vous comporter en telle sorte, que par la retenue de tous vos sens, la modestie de voire extérieur, et surtout par la sainteté de vos discours, vous puissiez prévenir toutes les embûches de l'ennemi, et lui ôter toutes les occasions de vous perdre.
Remerciez Dieu... Demandez-lui pardon... Offrezvous à la très-sainte Vierge.
BoiQiET SPIRITUEL. — Nullus clericonim pro occa- BÎone necessilatis faciendœ vestis, ant etiam ordinaudœ domus, extraneam mulierem in domo sua liabere prœsxmat. NuUus episcopus, presbyter aut diaconus ancillam propriam in domo sua stabilire prœsumat, quce eliam pronior, propinquiorque ad culpam dignoscitur subjecta dominatui, etc. {Concil. Turoti.) .... Cum cle~ rico femina nuUa commaneat non despecta, non vetula ad domesticum obsequium, quia magis ilticito delinquitur, ubi sine suspicione scciirum esse polest delictiim, maxime quia ciipidini nec dcfonnitas, et milla despcctie fastidii vel vilis existit. (S. Cypr.) Feminis transeunler exhibcnda est accessio quodam modo fugitiva. (S. Basil.) — Ne velis cum eis uli longis et otiosis fabulis, ne perplurimas fornicationes ulrarumque mens polluatur. (S. Basil.) — Prohibe virgines teciim commemorari, etiam quœ de génère tua sunt. (S. Hier.) — 0 quam vilis ! o quam miser et pusillanimis reputatur clericus qui fréquenter cum mulieribus conversatur ! Ne in prœtcrila castitate confidas ; nec sanctior Davide, nec Samsone fortior, nec Salomone potes esse sapieniior. (S. Hieuon.)
XIIP MEDITATION.
De l'oisiveté et de l'obligation que totis les ecclésiastiques ont de l'éviter.
1° Mettrz-vons en la prû-sence de Dieu par un acte de foi et d'adoration. — 2° Renoncez à vous-même et donnezvous à .lésus-Christ. — 5" Invoquez son lispril el renoncez au vôtre.
Premier point. Adoration. — Adorez Noire-Seigneur
Jésus-Christ travaillant en ce monde, et ne pouvant demeurer un seul moment en toute sa vie dans l'oisiveté ; considérez-le en quelque étal que vous voudrez, vous le trouverez toujours dans le travail depuis sa naissance jusqu'à sa mort, et pas un seul instant sans quelque occupation. Tantôt il prêche,
OEUVRES COMPL. DE M. TrON50.X. I.
MEDIT.^TIONS ECCLESIASTIQUES. 7-70
tantôt il prie, tantôt il sacrifie, tantôt il pardonne les péchés, réconcilie les pécheurs, guérit les malades, instruit les ignorants, corrige les coupables, fortifie les faibles. Quelquefois on le voit dans les villes, d'autres fois aller à la campagne, quelquefois même se retirer dans le désert, mais partout il y a son emploi ; jamais dans la paresse, jamais dans l'oisiveté, jamais à ne rien faire; il allait en faisant du bien, dit l'Evangile, et même dès son enfance : Et in laboribus a juventutc mea. {Psal. lxxxvu, 16.) Oh ! le bel exemple contre l'oisiveté ! Rendez vos devoirs à Jésus-Christ qui vous le donne.
DEUxitiME point. Commnnion. — Considérez les motifs qui doivent vous obliger de fuir l'oisiveté. En voici trois considérables : le premier est Je tort qu'elle fait à un ecclésiastique ; le second est le dommage qu'elle apporte à tout le clergé ; le troisième est le préjudice qu'en souffre toute l'Eglise.
1° Pour le tort que l'oisiveté fait à un ecclésiastique, il est plus considérable que Ton ne pense. 1° Ce vice est une source presque infaillible de l'impureté, el rarement trouvera-t-on une personne adonnée à l'oisivelé qui soit chaste. Car en ne faisant rien on apprend à mal faire, et c'est ce que le Saint-Esprit a voulu nous faire entendre quand il attribue Tiniquité de Sodome à son oisiveté : Hœc fuit iniquitas Sodomœ, olium filiorum ejus {Ezecli. XVI, 49) ; et quand il nous représente l'adulière de David il marque expressément qu'il en conçut la pensée dans le temps où les autres rois avaient coutume de travailler, et qu'il était oisif : Eo tempore quo soient reges ad bclla procedere. [Il Rcg. xi, 1.) C'est aussi ce vice, dit saint Bernard, qui enveloppa Salomon dans tant de voluptés charnelles et qui causa sa perte : Rex Salomon per otium semetipsum involvit in multis fornicationibus, et propter cupiditatem foynicationis adoravit idola. (S. Bern.) Et c'est pareillement ce qui ne manquera jamais de vous précipiter dans le même abîme, quelque bonne intention que vous ayez ; car enfin, dit saint Bernard, l'impureté gagne bientôt le cœur d'un homme oisif; elle l'abat plus aisément et le presse ensuite plus vivement. Autant donc que vous devez avoir d'horreur de l'impureté, comme ecclésiastique, autant devez-vous apporter de soin pour éviter l'oisiveté qui ne manque jamais de la produire : Luxuria cilo de^cidit Iwminem otiositer vagantem ; luxuria gravius ruil qiiem otiosum invenit. — Delectatio carnis per lo'l borem vincitur ; luxuria cedil operibus, cedit industriœ et labori. (S. Bern.) 2° Non-seulement l'oisiveté est la source de l'impureté, mais encore elle est le principe el comme la mère nourrice de tous les vices. Car il n'y en a pas un qu'elle ne soit capable de produire et qu'elle n'enseigne, selon la parole du Sage : Qui sectatur otium, ail Salomon, «vplebitur egestate ; paupcrtate, scilicct, vel visibili vii invisibili ; quia necesse est otiosum quemque et diversisvitiis involutum tencri et alienum semper exsistere a conte mpla'.ione Dci et clivitiis sviriiualibus (Cass.) Par
elle, dit saint Augustin, nous sommes portés à la superbe, au luxe, à la bonne chère, à la délicatesse, à la luxure. C'est elle, dit saint Bernard, qui est le réceptacle de toutes sortes de tentations et de mauvaises pensées ; et comme une terre, quoique bonne, si elle n'est cultivée, ne peut rapporter que des ronces, des épines, des orties et toutes sortes de mauvaises herbes, ainsi une âme qui, étant dans l'oisiveté, n'est point cultivée par le travail, ne peut être féconde qu'en toutes sortes de vices et de dérèglements : Per agrum liominis pujri transivi, et eum tolum replebant urlicœ, el operuerant super ficicm cjus spinœ. (Prov. xxiv, 50.) 3" Non-seulement l'impureté précipite une âme dans le péché, et la rend susceptible de toutes sortes de délectations, el capable de toutes sortes de vices, mais elle la met dans un état à ne s'en retirer jamais. Car quand on est une fois tombé, on ne se relève qu'avec peine, et surtout quand la chute est grande. Comme dans les ecclésiastiques il faut des efforts , des violences, des fidélités extraordinaires, c'est ce qui fait qu'on en voit si peu se convertir dans cet état, parce qu'il y en a très-peu qui veulent se faire une si grande violence. Que si donc ils sont adonnés avec cela à l'oisiveté, comment pourra-t-on espérer qu'ils se relèvent? La nature accoutumée à ne rien faire et à chercher ses aises, ses satisfactions, ses plaisirs dans la paresse et la fainéantise, ne se résoudra pas aisément à prendre toute la peine qui serait nécessaire pour sortir du précipice ; elle en aura bien quelques souhaits et quelques velléités : mais de se résoudre à mettre la main à l'œuvre, oh jamais 1 tous ses désirs ne seront qu'imparfaits, et de la nature de ceux dont parle le Sage, qui ne vivifient pas, mais qui donnent la mort : Desideria occidunt pUjrum. [Prov. XX2, 25.)
D'où vous devez conclure qu'un ecclésiastique, à moins qu'il ne renonce à l'oisiveté, à moins qu'il n'apporte tous ses soins et n'emploie tous ses efforts pour s'en défaire, sa ruine est infaillible, sa perte est inévitable, sa damnation est assurée ; car enfin c'est un sel affadi , il sera donc jeté dehors ; c'est un serviteur inutile, il sera donc envoyé dans les ténèbres extérieures ; c'est un arbre infructueux, il sera donc jeté dans les flammes. Méditez bien ces trois comparaisons : comme elles sont de l'Ecriture sainte toutes les trois, elles vous représentent bien nettement les ecclésiastiques oisifs , et dans les châtiments éternels qu'elles nous expriment que Noire-Seigneur leur prépare en l'autre vie, elles nous donnent assez de quoi nous convaincre et de
veté détruit absolument la fin pour laquelle Notre- Seigneur a établi cet état dans l'Eglise, et elle ne tâche que de le rendre tout à fait inutile. Car jamais Noire-Seigneur ne l'a établi que pour le travail : c'est à quoi tout homme est obligé par sa naissance ; mais c'est à quoi tout ecclésiastique est plus engagé par sa profession. Je ne vous ai mis dans mon Eglise, dit Notre-Seigneur, qu'afin que vous traviaillicz et fructifiiez. Ce sont des ouvriers dans la vigne du père de famille, il faut qu'ils la cultivent : Quid statis tota die otiosi ? ite et vos in vineam meam. {Matth. XX, 6.) Ce sont des soldats dans la milice spirituelle et cléricale, il faut qu'ils combattent : Labora sicut bonus miles. {II Tim. ii, 3.) En un mot, ce sont des ministres, il faut qu'ils travaillent, et c'est à quoi s'oppose l'oisiveté qui, tenant les ecclésiastiques sans rien faire, ne tend qu'à rendre cet état inutile et infructueux dans l'Eglise.
2° Non-seulement elle veut le rendre inutile, mais elle tend aussi à le rendre tout à fait méprisable aux yeux du monde ; car c'est ce qui fait que la plupart ne l'estiment point comme il le mérite, et qu'ils ne le regardent que comme un état de pure fainéantise. Vous savez que c'est le sentiment ordinaire des gens du siècle, et il n'y a pas sujet de s'en étonner. Car quand on voit des ecclésiastiques demeurer sans rien faire depuis le matin jusqu'au soir, qu'on les voit s'amuser indécemment dans les rues et les places publiques à regarder les passants, entendre des sornettes, niaiser sur la boutique d'un artisan ; quand on remarque qu'ils ne font autre chose que jouer, se promener, se divertir, s'entretenir de discours badins, inutiles, et souvent indécents, le moyen que le peuple fasse un autre jugement de cet étal, sinon que c'est un état de fainéants et de paresseux? et le moyen ensuite qu'il n'en ait un griuid mépris ? Voilà ce que fait, en second Heu, l'oisiveté.
3° Elle fait enfin qu'il tombe dans une extrême confusion et le dernier dérèglement. Car sur ce fondement, que l'état ecclésiastique est un état de fainéantise, aussitôt qu'on voit dans une famille une personne qui n'a point d'esprit, qui n'a nul talent, qui n'est propre à rien, on le jette dans l'Eglise, parce qu'on croit que, n'étant bon à rien, il ne saurait être mieux que dans un état où l'on se persuade qu'il n'y a rien à faire. N'est-ce pas la source d'où sont venus les plus grands désordres du clergé ? N'est-ce pas ce qui a fait qu'il a été, pendant un temps, en opprobre et en ignominie devant le monde jusque-là qu'un gentilhomme aurait rougi d'être
U» crainte que nous devons avoir de ce viee, et de giinpic prêtre et aurait cru manquer à sa noblesse? l'obligation spéciale que nous avons de l'éviter, afin de n'être point tourmentés avec les démons : Timendum ne (lagellenlur cum dœmoniis. (S. Bf.rn.)
Le second motif qui doit exciter les ecclésiastiques à fuir l'oisiveté est le très-grand tort qu'elle fait à leur état. Voici trois principes qui nous feront voir jusqu'où va ce donnnagc : 1' C'est que l'oisi-
N'est-ce pas encore ce qui a fait qu'on a traite souvent ceux qui étaient honorés de ce caractère, comme des valets, el que, perdant toute l'estime qu'on devait avoir de ce très-saint état, on a perdu aussi tout le respect qu'on devait au divin sacerdoce ? Kénéchissez un peu sur tous les désordres qui sont venus de cette source, et vous verrez en-
MEDITATIONS ECCLESIASTIQUES
suite le sentiment que vous devez avoir de l'oisivelé qui les enfante.
Le troisième motif qui doit obliger les ecclésiasliques à fuir l'oisiveté , c'est le grand préjudice qu'elle apporte à l'Eglise. Car il est vrai que les ecclésiastiques oisifs la trompent, la désolent et l'avilissent d'une manière pitoyable. 1° Ils la trompent; car elle s'attend à avoir dans les ecclésiastiques des ministres fidèles et des services nécessaires ; et néanmoins elle se voit frustrée de son intention par l'oisiveté qui les tient dans la paresse et la fainéantise. 2° Ils la désolent ; car elle voit ensuite ses enfants périr sans aucun secours ; elle sait leurs besoins , elle les entend gémir et demander quelque assistance , et néanmoins elle ne trouve personne qui les soulage , et qui veuille seulement prendre la peine de rompre le pain qu'ils demandent et qui est nécessaire pour les nourrir. 3° Us l'avilissent: car quelle estime en peuvent avoir les étrangers , et quelle gloire lui peut-il rester parmi les nations , lorsqu'on sait partout que les âmes , faute d'être instruites et secourues , y périssent tous les jours par milliers, et que l'on voit d'ailleurs une infinité de prêtres , qui sont pourtant ses principaux enfants et ceux qui doivent participer davantage à ion esprit et à son zèle , les laisser périr, et aimer mieux demeurer sans rien faire depuis le matin jusqu'au soir, que de leur donner la moindre assistance dans cette extrémité? N'est-ce pas une confusion qui retombe sur l'Eglise, et qui fait (ju'on blasphème souvent contre elle ?
Après avoir considéré ces motifs qui doivent vous obliger de fuir l'oisiveté , faites réflexion sur vousmême , et voyez si vous n'en êtes point coupable devant Dieu. Etre oisif, au jugement de Dieu, c'est ne rien faire , ne point s'occuper, ne point s'adonner à aucune chose sérieuse ; c'est passer toute la journée à se divertir, à jouer, à' se promener, à boire, à manger, à dormir et autres choses semblables qui ne vont qu'à contenter la chair et satisfaire la mollesse. C'est même faire toute autre chose que ce qu'on doit faire dans son état , quoiqu'on soit d'ailleurs dans une bonne occupation. C'est , après avoir dit la sainte Messe et le bréviaire, s'imaginer que tout est fait, et ne plus s'occuper sérieusement le reste de la journée. C'est, pour un ecclésiastique, s'occuper à toutes sortes d'affaires ou d'emplois séculiers, comme aller à la chasse , solliciter des procès , vaquer aux affaires de la famille , conduire le ménage , faire quelque négoce ou trafic , etc. En un mot , c'est ou mal faire , ou ne rien faire , ou faire autre chose que ce qu'on doit. Voyez par ces marques si vous n'avez pas sujet de vous confondre devant Dieu pour avoir été une grande partie de votre vie dans l'oisiveté. Demandez-lui pardon du passé, et la grâce de travailler fidèlement à l'avenir.
Troisième point. Coopération. — \° Résolvezvous de bien régler tout votre temps, et de le régler en sorte : 1' Que vous marquiez au moins, autant
que vous pourrez, tout ce que vous aurez à faire ; 2° que s'il se peut vous le déterminiez pour chaque jour, en'sorte que vous n'y laissiez point d'heure vide; 5° que vous n'y mettiez pour le divertissement que ce que la nécessité demande, et que la bienséance de votre état pourra souffrir, vous débarrassant entièrement de tout ce qui est incompatible avec votre profession. 2° Observez le règlement que vous vous prescrivez, avec toute la fidélité possible, et pour cela évitez autant que vous pourrez, les compagnies mondaines, les entretiens séculiers, les amitiés que vous savez n'être bonnes qu'à vous faire perdre le temps. 3° Quand vous y manquerez, imposez-vous à vous-même quehjue bonne pénitence que vous accomplirez avant que le jour soit passé.
Remerciez... Priez... Offrez...
Bouquet spirituel. — Il n'y a que ceux qui ont travaillé à la vigne du Seigneur qui sont récompensés : Voca operaries et redde illis unicuique secundum opéra ejns, unicuique prout gessit. — Amor Dei nnnquamesl otiosus. (S. Beiln., De modo bcne Vivendi, ch. 51.) — Regnum Dei non dabilur otiosis, sed in servitio Dei stiidiosis. Non dabitur vagantibus, sed pro Deo digne laboranlibus.
Que les ecclésiastiques sont obligés de vaquer aux fonctions extérieures de leurs ordres.
1° Mettez-vous eu la présence de Dieu par un acte de foi et d'adoration. — 25° Renoncez à vous-même el. donnezvous à Jésus-i lirisl. — 5° Invoquez le SainL-Esprii et renoncez au vôtre.
Premier roiyr. Adoration. — Considérez que la aamnaiion ou le salut de chaque personne étant particulièrement attaché aux emplois ou fonctions de sa condition et à l'usage qu'il en fait, il est difli^ cile qu'un ecclésiastique qui néglige de s'acquitter des fonctions de ses ordres, puisse éviter le jugement de Dieu. Car ce sont là proprement les fonctions de son état, ce sont les obligations de sa condition, ce sont ses premiers engagements ; et c'est pourquoi, comme il aurait tout sujet d'espérer une bonne récompense s'il s'y rendait fidèle : Qui enim bene ministraverint bonum gradttm sibi acquirent et miiltam /iduciam in spe quœ est in Christo Jetu (/ Tim. m, 13) ; aussi a-t-il tout sujet de craindre, quand il les néglige et qu'il ne s'acquitte pas de son ministère, d'être condamné comme un serviteur inutile qui n'a point fait profiter les talents de son maître : Inutilem servum ejicile in tenebras exteriores. {Matth. xxv, 30.) Craignez cette sentence, adorez et aimez le divin Maître qui la prononce, mais redoutez sa justice ; et pour mieux connaître le sujet que vous avez de craindre sur ce point, et vous mettre en même temps en état de l'éviter, considérez les motifs qui doivent obliger tous les ecclésiastiques, même ceux qui n'ont reçu que la tonsure el les mineurs, de faire les fonctions de leurs ordres.
Second point. Communion — Voici trois motifs
que vous racdilerez à loisir. Le premier motif se lire ceux qu'on reçoit au sacerdoce aient été ûdèles à de rengagement nicnie où l'on entre par la récep- exercer les offices et ministères inférieurs. 2° Elle lion de l'Ordre. Car l'intention de Notrc-Scigneur dit qu'elle souhaite qu'on en renouvelle l'usage dans qui y appelle, le dessein de l'Eglise qui le confère, les lieux où l'on en aurait interrompu l'exercice, et la promesse de l'ecclésiastique qui le reçoit, sont qu'elle brûle du désir de voir cet ordre rétabli.
trois engagements qui font connaître comment on en doit faire les fonctions. Pour l'intention de Notre- Seigneur, il a institué ce sacrement, et ne nous donne la puissance de l'Ordre, et ne nous promet ses grâces que pour en faire un saint usage et en exercer dignement les fonctions : Non enim nexjligendam gratiam dédit Dominus, dit le Pape Alexandre III, scd fideliter exercendam. C'est pourquoi, entre toutes les qualités qu'il requiert de ses ministres, il désire particulièrement la fidélité même dans les moindres choses, comme il paraît en une infinité d'endroits de l'Ecriture sainte. Or cette fidélité consiste uniquement à s'acquitter du ministère qu'il confie.
Pour le dessein de l'Eglise, il est tout manifeste ; car si vous prenez garde aux paroles dont elle se sert dans la collation de tous les ordres, elle ne nous inculque et ne nous marque autre chose qu'exercice, olfice et pratique. Dans la tonsure : Ut fidelem Dco culttim prœstent. — Prima lonsura non initientur de quitus probabilis conjectura non sit cas ut fidelem cullum prœstent hoc genus vitœ elegisse. (Trident.) Pour les portiers, elle prie : Ut famulos suos benedicere dignetur quos in officium osliariorum eliqere dignetur, et ut sit eis fidelissima cura in domo Dei diebus et noctibus. Aux lecteurs : Officium vestrum agnoscite et impiété. Aux exorcistes : Ut studeanl et discant per officium vitiis imperare. Aux acolytes : Sacris altaribus fideliter subminislrent. Aux sousdiacres : Ut in conspectu ejus fideliter serviant. .\ux diacres: Emitte ineos spirilum tuum quo in opus ministerii tui fideliter exseqiiendi septiformis gratiœ tua munere roborentur. Enfin aux prêtres : Sint providi cooperatores ordinis sui, bonam rationem dispcnsationis sibi créditai reddituri, ut œternœ beatitudinis nrœmia consequantur . En sorte qu'à moins d'imputer des mensonges à l'Eglise, et de regarder ses cérémonies comme une absurdité, les ecclésiastiques ne peuvent aucunement se dispenser de faire leurs fonctions.
Nous voyons qu'elle a été si exacte à faire exercer les fonctions des ordres que l'on avait reçus, et si sévère envers ceux qui s'en dispensaient, qu'elle refusait de conférer les ordres supérieurs à ceux qui n'avaient pas exercé les inférieurs, (ju'elle ne recevait personne dans l'état ecclésiasti(iue, qu'elle ne l'attachât à quelque église pour l'y servir par les fonctions de son ministère, et qu'elle déclarait que sans cela les ordinations étaient irritx et inanes. Nous voyoïis, enfin, qu'elle continue tellement dans le dessein que tous les ecclésiasti(iues exercent leurs fondions, que, nous parlant encore par la bouche «les Pères assemblés dans son dernier concile œcuujénique, i" Elle témoigne le désir qu'elle a que
5° Elle établit pour cela les interstices. 4° Elle prie, elle exhorte, elle conjure tous les prélats d'y tenir la main. N'est-ce pas assez pour faire connaître la volonté d'une mère à ses enfants ; et bien qu'elle ne punisse pas cette omission et celte négligence comme autrefois, bien qu'elle ne menace pas à présent des mêmes peines et de si grands châtiments, ne doit-il pas nous suffire que nous connaissions ce qu'elle désire, pour ne pas abuser de sa bonté, et pour ne pas nous licencier à ne rien faire que ce que nous voudrions, sous prétexte qu'elle se contente de nous exhorter en mère, et qu'elle ne nous menace pas en souveraine? Quoi! parce qu'elle est bonne, faut-il que nous soyons méchants? quelle injustice!
Pour notre promesse, elle nous oblige encore à faire les fonctions des ordres que nous recevons : c'est à quoi nous nous sommes engagés dans notre ordination. Car, quand l'évêque, en nous la conférant, nous en a marqué les fonctions en particulier, ce n'a été qu'à dessein de nous y obliger, et nous y avons suffisamment consenti et acquiescé par notre silence; ce qui est si véritable, que si quelqu'un s'approchait, disent les docteurs , même des ordres mineurs n'ayant pas la volonté d'en faire les fonctions, il commettrait un péché énorme, d'autant qu'il profanerait et violerait un sacrement, le frustrant de sa fin, c'est-à-dire le recevant pour une autre fin que celle pour laquelle il est institué, qui n'est autre que l'exercice. A moins donc que de nous rendre parjure et frustrer en même temps Notre-Seigneur de son désir, aussi bien que l'Eglise de son attente, il faut nous résoudre à faire les fonctions des ordres que l'on doit recevoir ; et c'est le grand engagement que l'on contracte dans l'ordination, auquel il faut que vous pensiez , et qui doit vous servir de premier motif pour vous convaincre sur ce sujet.
Le second motif qui doit porter les ecclésiastiques aux fonctions et exercices de leurs ordres, sont les grands biens qui en résultent : 1" à Dieu, 2° à l'Eglise, 5° à celui qui les exerce. 1° A Dieu ; car toute la sainte Trinité en est souverainement glorifiée, d'autant que toutes nos fonctions sont autant d'actes de religion très-parfaits, et qu'elles font que Dieu est honoré des peuples. Car on voit par expérience qu'il n'y a rien qui les anime tant à la dévotion que ces fonctions bien faites. A la vue même de ces saints et sacrés ministères, les libertins sont quelquefois portés à rendre gloire et louange à Dieu, et à s'écrier comme ceux de l'Évangile : Bcncdictus Dcus qui dédit polcstatem talent liominibus. (Maltli. ix, 8.)
2" A l'Eglise ; car 1° elle est par ce moyen toute remplie de grâces à cause de ra|>plicalion des mérites de la mort et passion de Nolrc-Scigneur qui se
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fait aux fultles par l'exercice de ces fondions. 2" à ce désordre ; car quelles fonctions avcz-vous faites
Tout le peuple en est édifié. 5° Les âmes du purga- depuis que vous êtes ecclésiastique? ne rougisscz-
toire en sont soulagées. Enfin, c'est pour lors que vous point quelquefois quand il. faut vous y appli-
ceite armée de l'Eglise militante étant si bien ran- qucr? n'en évitez-vous point les occasions autant
gée, parce que chacun se tient dans son rang, est que vous pouvez? n'auriez-vous pas honte s'il vous
rendue terrible et redoutable à ses ennemis. fallait servir à une Messe basse, balayer une église,
5° A celui qui les exerce; car, 1" c'est le plus nettoyer un autel, chanter une leçon, etc., etc.? Ne
grand honneur qu'il puisse recevoir, que de servir croyez-vous pas que cela serait trop ravalé pour
Dieu dans un ministère si relevé, et par des fonc- vous, et indigne de votre condition? N'en p.'\rlez-
lions si sublimes et qui surpassent infiniment tous les emplois les plus considérables que l'on puisse avoir chez les grands de la terre. 2" H reçoit toujours de nouvelles grâces par cet exercice. o° Il se remplit peu à peu de l'esprit ecclésiastique. 4° Il se forme par ce moyen pour les ordres supérieurs. 5° Enfin il apprend l'office divin, l'administration des sacrements, les cérémonies, leurs significations, en un mot, il s'instruit insensiblement de tout ce qui regarde son état. En vérité, voudriez-vous bien ravir à Dieu la gloire qu'il prétend de notre ministère, frustrer l'Eglise des services et des avantages qu'elle en attend, vous priver vous-même des avantages si considérables que vous recevriez si vous vouliez vaquer à ces fonctions? Qu'en dites-vous?
Mais si tout cela n'est pas suffisant pour vous faire prendre la résolution de vaquer dorénavant à vos fonctions, considérez enfin les grands maux qui naissent de cette négligence, pour ne pas dire, de ce mépris que font les ecclésiastiques de s'appliquer aux fonctions de leurs ordres; et c'est le troisième motif dont vous vous entretiendrez à présent. 1° Cette négligence fait que les ministères sacrés sont vilipendés, méprisés et considérés comme des choses de néant, et tout à fait inutiles à l'Eglise. En eflet , quelle estime en pourraient faire les peuples, quand ils voient des ecclésiastiques même qui les méprisent et qui en font si peu d'état, qu'ils ne les exercent pas seulement une fois dans toute leur vie ? Faut-il s'étonner, après cela, si les hérétiques s'en moquent et ne les croient pas d'institution divine? Il faut donc en renouveler l'exercice , dit le concile de Trente, si on veut en renouveler le respect. 2° Cette négligence fait encore que les laïques et les femmes même se mêlent dans ces fonctions et s'ingèrent de les exercer ; qu'on voit des laïques servir au sacrifice pendant que des ecclésiastiques rougiraient de le faire ; qu'on voit des femmes même orner les églises, parer les autels, avoir soin des ornements, à la honte et à la confusion, et souvent au scandale des Chrétiens et à la condamnation de ceux qui y sont obligés par office. 5° Cette négligence cause enfin une horrible confusion , et fait que l'Eglise, qui est si belle et si ravissante par san bel ordre, devient une horrible Babylone pleine d'un épouvantable désordre. N'est-ce pas ce que nous voyons à présent par l'indolence de la plupart des ecclésiastiques qui s'engagent dans cet état sans y vouloir servir?
Mais voyez si vous ne contribuez pas vous-mcmc
vous point aussi avec mépris, et ne mepnsez-vous point même peut-être ceux qui les estiment et qui s'y appliquent toute leur vie? N'évilez-vous point même d'aller au service à votre paroisse et d'y assister en surplis, de peur qu'on ne vous engage insensiblement à y faire quelque fonction ? Examinezvous sur ce sujet, confondez-vous devant Dieu de vos sentiments présents, regrettez le passé, priez Notre-Seigneur de vous donner amour et zèle pour vos fonctions.
Troisième point. Coopération. 1° Estimez toutes les fonctions de votre ministère plus que les emplois les plus relevés que vous pourriez avoir dans le monde, puisque Dieu, les anges et les saints les estiment plus que toues h s grandeurs de la terre. Quoi 1 ces fonctions que les saints Pères appellent angéliques , que les empereurs appellent beatissima ministeria, qui nous élèvent par-dessus toutes le» dignités du monde , qui font courber devant nous les princes, les rois et les empereurs, sont-elles avi lies depuis le temps des apôtres ? Sommes-nous meilleurs que saint Etienne, saint Laurent, saint Vincent, si célèbres dans l'Église? Etes-vous de meilleure maison que quantité de rois qui tenaient à grand honneur de servir à la sainte Messe? Mais oseriez-vous sans blasphème vous comparer à Notre-SeigneuF , lequel, dit saint Ambroise , sic ad omnia se curvavit officia , ttl ne' lectoris qiiidem aspernaretur officium. C'est ce qui doit vous faire prendre une seconde résolution, qui est d'exercer avec amour les fonctions de vos ordres , même des ordres mineurs, et de ne monter jamais aux ordres supérieurs sans vous être exercés dans la pratique des ministères inférieurs. Que si vous êtes déjà prêtre, ne cessez pas, dans les occasions d'exercer les ministères inférieurs , afin de rendre service à l'Église; et en lui satisfaisant pour vos négligences passées, tâchez de réparer les péchés que vous avez faits par ces omissions et ces négligences. 5° Pour avoir plus d'occasion de les exercer et moins de prétexte de vous en dispenser , lâchez de vous attacher à quelque église où vous portiez le surplis, et assistez au service en habit décent les dimanches et les fêtes ; vous ne l'aurez pas fait longtemps que vous trouverez occasion de vous y employer.
1° Remerciez Dieu des grâces qu'il vous a faites dans l'oraison. 2" Demandez-lui pardon des fautes que vous y avez faites. 5° Offrez-vous à la très-sainte Vierge, et priez-la de vous prendre en sa sainte protection.
BoiQiET sriniTiEL. — Eijo dc(ji vos et posui vas ui
eatis, et fructum afferatis , et frnctus vcster vianeat, lique, un emploi angéliquc, un emploi tout divin. {Joun. XV, 16.) -r- Mens Christo dedila œque in ma- Apostolique ; car c'est là ce qu'ont fait les apôtres joribus et in minoribus intenta est. (S. Hier.) toute- leur vie. Le caractère d'un véritable apôtre ,
Qui bene ministraverint, bonum gradum sibi acqtii- disent les saints , est de désirer ardemment le salut rcnt , et multam fiduciam in fide quœ est in Christo des âmps , et son emploi est de s'y livrer uniquement : Vœ mihi si non evangelizavero ; nécessitai mihi inciimbit. (/ Cor. ix, 16.)— Character vilœ
Jesu. {I Tint, ni, 13.)
XV e MÉDITATION,
apostolicœ, sitire salulem animarum. — Omnibus omnia factus, ut omnes salvos facerem... (1 Cor. ix , 22.) Angélique; car c'est le ministère des anges; el tous ces esprits, dit l'Ecriture sainte, sont appliqués sans cesse à procurer le salut des élus : Omnes suni adminislratorii spiritus in ministerium missi propter eos qui liœreditalem capicnt salulis. {Hebr. i, 14.) Divin ; car c'est l'occupation de Dieu même ; c'est l'unique emploi de Jésus-Christ , et ainsi c'est coopérer avec lui au salut des âmes : ce qui est , dit saint Denis, la chose du monde la plus divine : Omnium divinorum divinissimum est cooperari Deo in salulem animarum. Et il n'y a point, dit saint Grégoire, de pareil office ; faire des miracles, ressusciter des morts, créer de nouveaux mondes, ce sont de grandes œuvres, mais tout cela ensemble n'approche pas de la conversion d'une seule âme; et c'est une faveur mille fois plus grande que Dieu nous fait de nous appeler à cet emploi que s'il nous avait associés à lui pour la création de tout le monde , ou pour la résurrection de tous les morts : Feci ego cœlum et terram, eadem facultute te donc ul terram cœlum facias : acccndi ego luminaria, accende tu illis cluriora, nam potes his qui in errore sunt luvien veritalis accendere ; hominem facere justum gratumque Deo potes ; vide quant te diligam qui majora tibi faciendi tribuo potestatem. (S. Curysost.).j
2° C'est le plus agréable à Dieu de tous les emplois ; car il n'a rien tant à cœur que le salut de l'âme ; il n'y a rien aussi , disent les saints, qui soit capable de lui donner tant de joie. Cela lui plaît tellement , dit saint Chrysostome, que quand vous feriez de très-grandes pénitences , quand vous coucheriez sur la dure et jeûneriez toute votre vie , quand vous donneriez tous vos biens aux pauvres , cela ne serait point à comparer à ce zèle du salut des âmes ; car autant que l'âme est plus noble et plus précieuse que le corps, autant l'emploi de ceux qni travaillent au salut des âmes en confessant', catéchisant, prêchant, est relevé au-dessus de ceux qui soulagent les corps par de grandes aumônes. Oh ! que vous seriez soulages , si vous aviez donné plusieurs milliers de pistoles pour aumônes 1 Or, vous faites bien davantage lorsque vous vous en»ployez au salut des âmes. Vous agréez même davantage à Dieu dans ce zèle des âmes, que si vous faisiez des miracles; car jamais, dit saint Chrysos- Le premier motif qui vous oblige à travailler avec tome. Moïse ne plut tant à Dieu au milieu de tous zèle au salut des âmes est l'excellence de cet cm- les prodiges qu'il opérait , que lorsque , transporté ploi ; car c'est le plus noble , le plus agréable à Dieu de ce zèle des âmes, il intercède pour le ptniple avec et le plus utile que l'on puisse avoir en cette vie. cette charité si ardente qui lui fait dire : Aut di- V C'cbt 1(! plus noble ; car c'est un emploi aposto- mittc cis noxam, aut si non facis, dclc me de tibro
Que les ecclésiastiques doivent s'appliquer au service des peuples, et du zèle qu'ils doivent avoir du salut des âmes.
1° Meltez-vons en la présence de Dieu par un acte de foi et d'adoralion. — 2° Renoncez à vos péchés el donnezvous à Jésus-Christ. — 3° Invoquez sou Esprit et renoncez au vôtre.
Premier point. Adoration. — Considérez le zèle immense de Notre-Seigneur Jésus-Christ pour le salut des âmes, et la charité tout extraordinaire avec laquelle il travaille à ce grand ouvrage : il descend pour cela du ciel en terre ; il s'y applique uniquement et sans aucune interruption pendant les trente-trois années de sa vie sur terre ; et après y avoir employé ses prédications, ses conversations, ses miracles, ses sueurs et ses veilles , ses larmes et son sang, il en verse enfin jusqu'à la dernière goutte sur le Calvaire ; il meurt sur la croix dans la violence de ses douleurs, et , tout brûlant du zèle de leur conversion, il témoigne encore en expirant l'extrême soif qu'il a de leur salut, qui n'a pu être étanchée par ce cruel martyre, et publie hautement qu'il n'y a rien qu'il n'ait fait et qu'il ne soit encore tout prêt à faire et à souffrir pour la consommation de cet ouvrage : ISihil ita gratum est Deo et iia curœ, ut animarum salus, sicut clamât Paulus dicens : Quia vult omnes homines salvos fieri. (S. Chrysost., hom. 3 in Gen.) — Silis mea salus vestra est, sitis mea tedemptio vestra ; sitio fidem vestram , gaudium ve~ strum ; plus animarum quam corporis mei cruciat'us me tenel. ( S. AuG.) — Admirez la bonté infinie de ce divin Sauveur, et l'ardeur du zèle avec lequel il a travaillé pour la conversion des âmes et pour la vôtre en particulier. Adorez-le sous cette belle qualité qui lui est donnée par le Sage, d'amateur des âmes : Domine, qui animas diligis. {Sap. vu , 2.) Remerciez-le de tout ce qu'il a fait et souffert à leur occasion. Aimez-le, louez-le et le bénissez.
Seco.nd point. Communion. — Tâchez de suivre ce bel exemple que Notre-Seigneur nous donne. Entrez en participation de ce grand zèle qu'il a pour le salut des âmes, et disposez-vous 5 le procurer par toutes les voies qui vous seront possibles. Or, pour cela vous méditerez les trois motifs suivants <iui nous y engagent, et que vous trouverez assurément très-puissants pour vous convaincre de l'obligation très-étroite que vous en avez.
MEDITATIONS ECCLESIASTIQUES
quem scripsisti. (Exorf. xxxn , ô±) C'est là le chefd'œuvre tle son amour. La raison se tire : 1" de l'amour que Dieu a pour notre àme ; car comme elle est sa chère et bien-aimée possession , on ne saurait lui donner plus de joie que de l'aider à la rendre à jamais bienheureuse. 1" C'est que par ce moyen on fait fructifier les mérites de Jésus-Christ en les rendant utiles aux âmes au salut desquelles on contribue. 5° C'est que par là on donne à Noire- Seigneur la plus forte preuve d'une grande charité , en s'exposant soi-même pour le bien de ses frères , qui est le degré d'amour que Notre-Seigneur demande à saint Pierre avant de lui donner cet emploi , et qui est aussi le plus illustre témoignage qu'on puisse lui en donner en celte vie.
5" C'est le plus uiile de tous les emplois, et son Ht/lité paraît en ce que cela nous fait croître en vertu, en grâce et en gloire. En vertu; car la vertu nonseulement s'entretient, mais s'accroît par l'action et l'exercice. Les prêtres, dit saint Clément d'Alexanlirie, connaissent et donnent une eau d'autant meilleure, que plus on en lire et plus on y puise, plus elle est claire ; que si l'on n'en tire point, l'eau croupit et se corrompt bientôt, en sorte qu'elle devient puante et engendre mille ordures et mille corruptions. De même en est-il d'un couteau : quand on s'en sert, il demeure toujours luisant ; quand on ne s'en sert plus, il se rouille. Le feu ne perd rien à brûler, mais au contraire il gagne et s'accroît davantage. Nous voyons même dans les sciences humaines, que ceux qui enseignent les autres apprennent beaucoup en enseignant, et que c'est un des meilleurs moyens pour se rendre capable. Il en est de même dans la science du salut et de la perfection. En grâce; car c'est à ceux qui travaillent à la communiquer aux autres, que Notre-Seigneur en donne en abondance. C'est à eux, dit saint Chrysostome, que convient particulièrement ce dire de
scr cet emploi de travailler avec zèle au salut des âmes, est l'obligation particulière que vous en avet comme ecclésiastique ; obligation que vous pouvez tirer de trois principes : 1° de l'inslitulion ecclésiastique ; 2° du précepte et de l'usage de l'Eglise ; Z" des châtiments de ceux qui y manquent.
l" L'état ecclésiastique est particulièrement institué pour ce dessein, et c'est pour cela particulièrement que Dieu a fait les prêtres. Ils sont, dit saint Paul, choisis d'entre les hommes, afin de prier pour leur conversion et afin d'offrir des sacrifices pour leurs péchés. Ce sont des ministres établis pour dispenser ses sacrements et annoncer sa parole; ce sont des pasteurs, des capitaines, des juges, des médecins et des pères. Tout cela demande qu'ils s'appliquent particulièrement à servir les âmes ; que s'ils y manquent, dit saint Léon, avec quelle conscience peuvent-ils prétendre à la qualité de prêtres, et aspirer à cet état du sacerdoce oîi l'on n'est pas pour soi, où l'on ne vit pas pour soi, mais pour les autres; et où, dit saint Thomas, on doit exprimer Dieu, non-seulement selon ce qu'il est en lui-même, mais autant qu'il influe dans sa créature. Ainsi l'état ecclésiasliqûe, dans son inslitution, demande que l'on travaille au salut des âmes.
2° Le précepte, l'usage et l'esprit de l'Eglise le demandent très-particulièrement ; car elle donne ce zèle et cet emploi comme une marque de ses bons ministres. Pendant fort longtemps elle n'a ordonné jamais personne que pour ce ministère et pour travailler en quelque Eglise. Elle défend même encore à présent d'en recevoir aucun qui ne lui soit utile. En un mot, elle ne veut point de serviteurs qui ne fassent rien, et elle défend d'en recevoir d'inutiles.
3° Les châtiments des prêtres qui ne travaillent point pour le salut des âmes doivent nous y engager. Malheur à rpoi, dit saint Paul, si je ne travaille; et c'est ce que tpus les ecclésiastiques ont raison de
Notre-Seigneur: Z)a<e, etdabitur vobis {Luc. vi, 38), dire. Malheur, 1" en ce que Dieu les ayant chargés
donnez, et on vous donnera ; et ce qui est dit ailleurs, que l'âme de celui qui fera du bien au prochain sera engraissée, et que ceux qui rassasient et enivrent les autres de l'amour de Dieu par ses divines faveurs, ce sont des nourrices des enfants du prince, qui sont nourries des meilleurs mets de sa table, afin que leur lait en soit plus excellent. En gloire ; car elle est promise abondante à ceu,x qui s'appliquent fidèlement à cet emploi. Ceux, dit le Sage, qui prêchent Jésus-Christ et qui enseignent aux hommes le chemin du salut, auront la vie éternelle {Sap. III, 7); et ailleurs : Ils brilleront comme des étoiles dans de perpétuelles éternités. {Dan. \u,ù.) Et celte haute gloire que Jésus-Christ même possède dans le ciel, n'est, au dire même de saint Paul, que la récompense de ce qu'il a travaillé et donné sa vie pour le salut des âmes. Jugez donc quelle est la gloire qui est préparée à ceux qui l'imitent dans cet emploi.
des âmes, il leur en fera rendre un jour un compte terrible ; car, dit saint Chrysostome, si des maîtres et pères de famille font rendre un compte si exact à ceux qui ne sont chargés que de leurs affaires temporelles, qnel compte Dieu ne fera-t-il point rendre aux prêtres qui sont chargés par leur état de travailler à la sanctification des âmes, et auxquels il confie le soin de leur salut 1 Sanguinem autem ani~ marum de manu vestra requiram. {Ezech. m, 20.) 11 est infiniment libéral quand il donne, mais il est infiniment sévère quand il redemande : Dentem pro dente, oculiim pro oculo, animam pro anima. (Deul. XIX, 21.) Malheur, en second lieu, en ce qu'ils seront punis au jour du jugement suivant ce qu'ils auront fait touchant cet emploi. Le Chrétien, dit saint Chrysostome, sera puni pour n'être pas sanctifié ; mais le prêtre sera puni pour n'avoir pas sanctifié les autres; le Chrétien, pour ses propres actions, le prêtre, pour celles des autres; le Chrétien, pour cô
Le second motif qui doit nous engager à cmbras- qu'il a manqué de faire on son corps ; le prclrc, pour
ce qu'il a manqué de faire au corps de Jésus-Christ; de sorte que si les Chrétiens qui n'ont pas eu soin de glorifier Dieu en leurs corps ne doivent attendre que de terribles châtiments, de quelles rigueurs Noire-Seigneur ne punira-t-il point les prêtres qui ne l'ont point voulu faire glorifier en son corps qui est l'Eglise, et dans les fidèles qu'ils n'ont point voulu travailler à sanctifier ! Autant d'âmes qui se seront perdues par leur faute, par leur négligence et par leur oisiveté, ce seront autant de voix de sang qui crieront vengeance contre eux ; mais d'une manière cffrovable ; et ce seront autant de sujets d'une nou-
comme tous les docteurs en demeurent universellement d'accord, que ne doit-on point dire de Yen- Irême nécessité spirituelle, et comment pourrez-vous vous trouver innocent devant Dieu, comment pou?rez-vous vous excuser à son jugement, comment éviterez-vous votre condamnation, si vous ne vous employez pas autant que vous pouvez, à retirer ces âmes de leurs misères, et à travailler à leur salut? Jusque à présent vous aviez peut-être cru que cela ne vous était que de conseil, que le commandement n'était que pour ceux qui avaient quelque cure, quelque bénéfice à charge d'âmes , ou qui
velle peine et d'une nouvelle, d'une effroyable dam- étaient attachés à quelque église ; que parce que
nation, en sorte que, si on le peut dire, l'âme d'un prêtre sera autant de fois damnée qu'il y aura d'âmes perdues qu'il aurait pu soustraire, qu'il aurait pu rappeler à Dieu, qu'il aurait pu sanctifier par l'adminislralion des sacrements, par la prédication de la parole de Dieu, par ses avis, ses conseils, ses bons
vous n'en aviez point de la sorte, vous n'étiez point dans cet engagement; que c'était assez de dire votre bréviaire et la sainte Messe, et d'ailleurs de ne point offenser Dieu, et de ne point donner de scandale. Confondez-vous de vos sentiments et dispositions passées ; humiliez-vous-en devant Dieu, et deman-
cxcmples,?ou par quelque autre manière. Quelle épou- dcz-lui le zèle des âmes, la fidélité et le courage
vantable damnation! Malheur, en troisième lieu, en ce que, même dès cette vie. Dieu les châtie horriblement pour cette négligence; car de là viennent les délaissements de Dieu, les abandons, les soustractions des grâces, les dérèglements et les désordres qui surviennent, la paresse, les inquiétudes et scrupules, et mille autres peines qui suivent la malédiction que Dieu prononce contre les prêtres qui ne font rica. Approfondissez bien ces considérations, car elles vous feront bien connaître l'obligation que vous avez, comme ecclésiastique, de travailler à convertir les âmes et de contribuer à leur salut.
Le troisième molifquidoitnous obliger, mais trèsétroitcmcnt, à travailler à cet emploi, est le peu d'ecclésiastiques qui s'y appliquent. Car c'est une chose étonnante de voir qu'il y en ait à présent un si grand nombre dans l'Eglise, et qu'il y en ait pourtant si peu qui y travaillent. Jamais plus de prêtres, dit sainî Bernard, mais jamais moins d'ouvriers : des paroisses désertes, des villes incultes, des diocèses à l'abandon, des provinces entières dans le délaissement des choses du salut, et presque partout des peuples dans la dernière ignorance, et des âmes qui se perdent pour n'avoir pas les instructions et les secours nécessaires ; c'est de qjuoi vous ne sauriez douter. Or, sur ce fondement, pensez à ces trois
nécessaires pour vous appliquer toute votre vie à travailler à leur salut.
Troisième point. Coopération. — 1° Résolvez-vous de considérer dorénavant les occasions de travailler au salut des âmes comme une des plus grandes faveurs que Dieu puisse vous faire , et tâchez de vaquer à cet emploi de la manière que votre condition, vos talents , vos forces et l'avis de votre directeur ■vous feront connaître que Notre-Seigneur le désiro de vous , sans que vous vous découragiez pour les fautes que vous pourriez y commettre. Car en travaillant avec amour, vous ne laisserez pas d'être plus agréable à Dieu au milieu de vos fautes, à cause de la charité qui les couvre , que si vous demeuriez oisif, 2° Voyez en particulier ce que vous pouvCE faire pour sauver quelques âmes , et résolvez-vous de l'entreprendre avec cœur. Si vous ne pouvez pas prêcher, ne pourriez-vous pas au moins catéchiser, confesser, administrer quelque autre sacrement; vi-^ siler les hôpitaux, y donner quelque petit mot d'instruction et de consolation aux malades? En un mot , tâchez de faire pour cela ce que vous pouvez , au lieu de vous appliquer à une infinité de choses inutiles ou dommageables. 5° Si vous n'êtes pas encore en état de vous occuper de la sorte , et que vous ayez encore besoin de passer quelque temps à
fertiles réflexions. La première, combien il y a d'à- l'étude pour vous disposer à cet emploi, prenez mes au monde qui se perdent et qui se damnent tous garde à quatre choses. La première, de bien cmles jours, faute de secours et pour n'avoir pas de ployer tout le temps que vous avez. La seconde, de
bons prêtres qui travaillent avec zèle à leur salut. La seconde, combien il y en a entre ce grand nombre qui sont véritablement dans l'extrême nécessité, et qui ne peuvent trouver de secours ; combien <iui demandent du pain, et qui ne trouvent personne ((ui leur en donne. La troisième, si l'on est obligé de secourir et de donner l'aumône à ceux qui sont dans l'extrême nécessité corporelle, et cela sous peine
n'étudier que ce qu'il faut pour cela, et ce qui peut vous être utile pour travailler au salut des âmes. La troisième, aussitôt (|ue vous en saurez assez pour cela , et que vous reconnaîtrez par l'avis de votre directeur la volonté de Dieu qui vous porte au travail , de ne point écouter ni l'oisiveté qui pourrait vous en détourner, ni la curiosité naturelle qui pourrait encore vous porter à étuditM- davantag(> , mais
de péciié mortiîl, sous peine de se rendre coupable de vous y sacrifier de tout votre cœur. La qua-. de leur :uort, sous peine de damnation éicrncllc, liicmc , en attendant que ce temys de travail soi^
MEDITATIONS ECCLESIASTIQUES
venu, tSchez de procurer toujours le sakit de toutes le^ âmes que vous pourrez, par toutes les voies qui vous seront possibles dans votre état et selon le temps présent. Vous en trouverez beaucoup d'occasions : un petit mot de Dieu h propos dans une conversation, une vérité de l'Evangile, une pratique de perfection fortement appuyée , un désaveu de cette méchante maxime, un petit mot au pécheur, une communion pour un autre , un bon exemple à tous.
Remerciez... Priez... Offrez...
Bouquet spirituel. — Si diligis me , pasce oves meas ; polerat dicere : Si me amas , Petre , jejnnia exerce, super nudam humum dormi , vigila continenter, injuria pressis patrocinare , orpliaiiis patrem le exhibe; nunc vero prœtermissis omnibus his , qiiidnam ille ait ! Pasce oves meas. (S. Chrvsost.) — Si me diligis , non te pascere cogita , sed oves meas ; sicut meas pasce, non sicut tuas; gloriam meam in eis quœre, non tuam ; lucra mea, non tua. (S AuG.) — Bcatus ille scrvus quem cum venerit Dominus , ittvenerit sic facientem. {Luc. xii, 45.)
De la pauvreté ecclésiastique.
ï" Pensez que Dion vous voit, et faites un acte de foi et d'adoralion.; — 2° Ueconnaissez-vous indigne de paraître devant une si grande majesté, et après avoir renoncé à vos péchés et à vous-même, unissez-vous à Jésus- Christ pour paraître en son nom en la personne de son Père. — 5" Invoquez son Esprit et renoncez au vôtre.
Premier point. Adoration. — Adorez Notre-Seigneur Jésus-Christ dans l'amour tout extraordinaire qu'il a pour la pauvreté, et dans l'exemple tout à fait admirable qu'il vous en donne ; car, 1° c'est une chose digne d'étonnement et de vénération , de voir qu'ayant droit par sa naissance à tous les biens de la terre , et en étant le maître , il s'en est néanmoins si universellement dépouillé en venant dans .e monde, qu'il a voulu naître dans une étable, privé de tout, mourir sur la croix, dépouillé de tout, vivre sur la terre dans une indigence de tout , jusque-là même que quelquefois il n'avait pas seulement de quoi se couvrir, de quoi s'entretenir et de quoi se nourrir avec ses disciples. Oh 1 le rare exemple de pauvreté! adorez le Fils de Dieu qui vous le donne, et étonnez-vous de voir qu'il se dépouille de la sorte pour vous remplir, et qu'il s'appauvrit pour vous enrichir par ce moyen des richesses de sa grâce et de sa pauvreté : Propter nos egenus factus est, ut ejus inopia ditaremur. {II Cor. viii, 9.) 2" Admirez comme il a tellement aimé cette vertu , que nonseulement il a été très-pauvre lui-même , mais il a encore voulu avoir un père très-pauvre , une mère très-pauvre , des disciples très-pauvres , et pauvres jusqu'au point qu'il leur a expressément défendu d'avoir ni or ni argent en leur possession, et qu'il ne les a reçus qu'après qu'ils ont renoncé à tout ce qu'ils avaient et à tout ce qu'ils pouvaient prétendre en cette Tic. 5° Admirons encore comme il a
tellement chéri cette vertu, que pour la rendre toute aimable à ses sujets, à ses disciples, à ses enfants, il a voulu que ce fût la première loi de son royaume, la première leçon de son école, la première maxime de sa famille , laquelle fit le bonheur et la félicité de tous ceux qui voudraient vivre dans son service : Beati paupercs , quoniam ipsorum est regnum coelor rum. {Mattli. v, 5.) Adorez cette conduite, et remerciez, louez, aimez, bénissez ce divin Sauveur de tout ce qu'il a fait pour rendre cette vertu recommandable et en établir l'amour en votre cœur.
Deuxième point. Communion. — Outre ces raisons générales qui obligent tous les Chrétiens à aimer la pauvreté , comme la bicn-ainiée du Fils de Dieu , et à s'occuper fidèlement aux exercices de cette ver4,u selon les occasions qui s'en présentent, il y a plusieurs motifs bien considérables et bien pressants pour y engager très-particulièrement tous les ecclésiastiques. En voici trois principaux que vous pourrez méditer à présent.
Le premier est l'engagement particulier et tout à fait pressant oîi l'Eglise vous met de pratiquer cette vertu ; mais comme ce qu'elle fait sur ce point est très-remarquable, nous pouvons, ce me semble, le réduire à trois chefs : le premier, à la profession qu'elle nous a fait faire; le second, à la manière dont elle nous l'a fait faire ; le troisième, aux soins qu'elle apporte et à ce qu'elle fait pour nous obliger de l'accomplir et pour nous ôter toutes les excuses sous lesquelles nous pourrions prendre le prétexte de nous en dispenser.
1° Pour la profession qu'elle nous en fait faire, vous n'en sauriez douter ; elle a été trop solennelle et trop publique pour l'avoir oubliée ; ressouvenez-vous seulement de votre parole : Ne excidat quomodo in tonsura, quando electus es in sortem Domini , renuntiasti ignomijiiœ sœculari. Ce fut au jour de votre tonsure que vous protestâtes, au pied des saints autels, que vous vouliez prendre Notre- Seigneur pour votre part et pour votre héritage : Demi' nus pars hœredilatis mcœ et calicis mci {Psal. xv, 5) ; c'est ce que vous dîtes hautement, clairement, intelligiblement quand l'Eglise vous reçut au nombre de ses clercs. Vous vous en souvenez bien et vous le savez. Mais peut-être ne savez-vous pas, ou du moins ne faites-vous pas assez de réflexion à ce qui est renfermé dans cette profession et à ce que vous." avez promis par ces paroles : c'est à quoi il faut que vous pensiez ; sachez donc que c'est une profession que vous avez faite d'un total dénùment, d'un véritable détachement de tous les biens du monde et d'une très-parfaite pureté : Oportet ut clerici qui in sortem luereditatis Domini danlur, absque ulh impedimenta sœculi Dec servire sludeant , ut pauperes spiritu esse contendant, ut congrue illud Psalmistœ dicere possint : Dominus pars hœredilatis meœ. C'est ainsi que tous les saints et l'Eglise même nous l'expliquent; et pour vous faire connaître jusqu'où doit aller ce dcnùmeni et celte grande pauvreté dont voug
avez fait profession, vous remarquerez que dans le sentiment de tous les saints Pères, il y a trois choses qui y sont renfermées.
La première est que vous vous êtes engagé à prendre Notre-Seigneur pour votre unique portion et pour votre seul héritage. Cela mérite que l'on y pense; et il y en a peu qui le conçoivent. Yous n'avez donc pas seulement protesté que vous le preniez pour une partie de l'héritage que vous en attendiez ; oh non ! l'Eglise ne vous aurait pas reçu clerc à cette condition ; c'est pourtant où est l'illusion commune, et à quoi la plupart des ecclésiastiques se trompent. On croit qu'on ne l'a pris que pour une partie des biens auxquels on prétend, et qu'ainsi l'on peut sans scrupule, s'attacher encore aux autres biens terrestres, les aimer avec lui, et les rechercher tout comme si l'on n'avait rien promis sur ce sujet dans la tonsure, et c'est en cela que la plupart sont abusés. Toutefois ce n'est ni le sens ni la vérité de vos paroles; car vous avez dit et protesté que vous preniez Notre-Seigneur pour votre loi, votre portion, votre héritage : Qui cum Proplieta dicit : Pars mca Dominus [Psal. Lxxii, 26), niliil extra Dominum liabere potest; c'est-à-dife que vous ne vouliez que lui, que vous vous contentiez de lui, que vous vous dépouilliez volontiers de toute autre prétention, et que pour le posséder vous renonciez de bon cœur à tous les biens du monde. Voilà en substance le contenu de votre promesse et la première chose que tous les saints Pères déclarent y être renfermée : Qui cum Proplieta dicit: Pars niea Dominus, si quidquam aliud habuerit , pars ejus non erit Dominus ; v. g., si aurum, si argentum, etc., cum istis partibus Dominus fieri pars ejus tion dignalur. (S. Hieron.) L'Eglise pourrait-elle vous parler plus nettement? C'est là son intention ; je ne sais pas si telle a été la vôtre, mais vous l'avez promis, et c'est pourquoi persuadez-vous bien que quand vous avez dit . Dominus pars, vous l'avez dit comme un enfant qui prend son lot dans l'héritage de son père. Le lot qui ne fait qu'une partie des biens du père, fait néanmoins tout l'héritage du fils, et il ne peut pas justement prétendre à autre chose dans les autres parties. Ainsi Dieu ayant fait la distribution de ses biens, il a mis à part les biens du monde et les richesses de la terre, et c'est le lot et la part des laïques et des séculiers : Tcrram dédit (iliis liominum ; mnh pour les clercs, niliil accipient de possessione fratrum suarum... t Ego pars et hœr éditas eorum in medio filiorum Israël, dicit Dominus. » {Levit. xix, 20.) Notre- Seignour se donne tout seul à eux; quand donc ils le prennent pour leur part en recevant la tonsure, ils déclarent qu'ils renoncent à tous les autres biens temporels et aux richesses de la terre ; ainsi quand nous avons dit: Dominus pars, c'est tout connue si, dans le sentiment des saints Pères, nous avions dit et déclaré que nous nous contentions de Notre-
cuUalem , quomodo non erubescunt dicere : Dominus purs liœreditatis mece? et c'est ce qui doit nous faire connaître la seconde chose qui est renfermée dans ces mêmes paroles, à laquelle vous vous êtes engagé, et qui suit nécessairement de la première, qui est de n'avoir plus aucune attache, aucun amour, aucune affection pour tous les biens du monde ; car comme par l'amour notre cœur entre en possession de ce qu'il aime, ensorte que celui qui aime véritablement les richesses du monde les possède encore, au jugement de Dieu, quoiqu'il en soit dépouillé devant les hommes : Pauper siquidem Dci in auimo est, non in sœculo, dit saint Augustin, ne serait-ce pas se moquer de Dieu et de son Eglise, de croire qu'on n'a pas promis de ne point aimer les biens du monde, ([uandon a promis d'avoir Jésus-Christ pour son unique héritage et pour son unique possession ? 11 faut donc de nécessité ou désavouer tout à fait notre promesse, ou reconnaître qu'en nous engageant ainsi à prendre Jésus-Christ, nous nous sommes engagés en même temps à n'avoir plus d'affection pour les richesses ni d'attache pour aucun bien do la terre ; et c'est la seconde chose renfermée dans notre promesse : Cui portio Dominus... niliil amara débet prœter Dominum... unde qui aliud quœril quam Dominum, nec ipse a; Domino clcclus cst^ nec ipse elegit Dominum. La troisième chose qui suit nécessairement de la seconde, est que, puisque vous avez protesté de ne plus aimer les biens du monde, vous vous êtes donc en même temps engagé à ne plus les rechercher quand vous ne les auriez pas, à n'avoir plus de peine à quitter tous ceux que vous auriez, à ne point regretter la perte de ceux que vous n'auriez plus ; car autrement ce serait une marque certaine que vous les aimeriez. Voilà en général ce que porte votre erigagement ; approfondissez bien jusqu'où va son étendue, et voyez par là jusqu'où doit aller votre pauvreté. Ainsi, première chose qui nous fait connaître les soins de l'Eglise pour nous porter à cette vertu, la protestation qu'elle nous en fait faire.
La seconde chose, qui n'est pas moins considérable sur ce sujet, est la manière dont elle nous fait faire cette protestation ; car il y a trois circonstances notables qui l'accompagnent et qui fortifient encore de beaucoup notre engagement. La première, est qu'elle nous en fait faire une manière de promesse.: car n'est-il pas vrai que vous l'avez promis? Or vous savez quel est l'engagement d'une promesse: on rougirait de ne pas la tenir; dans le monde la parole d'un honnête homme est inviolable, et y avoir manqué est un reproche qu'un homme, d'honneur ne peut souffrir. En vérité, sera-t-il dit (ju'on y soit si fidèle dans le monde, et qu'on n'y manque que pour Dieu ! Quelle honte ! quelle confusion ! quel reproche pour nous! 2" pour nous y engager plus étroitement, elle nous l'a fait promettre dans le temps où elle-même nous a aussi promis et s'est
Seigneur, et que pour le posséder nous renoncions engagée particulièrement à nous ; car elle nous Ta h tout le reste : Quid in terra prwsnmunt liabcrc fa- fait promcltrc dans le temps où elle nous a donr.d
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la lonsure : or, alors elle nous a promis de nous faire qu'elle ne lui fasse faire celle promesse. C'est une
jouir de ses droits et de ses privilèges, et de nous donner part à ses libertés, ses immunités et toutes ses grâces, de sorte que la promesse qu'elle nous a fait faire n'est plus une simple promesse, elle est nmtuelle, ce n'est plus une protestation purement libérale , purement gratuite, elle est onéreuse, elle est de part et d'autre ; c'est-à-dire, en un mot, que c'est une espèce de contrat et de convention qui s'est faite entre vous et l'Eglise ; elle vous donne ses biens et l'honneur de la cléricature, mais en même temps vous vous donnez à elle avec engagement de la servir avec détachement et une trèsparfaite pauvreté. Voilà le contrat réciproque ; or vous savez quelle est l'obligation de ces sortes de conventions réciproques, et combien le lien en est étroit : car ce n'est plus un engagement de fidélité, mais il est de justice. 3° Pour nous obliger par un troisième titre, elle nous l'a fait faire hautement, publiquement, solennellement, au pied des saints autels, à la face de toute l'Eglise, entre les mains de l'évêque qui la reçoit au nom de Notre-Seigneur et de toute l'Eglise ; en un mot, dans des circonstances si saintes, et avec des cérémonies si pleines de religion, que nous pouvons dire que d'y manquer ensuite ce n'est plus manquer seulement à la fidélité et violer la justice, mais c'est manquer ouvertement à la religion ; et voilà jusqu'où va l'étroite obligation où l'Eglise nous met de pratiquer la pauvreté : elle nous y lie par un triple lien, et nous y contraint
obligation qu'elle impose à tous, elle est générale, il n'y a point de dispenses ; vous ne sauriez donc avoir aucun fondement, ni même aucun prétexte pour dire que vous ne l'avez pas faite.
Oh ! mais, je n'y pensais pas quand je l'ai faite : c'est la seconde excuse ; je n'entendais pas ce que je disais; je n'avais point su que cela portât un tel engagement. Ah 1 vous ne l'avez point su ! tant pis pour vous! Pourquoi vous êles-vous si précipitamment engagé dans cet état? que ne vous êtes-vous fait instruire auparavant? pourquoi vous y êtes-vous ainsi jeté en étourdi? Encore une fois, tant pis pour vous! De plus, l'Eglise pouvait-elle faire autre chose que de vous en avertir , et de vous expliquer ellemême votre promesse? Or c'est ce qu'elle fait dans l'avertissement aux tonsurés qu'elle met dans son pontifical, où elle leur dit qu'ils tiennent dans la loi nouvelle, le même rang que tenaient dans l'ancienne loi les lévites, à qui il était expressément ordonné de ne rien posséder sur la terre, et de se contenter de Dieu seul. C'est l'avis qu'elle leur donne , et l'obligation qu'elle dit qu'ils contractent dans la tonsure. Mais, après tout, si après cela vous prétendez encore n'en avoir point été averti; si vous dites encore que vous n'avez point entendu ce que vous avez dit, si vous prétendez avoir été trompé en ne comprenant point ce qui était renfermé dans votre promesse, et qu'ainsi vous n'êtes point obligé de tenir votre parole ; à la bonne heure , ne la tenez point ; mais
par la fidélité, la justice et la religion : or, funiculus renoncez donc au contrat que vous avez fait avec
triplex difficile rumpitur, particulièrement quand il l'Eglise; car c'est sur votre parole que l'Eglise vous
serre de si près que font ces trois vertus. a conféré la tonsure et vous a donné part à ses
La troisième chose que fait l'Eglise , est qu'elle grâces et à ses immunités. Si donc vous ne tenez
nous Ole toutes les excuses que nous pourrions pas la parole que vous lui avez donnée, vous n'avez
prendre pour nous dégager de cette obligation et aucun droit de retenir ce qu'elle vous a accorde
nous dispenser en ce point de notre devoir. Il y a sur cette promesse ; car c'est la nature de ces con-
trois principales excuses qui peuvent être , à mon avis, plus ordinaires. La première serait de se persuader qu'on n'a pas fait cette promesse; la seconde serait d'avouer ingénument qu'on l'a faite, mais qu'en la faisant on n'a jamais prétendu s'engager de la sorte; la troisième serait de dire qu'on aurait oublié ce qu'on aurait promis. Or, c'est à quoi l'EgUse remédie d'une manière admirable; et elle prévient tellement ces excuses par sa conduite , qu'il faut avouer que nous serons éternellement inexcusables, si nous ne nous lendons pas fidèles à cette promesse. Car 1° pour nous ôter tout fondement de pouvoir dire que nous n'avons point fait cette promesse, non-seulement elle nous la fait faire hautement à la face de toute l'Eglise, et en présence de témoins irréprochables, mais encore elle en fait une loi générale pour tous ceux qu'elle reçoit à la tonsure, en sorte qu'elle n'en dispense jamais ; et quelque talent, quelque science , quelque sainteté , quelque capacité qu'elle puisse remarquer en une personne, et quelque con.sidérables que soient les avantages qu'elle puisse espérer de ses services , elle ne la recevra jamais
trais. Ainsi , ou tenez votre parole , ou si vous ne voulez pas la tenir , renoncez à votre tonsure , et reprenez l'ignominie de l'habit séculier.
Oh! mais, je suis engagé dans les ordres sacrés et je ne puis plus m'en dégager, je ne puis plus quitter et retourner au siècle. Vous ne le pouvez plus ! Si vous ne le pouvez plus, il ne vous reste qu'une voie, faites-en pénitence toute votre vie ; et pour le premier point de votre pénitence, Fcnoncez à ce que vous n'avez pas droit de posséder , et meltez-vous dans le dénùment que l'Eglise demande. Ce ne vous est donc pas une excuse suffisante de dire que vous ne saviez pas ce que vous promettiez en recevant la tonsure.
Enfin l'Eglise vous Ole la troisième excuse qu« vous pourriez tirer de l'inadvertance ou de l'oublicar elle vous met dans la nécessité de ne l'oublier jamais et d'y penser toujours. Voici trois choses qu'elle fait pour ce sujet : 1" elle vous donne un nom qui vous en rappelle sans cesse le souvenir, elle vous appelle clerc. Et que signifie ce mot de clerc ? Elle nous l'explique ellc-racmc , afin que vous n'en
doutiez pas : Nec aliud qnœrat clcricus , quant ut Dominum htj^reditate possideat ; hoc cnim in Grœco nomcn clerici sonat, et c'est ainsi que tous les saints lentendent : Clericus interpretetur vocabulum sutim, et nominis de/initione probata , nitalur esse quod diciliir. Il faut donc ou que vous ayez oublié votre nom , ce qui n'est pas facile encore , ou que vous reconnaissiez de bonne foi l'obligation qu'il vous impose. 2° Quand vous auriez oublié votre nom , elle vous oblige de porter continuellement la tonsure et de la renouveler pour cela de temps en temps. Pourquoi cette tonsure, celte couronne et cette coupe de cheveux renouvelée de temps en temps , sinon pour vous avertir sans cesse de votre promesse, et vous tenir toujours présente l'obligation que vous avez de renoncer aux biens du monde, et de retrancher l'affection pour toutes les richesses terrestres, comme étant des superfluités et des excréments auxquels nous ne devons pas avoir plus d'attache qu'à nos cheveux que nous retranchons avec joie, cl que nous faisons couper sans douleur? 5° L'Eglise nous donne un habit qui nous couvre tout le corps, et qui par son extérieuH que nous avons toujours présent, et qu'elle veut être simple, modeste, pauvre, sans ornement, nous avertit sans cesse de la pauvreté dont nous avons fait profession. Après cela, que pouvons-nous dire pour notre excuse, et ne faut-il pas avouer que nous sommes coupables, si nous ne voulons pas renoncer aux richesses du siècle, et nous détacher des biens du monde? Voilà le premier motif qui nous engage à la pauvreté comme ecclésiastiques , l'engagement indispensable que nous avons contracté.
Le second, sont les grands avantages que les eccléfeiastiques retirent de la pauvreté. En voici trois entre beaucoup d'autres, auxquels vous pourrez particulièrement vous arrêter. Le premier est une possession de Dieu plus pleine, plus entière et plus abondante ; car, comme nous venons de dire, Jésus- Christ se donne plus pleinement à eux en échange de ce qu'ils ont tout abandonné pour son amour. C'est ce qu'il dit plus particulièrement aux premiers prêtres de la loi nouvelle, et, en leur personne, à tous les ecclésiastiques qui, imitant leur exemple, se dépouilleraient pour lui de tous leurs biens: Vos qui reliquistis omnia , centuplum accipielis. {Mattli. XIX, 29.) Car qu'est-ce que ce centuple qu'il leur promet en récompense de leur détachement, sinon la possession qu'il donne de lui-même à proportion qu'on se détache pour son amour ? C'est ainsi que les saints Pères l'expliquent: Iste enim Deiim possidere incipit. — Ea est portio quant tcrrcnœ partes adœquare non possunt... An non centuplum liubet qui implclur spiritu, et Chrislum hubel in pectorc? \o\Ia la récompense que reçoivent les ecclésiastiques dès celle vie : s'en peut-il voir une plus grande ? c'est le premitîr avantage que leur procure la |)auvreté.
Le second, qui nous est encore rapporté par les wints Pères, est une entière liberté d'esprit ([n'ap-
porte avec soi le dénûmenl des biens du monde. Une àme dont le cœur est plein de l'affcclion des biens du monde n'est jamais' en repos; elle est toujours inquiétée, toujours embarrassée, toujours agitée ; rien ne la contente ; et gémissant sous le dur empire de la cupidité qui la lient esclave, elle ne peut trouver une parfaite paix ; elle est comme ces personnes qui élaienl autrefois condamnées aux métaux; elle souffre d'étranges martyres, et ne trouve point de relâche dans ses travaux et dans ses peines. C'est le motif dont se sont servis les saints Pères pour en détourner les ecclésiastiques. Mais ajoutons, pour le fortifier, que lorsque, par l'amour de la pauvreté et par le détachement des biens du monde, elle se sent délivrée de celte servitude, qu'elle se voit dégagée de la tyrannie de sa convoitise sous laquelle elle gémissait, et que, déchargée du poids de ses richesses, elle voit ([u'elle respire avec une pleine liberté, qu'elle s'élève à Dieu sans peine, qu'elle s'apphque au prochain sans intérêt, qu'elle s'acquitte de ses emplois avec désintéressement, elle entre dans une telle satisfaction, que la joie de son cœur, jointe à la paix que Dieu lui donne, lui fait goûter cent fois plus de consolations dans la disette, qu'elle n'en avait éprouvé dans la plus grande abondance : Pro centupla affcciutim terrenorum spéciale yaudium et pretiosissimœ cliaritatis jucundilas centupla major atque prœclarior. Et voilà la félicité souveraine de cette vie; mais c'est particulièrement le bonheur des ecclésiastiques pauvres que les saints Pères appellent pour ce sujet bienheureux dès cette vie: Beati filii quorum tola est in charitate patris stibstantia, beati filii quibus tota manet in obseqtiio patris et in ejus cullura possessio.
Enfin, le troisième avantage que les ecclésiastiques reçoivent de la pauvreté est la force tout extraordinaire qu'ils ont dans cet état pour attirer les âmes et gagner les pécheurs. Car enfin, quand on voit un évêque dégagé de tout, qui renonce à tout, qui se prive de tout, il n'y a personne qui ne l'admire, qui ne l'estime, et il n'y a point de pécheur qui ne se rende. Il est vrai qu'il n'y a rien de plus rare, mais il faut avouer aussi qu'il n'y a rien déplus puissant pour enlever les cœurs. Si cxaltatus fucro a terra, disait autrefois le Fils de Dieu, omnia traham ad me ipsum {Joan. xii, 52) : « Quand je serai élevé de la terre, j'attirerai tout a moi. » Je ne m'en étonne pas, dit saint Bernard ; cl moi-même, dit ce saint, j'ose bien dire avec assurance que si j'éutis élevé de la terre, c'est-à-dire si j'en étais bien séparé et tout à fait dégagé, j'enlèverais tout; et il n'y a personne qui ne piU en dire autant. Un ecclésiasliiiue bien séparé de la terre et de tous l<>« biens du monde, il n'y a rieh qu'il ne soit capable de faire, il n'y a personne qu'il ne soit capable d'enlever et de porter à Dieu, quand il faudrait même pour cela faire des n)iracles. Voyez cela en la personne du prince des a|>«)tres : il ne parle pas souvent de la pauvreté, ukus il dit uuc fois qu'il n'a ui or ui ar*^
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gcnt, argentum et aiirum non est milii ; mais voyez mine plus s'il y a des Ames ;\ gagner, mais s'il y a du la conséqnence qu'il en lire, qnod autem habeo, hoc
bien à acquérir; et de là vient que, s'il se présenle
tibi do : In nomine Domiiii Jesu simjc et ambula. (Act. m , 6.) Voilà la suite de sa pauvreté, la puissance de guérir les malades, de faire marcher les boiteux ; il n'y a rien qui ne cède cl ne se rende à lellicace el à la force de la grâce d'un denùment total et d'une parfaite pauvreté. Tels sont les avantages que nous procure celte vertu, et le second motif qui nous engage à son amour.
Enfin, le troisième motif qui doit engager les ecclésiastiques à un grand amour de la pauvreté, sont les périls extrêmes et presque inévitables où ils sont exposés sans cet amour. C'est le motif de saint Hilaire: Periculosa est cura vcUcditcsccre ; ingenti pericuio saccrdotes, qui Ecctesiœ oculi sunl, curis pccuniœ et familiarium renim incretnenli$ occupantur. Les périls en sont très- grands. Je ne m'arrête point ici aux périls où l'on met les âmes, et où l'on expose la gloire et la réputation du clergé, nous en avons assez parlé ailleurs ; je me contenterai de considérer ceux où s'expose l'ecclésiastique même qui n'aime pas la pauvreté : or, il y en a trois terribles : le premier regarde la vocation ; le second regarde les emplois ; le troisième regarde ses actions et toute sa conduite. Péril, 1° pour sa vocation ; car il est en danger évident de ne point s'engager dans celle où Dieu l'appelle ; car enfin, quand on ne sait que faire ni que devenir dans le monde, quand on n'a pas même de quoi y subsister, quand on s'y voit dans une telle indigence qu'on n'y trouve pas même de quoi y pouvoir vivre, et que d'ailleurs on voit quelque bénéfice qu'on peut espérer dans l'étal ecclésiastique , qu'on peut y avoir quelque établissement, ou du moins qu'on y gagnera aisément sa vie, oh I qu'il est difficile de ne pas croire qu'on y est appelé ! et ainsi l'on y entre sans scrupule, et l'on s'y engage facilement sans examiner à fond si Notre-Seigneur y appelle. On croit que c'est assez qu'on y trouve de quoi vivre et ce qu'on ne trouverait pas ailleurs. Au contraire, si Notre-Seigneur appelle à l'état ecclésiastique, et qu'on craigne d'être abandonné de ses parents, qu'ils ne donnent plus la subsistance ordinaire, qu'ils menacent de déshériter, ou qu'on appréhende de n'avoir pas la même part à leurs biens, on n'oserait se résoudre, on s'arrête, et ainsi on n'entre point dans l'état ecclésiastique quand Dieu y appelle, on y entre quand Dieu n'y appelle pas ; et de façon ou d'autre on n'est point dans sa vocation. Voilà où l'on en est réduit quand on n'aime pas la pauvreté. Songez bien à ce (juc c'est que d'être dans un état où Dieu n'appelle pas, et vous verrez jusqu'où va ce premier péril touchant la vocation où l'on se trouve, lorsqu'on n'a pas l'amour de la pauvreté ; péril donc de prendre toute autre vocation que celle où Dieu appelle.
Péril, en second lieu, touchant les emplois, de ne point travailler à ce que Dieu désire : car on ne considère plus que les emplois plus lucratifs, on n'exa-
un bénéfice, la première chose qui vient dans l'esprit est de demander combien vaut-il? Si l'on veut travailler, on ne s'informe que de la récompense qu'on doit attendre, et de la sorte on se met en péril de faire tous les jours toute autre chose que ce que Dieu veut ; car, quand même on voudrait examinersa sainte volonté, on est tellement aveuglé par cette affcctioa de l'or et de l'argent que donne la crainte de la pauvreté, qu'on n'est plus en état de la bien discerner : et comme on n'est plus dans une entière indifférence, parce qu'on ne veut point être dans une si grande pauvreté, on fait toujours pencher la balance du côté qu'on désire, et l'on ne se persuade jamais qu'il appelle où l'on ne trouverait pas de quoi vivre. Et de là vient , qu'en troisième lieu , on s'expose au péril de ne rien faire qui vaille pendant toute sa vie, et de tout perdre à la mort : car 1° que pouvons-nous attendre en ne faisant pas la volonté de Dieu ? C'est ne rien faire que de ne pas faire ce qu'il désire ; 2" N'avons-nous pas sujet, après avoir ainsi agi par la vue de quelque revenu temporel que la crainte de la pauvreté nous a.fait envisager dans nos actions, n'avonsnous pas, dis-je, tout sujet de craindre à la mort cette sentence : Amen, dtco vobis, recepislis mercedetn vestram? (Mattli. vi, 2.) Et enfin, cela étant, examinez bien si ce n'est pas s'exposer à tout perdre que de se trouver en cet état, et voilà pourtant où en sont réduits les ecclésiastiques qui n'aiment pas la pauvreté. Voyez comment vous vous comportez sur cette matière, et si vous avez sujet de craindre; quel sentiment vous avez à l'égard des richesses et de la pauvreté. Vous tenez -vous détaché des biens que vous avez ? Ètes-vous content de ceux que Dieu vous donne ? N'en désirez -vous point, et n'en recherchez - vous point davantage? Etes-vous prêt à vous priver même de ce que vous avez ? En faites-vous usage comme il désire? Donnez-vous tout votre superflu sans en faire aucun amas? Ne vous privez-vous point même quelquefois du nécessaire pour servir vos frères dans l'extrémité de leurs besoins? Examinez sur cela vos sentiments ; confondez-vousdevantDieu, et demandez bien la grâce d'aimer et d'embrasser, à son exemple, la divine pauvreté!...
Troisième point. Coopération. — 1° Résolvez-vous de ne vous attacher jamais aux richesses, et, dans la conviction que la foi vous donne des malheurs qu'elles apportent et de la difficulté de se sauver, renoncez-y même extérieurement, en vous en privant, autant que la providence de Dieu, l'état où il vous met, et ses desseins sur vous peuvent vous le permettre. 2° Si vous ne vous dépouillez pas de tout extérieurement, faites du moins un saint usage de ce que vous aurez, ne réservant jamais de superflu, mais l'employant en aumônes et en bonnes œuvres, sans vous attacher même au nécessaire, étant prêt à tout quitter avec joie, si Dieu le demandait de vous. 5" Pour vous conserscr dans un véritable amour de cette vertu, cher-
chez les occasions d'en pratiquer les actes, comme de vous priver volontairement de quelques petites' commodités, d'être bien aise quand quelque chose vous manque, bien loin d'en murmurer, vous en plaindre ou en devenir chagrin ; vous servir dans vos habits, vos meubles, votre manger, des choses les plus communes et nécessaires.
Remerciez Priez. . . . Offrez
Bouquet spirituel. — Tuas opes in ■pauperum varios usus dispensa ; de te illud dicatur : « Dispersit, dédit pauperibus ; justitia ejus vianet in sœculum sœculi. » (S. Hier.) — Qui volunt diviles fieri, incidunt in tentationem et laqueum diaboli, et desideria tnulta inulilia et nocivaquœ mergunt homines in interitum et perditionem. {/ Tint, vi, 9.) — Quam difficile est diviles intrare in regnum cœlorum ! {Luc. xviu, 25.)
XVIP MÉDITATION.
De l'avarice des prêtres.
1* Mettez-vous en la présence de Dieu par un acte de foi et d'adoration. — 2° Renoncez à vos péchés et à vousmême pour vous unir à Jésus-Christ, et pour paraître en son nom, en sa personne devant la majesté de Dieu son Père. — 3° Invoquez son divin Esprit sur vous, et renoncez au vôtre.
Premier point. Adoration. — Adorez Notre-Seigneur Jésus-Christ dans les belles leçons qu'il nous donne contre l'avarice, et considérez particulièrement comme Jésus-Christ vous instruit sur l'affection trop grande et le désir déréglé des biens du monde. Il avait tout droit sur les richesses ; il en était le Dieu, le Seigneur et le maître ; il pouvait les posséder avec équité, les retenir avec justice, les dispenser ou s'en servir avec empire ; et néanmoins à peine a-t-il voulu en avoir pour ses propres usages, et il passe sa vie dans un dénûment si universel de toutes choses, que, comme il dit lui-même, Filius autem Iwminîs non habet ubi caput suum reclinet. (Matth. v, 20.) Oh ! la belle leçon qu'il vous propose 1 Considérez-le avec respect dans cet état ; écoutez bien l'instruction qu'il vous y donne, et vous trouverez qu'il vous y dit encore hautement ce qu'il dit autrefois à ses apôtres : Videte et cavete ab omni avaritia. {Luc. xii, 15.) Car que peutil y avoir de plus efficace pour vous ôter cette grande attache aux biens du monde et régler l'ardeur de vos désirs, que de voir le Fils de Dieu se dépouiller de tout pour l'amour de vous, et vous dire ensuite : Prenez-y garde, et veillez avec attention pour tous préserver de toute sorte d'avarice : Videte et cavete ab omni avaritia ? (Ibid.) Prenez-y bien garde, dit saint Augustin ; mais à quoi prendrez-vous garde ? Faites attention que c'est votre maître, votre Sauveur, votre avocat et votre juge qui vous parle de la sorte, qui vous instruit, qui vous commande ; prenez garde que vous ne devez pas lui refuser vos devoirs ; et prenez garde, outre ces devoirs, de ne pas lui refuser celui de la créance et de la fidélité qu'il vous demande ; c'est ce que vous tâcherez de faire présentement, et la grùcc par-
ticulicre que vous lui demanderez : i Cavete, » inquit, < ab omni avaritia, > prœcipit nobis veritas quœ non fallilur ; audiamus, timeamus, caveamtis ; non enim leviter habendum quando Dominus noster Re~ demptor, advocalus, judex, etc., non est levé quando dicit : Cavete ; novit ille quantum sit mali, nos non novimus , illi credamus : Cavete, inquit. (S. Auc, serm. 196.)
Deuxième point. Communion. — Pour vous préserver de l'avarice, suivant l'avis de Notre-Seigneur : Cavete ab omni avaritia, et pour vous mettre en état de ne tomber jamais dans ce péché que saint Grégoire met parmi les irrégularités qui rendent un homme indigne du sacerdoce, et qui pourtant a presque infecté présentement tout le clergé, et qui règne malheureusement presque dans tous les prêtres, considérez les motifs particuliers qui peuvent vous obliger, comme ecclésiastique, de le fuir de tout votre cœur. 11 y en a trois considérables auxquels vous pourrez à présent faire attention.
Le premier sont les soins et la vigilance de l'Eglise pour empêcher que ses ministies ne soient coupables de ce crime : ces soins sont remarquables, et elle fait paraître en quatre choses le grand désir qu'elle a de les en préserver. En premier Heu, elle fait paraître ses soins et ses désirs par les avis qu'elle donne aux ecclésiastiques sur ce sujet. Car, 1° en qualité de bonne mère elle les avertit de fuir l'avarice, de veiller sans cesse pour ne point se laisser surprendre au vain éclat de l'or et de l'argent, d'être très-fidèles à éteindre toutes les convoitises des biens de la terre, et d'apporter tous leurs soins pour en étouffer jusqu'au moindre désir. 2° Afin qu'ils apportent pour cela toutes les précautions imaginables et qu'ils ne négligent rien pour s'en défendre, elle leur dit de le fuir comme la peste, c'està-dire comme la chose du monde dont on se préserve avec plus de soins. Voyez ce que l'on fait en temps de peste ; quelles appréhensions ! quelles précautions 1 quelle vigilance 1 quelle fuite ! C'est ce que l'Eglise vous avertit de faire pour l'avarice, qu'elle déclare être la plus dangereuse de toutes les contagions. 5° Elle leur dit que s'ils ne l'évitent soigneusement, ils seront bien plus coupables et bien plus sévèrement châtiés que les laïques auxquels ils devraient donner bon exemple. D'où vous pouvez conclure que si les avares, comme dit saint Paul, même les laïques, n'entreront jamais dans le royaume des cieux, et si ce vice en eux les engage :\ la damnation et à des peines éternelles, que ne doivent point craindre les ecclésiastiques qui en sont coupables I ne doivent-ils pas attendre un jour de terribles châtiments ? Et s'il y en avait de plus grands que l'enfer, ne seraient-ils pas réservés pour 1h punition de leur avarice ? Mais comme il n'y en a point de. plus redoutables, ne peuvent-ils pas du moins être bien assurés que dans l'enfer la plus sévère de toutes les damnations leur sera réservée ? Voilà la première marque des soins de l'Eglise pojir
\ous préserver de i'avarice,
qu'elle vous donne sur ce sujet, cl sur lesquels vous
ferçz attention.
La seconde marque de ses soins et de son désir est la manière dont elle nous fait paraître ce péché; car elle nous le représente comme le plus opposé aux principales et plus essentielles obligations des ecclésiastiques. L'ecclésiastique a trois obligations indispensables : 1° A l'égard de Dieu, il est chargé de son culte et de sa religion ; c'est son affaire que de s'y appliquer incessamment. 2° A l'égard de soimême, il doit se conserver dans une grande perfection ; car il en est donné au peuple comme le modèle. 5° A l'égard du démon, il doit détruire son règne et anéantir son empire ; car il a été choisi pour achever celte œuvre. Voilà les trois grandes et fondamentales obligations des ecclésiastiques. Or, c'est à quoi s'oppose directement l'avarice et les trois vues que TEglise nous en donne. Car, 1° elle nous propose ce vice, après l'apôtre saint Paul, comme une idolâtrie : Avaritia, quod est idolorum servitiis {Col. III, 5) : or qu'y a-t-il de plus opposé à la religion et au culte de Dieu dont le soin nous est commis ? Rien ne le prolane d'une manière plus infâme ; le libertinage s'en moque, la superstition le corrompt, mais l'idolâtrie le détruit entièrement; et entre toutes les sortes d'idolâtries, il n'y en a point qui le détruise d'une manière plus honteuse que l'avarice qui fait que l'on rend à l'or et à l'argent, c'est-à-dire à un peu de terre et de boue, les honneurs qui ne sont dus qu'à Dieu seul, et qui fait qu'on lui sacrifie sa vie, ses travaux, son âme et son salut. 2° L'Eglise nous représente l'avarice comme la source de tous les péchés et comme la racine de tous les vices. Or quelle idée pourrait-elle nous en donner qui fût plus opposée à l'obligation que nous avons à l'égard de nous-mêmes? Un ecclésiastique doit être saint, puisqu'il est donné au peuple comme un modèle de sainteté, de toutes sortes de vertus : or, que peut-il y avoir de plus opposé à l'obligation d'avoir toutes les vertus, que de porter en soi le germe et la source de tous les vices? 3° L'Eglise nous expose l'avarice comme un piège de l'ennemi et un filet du diable : or qu'y a-t-il de plus contraire à ce que doivent faire les ecclésiastiques contre le démon? Ils doivent le combattre et détruire son règne et son empire, et l'avarice fait qu'ils en sont eux-mêmes les esclaves et les captifs. Rien donc de plus contraire aux obligations fondamentales des ecclésiastiques, que l'avarice selon les vues que l'Eglise nous en donne ; et c'est la seconde marque de ses désirs et de ses soins, et ce qui doit vous en donner horreur.
La troisième marque est qu'elle interdit même aux ecclésiastiques tout ce qui a coutume d'entretenir l'avarice, ou ce qui la fait naître plus ordinairement panni les hommes. Car, 1° elle leur retranche toute sorte de trafics, de marchandises, de négoces, et toutes ces occupations, ces emplois, ce commerce
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les avis importants d'affaires séculières qui sont presque inséparables do
l'avarice. 2° Elle ne peut souffrir même que par quelque voie que ce puisse être, ils s'enrichissent à son service, jusque-là qu'elle punit quand elle voit des ecclésiastiques plus riches dans le clergé qu'ils n'avaient été dans le monde avant de s'engager dans cet état. 5° Elle ne veut pas même qu'ils fassent des provisions et des amas de leurs biens, si ce n'est pour la nécessité des pauvres et pour subvenir à leurs besoins; et saint Augustin ajoute qu'il ne nous est pas permis d'avoir de l'argent en réserve : Entliecam nobis habere non licet. (S. AuG. serm. 4, 6, De divit.) A" Pour leur ôler toute attache à ce qu'ils possèdent, elle désire qu'ils soient sur ce point dans un tel dégagement, qu'ils ne s'en considèrent que comme les économes, les dispensateurs, et jamais comme les propriétaires et les maîtres. N'est-ce pas là un remède des plus souverains contre l'avarice ? et c'est la troisième marque du désir de l'Eglise pour en préserver les ecclésiastiques.
Enfin, pour quatrième marque elle leur témoigne qu'ils doivent être tellement éloignés de ce vice, qu'ils n'en aient pas seulement l'apparence et le soupçon : Ab ecclesiastico ordine omnis avariliœ sU' spicio abesse débet. {Conc. Trid., sess. 21 De reformatione, c. 1.) C'est pourquoi dans les aumônes ef. rétributions qu'ils reçoivent pour leurs travaux, dans les droits mêmes qui leur sont dus, dans les avis qu'ils donnent aux peuples touchant lesoblalions O'i les autres redevances que la religion leur prescrit de rendre à leurs pasteurs et à l'Eglise, en un mot, dans toutes les circonstances de leur conduite, ilî doivent se comporter avec une telle douceur, un tel désintéressement, une telle charité, une telle condescendance, qu'on n'y puisse pas même remarquer aucune ombre, ni apercevoir le moindre trait d'avarice : Ab ecclesiastico ordine otnnis avarilice suspicio abesse débet. Voilà les soins et les précautions de l'Eghse pour vous donner horreur de l'avarice. Considérez-les avec attention, et vous trouverez assurément dans cette conduite d'une si bonne mère, un puissant motif pour vous défendre de ce vice.
Le second motif qui doit vous donner une étrange horreur de l'avarice, sont les grands désordres, les horribles sacrilèges, les épouvantables abominations que produit dans l'Eglise l'avarice des ecclésiastiques. 11 y en a un très-grand nombre qui sont terribles : vous vous arrêterez seulement à trois plus considérables. Le premier est la perte des âmes; elles se damnent par milliers, pour ne plus trouver dans les prêtres avares les assistances et les secours nécessaires à leur salut ; car l'avarice fait, 1° que la plupart ne s'appliquent plus à rechercher les moyens de gagner des âmes ; ils ne travaillent plus à leur conversion ; tous leurs soins aboutissent à amasser de l'argent, et ils ne songent plus qu'à augmenter leurs revenus. Ainsi quoique plusieurs aient du talent pour la prédication, quoiqu'ils ne manquent pas de
lumières, quoiqu'ils fussent capables de faire de grands fruits dans l'Église, et de ramener beaucoup de pécheurs par l'administration des sacrements, de la parole de Dieu et par les autres fonctions de leur ministère, néanmoins on voit que toute leur vie se passe inutilement dans les intérêts d'une famille, dans l'embarras de leurs affaires, dans la poursuite de leurs procès, dans l'administration de leurs revenus ; quelquefois même les années s'écoulent dans
des saints, que les prêtres mériteraient d'être chassés du sacerdoce comme en étant indignes. 2° De là vient encore qu'on ne craint plus de les administrer aux impudiques, et de les mettre entre les mains profanes et sacrilèges, et de les traiter avec irrévérence. On absout des impénitents, on réconcilie des endurcis, on communie des indignes, on couvre tout, on pallie tout, on cache tout sous l'éclat d'un peu d'or ou d'argent qu'on espère, et on se laisse aveugler
des assujettissements et des servitudes honteuses où par l'infâme intérêt de quelque récompense qu'on
il y a quelque cure à attendre, quelque récompense à espérer, et cependant les àmcs périssent en foule; elles cherchent du secours et ne trouvent personne qui les assiste : d'-où vient cela ? de ravarice des prêtres qui leur fait chercher d'autres emplois qui soient plus lucratifs. Mais, en second lieu, quand ils s'appliquent même à servir les âmes, l'avarice fait qu'ils ne se mettent guère en peine de les gagner à Dieu ; car comme ils ont leurs intérêts en vue, et que c'est leur principale intention, ils ne s'en embarrassent pas beaucoup, pourvu qu'ils s'enrichissent et qu'ils y trouvent leur compte. De là vient que, si ce sont des pauvres qu'on conduit, on les néglige, on les abandonne dans les moindres dilficultés, et on les laisse vivre sans instruction et mourir sans secours ; que si ce sont des riches, on les flatte, on cherche à leur complaire, on condescend à leurs passions, on couvre leurs défauts, ou pallie leurs vices, on corrompt l'Evangile, quelquefois même sans y penser, on les laisse vivre dans le désordre et mourir dans le péché. D'où vient cela? on le voit tous les jours, on ne veut pas perdre sa récompense : on en a reçu de bons présents, et l'on en espère bien d'autres. 5° Quand même ils travaillent dans l'Église, quand ils y travaillent pour sauver les âmes, l'avarice fait encore qu'ils les perdent par le mauvais exemple ; car comment persuaderont-ils le mépris des richesses et le dégoût des biens du monde, n'en étant pas eux-mêmes persuadés ? Comment retirer les âmes qui s'y perdent, nous y trouvant nous-mêmes enveloppés? Enfin, est-il difficile que les âmes se croient en sûreté au milieu de l'affection déréglée des biens du monde, quand ils voient une avarice insatiable régner dans les prêtres? Ainsi l'avarice dans le clergé cause la perte d'une infinité d'âmes : c'est le premier malheur qu'elle apporte dans l'Eglise.
Le second est qu'elle profane les sacrements et les mystères, et tout ce qu'il y a de plus vénérable, de plus saint et de plus sacré dans la religion; car cUa met tout à prix d'argent; elle fait tout entrer dans le commerce ; et de là vient, 1° qu'on achète les bénéfices, qu'on vend les sacrements, qu'on marchande les choses saintes, qu'on ne les donne plus que pour un certain prix, qu'on ne dit [dus même la sainte Messe que pour gagner de l'argent, cl mille autres abominations qui font souvent que la religion ne passe plus dans l'esprit des peuples que pour un coramcrcc infâme, cl qui font, dans le sentiment
en attend; et de là vient, en troisième lieu, qu'on n'épargne pas même le Fils de Dieu, qu'on étend jusque sur lui sa passion, qu'on le vend, qu'on le livre entre les mains de ses ennemis, en un mot, qu'on met à prix comme fit Judas le sang de Jésus- Christ pour en retirer quelque profit. Quel excès de fureur ! quelle abomination ! quel sacrilège ! Et néanmoins n'est-ce pas ce que font les prêtres avares, qui, pour un misérable intérêt de quelques deniers, le sacrifient sur l'autel seulement pour y gagner leur vie, et ne craignent point de le donner aux fidèles quoique peu préparés, pour ne pas perdre le pain quotidien qu'ils en attendent! Voilà le second malheur que produit dans l'Eglise l'avarice des prêtres, la profanation des sacrements, des mystères et de Jésus-Christ.
Enfin, le troisième malheur est la diffamation du clergé, qu'elle cause en trois manières : 1" en faisant paraître les ecclésiastiques intéressés, ce qui fait qu'on ne prend plus en eux aucune créance, et que ne les considérant plus que comme des profanes qui cherchent à s'établir sur la terre, on s'en défie, on les a pour suspects, et on ne conserve plus l'estime et le respect qui sont dus à leur éminenle dignité, 2° En faisant qu'eux-mêmes se rabaissent à des emplois vils, abjects, et à des occupations profanes, serviles et honteuses àleurministère, et à la dignité de leur ordre : on ne les considère dans les maisons des séculiers que comme des serviteurs ; on ne le» met aussi qu'au rang de ceux qui tiennent le der-; nier Heu dans une famille; on les traite, en un mot, du dernier mépris. 5° En faisant que cette pureté, cette sainteté, cet éclat qui rend le clergé vénérable à tous les peuples par réminence de ses vertus, et terrible à ses ennemis par la vigueur et le bel ordre de sa conduite, soit tout à fait obscurci par les usures, par les simonies, par les injustices, par les trafics honteux, des commerces infâmes et surtout par le renversement de toute la discipline ecclésiastique et de tout l'ordre de l'Eglise. Car c'est ce que l'on voit présentement confondu et presque tout aboli d'une manière épouvantable, par l'avarice insatiable des prêtres, qui convertit les prophètes en magiciens, les apôtres en démons, et (jui fait, selon le dire d'un grand Pape, que la maison de Dieu devient une caverne de voleurs, et qui donne sujet à l'Église de se plaindre d'être ainsi traitée par ses propres enfants. Examinez seulement ce que vous en rcinaruucz tous les jours et vous serez forloment con-
MEDITATIONS ECCLESIASTIQUES
vaincu des maux que cause dans l'Eglise ravarice des ecclésiastiques, et du second motif qui vous oblige de l'éviter.
Le troisième motif sont les châtiments de Dieu sur les ecclésiastiques avares; ils sont épouvantables. En voici trois exemples que vous considérerez à loisir. Le premier est celui de Giezi qui, étant serviteur d'un prophète, nous est une figure des clercs qui sont sous les prêtres dans les ministères inférieurs. Il prit quelque argent d'un prince qu'Elisée avait guéri, et aussitôt il fut puni d'une lèpre incurable. Le second exemple est celui de Judas qui figure ceux qui sont dans l'Eglise élevés aux ministères supérieurs. L'avarice le fait tomber dans l'oubli de Dieu, disent les Pères, de l'oubli dans la trahison de son Maître, de la trahison, dans une mort épouvant.ible, et de la mort dans l'enfer. Le troisième Gsi celui des enfants du grand prêtre qui nous figurent ceux qui sont dans les ministères sacrés. Ils se laissèrent aller à l'avarice, et, possédés de cet esprit, ils voulurent un jour tirer quelque profit d'un sacrifice qu'ils offraient, et prendre ce que les règles de ia Synagogue ne leur permettaient pas, et dans cet instant ils périrent misérablement par les flammes de la justice divine, et furent ensevelis tout vivants dans l'enfer, pour s'être laissés consumer auparavant eux-mêmes par leur propre convoitise. Voilà le châtiment de l'avarice, 1° pendant la vie, séparation et délaissement de Dieu ; c'est ce que désigne la lèpre ; 2° à la mort, le désespoir ; c'est ce que représente l'abandon de Judas; 5" dans l'éternité, l'enfer ; c'est ce qu'exprime la raort des enfants du grand prêtre. N'est-ce pas assez pour vous faire craindre ce vice ?
Peut-être croyez-vous que, quand vous en seriez coupable, vous n'auriez pas tant sujet de la craindre, parce que vous ne vous laisseriez point aller à de si grands excès : Judas l'aurait bien cru comme vous, dans le commencement ; mais vous y serez trompé comme lui, si vous ne l'étouffez de bonne heure. C'est un feu que l'on n'éteint pas comme on veut, quand il est embrasé. Il va plus loin qu'on ne gneur Jésus-Christ vous instruisant avec une charité
nuiis par quelque voie que ce puisse être. Que si la Providence vous en donne , considérez-vous en comme l'économe, et non comme le maître ; mais si elle ne vous en donne point, ne vous en mettez pas on peine : Non enim in nbimdantia liomiuis , viu. ejus, dit Notre-Seigneur, mais vita m voluiUate ejus. (Luc. XII, 15.) 3" Ne faites point d'épargnes et d'à mas inutiles des biens que vous avez , mais dépensez-les en bonnes œuvres autant que vous en aurez le moyen : Non entm solus avarus est qui rapit , sed eliam ille avarus est qui cupide servat sua. (S. AuG., serm. 19G, De temp.)
Remerciez.... Priez.... Offrez....
Bouquet spirituel. — IncUna'cor meum intestin monia tua , et non in avaritiam. Ignominia sacerdotis est propriis studere diviliis. (S. Hieron.) — Cavendum est summopere a sacerdotibus ut ab avariliœ peste quœ est idolorum servitus, et a cupidilate quœ radix omnium malorum est , suosque sectatores a re^ gtio Dei excludunt , se compescant. {Concil. Paris., sub Ludov. et Loth.) — Omnis fornicator, aut immundtis, aut avarus non habel hwrcditalcm Cliristi et Dei. {Eplies. v, 8.) — Dives effectus sum, inveni tnilii idolum. {Ose. xii , 8.) — Argcntum et aurum sunl simulacra avarorum ; avaritiu per universa vitia animam supplantât. (S. Grec, Paslor.) — Avaritia re-. ccptaculum omnium vitiorum, inextricabilis nequitiœ fomcs. (Lass. ) — Clericum ex inope divitem faetum quasi quamdam pestcm fuqe. (S. Hieron., ad Nepol.) — Animarum salutem inquirere sacerdos , non tuera terrena débet. {Concil. Cabillon.) — Qui stipendia Ecclesice in suos convertit usus, scriba est et pharisœus, similisque .Judœ perdito. {Concil. Paris, vi, an. 829.)
XVllP MÉDITATION.
Dm bon usage que les ecclésiastiques doivent faire de leurs biens.
i° Adorez Dieu que ia foi vous découvre ici présent. — 2° Unissez-vous à Jésus-Clirist et renoncez à tout vousmême.— 3° Invoquez son Esprit, el renoncez au vôlre.
Premier point. Adoration. — Adorez Notre-Sei-
pense, et comme ce vice n'a point de bornes, point de limites, qu'il n'y a point de considérations qui l'arrêtent, point de lois qui le retiennent ; qu'il n'y a rien de si saint, de si sacré qu'il ne viole, vous en devez tout craindre, si vous ne l'étouffez dans sa racine, et si vous n'apportez tous vos soins pour l'éviter en tout.
Demandez-en particulièrement la grâce à Notre- Seigneur, et confondez-vous devant lui de n'avoir pas été sur ce point assez vigilant et fidèle par le passé.
Troisième point. Coopération. — i° Résolvez-vous de renoncer à l'affection des richesses et à l'amour de tous les biens du monde ; et pour cela n'en parlez jamais'avec estime , et considérez souvent les malédictions de l'Evangile sur ce sujet, afin de vous accoutumer à leur mépris. 2° N'en recherchez ja- ORcvRES coMPL. DK M. TI'.o^so^. 1.
toute particulière de l'obligation de faire un saint usage de vos biens. Non-seulement il vous en donne l'avis dans lEvangile : Faites, dit-il, des aumônes du bien que vous avez. « Quod superest date eleemosynam.i {Luc.w, 41.) Employez vos richesses«n bonnes œuvres ; faites-vous-en des amis pour le ciel ; non-seulement il promet de grandes récompenses à ceux qui suivront cet avis', le pardon de leurs péchés, la sainteté, le paradis : Redime iniquitates tuas misericordiis pauperum. {Dan. iv, 24. j — Beneficen-, ticB et commutiionis nolite oblivisci ; ialibvs entm lios-tiis promeretur Deus. {Hebr.wu, 16.)— Venife, bene^ dicti Patris mei,possidete regnum, etc.; esurivienim, et dedislis mihi manducare {Matth.%\\, 34, 55); mais encore il faut connaître les châtiments de ceux qui n'y seront pas fidèles ; car il propose plusieurs paraboles sur ce sujet , et dans toutes, selon la re-
marque de Vaint Chrysostome, celui qui n'a pas bien usé de son argent est puni. Les vierges, dit ce saint, n'ont pas ravi le bien d'autrui, mais elles n'ont pas donné le leur ; celui qui cache son talent dans la terre n'a pas dérobé ce qui était à un autre, mais il a manqué à faire profiter ce qu'on lui avait mis entre les mains ; et ceux qui n'ont rien donné à ceux qui avaient besoin de pain, ne sont pas tourmentés pour avoir usé d'exactions et de rapines, mais parce qu'ils n'ont point fait part de leur biens aux nécessiteux.... Après tout, il déclare que c'est la grande source de la damnation des réprouvés. Remerciez ce divin Sauveur de cette importante leçon qu'il vous donne , et rendez-lui vos autres devoirs dans la vue de la bonté qu'il a pour vous et des soins particuliers qu'il prend de vous instruire.
Second point. Communion. — Pour faire connaître plus en détail l'obligation que vous avez de faire un saint usage de vos biens , et d'employer en bonnes œuvres tout ce que vous pourrez de votre revenu, et même des fruits de vos travaux , arrêtez-vous avec attention aux trois réllexions suivantes; elles vous fourniront trois puissants motifs pour vous en faire connaître l'importance.
La première regarde les grands besoins qui sont à présent dans l'Eglise, à quelques-uns desquels vous pourrez assurément remédier, si vous employez pour cela une partie de votre bien. Approfondissez un peu cette première réflexion , et voyez combien de personnes qui se perdent , combien de créatures qui s'abandonnent , combien de Catholiques qui se pervertissent, combien de fidèles, en un mot, qui se damnent par la tentation de la nécessité, et tout cela parce qu'ils n'ont pas de quoi se retirer do la misère. Il y a des royaumes entiers dans l'aveuglement, de grandes provinces dans l'ignorance, des viiics considérables dans le désordre , des diocèses dans l'abandon total , pour ne pas y trouver de quoi entretenir de saints prêtres, y envoyer de fréquentes missions , y retenir de bons curés. Ne voit-on pas même partout quantité d'ecclésiastiques ignorants, paresseux , vicieux , qui sont un scandale à l'Eglise non-seulement par un fond de libertinage qui les dérègle, mais pour ne pas trouver des communautés qui soient assez fondées pour les recevoir, et qui aient assez de revenus pour faire cette dépense? Ne voit-on pas, d'ailleurs, dans beaucoup de lieux, quantité de paroisses délaissées, d'églises très-mal servies ou tout à lait ahandonnées, des lieux saints tellement négligés qu'à peine sont-ils en état, par un excès de pauvreté, qu'on puisse y faire les saints Ollices et y célébrer les adorables mystères , et où même Jésus-Christ se trouve dans un état qui fait horreur ? Enfin , combien de grandes œuvres qui pourraient remédier à uJie partie de ces désordres, demeurent sans succès I Combien de saintes entreprises qui échouent! Combien d'admirables desseins qui ne sauraient éclorc pour n'y avoir personne (lui
ŒUVRES COMPLETES DE M. TRONSON. 80i
qui y sont nécessaires! Je ne parle point en détail du soulagement des pauvres dans leurs nécessités corporelles qui sont extrêmes : les spirituelles sont encore plus touchantes ; vous en voyez assez tous les jours , vous n'en savez que trop et des unes et des autres : il est impossible que vous en doutiez , pour peu que vous vouliez y faire attention. Or il est impossible aussi que vous doutiez que vous pourriez aisément remédier à une partie de ces désordres, et sulfire au moins à quelques-uns de ces besoins, si vous vouliez y employer une partie de voire bien. Car enfin, qu'est-ce qui vous empêcherait de donner quelque chose dans une paroisse pour y avoir un saint ciboire, pour y acheter quelques ornements, pour aider à y entretenir un bon prêtre, pour y avoir un maître d'école, pour y faire une mission , pour y assister les pauvres , pour y secourir les abandonnés, pour y avoir soin des misérables ! Si vous ne donnez que du pain, dit saint Grégoire de Nysse, un autre pourra donner du vin , un autre un habillement ; ainsi la nécessité , qui ne pouvait être soulagée par le secours d'un seul, cessera au moins par la charité de plusieurs. Moïse même , continue ce saint , ne reçut pas d'un seul homme , mais de tout le peuple, ce qu'il employa au tabernacle. Les uns donnèrent de l'or, les autres de l'argent, selon qu'ils étaient plus ou moins riches, et les pauvres mêmes donnèrent des peaux : Panperes vero vel pelles, vel pilas caprarum. {Exod. xxxv, 2G.) Si dans les nécessités pressantes on ne voit pas que tout le monde contribue de la sorte, et qu'ainsi on ne puisse pas remédier à tous les besoins de l'Eglise , du moins y aura-t-il quelqu'un de soulagé par eeque vous donnerez. Ainsi laissez faire les autres; mais, soit qu'ils contribuent ou ne contribuent pas, voyez toujours ce que vous pouvez faire de votre part, c'est la première réflexion à laquelle vous devez vous arrêter ; il y a des besoins auxquels vous pourriez remédier en y donnant de votre bien ; pensez-y sérieusement.
Mais ensuite pour une seconde réflexion, méditez bien que si vous pouvez remédier à quelqu'une de ces misères en donnant une partie de votre bien, comme vous ne doutez pas que vous ne le puissiez, vous êtes obligé de le faire, et vous ne sauriez vous en dispenser sans péché. Approfondissez bien cette seconde réflexion. Or voici trois ou quatre fondements qui vous y serviront, et auxquels vous pourrez vous arrêter. 1" Quand la misère du prochain est extrême, et qu'on peut y apporter quelque remède, tous les saints Pères, tous les docteurs, tous les casuislos universellenienl demeurent d'accord (lu'on est obligé sous peine de péché de le secourir. Pour lors l'assistance qu'on lui donne n'est plus simplement de conseil, elle est de précepte; ce n'est plus seulement une œuvre de miséricorde, c'est une action de justice ; ce n'est plus une œuvre de surérogalion, c'est nue auivre d'obligation, c'est-à-
veuille contribuer à la dépense et fournir, aux frais dire, en un mot, qu'on ne peut y manquer sans
crime : Si non pavisti , occidhti Je;ui le ilil en termes formels, c'est un article de foi : Qui liabncrit substanliam liujns viundi, et viderit fralrem siium nccessitiitem habere , et clauserit visccra sua ab eo, quomodo charitas Dei manet in eo? (I Joan. ni, 17.) Or vous demeurez d'accord que, dans le temps où nous sonunes, il y a des uiisères et des besoins extrêmes dans l'Eglise, auxquels nitMne vous pourriez remédier en y employant votre bien ; la réflexion précédente ne vous permet pas d'en douter, et vous n'en connaissez que trop de cette nature ; avouez donc que vous êtes coupable, si vous ne l'employez pas à ce dessein, et si vous manquez d'en faire un saint usage. 2" L'obligation eu est d'autant plus étroite, que ce ne sont pns ici seulement des misères corporelles, mais il y en a beaucoup de spirituelles, dont le soulagement est d'une obligation d'autant plus grande, qiie rànie est plus noble que le corps, la grâce plus excellente que la nature, la vie divine plus relevée que la vie naturelle. Si donc, dans une extrême misère corporelle qui n'est pourtant que naturelle, qui ne fait souffrir que le corps, qui ne peut le priver que d'une vie misérable, on est obligé néanmoins d'y apporter tout le soulagement que l'on peut, que sera-ce de le refuser dans les misères spirituelles qui vont à tourmenter l'âme, à lui ravir la grâce, à étouffer sa vie divine ! Jugez de ce que peut être ce crime au jugement de Dieu. 3° Ou votre bien est un bien de l'Eglise, ou quelque autre bien. Si c'est un autre bien, soit que vous l'ayez eu par succession, soit que vous l'ayez acquis par vos travaux, vous ne l'avez, à le bien prendre, qu'en dépôt; vous n'en êtes que le dispensateur. Dieu seul en est toujours le premier maître ; et, s'il vous le donne, c'est, dit saint Chrysostome, et avec lui tous les saints Pères, avec cette condition, qu'après en avoir pris ce qui est nécessaire pour vous et votre famille, si elle est dans le besoin, vous donnerez le reste aux pauvres, vous en secourrez les misérables, vous en assisterez l'Eglise dans ses besoins ; en un mot, c'est à la charge que vous l'emploierez ea bonnes œuvres ; et si vous vous persuadez, dit ce saint , qu'il n'y ait que les biens ecclésiastiques qui portent cet engagement, et que Dieu vous les ait donnés à cette charge, vous ne connaissez pas bien ni les desseins de Dieu qui vous les donne, ni vos propres obligations. Il faut en faire un saint usage , et si vous ne les employez de la sorte, sachez qu'il n'y a pas moins de mal, dans le sentiment des saints Pères, à ne pas revêtir un homme nu, qu'à lui dérober son vêtement, à ne pas lui donner le pain qui lui est nécessaire, qu'à lui ôter celui qu'il a, en un mot, à ne pas vouloir lui donner ce qui lui appartient , qu'à le lui enlever contre sa volonté : comme votre bien vous est donné à condition de le donner dans les grands besoins, le superflu en appartient aux pauvres, aux misérables, à l'Egnse ; ensoric que si vous le refusez, vous commettez,
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(S. AiG.) Saint disent les saints, une injustice. Un larcin, une rapine, et, selon saint Grégoire de Nysse, vous êtes un tyran, un inhumain, un barbare, un crud, ou plutôt une bêle farouche, carnassière, insatiable, plus avide, plus impitoyable que les bêtes. Que si vos biens sont des biens ecclésiastiques, il est constant que si vous ne les employez pas en bonnes œuvres, outre les crimes que nous venons de dire, vous y ajoutez encore le sacrilège. Car ces biens sont le patrimoine de Jésus-Christ, le revenu du crucifix, l'héritage des pauvres, comme les nomment les saints, ce que l'Eglise exigeait autrefois avec une telle exactitude et une si grande rigueur, qu'elle ne voulait pas même que les ecclésiastiques qui avaient du patrimoine se servissent pour leurs besoins des biens de l'Eglise, parce qu'elle les regardait uniquement comme le bien des pauvres pour l'usage des- (juels ils devaient être employés. Enfin, de quelque nature que soient vos biens, étant vous-même ecclésiastique, 1" vous devez être comme les nuées, c'est la comparaison même de l'Ecriture. Or les nuées, dit saint Grégoire, ne retiennent point l'abondance des eaux dont elles sont pleines ; mais elles la répandent sur la terre dans ses sécheresses et ses besoins. 2° Vous devez être comme des fontaines publiques où chacun puisse puiser selon ses besoins. 3" Vous devez être enfin comme les époux de l'Eglise , les pères des peuples : secourir votre épouse dans ses besoins, et assister vos enfants dans leurs misères. Voyez après cela si l'obligation que vous avez de faire un saint usage de vos biens n'est pas considérable, et plus grande que vous ne pensez ; c'est la seconde réflexion que vous devez faire.
La troisième réflexion est que non-seulement vous pouvez remédier à ces grandes misères et à ces extrêmes besoins que Ton voit à présent de toutes parts, comme vous l'avez aperçu dans la première réflexion; non -seulement le pouvant vous le devez , comme vous venez d'apprendre dans la seconde ; mais le pouvant et le devan!, vous serez étrangement puni au jugement de Dieu, si vous ne le faites pas ; c'est ce que vous devez considérer à présent. Car, 1° tous les pauvres, tous les misérables, tous les nus, tous les nécessiteux , que vous pourriez assister et que vous n'aurez pas secourus, se trouveront devant le tribunal redoutable et demanderont justice à Dieu contre vous ; ils crieront : Vengeance, justice, point de miséricorde à celui qui n'a po'nt voulu en faire pendant sa vie. Oh ! que ces cris seront à redouter, lorsqu'ils seront portés devant le tribunal et aux oreilles d'un Juge offensé en ses membres, qui dit qu'il écoute les cris des pauvres et les désirs des misérables, qui proteste qu'il ne fera point de miséricorde à celui qui n'aura point voulu la faire. En vain, dit un Père de l'Eglise, les péchés accusent^ devant le tribunal de Dieu celui que le pauvre excuse : Sine causa peccata accusant quem pauper excusât ; mais en vain aussi toutes nos bonnes œu-;
vres nous environnent à la mort , et en vain
paraîtront-elles devant le tribunal de Dieu pour nous défendre, si les pauvres que nous n'aurons pas secourus y sont pour crier justice contre nous et demander vengeance. 2° Il y aura d'autant plus de sujet de craindre pour nous, si nous ne faisons pas un bon usage de notre bien pendant la vie, que tous ces cris se feront contre nous, sans qu'il y ait personne qui parle en notre faveur et qui entreprenne notre défense : Nullus erit qui dicat : Domine, di(jnus cui iijnoscas; dilexit enim (jcntem nostram, et ecclesiam ipsc œdijicavit nobis. Nullus miserebitur ci qui noti est miscrlus. Defensor et intercessor nusquam ullus apparcl. 5° Il se trouvera même abandonné par sa propre conscience, sans avoir aucime excuse, ni même aucun prétexte pour se défendre. Les. laïques ont leurs familles qu'ils veulent établir, des aflaircs qu'il faut terminer, des cliarges qu'il faut soutenir et qui les obligent quelquefois à des dépenses extraordinaires ; ainsi ils ont souvent quelque prétexte d'amasser de l'argent et de ne pas le dépenser aisément ; ceux-même qui en font un mauvais usage, l'emploient souvent à des festins, en des meubles, en des vanités qu'ils croient nécessaires pour soutenir l'éclat d'une famille, pour gagner des amis, pour avoir du crédit dans le monde, pour y conserver la réputation à leurs enfants, et néanmoins, si, pouvant secourir les misérables, il ne le font pas, ils seront inexcusables devant Dieu ; que sera-ce donc d'un ecclésiastique qui est seul, qui n'a ni enfants, ni famille, qui n'a point de charge, et qfti doit n'établir sa réputation que sur la croix et la pauvreté du Fils de Dieu , dont il doit faire toute sa gloire? En vérité, ne serait-il pas tout à fait inexcusable , et que peut-il attendre autre chose, si ce n'est qu'on prononce contre lui cette terrible sentence : Ite in i(jneni œternum ; esurivi, et non dedistis tnilii m(inducare,elQ. {Mattlt. xxv, il.) Judicium sine misericordia ei qui non fecit misericordiam. [Jac. ii, 13.) Qua mensura mensi fueritis, eudcm rcmelielur vobis. [Lnc. vi, 58.)
Craignez ce jugement terrible qui est réservé à ceux qui ne font pas un bon usage de leurs biens. Voyez si, par une trop grande épargne, et pour vouloir vous enrichir et amasser de l'argent à vos proches, ou si par des dépenses inutiles et superflues, ou pour ne pas assez épargner, vous n'êtes pas en danger de le subir un jour, si vous ne changez de conduite. Confondez-vous devant Dieu, d'avoir si mal employé votre bien dans votre vie passée, et demandez-lui la grâce d'en mieux user à l'avenir.
Troisième point. Coopération. — 1" Résolvez-vous de ne plus faire aucun amas d'argent, ni aussi aucune dépense inutile, afin de donner aux pauvres, et d'employer en bonnes œuvres tout votre superflu; il n'est pas à vous, et, en le donnant ainsi, vous ne donnerez que ce que vous devez, 'i" Examiner un peu en détail votre dépense, alin de voir ce que
vous pourriez en retrancher. Car souvent on couvre d'une apparente nécessité ce qui, étant bien examiné, paraît évidemment n'être qu'une pure superfluité. Voyez en particulier dans votre nourriture, dans voire vêtement, dans vos meubles, dans vos domestiques, dans vos divertissements, ce que vous pourriez en retrancher. Vous y trouverez peut-être plus de superflu que vous ne pensez ; mettez-le de côté, non pas pour le garder, ou pour enrichir vos parents, mais pour l'employer en bonnes œuvres. 5° Tâchez de contribuer particulièrement aux œuvres plus délaissées, plus pressées, et dont le fruit vous paraîtra plus considérable.
Remerciez Dieu des grâces qu'il vous a faites dans l'oraison. Demandez pardon des fautes que vous y avez commises. Demandez-lui la grâce d'accomplir vos résolutions. Enfin, mettez le tout entre les mains delà très-sainte Vierge.
Bouquet spirituel. — Bonus pastor animant suam ponit pro ovibïis suis {Jean, x, H ) ; qui non dal pro ovibus suis substantiam suam, qnomodo pro iis daturus est animam sudm ? ( S. Greg.) — Quidquid liabcnt clerici paupcrum est. ( S. Hieron. ) — Clamant nudi, clamant famctici; conqueruntur et dicunt : Nostrum est quod ejfunditis , nobis crudeliter subtrahitur quod inaniter expendilis. Et nos enim Dei plasmatio, et nos sanguine Cliristi redevipti stimus. Nos ercjo fratres vestri : videte quale sit de fraterna portione pascere oculos vestros. Vita nostra cedit vobis in superfluas copias. Noslris necessitatibus dctrahitnr quidquid accedit necessitatibus vestris... Jumcnta gradiunlur onusta gcmmis, et nostra nor. cnratis crura nuda caligulis. Et pauperes modo quidcm coram Deo tantum, cui corda loquuntur. Cœterum in (nturo stabuut in magna constantia adversus cos qui se angusliaverunt, stuJite pro eis pâtre orplianornm et judice viduarum ; ipsius enim tune vox cn7 (.Va«/i. xxv, 45 ) : « Quandiu non feci^tis uni de his minimis meis, nec mifii fecistis. t ( S. Bekn. Ad Ihnric. Senon., epist. 2, c.2.)
Que les ecclésiastiques doivent se détacher et se séparer de leurs parents.
i" Adorez Dieu présent. — 2" Renoncez à vous-même et unissez-vous à Jcïsus-Christ. — 5" invoquez son Dsprit, et renoncez au vôtre.
Premier point. Adoration. — Adorez Notre-Seigneur Jésus-Christ, le véritable modèle de tous les ecclésiastiques et de tous les prêtres, lequel a voulu être et se dire prêtre selon l'ordre de Melchiscdech : Sacerdos sccundum ordinem Melcliisedecli ( Psal. cix, A ) ; qui n'a eu ni père, ni mère, ni généalogie en la terre, et «jui n'a point voulu que l'on fît mention de ses parents dans l'Ecriture sainte, pour nous apprendre que ceux qui veulent avoir quehjue part à son sacerdoce, doivent être i)urifiés de l'alliHlion de leurs itarents, pour a|)parteiiir à une plus sublime parenté ; Sacerdos Dà summi, sine palrr, sine ma-
tre. sine qenealogia assimilatus Filio Dei. ( Hchr. ▼Il, 3. ) Ouvrez donc ici les yeux de la foi, et \ous considérant transféré dans le chrislianisme et dans le clergé, comme dans un nouveau monde, une nouvelle famille, adorez-y Jésus-Christ même comme votre père, aimez l'Eglise comme votre mère, regardci- les ecclésiastiques comme vos frères. Remerciez Notre-Seigneur de vous avoir appelé dans Une si sainte famille ; mais considérez que c'est à condition que vous renoncerez à toute autre alliance ; c'est une des premières lois qu'il donne à ceux qu'il appelle : Si quis venit ad me, et non odit patrem suum, et matrem, et fralres, et sorores, non potest nteiis esse discipulus. ( Luc. xiv, IG. ) 11 veut qu'ils se Uétaclient de tous les liens de la chair et du sang, et qu'ils fassent gloire de lui appartenir uni(|uenient : Qmï Hon reHunn'ai omnibus quœ possidel, non potest meus esse discipulus. ( Luc. xiv, 35.) -*- Patrem nolite vocare super tcrram, unns est enim Pater tester qui in cœlis est. {Matlli. xxiii, 9. ) Demandez-lui la lumière pour bien comprendre le fond de cette vérité, et pour reconnaître l'étendue de vos obligations sur ce sujet.
Second point. Communion. — Pour bien connaître combien vous devez être détaché de vos parents, et combien vous devez souhaiter d'en être entièrement dégagé, méditez bien les trois motifs suivants; ils sont, à mon avis, capables, étant bien médités, de faire impression et de vous donner une conviction entière sur ce sujet.
Le premier motif est le sentiment même de Notre-Seigneur, et l'exemple qu'il nous donne à cet égard. 11 est remarquable, et il paraît principalement en cinq choses qu'il a faites pour vous porter à ce détachement. Yous y ferez à présent réflexion. La première est ce qu'il fit à l'âge de douze ans ; l'exemple en est rare et très-considérable; car, 1° dès ce bas âge il se sépare de son père, de sa mère et de tous ses parents. 2" Il demeure ensuite dans le temple, séparé de tous ses proches, autant que Dieu son Père le désire pour vaquer aux exercices de la piété et aux devoirs de la religion. 5° Il le fait sans leur en demander conseil, sans prendre leur avis, sans se mettre en peine de leur consentement. 4° Il se laisse chercher pendant trois jours, et quoique ses parents qui le cherchaient soient les plus saints parents qui aient jamais été et qui seront jamais au monde, quoiqu'ils le cherchent avec pureté, avec ferveur, avec persévérance et avec larmes, et qu'il ait promis d'ailleurs de se donner à ceux qui le cherchent de la sorte, ils ne le rencontrent point néanmoins, tant qu'ils le cherchent entre ses proches et parmi ses parents : Requirebant eum inler cofjnatos et notos, et non invenientes reyressi sunl. (Luc. ii, 44.) En vérité, n'est-ce pas une belle leçon pour vous insinuer le détachement de vos parents, et pour vous faire connaître comment vous devez les traiter lorsque Noire-Seigneur vous ;>ppcllc dans l'Eglise, et la manière dont vous devez
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vous comporter avec eux? Après cela, dit saint Bernard, comment pouvez-vous espérer de trouver Jésus-Christ parmi vos proches, puisqu'il n'a pas même été trouvé parmi les siens : Quomodo te, bone Jesu, inter mcos cognâtes inveniam, qui inter tuos minime es inventus ? Voilà la première chose que fait Notrc-Seigneur pour vous instruire de ce détachement.
La seconde chose est ce qu'il fait dans la suite de sa vie, où il vous instruit plus à fond de ce même détachement qu'il vous avait insinué dès son enfance ; car d'abord que le temps est venu de travailler publiquement à la conversion du monde, et à se préparer pour offrir son sacrifice, il s'en sépare si absolument, si universellement, si entièrement, que, 1" il abandonne sa maison, son pays, ses parents ; 2° il ne les voit ensuite que par rencontre et très-rarement; 5° s'il leur parle en quelque occasion , comme l'Evangile le remarque en deux ou'trois circonstances, ilne le fait que comme en passant et ne leui dit que deux ou trois paroles; 4° en ces occasions même il se donne bien de garde de les appeler ses parents, et ce qui est surprenant, c'est qu'U ne veut pas même appeler la sainte Vierge sa mère, parce qtie le mot de mère est un terme dont la nature a coutume de se servir pour exprimer ses sentiments et pour entretenir la tendresse de ses affections : Quid mihi et tibi est, mulier? — Millier, ecce filius tuus. ^" Ce qui va au delà de tout ce qu'on peut dire, c'est que quand on lui parle ensuite de ses parents qui étaient venus pour le voir, et qu'on l'avertit une fois qu'ils étaient au dehors, parce qu'ils ne pouvaient l'approcher à cause de la foule, il les traita comme des étrangers et des inconnus. Il en parle avec indifférence et sans interrompre ce qu'il faisait, ni se détourner de son emploi. 11 dit qu'il n'a pas d'autres parents que ceux qui font la volonté de son Père : Dixit ei quidam : Ecce Mater tua et fralres tui, etc.; at ipse respondens ait : Quœ est Mater mea, et qui suut fralres met? [Luc. viii, 20, 21.) Se peut-il voir un plus bel exemple d'un parfait détachement de ses parents? C'est la seconde chose que faitNotre- Seigneur pour vous en instruire, et ce que vous en devez conclure avec saint Ambroise.
La troisième chose est ce qu'il observe dans la vocation des premiers prêtres de la nouvelle loi ; car, pour les obliger à suivre son exemple dans le moment qu'il les appe'Ze, il les oblige aussi en même temps à tout abandonner: Il leur fait quitter leurs pères, leurs mères, leurs proches, et il en exige cette séparation avec une telle rigueur, que deux d'entre ceux qu'il appelait à sa suite, voulant retourner à la maison de leur père, quoique ce ne fût.que pour des œuvres de très-grande charité, l'un pour ensevelir son père, l'autre pour renoncer à tout ce qu'il avait, et, comme remarquent saint Augustin et saint Basile, pour dire adieu à leurs parents ; quoiqu'ils ne voulussent le faire qu'avec sa
permission qu'ils lui demandaient, néanmoins il la leur refuse, il leur déclare que c'est être infidèles à leur vocation, et retourner en arrière à son service ; il les avertit que par là ils se rendent indignes d'être du nombre de ^es disciples, de partager avec lui sa couronne, d'entrer en participation de son royaume. Se peut-il rien voir de plus précis pour faire connaître le détachement des parents que Jésus-Christ demande de ses prêtres? C'est la conclusion qu'en tire saint Hilaire. Mais pour faire connaître encore plus nettement que cette obligation regarde plus particulièrement les ecclésiastiques, écoutez ce qu'il en dit lui-même à tous dans son Evangile.
C'est la quatrième chose que fait Noire-Seigneur, et que vous devez méditer. Ses paroles sont précises sur ce sujet : Si quelqu'un, dit-il, vient à moi, *:t qu'il ait encore attache à son père, à sa mère, à ses parents, il ne peut pas être mon disciple; il faut qu'il s'en sépare et qu'il renonce à tout, s'il- prétend à cette qualité et quil veuille me suivre : or, c'est principalement aux ecclésiastiques, disent les saints Pères, que ces paroles de Jésus-Christ s'adressent; c'est à euv particulièrement qu'il parle, dit saint Ambroise ; car ce sont ses véritables disciples, et ce sont eux qui, pour lui plaire et lui adhérer unio quement, doivent quitter leur père, se séparer de leurs parents, et prendre en main le glaive de la sainte dileclion qu'il leur a apporté en venant au monde, pour lui sacrifier leurs plus proches. C'est là, disent les saints, le véritable dégagement sacerdotal : Ilœc est enim vera saccrdotalis fuya, ubdicatio domeslicorum, et quœdam abdicatio cliarissimoritm, ut 8U0S abneçiet qui senire Deo elegeril. C'est donc cette séparation de vos parents que Notre-Seigncur vous prêche : faites-y bien attention, et vous verrez qu'il vous dit plus hautement par ces paroles qu'il ne fit par ses prophéties, que personne ne doit prétendre à être jamais bien appelé à l'état ecclésiastique, qu'il ne renonce d'abord à ses parents et à ses proches : Nec in domo Dei sacerdos aut prophcta eliçitur, nisi dixeril patri et malri : ISescio vos. (Pf.tk. Dles.)
Enfin, la cinquième chose qu'il fait pour vous porter à ce détachement, est de vous en faciliter les voies en inspirant à son Eglise l'établissement des séminaires pour l'éducation des jeunes clercs, où vivant tous ensemble sous la direction de quelque saint ecclésiastique, séparés de tous leurs proches, sevrés de toutes les tendresses- de la chair et du sang, nourris purement des maximes de l'Evangile, ils puissent aisément se mettre en état de se consacn^r iihiquenifiit au service des autels pour toute leur vie, et de n'avoir plus d'autre intiTèt que celui de Jésus-Christ et de son Eglise. Quciit^ grâce cl quelle miséricorde sur le clergé ! 'Voilà ce que Noire- Seigneur a fait pour vous détacher de vos parents : cinq r|i<»s(>s considérables ! si vous les médite/ comme il faut, vou3 ne douterez, plus assurcnioni
combien vous vous rendrez coupable si vous ne travaillez à ce détachement.
Le second motif qui doit vous obliger à travailler sérieusement pour vous séparer tout à fait de vos parents, et à vous faire,' toute sorte de violence pour rompre les liens qui vous y tiennent attaché, est la nature même de ces liens; car il y a trois choses que vous pouvez y remarquer, qui vous feront connaître que vous devez les craindre, et que vous ne devez rien négliger pour vous en défaire. La première est que ces liens sont extraordiuairemcnt périlleux; la seconde est qu'il est très-difficile de les rompre ; la troisième est qu'après les avoir rompus, ils se renouent et se reprennent avec une prodigieuse facilité. 1° Ils sont périlleux, car ils vous engagent à trois choses où il n'y a presque point d'ecclésiastiques qui ne se perdent, à demeurer avec leurs parents, à suivre leurs sentiments, à embrasser leurs intérêts ; trois périls inévitables à tous les ecclésiastiques qui sont attachés à leurs proches ; trois écueils qui font échouer toutes leurs bonnes résolutions ; trois tentations qui leur font perdre ordinairement la grâce, la vocation, le salut, i' Quand on aime ses proches, comme on a peine à les quitter, on demeure avec eux tout autant que l'on peut : or, dans cette demeure trois malheurs inévitables : 1° les passions s'y couvent et s'y nourrissent ; car il n'y a personne qui les combatte, et tout contribue à les entretenir; la vanité môme y est estimée , l'ambition respectée, l'avarice flattée, la vengeance louée ; faut-il donc s'étonner si l'on demeure toujours dans les imperfections? 2° On y demeure dans l'ignorance et linaptilude pour les fonctions et les emplois de sa profession ; car c'est à quoi l'on pense le moins, et à quoi l'on n'oserait même penser chez ses parents ; quand même on apprendrait ce que demande cet état, comme il y a beaucoup de choses qui ne s'apprennent que par la pratique, on se trouve ensuite tellement neuf et décontenancé quand il faut s'appliquer à ses emplois, et on les fait de si mauvaise grâce, que c'est une occasion de dégoût pour soi-même, aussi bien qu'un sujet de scandale pour tous les autres. r>° Dans cette demeure on se nourrit et on s'entretient dans une certaine délicatesse qui fait qu'on a peine ensuite à soutenir les travaux que demandent les emi)lois de cet état; et de là vient ou fpi'on ne saurait pas se résoudre à les cnlrei)rondre, et ainsi on perd sa vocation ; ou si on a assez de courage pour les entreprendre, on en est aussitôt incommodé, on est obligé de les interrompre, et ainsi on devient inutile. Tels sont les malheurs dont les ecclésiaslitpies <pii demeurent avec leurs parents ne peuvent prcscpic pas se défendre, et la première source de la perte de ceux qui ne veulent pas se (h'tacher de leurs proches : on demeure avec eux, et on s'y perd.
La seconde : on prend leurs senliincuts cl ou suit leurs avis; cl conmic ils ne ( licrchcnl ipie l'avau-
ni
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Si 4
cemonl el l'avaniage do la famille , ils ne peuvent ROuQYir quou refuse des bénéfices ; ils sont ravis qu'on en recherche de toutes parts; ils veulent qu'on en prenne à toute main, et pourvu que l'on fasse fortune, peu leur importe, cl par quelles voies. Ce sont les désirs qu'ils nous inspirent , c'est dans ces inclinations qu'ils nous nourrissent, c'est de ces discours qu'ils nous entretiennent incessamment, et sur lesquels ils nous pressent tellement, qu'il faut y condescendre ou rompre avec eux. Ainsi, ou ils empêchent notre vocalion , nous faisant embrasser un état plutôt qu'un autre par des vues intéressées et des considérations charnelles , ou ils en borneint et limitent les emplois, en nous détournant des pénibles, des humiliants , et nous assujettissant à travailler auprès d'eux dans le pays, coninie il leur plaît, sans consulter ce que Dieu demande ; ou enfin ils en corrompent les fonctions en nous portant toujours à ce qui a le plus d'éclat , en nous louant , en nous donnant occasion d'agir par un principe de chair ; et c'est le second malheur où s'expojsct ceux qui ne se détachent point de leurs parents ; et c'est le second écueil où ils échouent : on suit leurs sentiments, et on y perd sa vocation.
Le troisième est qu'ils n'éviteront jamais d'embrasser leurs intérêts ; or, comme on s'imagine dans le monde qu'un ecclésiastique n'a rien à faire , et a toujours du temps de reste, on ne manquera point de le charger de toutes les affaires de la famille ; il faudra qu'il en sollicite les procès, qu'il cherche les moyens d'en procurer les avantages ; et s'il ne s'en détache , il sera lui-même ravi de leur amasser du bien, d'épargner pour eux ses revenus même ecclésiastiques, de leur partager ses bénéfices, s'il en a à sa disposition ; en un mot, ravissant à l'Eglise et ses soins , et son temps , et ses biens qu'il serait obligé par son état de sacrifier pour son service, il les consume misérablement pour l'utilité de ses proches dont il devient l'esclave. Voilà où en sont réduits les ecclésiastiques qui sont attachés à leurs parents, et le troisième malheur où l'on s'engage par ces attaches. Jugez par là combien ces liens sont dangereux. C'est, dit le concile de Trente, un séminaire de grands ipaux dans l'Eglise, et c'est la première chose que vous devez considérer dans ces liens.
La seconde chose est que non-seulement ces liens sont dangereux , mais il est encore extraordinairement dilTicile de s'en défaire ; car, 1° très-souvent on ne les connaît point et on se persuade que ce n'est qu'une tendresse el une inclination naturelle, quoiqu'on en porte l'aflcction et les liens jusque dans le fond du cœur. 2° Quand on vient même à les connaître, on les couvre aisément du prétexte de piété : on dit qu'on doit le respect à ses parents, qu'on doit leur rendre obéissance, qu'on est obligé de les aimer, que Dieu même le commande ; et ainsi on s'y entretient, bien loin de travailler à s'en défaire. 5° Quand même on les discerne et qu'on
commence à vouloir les combattre, on les trouve si forts , qu'on perd d'abord espérance de les rompre jamais. Et, en effet, une habitude entretenue seulement pendant quelques années a tant de peine à être détruite ! S'il faut une très-longue fidélité et des violences tout extraordinaires pour en venir à bout, que sera-ce de l'affection pour nos parents qui nous est si naturelle, que nous avons sucée avec le lait, et que nous avons cultivée avec tant de soins pendant toute notre vie ! Assurément il y aura bien de la difficulté à a'en rendre maître. C'est la seconde considération que vous devez faire sur la nature de ces liens : il est très-difficile de les rompre et de s'en défaire.
La troisième chose que vous devez y remarquer est qu'après s'en être défait et les avoir rompus, on les reprend avec une facilité étonnante. C'est le propre de ce qui est naturel , on ne le chasse qu'avec violence , et il revient avec facilité. Rien de plus difficile que d'adoucir un loup, rien de plus facile à lui que de reprendre sa cruauté naturelle ; qu'on blanchisse un corbeau , il prendra toujours sa première noirceur; enfin, (juoi que l'on fasse, la nature revient presque toujours. Ainsi , comme il n'y a rien de si naturel que d'aimer ses parents, il n y a rien de plus facile que de reprendre cet amour. Et voilà quelle est la nature de ces liens qui nous attachent à nos parents : ils sont très-dangereux , il est très-difficile de les rompre; quand on les a rompus, on les reprend très-aisément; c'est le second motif qui doit nous obliger d'apporter tous nos soins pour nous en dégager.
Le troisième motif sont les avantages que reçoivent ceux qui les rompent. Il y en a trois principaux qui , dans le sentiment des saints Pères , sont tous trois renfermés dans le mot de centuple {Matth. xix,29), dont Noire-Seigneur promet de récompenser leur fidélité. Le premier est la grâce d'une sainte liberté qu'il leur fait trouver dans ce dégagement ; car au milieu de leurs parents ils sont comme les IsraéUtes en Egypte ; ils sont esclaves , et dans une étrange captivité ; ils n'ont point de liberté de leurs fonctions ; car on ne leur permet pas de s'appliquer aux exercices de leur profession ; on les précipite sans aucune préparation dans les saints ordres ; on les engage comme malgré eux dans les emplois et dans les bénéfices , quoiqu'ils soient en danger de s'y perdre ; on lesobhge à faire toute autre chose que ce qu'ils doivent ; en un mot , la grâce , le zèle, l'esprit ecclésiastique y sont en servitude, et on emploie ou la violence ou l'artifice pour les retenir sans cesse assujettis : or, lorsque par un principe de grâce ils se dégagent de leurs parents, ils se dégagent en même temps de cette servitude , et ils entrent dans une entière liberté pour suivre leur vocation dans toute son étendue, pour s'appliquer universellement à ce aue Dieu veut. Oh ! Iheureuse et désirable liberté! C'est le premier avantage de ce dégagement. Le second est que pour un
père, une mère, un frère, un parent que l'on quitte, on en trouve cent autres. Notre-Seigneur le dit en termes formels dans l'Evangile ; c est-à-dire qu'au lieu des secours, des assistances, des soulagements, des consolations que nous trouvions dans les soins et l'amow d'un père. Dieu suscitera cent autres personnes qui embrasseront nos intérêts , qui prendront soin de nos affaires, qui nous soulageront dans nos besoins, et qui le feront avec un amour et une fidélité d'autant plus grande, qu'ils le feront dans la vue de Dieu seul. Quel avantage ! et où est donc après cela votre foi , puisque nous en avons pour garant la parole de Dieu qui s'y est engagé ? Ncmo est qui reliquerit aut domum, aut patrem, anl matrem, qui non accipiet centies tantum nunc in tcmporelioc:domos, etfratres, elsorores, et maires, etfilios, çt aqros , et j« sœculo futuro vitam œternam. {Marc. X, 30.) Enfin le troisième avantage est que Notre- Seigneur même se donne à eux comme leur père , en échange du père selon la chair qu'ils ont abandonné. Car Notre-Seigneur se donne à l'homme pour lui tenir lieu de ce qu'il quitte pour l'amour de lui : s'il abandonne ses plaisirs , il se donne à lui comme plaisir ; s'il abandonne ses richesses , il se donne à lui comme richesse ; s'il se sépare de ses amis , il se donne à lui comme ami ; ainsi quand on quitte son père , il se donne particulièrement pour tenir lieu de père et pourvoir en cette qualité à tous nos besoins. Après cela qu'avez-vous à craindre en quittant votre père, en vous séparant de votre mère, en abandonnant vos plus proches ?Yousn'avezpuvous y résoudre jusqu'à présent ; ou si vous l'avez fait, ce n'est que pour un temps, et vous conservez toujours la pensée et le désir de les revoir. Car, enfin, vous ne sauriez vous défaire de la volonté de retourner au pays, et c'est ce qui vous empêche de bien avancer dans le service de Dieu , et c'est ce qui vous tient dans un état de tiédeur, et c'est ce qui vous dissipe , et c'est , en un mot , ce qui vous perd. Confondezvous devant Dieu d'avoir été jusqu'à présent si misérable, que de n'avoir pu encore faire cette démarche pour son amour. Demandez-lui pardon pour le passé, et la grâce devons séparer entièrement de vos parenls à l'avenir.
Troisiïcke point. Coopération. — 1° Résolvez-vous de ne demeurer avec vos parents qu'autant que la nécessité absolue ne pourra vous permettre de vous en séparer ; 2° de ne les consulter jamais sur votre vocation, cl de ne point vous arrêter à ce qu'ils vous diront touchant votre conduite ; car ils sont toujours intéressés. Surtout que leurs gémissements et leurs larmes ne vous ébranlent jamais. Aquœ multœ non poluerunt exstinguere charitatem. {Cant. viii 7.) — Avunculus tuus quœrit animant tnam, qui jam pcrdidit suam ; verba oris ejus iniquilas et dolus, etc. (Psal. XXXV, 4.J In via aua umbulas abscondil laqiteos, lendit relia ; molliti sunt sermones ejus super oteum, elipii sunt jaada. (Psal. Liv, 22. j Confujal rnrncs 'itffjrfii'inns (imor, ne le dccipiat carnalis amor.
OEUVRES COMPLETES DE M. TIlONSON. 816
(S. Bern.)— 3" Tâchez de ne point vous embarrasser dans leurs aflaires, de ne point vous charger de leurs procès, de no point prendre le soin de la famille, puisque étant ecclésiastique, tout votre temps, vos travaux, vos biens appartiennent à l'Eglise aussi bien que votre personne, et vous lui dérobez ce que vous donnez et employez à autre chose.
Remerciez Dieu des grâces qu'il vous a faites dans l'oraison. Demandez-lui pardon des fautes que vous y avez commises. Offrez-vous à la sainte Vierge.
Bouquet spirituel. — Gravez survotre cceurcette belle parole qu'un grand Pape avait gravée sur ses ^rraçs pour sa devise : Si mci non fuerint dominati, tune immaculatus ero ; et ajoutez-y, si vous voulez, et emundabor a delicto maximo. (Psal. xviii, 14.)
Sancta Victoria, virgoet martyr sub Diocletiano imperi^.lore, a proconsule interrogala : « V»s hoc cum Fortunatiano fratre tno {qui gentilis erat) ? s respon^ dit : i ISolo, quiaCliristiana sum, et illi sunt fratres mei. qui Dei prœcepta custodiunt. i
Du soin des affaires séculières défendu aux ecclésiastiques.
1° Adorez Dieu présent. — 2° Anéanlissez-Tous devant kii, el renoncez à tout vous-même pour vous donner à Jésus-Clirisl. — 3° Invoquez son Esprit, el renoncez au vôtre.
Premier point. Adoration. — Pesez bien ce que saint Paul dit à un évêque, et, eu sa personne, à tous les ecclésiastiques : Nemo militans Deo implicat se negotiis sœcularibus, ut ciplaceat cui se-probavit. {II Tim. u, 4.) Adorez Notre-Seigneur vous donnant cette belle leçon par la bouche de son Apôtre. 11 vous apprend par là qu'étant dédié et consacre' à Dieu pour lui rendre un service agréable, vous ne pourrez jamais lui plaire, à moins que vous n'ayez absolument renoncé au soin des affaires séculières, et, comme un soldat enrôlé, vous devez quitter d'abord le sc<i de toutes les affaires domestiques, pour ne songer qu'à combattre et à vaincre. Remerciez Notre-Seigneur de ce que, vous ayant appelé dans sa milice, il vous fait encore la grâce de vous faire connaître ce que vous devez y faire et ce que vous devez éviter pour lui plaire. Aimez-le de tout votre cœur, et demandez-lui la grâce de bien vous convaincre ici de vos obligations
Second point. Commmiion. — Pour vous convaincre de l'étroite obligation que vous avez de quitter les affaires séculières et de ne vous y attacher jamais, considérez avec attention les trois motifs suivants : le premier, combien celte occupation ou cet amusement est contraire à l'esprit de Notre-Seigneur; le second, combien il est opposé à l'esprit de l'Eglise ; le troisième, combien il choque l'esprit même de votre profession.
Pour l'oppositioiv à l'esprit de Notre-Seigneur, considérez ce qu'il vous dit lui-même principalement en trois occasions dans l'Evangile. La première, au sujet de ces deux frères qui avaient ciurc
817 MEDITATIONS LCCLLSl ASTIQUES. 818
eux quelque «lifférend pour le partage de leurs biens. le clergé qui est sa maison, et combien en même Ils choisissent le Fils de Dieu pour en être l'ar- temps tous les prêtres le doivent craindre, il chasse bitre. Il peut aisément terminer leur différend , et à force de coups ceux qui s'en mêlent ; et, quoiqu'on
les mettre d'accord ; c'était même , ce semble , une œuvre de grande charité et digne, du Dieu de la concorde et de la paix ; néanmoins il ne veut point s'v entremetlro ; et. au lieu d'accepter l'offre el-la prière qu'on lui en fait , il renvoie assez rudement celui qui en fait la proposition, en lui disant : Homo, qiiis me coiistituit judicem aut divisorem inter vos? {Luc. xu , li.) Oh! les belles paroles pour étouffer l'ardeur de l'esprit humain qui emporte les plus sages aux affaires du monde, sous prétexte de charité! Notre-Seigneur, dit saint Ambroise, ne veut point se mêler du différend de ces deux frères, parce qu'étant venu en ce monde pour traiter des affaires spirituelles , il n'était pas expédient qu'il s'occupât des temporelles ; et c'est avec raison qu'il renvoya celui qui voulait l'engager dans un partage de biens du siècle, lui qui était destiné pour être le dispensateur de ceux du ciel. Voyez par cet exemple quel est l'esprit du Fils de Dieu, et combien il vous y apprend à vous dégager des affaires séculières , vous, dis-je , qui étant ecclésiastique , n'avez été appelé à cet état que pour le même sujet pour lequel il est venu au monde , c'est-à-dire pour être employé aux affaires spirituelles du salut des âmes, et pour vaquer aux affaires de la religion.
Le second exemple, c'est lorsqu'il chassa les vendeurs et les acheteurs du temple. C'est une chose surprenante de voir comme il se comporte en celte occasion ; car , sans garder les mesures ordinaires de sa douceur et de sa mansuétude qui avaient part en toutes ses actions , il prend une conduite toute rigoureuse et sévère , et , transporté du zèle de la maison de son Père, il chasse à coups de fouet ceux qui entretenaient ce commerce ; il renverse leurs tables , il jette leur argent , et témoigne quil ne peut souffrir que du temple qui est sa maison , qui est un lieu consacré à la prière et qui doit servir aux emplois de la religion, on fasse une caverne de voleurs, et on y vaque à des occupations profanes. Or , pourquoi pensez-vous que le Fils de Dieu use de cette sévérité, lui qui était venu en ce monde particulièrement pour nous donner un exemple incomparable de douceur? Disette a me quia milis ium. {Matlli. XI, 2!).) Pourquoi pensez-vous que, nous en ayant donné des marques si extraordinaires tout le reste de sa vie, il ne s'en dispense que dans cette occasion? Ce n'est pas seulement pour purger le temple, mais c'est encore pour obliger les prêtres à se dégager de tout commerce ; car, comme remarquent les saints Pères, c'étaient les prêtres mêmes qui avaient donné lieu à ce trafic ; c'étaient euxmêmes qui l'entretenaient ; eux-mêmes y avaient part; et le Fils de Dieu, pour faire connaître combien ce dérèglement lui était odieux, et combien le trafic, le négoce et tout commerce des allaires du monde lui était insupportable dan? l'Eglise et dans
ne voie point qu'il se soit mis en colère dans tout le reste de sa vie, il semble néanmoins s'y mettre extraordinairement en celle occasion , comme s'il n'y avait que ce crime , tant il est énorme , qui fût capable d'exciter les mouvements de sa colère. Voilà l'esprit du Fils de Dieu , dans la seconde occasion où il nous fait paraître combien l'engagement des ecclésiastiques dans le négoce ou le commerce des affaires du monde est contraire el tout à fait opposé à son esprit.
La troisième chose où il nous fait paraître ce même esprit, c'est dans la conduite qu'il lient à l'égard de ses disciples ; car : 1° il les oblige de renoncer à tout : Qui non rcnu7itiat omnibus quœ pessidct, non poiest esse mçus discipulus ( Luc. xiv, 55) ; c'est la première démarche qu'il leur fait faire. 2" Il déclare en termes précis et formels, qu'il n'en recevra jamais pour être de ce nombre, qu'ils n'aient fait cette même démarche , cl qu'ils n'entrent dans ce parfait dégagement. 5° Quand il les envoie, il ne veut point qu'ils se chargent de quoi que ce soit , ni qu'ils se mellenl en peine des choses mêmes qui leur seraient nécessaires pour la vie : ISiliil tuleritis in via. {Luc. IX, 5.) A° Comme un jour il en vit un qui voulait mettre ordre à ses affaires et disposer de l'emploi de son bien, il ne voulut pas le lui permettre ; mais, au contraire , il lui déclara nettement que c'était retourner en arrière , et que par là il se rendait indigne d'être au nombre de ses disciples. Voilà l'esprit du Fils de Dieu ; faites-y bien attention, el vous verrez combien cela oblige les ecclésiastiques, qui sont ses véritables disciples, de se dégager de toutes les affaires séculières , de tous les soins de la terre et de toutes les sollicitudes de cette vie : et c'est le premier motif que vous devez méditer.
Le second est que l'engagement des ecclésiastiques dans les affaires séculières est exlraordinairefficnl opposé à l'esprit de l'Eglise ; car l'esprit de l'Eglise étant le même que celui du Fils de Dieu , elle se trouve remplie de ses mêmes sentiments, et ainsi elle ne peut souffrir, non plus que son Epoux, que ses ministres s'appliquent à ces occupations basses el à ces emplois terrestres qu'elle laisse aux soins des personnes du inonde, et qu'elle interdit aux ecclésiastiques. Or, pour bien connaître sur ce point l'esprit de l'Eglise , et pour discerner jusqu'où va à cet égard son opposition, vous ferez attention aux deux choses suivantes qui serviront à vous le découvrir.
La première sont les défenses très-expresses que l'Eglise a faites à tous les ecclésiastiques de se mêler d'affaires séculières; car il n'y a point de matière sur laquelle nous trouvions des ordonnances plus anciennes, plus souvent réitérées el portées sous de plus rudes peines. Car : 1' elles sont presque aussi
anciennes que TEglise même, et elle était encore dans son berceau, qu'elle interdit cette occupation à ses ministres. Il y a un canon parmi ceux des apôtres, qui est formel là-dessus : Episcopns aul presbyler, aut diaconus neqiiaquam sœcularcs curas assumât; sin aliter, dejiciatur. 2° De temps en temps elle en a renouvelé les défenses, et à peine trouvera-t-on un siècle où elle n'en ail donné de remarquables sur ce sujet. 3° Elle Fa fait de manière à ce qu'elle a particularisé jusqu'aux moindres occupations eî aux plus petits emplois ou ils pourraient avoir occasion de s'engager ; elle défend les uns sous peine de suspense , les autres sous peine de déposition. En un mot , elle n'a point de peine qu'elle n'ait employée pour détourne^ ses ministres de ces actions irrégulières ; et si elle en a permis quelques-unes en certaines occasions, ce n'a été que les moins indécentes, et encore ne les a-t-elle permises que dans la nécessité , pour le secours des pauvres, l'assistance des veuves et des orphelins abandonnés, et pour le besoin de l'Eglise, i" Elle témoigne enfin avoir cela tellement à cœur, que la dernière fois qu'elle nous a parlé par la bouche des Pères du concile de Trente, elle ne s'est pas contentée d'en faire une ordonnance particulière , mais elle a renouvelé toutes celles qui avaient été faites sur ce sujet , abrogeant toutes les coutumes contraires ; et voilà la première chose qui nous fait connaître l'esprit de l'Eglise sur ce point , les ordonnances qu'elle a faites en toute occasion.
La seconde chose est qu'elle n'a jamais pu souffrir qu'aucun ecclésiastique se mêlât de ces affaires ; car, 1° elle n'a point voulu qu'on en reçût dans le clergé qui y fussent embarrassés. 2° Elle en a chassé ceux qui, y ayant été reçus, ne voulaient pas s'en dégager, jusqu'à les traiter d'apostats, de prévaricateurs de leur ordre et de leur ministère, et de violateurs de toutes les lois divines et humaines. 5° Elle n'a pas même pu souffrir ceux qui engageaient les ecclésiastiques dans ces affaires séculières. C'est pour(juoi nous voyons que du temps de saint Cyprien, on défendit de prier Dieu pour une personne qui avait choisi un prêtre pour exécuteur de son testament; et ce saint crut, conformément à l'esprit de l'Eglise, comme il dit lui-même, que celui-là n'était pas digne d'être nommé à l'autel, qui avait voulu en détourner un prêtre en lui donnant d'autres emplois, et qu'il ne fallait point offrir pour lui le sacrilice ni prier Dieu pour son repos éternel. Jugez par là combien ce crime est en exécration à l'Eglise qui, souhaitant uniquement et avec des tendresses inconcevables le salut de ses enfants, se porte néanmoins à cet excès d'indignation, que de ne pas vouloir olïrir le sacrilice pour le salut de ct'ux qui donnent aux ecclésiastiques des emplois séculiers, et qu'elle les prive même de ses suffrages après leur mort. Quels peuvent être ses sentiments pour les ecclésiastiques même qui s'y appliqiii'nl ! El voilà le second motif qui vous oblige à (|uit(er
toutes les affaires séculières, l'opposition à l'esprit de l'Eglise.
Enfin, le troisième motif qui doit vous obliger à renoncer à toutes ces affaires du siècle, c'est que vous ne sauriez vous y appliquer sans chocfuer tout à fait l'esprit de votre profession ; car, 1° c'c:A ce que Dieu exige des ecclésiastiques dans cet état, comme il l'a fait connaître en figure dans les lévites. 2° C'est ce qu'eux-mêmes ont promis en entrant dans cet état. 5" Ils doivent être morts au monde et à tout le siècle, afin de ne vivre qu'à Dieu pour le service de son Eglise ; ce sont les trois parties de la vie ecclésiastiijue, et ce que renferme essentiellement l'esprit de cette profession. Or, pour juger combien cela demande qu'on se dégage des aflaires séculicres, vous ferez attention aux désordres suivants que ces affaires causent dans les ecclésiastiques qui s'en mêlent.
1" Elles les obligent de partager lesr temps, leurs soins, leurs travaux, pour en donner à ces occupations profanes : or, tout autant qu'ils en emploient pour ces affaires, c'est autant de services qu'ils dérobent à l'Eglise et à la religion, à qui ils doivent uniquement tout ce qu'ils font. 2° Elles font qu'ils ne s'appliquent point avec la même assiduité et le même zèleàTadminislration des sacrements, à l'instruction des ignorants, à la conversion des peuples, au service de l'Eglise et des autels. 3° Elles les détournent de l'application à Dieu et de l'attcniion à ses divines vérités, cl les jettent dans de terribles dissipations. 4" Elles les engagenl dans un certain commerce avec les laïques, et dans milie pratique-s qui avilissent et rendent méprisables leur caracièie et leur personne : Hœc res, dit saint Grégoire, sacerdolem vitcm reddit, et reverentiam sacerdotalen annihilât. 5° Elles les exposent à mille conjonctures fâcheuses qui obscurcissent l'honneur de leur sacerdoce, affaiblissent rautorité de leur emploi, et qui causent dans les peuples un mépris qui rejail'.'t sur les mystères ; parce que, voyant ces mystères traités par des profanes avec qui ils trailenl tous les jours pour des affaires grossières, et en qui ils aperçoivent les mêmes infirmités auxquelles eux-mêuies sont sujets, ils n'en conservent plus la même estime, et perdent la plus grande partie de leur respect. G" De là aussi, pour l'ordinaire, l'avarice des ecclésiastiques prend son origine-, et ensuite leur dureté envers les pauvres, leur lâcheté et leur molle complaisance envers les riches qui peuvent leur nuire ou les favoriser dans leurs affaires. De là les exactions sordides et les trafics honteux. De là leurs embarras en mille affaires, à solliciter des procès, à procurer des mariages, à acheter des charges et à s'inciuiétcr en mille manières, pour faire des élablisscments. De là un demi abandcm de leur église, où ils ne s'appliijucînt (ju'avec peine, et où ils ne donnent plus qu'une bien petite partie de leur temps. De là une négligence totale de leurs éludes, de leurs exercices, (^t une inutilité entière da)is le clergé.
Enfin, cet cngagemcni dans ces ailaires les' rend loiit charnels, tout séculiers, el presque loin laïques, les enuaseaiu à tous les soins terrestres d'une vie
mondaine dont la grùce ecclésiastique et la sainteté de leur profession les avaient exemptés, et après tout les précipite dans une efi'royablc damnation.
Faites bien attention à tous ces désordres, ou au moins à quelques-uns des principaux, et vous y reconnaîtrez nettement trois choses : La première, qu'il est impossible qu'un ecclésiastique appliqué aux alTaiies séculières ne tombe dansées malheurs : jamais vous n'en trouverez qui s'en soient préservés. ka seconde, qu'il n'y a rien de plus opposé à la vie ecclésiastique que ces désordres, et qu'il n'y a rien par conséquent qui soit plus opposé à l'esprit de notre état, que ces occupations profanes qui les produisent. La troisième, qu'il est donc cxtraordinairemeni important à un ecclésiastique de se dégager de ces occupations. Examinez-vous après cela pour voir si vous en êtes bien dégagé. Les affaires séculières, disent les conciles et les saints, sont, 1° le ttafic, le négoce et tout autre commerce qui se pratique entre les personnes du siècle, pour y amasser de l'argent el y gagner leur vie ; 2" se charger de la poursuite des procès, des affaires, en entreprendre la défense ou en être le solliciteur ; 3° prendre la recette ou la ferme de quelque seigneur, ou avoir le soin de ses rentes cl amasser ses revenus, être son économe, ou se rendre administrateur de son bien, être son facteur, receveur de pension ou pourvoyeur; 4° prendre à louage des biens, des maisons, des héritages, pour. y gagner par soi ou par personnes interposées ; 5° prendre la tutelle ou curatelle même de ses parents, à moins que la piété n'y engage, et se charger de l'exécution des testaments; G" prendre le soin des affaires domestiques des personnes mêmes chez lesquelles on demeure ; 7° se donner aux grands du siècle pour être leurs valets et domestiques, el pour servir à des choses temporelles ; 8° toutes les occupations profanes et sollicitudes delà vie dont on peut se dispenser, quand même elles ne se trouveraient pas expressément défendues. Voilà en général ce que l'Eglise appelle affaires séculières qui sont interdites aux ecclésias- ;iques. Voyez si vous en êtes bien dégagé; confondez-vous de votre misère, demandez-en pardon à Dieu, et la grâce de vous en détacher parfaitement, pour ne vous appliquer désormais qu'aux affaires de votre ministère.
Troisième point. Coopération. — 1° Résolvez-vous de vous détacher de l'affection des biens du monde, et du désir d'amasser des richesses, comme d'une source qui ne manque jamais de porter les ecclésiastiques à mille occupations profanes, et qui les engage à des affaires séculières. 2° Tâchez devons détacher de vos parents et des intérêts de famille ; autrement vous ne vous dégagerez jamais des occupations et des emplois profanes el séculiers où ils vous précipiteront, o .\ffectionnez-vous beaucoup à tout ce qui
MEDITATIONS ECCLESLVSTIQUES. 822
regarde voire ministère ; vous trouverez, dans ces emplois de voire profession, de quoi remplir, tout votre temps, sans vous amuser à d'autres occupations.
Remerciez... Priez... Offrez...
BoiîQUET sriRiTUEi,. — Qtiod ad alla officia conferlur, hoc rclifiioms cuUui et linic nostro officio decerpititr. (S. Amiir.) — Sui nominis mcmores clerici quo continuo admonentur se a ciiris mundi sequestrutos et in sortent Domini vocatos. {Concil. Camer., 1S86.) — Singuli divino sacerdotio honorati et in clericali ministerio constituti, nonnisi altari et sacrificiis deservire et precibus atque oralionibus vacare dcbent; scriptumestenim t (// Tim. u,A) : Ncmn militans De» implicat se negotiis sœcularibus. » (S. CYi*.,lib. i.)
Que les ecclésiastiques doivent s'appliquer à confesser.
Premier point. Adoration. — Adorez Notre-Seigneur Jésus-Christ ressuscité, apparaissant à ses apôlres dans son état de gloire, et leur disant ces paroles : Les péchés que vous pardonnerez seront pardonnes, et ceux que vous retiendrez 'seront retenus. Considérez, dans ces paroles, jusqu'où va la bonlc de Noire-Seigneur pour les prêtres, et voyoz comme il les rend participants de ses mêmes pouvoirs, cl surtout de celui de remettre les péchés, qui est le plus surprenant que puisse avoir une créature : Quis potcst dimiltere peccata, nisi sohis Deus? {Luc. v, 21.) Entonnez-vous de voir que, quoiqu'il n'y ait que Dieu seul qui ait le droit el le pouvoir de les pardonner, il n'y en a point néanmoins qu'un simple homme ncpuisse remettre, aussifôl qu'il est honoré du sacerdoce : Quœcunque solveritis super terram ertint soluta etincœlis,{Matth. xviii, 18.) Remerciez Notre-Seigncur d'avoir fait celle grâce à son Eglise, el cet honneur aux prêtres, que de les faire ainsi asseoir sur son trône pour juger souverainement et décider du salul éternel des âmes, et pour être les arbitres entre Dieu et les pécheurs touchant les offenses commises contre sa majesté : Quis est hoino quia magnificas euni ? (Job vu , 17.) Rendez tous vos devoirs à ce divin Sauveur qui vous remet ainsi ses intérêts entre les mains, et qui vous élève à ce haut point de gloire.
Second point. Communion. — Il est important que vous ne laissiez point inutile en vous ce pouvoir de remettre les péchés que Notre-Seigneur vous donne. Vous craignez le confessionnal, vous ne sauriez vous résoudre à entendre les confessions, vous fuyez cet emploi comme un rude supplice ; vous vous appliqueriez volontiers aux autres fondions de votre ministère; mais pour celle-ci, elle vous paraît insupportable, et vous n'avez point de cœur à l'entreprendre; c'est là votre faible. Voici de quoi vous guérir sur ce point ; voici de quoi guérir vos faiblesses el surmonter votre répugnan(;e ; voici trois considérations puissantes pour vous porter à cet emploi.
823 OEUVRES COMPLE
La première est la dignité de cet emploi et l'excellence de' cet oflice ; car, après l'action de la sainte Messe qui n'a point sa pareille, vous ne sauriez rien faire de plus sublime ni de plus considérable en cette vie. C'est par là que vous entrez en participation et en l'exercice de l'autorité de juge, du Fils de Dieu, en retenant et pardonnant les péchés, et prononçant des jugements si absolus et si souverains sur les pécheurs, que la sainte Trinité ratifie dans le ciel ce que vous ordonnez dans ce tribunal. C'est par là encore que vous exercez et continuez la qualité de Sauveur, en rachetant les âmes de la captivité du péché, du diable et de l'enfer, cl leur appliquant par ce sacrement ce précieux sang, ce fruit de la sainte Passion. C'est par là enfin qu'un prêtre, revêtu de sa majesté et de sa toutepuissance, parle en Dieu, ordonne en Dieu, agit en Dieu, et fait ce qui n'appartient qu'à cette majesté souveraine, effaçant Ues péchés, conférant la grâce, communiquant le Saint-Esprit. Se peut-il voir rien de plus noble, de plus sublime ! Et n'est-ce pas se rendre indigne de cet honneur, que de renoncer à ce privilège, que de ne vouloir point se servir de cette puissance, et que d'en considérer l'exercice comme une charge pesante et un joug intolérable ? Ajoutez, pour connaître encore plus en particulier l'excellence de cet emploi, qu'après le très-adorable sacrifice où Jésus-Christ même s'immole à la gloire de Dieu son Père, il ne peut rien se faire de plus grand sur la terre pour la gloire et la joie du ciel, pour le bien de fEglise, pour la confusion de l'enfer: trois choses considérables auxquelles vous ferez présentement attention.
1° Pour la joie du ciel, pour la grande gloire de Dieu : le grand bonheur de tout le paradis est de voir de véritables pénitents; or c'est ce qui se fait dans la confession, c'est le principal effet de ce ministère. 2° Il ne se fait rien de plus utile à l'Eglise que l'administration de ce sacrement. Que deviendraient les fidèles, les sacrements et les mystères? Les fidèles pour la plupart seraient désespérés, les sacrements profanés, et les mystères abandonnés. Les fidèles désespérés ; c'est le seul remède qui leur est donné pour les péchés oii ils tombent après le baptême ; et comme il n'y en a presque point qui ne tombent, il n'y en a presque point dont le salut ne fût désespéré. Car de s'attendre à la contrition parfaite, c'est ce qui est rare, et il y en a bien pou qui soient justifiés sans l'administration actuelle du sacrement de pénitence ; sans cela donc la plupart des enfants de l'Eglise seraient désespérés. Les sacrements seraient aussi profanés ; car les pécheurs, ne trouvant plus dans la confession le remède à leurs péchés, recevraient les sacrements en mauvais éUit, cl on ne verrait plus que sacrilèges. Enfin les mystères seraient abandonnés; car les sacrilèges finissent par porter une âme à l'insensibilité et la mcltent dans un état tel qu'elle n'a plus de sentiment de piclé, et qu'elle entre dans rindiUérencc el même
lES DE M. TIlOiNSON. 82 i
dans le mépris pour toutes les choses de la religion- Or c'est à quoi remédie l'administration du sacrement de pénitence. On peut donc dire qu'il n'y a rien de plus utile à l'Eglise. Rien, en troisième lieu, de plus honteux à l'enfer, et qui donne plus de confusion, de dépit et de rage au démon; car, 1" son orgueil ne peut souffrir sans une peine étrange, qu'un simple homme soit élevé au-dessus de lui, qu'on lui accorde un honneur qui ne lui a jamais été donné; et quand il le voit assis sur le trône même du Fils de Dieu, où il parle en Dieu, où il juge souverainement comme s'il était Dieu, Ego te absolvo. c'est ce qui est insupportable à son orgueil. 2° Il se fâche de se voir chassé par un homme, et de voir qu'on le soumette par cette action, à déférer malgré lui à la vertu du sacrement de pénitence, sans en pouvoir jamais recevoir le moindre secours. 5° il enrage lorsqu'il voit qu'après lui avoir refusé la pénitence, on l'accorde néanmoins si libéralement aux hommes. Telle est la suite du ministère du prêtre qui conleSse; c'est ce qu'opère son oflice, c'est ce qui en découvre la grandeur, et c'est le premier motif qui doit vous obliger à vous y appliquer, la dignité et l'honneur de cet emploi.
Le second motif peut se tirer des grâces queNotrc- Seigneur communique ordinairement à ceux qui s'appliquent à cet emploi : elles sont assurément plus grandes qu'on ne pense. Voici trois fondements qui pourront vous servir à les connaître plus nettement, et sur lesquels vous pourrez méditer à présent. Le premier est que Notre-Seigneur nous donne toujours des grâces proportionnées aux emplois qu'il nous confie : plus les emplois sont imporiants,et plus la grâce qu'il donne à celui qu'il y appelle est considérable. Or vous savez qu'après le sacrifice de Jésus-Christ il n'y a point d'emploi plus saint, plus relevé, plus auguste, plus avantageux que celui de la confession. Il faut donc dire que les grâces qu'on y reçoit sont des plus considérables qui soient dans l'Eglise.
Le second est qu'il n'y a rien à quoi Dieu s'engage si étroitement, et à quoi il s'oblige de donner tant de récompenses et tant de grâces, qu'aux œuvres de miséricorde : or, si cela est vrai, comme l'Evangile nous en assure et comme le Fils de Dieu l'a témoigné lui-même de sa propre bouche, quelle bénédiolion, quels secours, quelles grâces ne doit point attendre un confesseur 1 car il n'y a personne qui exerce si parfaitement les œuvres de miséricorde. Il instruit les ignorants, il donne conseil à ceux qui en ont besoin, il console les allligés, il corrige les pécheurs, il donne secours aux malades, il prie Dieu I)our eux, il supporte beaucoup de peine pour les retirer de leurs misères; et tout cela à petit bruit, dans le secret, sans danger de vanité et sans craindre (pie l'orgueil ravisse une partie de sa grâce, comme il arrive lorsqu'on travaille aux autres emplois (jui (iiit qiiel(|ue è» lai devant le nioiule, el qui sont estimés parmi les hommes. N'est-ce pas là un moyen
MEDITATIONS ECCI.ESIASTIQUES. 820
maître? Servum iuutUem ejicite in tencbras exteriores. {Miiiili. xxv, 30.) Vous aurez beau dire alors que vous n'avez point commis d'injustices; que vous n'avez point fait de mal; que vous n'avez fait tort à personne; qu'on ne peut vous reprocher de méchantes actions : ce sera assez pour avoir tout sujet de craindre, que de n'avoir pas fait l'usage que Notre-Soigneur voulait, du pouvoir de confesser qu'il vous avait donné pour talent.
2" Vous aurez d'autant plus sujet de craindre que Dieu ne vous châtie un jour sévèrement, si, ayant les talents nécessaires, vous ne vous appliquez point à cet emploi, qu'on voit une infinité d'.àmes qui se perdent pour ne point trouver d'assez bons confesseurs, et que vous pourriez sauver en leur rendant ce service. Ce ne sont point les prédicateurs qui convertissent; et tout ce qu'ils peuvent faire de plus avantageux pour le salut des pécheurs qui les écoutent, c'est de leur faire connaître leur mauvais état, de les effrayer par la crainte du jugement et de l'enfer, de les troubler dans leur fausse pais par la vue des périls où ils se trouvent, afin de les obliger à chercher le remède et à se jeter aux pieds d'un confesseur : c'est ce que peut faire ordinairement un prédicateur; mais ensuite c'est le confesseur qui applique le remède; c'est le confesseur qui guérit, c'est le confesseur qui ramène dans la voie du salut. Or vous savez que vous pourriez bien par celte voie ramener saint emploi, et qui vous est si avantageux? Vous quamité d'âmes qui sont égarées ; si donc elles se
pour faire un grand amas et un grand trésor de grâces et de mérites ?
Le troisième est que, comme il n'y a point de charité plus grande, selon le témoig«ia*e même du Tils de Dieu, que de donner son âme pour le salut de ses frères» il n'y a personne aussi sur qui il fasse découler ses grâces avec tant d'abondance, et en qui il les verse avec tant de force et de plénitude, que sur ceux qui exposent par charité , leur propre salut pour celui des âmes, et qui s'abandonnent de la sorte pour son amour. C'est ce qui a paru particulièrement en la personne de Moïse et de saint Paul, qui souhaitaient être anathème pour leurs frères, et qui recevaient de Dieu tant de grâces et tant de bénédictions ; c'est ce que saint Bernard assure être plus agréable à Dieu que toutes les mortifications et les saintes pénitences de ces saints solitaires qui ont été si éminents en sainteté dans l'Eglise ; et c'est ce qui lui plaît si particulièrement dans tous ceux qui, par la charité qu'ils ont pour les pécheurs, s'appliquent aux confessions, qu'en récompense de ce qu'ils s'exposent au péril qui se rencontre dans cet emploi pour son amour, il leur donne une grâce si forte, un secours si puissant, une protection si spéciale, une bénédiction si singulière qui les conserve très-purs et très-saints au milieu de tous les dangers et de toutes les dilUcultés qui s'y rencontrent. Après cek, pourquoi refuserez-vous de vous appliquer à un si
craignez de vous perdre? Les périls et les difficultés qui s'y rencontrent vous en empêchent? Vous auriez raison, si vous n'examiniez que vos propres forces, vos sentiments et vos dispositions naturelles ; mais, puisqu'il y a"de si grandes grâces qui y sont attachées, et des secours extraordinaires que Notre-Seigneur y donne, n'est-ce pas assez pour dissiper vos craintes, pour vaincre vos répugnances, pour vous résoudre à prendre cet emploi comme un grand moyen de vous sanctifier vous-même, en sanctifiant une infinité d'autres âmes par votre ministère ?
Enfin, si l'excellence de cet emploi, les avantages qui s'y rencontrent, ne sont point encore assez puissants sur vous pour vous faire résoudre à l'entreprendre, le compte que vous devez rendre à Dieu et les châtiments que vous en devez craindre doivent tout à fait vous y déterminer; car vous avez
perdent, ce sont autant de témoins, d'accusateurs et de juges qui s'élèveront contre vous au jugement de Dieu. Et ne dites pas pour excuse que, si elles se perdent, c'est par leur faute, et qu'il y a assez de confesseurs sans vous ; car il est vrai qu'il n'y en a que trop, mais il est vrai aussi qu'il y en a trop peu de bons.
3° Vous avez encore plus sujet de craindre que Dieu ne vous condamne bien sévèrement pour ne vous pas appliquer à cet emploi; parce que, quand vous n'y seriez pas obligé d'ailleurs pour faire valoir le talent que Dieu vous a donné, et pour subvenir à la grande nécessité où sont réduits les pécheurs, vous le devez par votre propre engagement. Car en entrant dans l'Eglise vous avez fait profession d'être un de ses ministres, et vous vous êtes engagé à la servir dans ses besoins : or quel plus grand besoin
reçu la puissance pour exercer cet office, elle vous que d'avoir de bons confesseurs? De plus, dans le a été conférée dans votre ordination ; et, en rece- sacerdoce on vous a donné le pouvoir de confesser, vant le caractère du sacerdoce, on vous a donné le et ce pouvoir que vous avez reçu et sans lequel on pouvoir de confesser et de remettre les péchés. C'est ne vous aurait point admis au sacerdoce, montre asun grand privilège, une grâce incomparable, un la- scz quel a été le dessein de l'Eglise sur vous, et que/ lent extraordinaire que Notre-Seigneur vous a donné; a été aussi votre engagement lorsque vous vous \ mais il vous en demandera aussi un compte terrible, êtes volontairement soumis ; de sorte que, si vous n< de sorte que, si vous n'avez point fait valoir ce talent, vous en servez pas, vous aurez tout sujet de crain-| qui ne vous avait été donné que pour en faire un dre que Notre-Seigneur ne venge en vous, 1° les in-
fructueux usage, ut fruclum afferatis {Joan. xv, 16), u'aurez-vous pas tout sujet de craindre ce redoutable châtiment et cette même condamnation que souffrit ce serviteur qui avait enfoui le talent de son
térêts de son épouse, qui est l'Eglise, à qui vous aurez refusé les services que vous deviez lui rendre ; 2" les intérêts des âmes que vous avez abandonnées, en ne leur donnant pas les secours qui dépendaient
de .vous; 5" ses propres intérêts, en ne faisant pas valoir celaient qu'il vous avait donné pour ce sujet. Voilà ce que vous devez craindre, et c'est le troisième motif qui doit vous obliger de ne pas négliger cet emploi, de peur d'attirer sur vous la colère de Dieu et tout le poids de sa fureur.
Humiliez-vons donc d'avoir eu si peu de soin à vous y appli(jaerpar le passé ; demandez-lui-en pardon, elpriez-le de vous donner grâce, force, lumière, pour vous en bien acquitter à l'avenir.
Troisième point. Coopération. — 1° Tâchez de ne plus considérer cet emploi comme un joug fâcheux et une charge pesante, mais comme le plus honorable et le plus avantageux que vous puissiez avoir en cette vie. 2° Travaillez à vous rendre capable de vous en bien acquitter ; et pour cela ap-
pli(Iuez-vous à l'étude des choses qu'on vous conseille ; pour cet effet consultez des personn&s d'expérience, et profitez des avis qu'elles vous donneront, afin de pouvoir dignement remplir ce divin ministère. 5» Soyez ravi de vous appliquer à cette fonction autant que vous y serez appelé, et dans le temps et dans l'occasion que Noire-Seigneur exigera de vous ce service ; ne fuyez point le travail et la peine qui s'y rencontrent, mais embrassez-les de tout votre cœur.
Remerciez... Priez... Offrez...
BoLQLET SPIRITUEL. — Ditcs avcc l'apôtre saint Paul dans un esprit vraiment apostolique : Ego impendain Ubenler , et superimpendar ipse pro animabusvestris. {II Cor. xii, 15.)