‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 173 sur 303 · MEDITATIONS SUR L'HUMILITE · texte numérisé non relu

MEDITATIONS SUR L'HUMILITE

que d'avoir eu l'être et d'avoir offensé Dieu. L'Ecriture le ditposilivcmcnten parlant de Judas : Bonumilli erat, «i natus non (uissel [Matlli. xxvi, 24,) ; si bien, qu'en qualité de pécheur, il n'y a point de créature au monde, pour chétivc et misérable qu'elle soit, même entre les irraisonnables, l'es insensibles et les inanimées qui ne vaille mieux que vous et qui ne soit plus précieuse. Il faut donc que vous vous abaissiez au-dessous même de la cendre, du fiunier et de la boue ; et on doit faire moins de cas de vous que de tout ce qu'il y a dans le monde de plus vil, de plus abject et de plus méprisable. Voilà ce que vous valez au jugement de la vérité, et selon la vue que la foi vous en donne; ouvrez seulement les yeux à sa lumière.

La seconde considération qui pourra encore vous faire connaître plus particulièrement que vous ne valez rien, c'est qu'ayant abusé de votre être, et de tous les dons de Dieu qui sont en vous, non-seulement vous méritez d'être privé de tout, et de retourner une seconde fois dans le néant; mais vous devenez si infect, si dégoûtant et si abominable parla corruption du péché qui est en vous, que, dans le sentiment de tous les saints, il n'y a point de créature si vilaine, si hideuse, si difforme et si épouvantable que vous. Notre-ScigJieur n'en avait que la ressemblance, et cependant le prophète dit de lui, le voyant en cet état : Vidimus eum quasi leprosum. (Isa. un, A.) Il n'y a point d'ulcère si infecte, ni d'apostume si puante et dont il sorte plus d'ordure qu'il n'en sort de votre chair ulcérée par vos crimes, dit saint Ignace dans le livre de ses Exercices. Tant de pensées monstrueuses, tant de désirs affreux, tant de mouvements horribles qu'elle pousse sans cesse, et que vous ne ressentez que trop ; vous n'avez qu'à y penser un moment, ce sera assez pour vous faire connaître ce qui en est. Ajoutez encore qu'il n'y a point de corps mort, de cadavre si insupportable que l'état déplorable où le péché vous a réduit : Gravius omnibus fetet sepulcris. (S. Ambr.) Voilà, dit saint Vincent-Ferrier, le sentiment que la vérité vous oblige d'avoir de vous-même : Homo sentiat de seipso, sicut de uno corpore mortuo, pleno vermibus et quod homines dedignant videre et intueri : imo f/audunt nares propter ejus pessimum odorcm et fetorem, et averlunt {actes, utnonvideant abominationem.

Méditez bien ces sentiments qu'ont eus les saints et que vous devez avoir avec eux, et vous n'aurez

l'estime que l'on en fait. Or, vous savez que de vousmême vous n'êtes rien, vous n'avez rien, vous ne pouvez rien ; il faut donc avouer que vous ne valez rien. Pourquoi donc voulez-vous qu'on vous estime? Mais il y a plus : si vous ne valez rien dans l'ordre de la nature, vous valez moins que rien dans l'ordre de la grâce ; car il est vrai que vous êtes pécheur , vous ne le sauriez nier, le souvenir de votre vie passée vous en convainc assez. Or, le péché vous met au-dessous de tout, et au-dessous même du néant, et il vaudrait bien mieux n'awir jamais été

ensuite aucune peine à réprimer votre superbe, en reconnaissant ce que vous valez.

La troisième considération, qui vous convaincra tout à fait que vous ne valez rien, c'est ce que Notre- Seigneurdit dans l'Evangile, que le sel affadi devient tout à fait inutile, et il n'y a plus aucun usage è quoi il soit propre. Ce sel est le Chrétien, et il est afladi par le péché : et c'est ce qui vous doit confondre et vous abattre sous les pieds de tout le monde. Ecoutez comme Notre-Seigneur vous le dit bien nettement : Adniliitum valet ultra, nisi ut mittatar

foras, et conculceturubliontimbus{Matlh.\,l^)\hé\aiS,\ oubli de ce qu'il était. Et c'est dans ce temps que quel prix et quelle valeur! C'est pourtant tout ce Jésus veut paraître comme une grande lumière pour

que vous valez. Il y a bien plus, car vous mériteriez même d'être sous les pieds des démons, puisque vous avez mérité l'enfer par vos péchés ; et ce qui est encore pire, c'est que vous ne valez pas même que la justice de Dieu prenne la peine de vous jeter en enfer, ni que Notre-Seigneur monte sur son trône pour vous juger. C'était le sentiment de Job, qui, considérant la misère de l'homme, s'écriait avec étonnement : Homo natus de muliere repletur multis miseriis... El diijnum ducis super Imjuscemodi aperire oculos tuos, et adducere eum tecum in judiciian! (Job viv, 1, 5.) Se peut-il rien voir de plus misera^ ble? Voilà après tout ce que vous valez, et concevez bien une bonne fois que , pour être environné des dons de Dieu et rempli de ses grâces, vous n'en valez pas davantage par vous-même, puisque les dons de Dieu, pour être en vous, sont toujours siens, et Vous ne sauriez, sans vous les approprier et sans une espèce de sacrilège, vous en estimer davantage.

Confondez-vous bien de ce que, valant si peu, vous vous êtes tant estimé par le passé ; demandezen pardon à Dieu, et la grâce de pouvoir bien aimer qu'on vous méprise, dans la pensée que vous ne valez rien.

Troisième po:nt. Coopération. — 1° Puisque vous valez si peu, ne souffrez jamais que l'on vous loue, et dites dans votre cœur comme un saint : Qui me laudanUme flagellant,

2° Quelque mauvais traitement que l'on vous fasse, et quelque mauvaise estime que l'on puisse avoir de vous, ne vous imaginez jamais que l'on vous fait tort, puisque vous méritez dans le fond qu'on en ait encore une plus mauvaise.

3° Quand la pensée vous viendra de vous estimer davantage pour toutes les grâces que Dieu vous fait, rejetez cette pensée comme une des plus raffinées et des plus dangereuses tentations du démon de superbe, et servez-vous seulement de la vue des grâces de Dieu pour l'en aimer davantage, et vous en humilier plus profondément.

DE l'humilité.

Du premier moyen d'acquérir l'humilité, qui consiste, à se considérer souvent pour se bien connaître.

PiiEMiEK POINT. Adoration. — Le premier moyen pour bien s'humilier est de faire de temps en temps de sérieuses réflexions sur soi-même, afin de se bien connaître et de bien i)énétrer ce que l'on est : Ex coynilione sui humililas mater salutis oritur. (S. Beiun.) Considérez que c'est là un des grands fruits de la venue de Jésus-Christ au monde. Il y est venu dans

l'éclairer dans ses ténèbres, et pour lui faire connaître à fond ce qu'il est : Habitantibus in reijione umbrœ mortis lux orta est eis. (Isa. ix, 2.) Adorez donc ce divin Sauveur dans cette vue, et arrêtez-vous quelques moments pour contempler celle belle lumière. Oh I qu'elle est adorable dans sa source! C'est le sein de Dieu même; c'est le sein du Père éternel où elle est engendrée dans les splendeurs des saints, et où elle prend ses plus vives clartés. Oh ! qu'elle est aimable en elle-même ! Ce n'est point une lumière trompeuse, morte, errante ou passagère ; elle est véritable, vive, substantielle, permanente : Splendcr Patris et figura substantiœ ejus. {Hebr. i, 3.) Erat lux vera. (Joan. i, 9.) Oh ! qu'elle est désirable dans ses effels! car elle nous fait connaître parfaitement ce que nous sommes ; et pénétrant, comme dit l'Apôtre, jusqu'à la division de noire âme et de notre esprit, jusqu'au fond de nos pensées, de nos inclinations et de tous nos mouvements, jusqu'à la moelle même de nos intentions et de nos affections les plus secrètes : Pertingens usque ad divisionem animœ ac spiritus, compagum quoque ac medullarum, et discrfitor cogitationum et intentionum cordis. [Hebr. iv, 12.) Elle nous découvre nos infirmités et toutes nos misères, et nous oblige ainsi de nous abaisser, de nous humilier et de nous confondre à celte vue. Tâchez de participer à ces effels, et pour cela approchez-vous-en avec le respect et l'aliention que vous devez : Accedile ad eum, et illuminamini. {Psal. xxxiii, 6.) El, après lui avoir rendu vos devoirs ordinaires, demandez-lui la grâce de bien profiter de sa présence, et de faire toutes les réflexions qui sont nécessaires pour vous bien connaître, et ne perdre jamais de vue ce que vous êtes.

Deuxième point. Communion. — Afin de bieii profiler de la lumière que Jésus vous apporte venant au monde, et vous en servir selon ses desseins pour vous humilier à la vue de vos misères, il faut lâcher de les considérer souvent et de bien penser- à ce que vous êtes. C'est assurément un des meilleurs moyens pour vous rendre bien humble; cl, pour vous eu convaincre, pénétrez bien les considérations suivantes : 1" considérez qu'on ne saurait faire de sérieuses réflexions sur soi et penser à ce que ron est, qu'on ne s'aperçoive bientôt que son origine est le néant , et que l'on ne découvre par conséquent que de soi-même et de son fond on n'est rien, ou n'a rien, on ne peut rien, on ne vaut rien. C'est ce que la foi apprend , quand on l'écoute ; c'est ce que la raison persuade, quand on l'examine ; c'est ce que l'oxpériencc qu'on a tous les jours de sa propre faiblesse, fait assez connaître, quand sérieuscnionl ou

un temps où l'homme ne se connaissait plus; les té- y pense. Or, le moyen de se voir en cet étal, de ne

nèbres du péché s'étaient lellomcnl épaissies, qu'il remarquer en soi qu'un si grand fond de toutes

ne voyait plus ce qu'il était ; il ne discernait plus sa sortes de misères, de n'y apercevoir qu'un dénûmenl

bassesse, son infirmité et sa misère, de sorte (pi'il si général de toutes sortes de biens, et sans s'a-

etail dans une entière ignorance et dans un profond baisser on sa propre estime, et sans se traiter soi-

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môme avec mépris? 0 homo, dit Dieu ;\ riioimue. si te videres, tibi displiceres, et mihi placcres : scd quia te non vides, ideo tibi places, et mihi displias- (S. Bern.) C'est de là que se lire ravantagc de la réflexion sur soi-même, qui fait qu'on se connaît, et qui, étant Lien médité, vous fera connaître comme c'est un grand moyen pour bien. s'humilier.

* 2° Considérez que, comme c'est l'ordinaire de l'homme d'estimer ou de mépriser les choses selon la connaissance qu'il a de leur prix, aussi est-ce le propre de la volonté de donner ses inclinations et ses affections selon l'estime que l'entendement fait des choses qu'il connaît. Pour faire grand cas et chérir beaucoup une chose, il ne faut que connaître auparavant son excellence et son mérite ; au contraire si on connaît sa laideur , sa difformité , c'est un moyen presque infaillible pour n'en avoir que du mépris Si donc vous voulez vous mépriser, si vous (iésirez avoir de bas sentiments de vous-même , et vous y plaire de tout votre cœur ; si vous voulez en un mot être bien humble, il ne faut que vous connaître vous-même, voir à découvert vos. misères, faire attention au peu ou rien que vous valez. Méditez bien si ce n'est pas là le fruit que Ton retire des réflexions que l'on fait sur soi-même pour se connaître, quand ces réflexions sont sérieuses et solides; car il faut avouer que, plus on y pense, et plus on se voit dans la misère : ISam quomodo non vere humitiabitur anima in liac vera cognitione sui , cum se perceperit oneratam peccatis, mole hujus mortalis corporis aggravatam , terrenis iyitricatam curis, carnalium desideriorum fœce infectam... proclivem ad vitia, invalidant ad virtules? Unde liuic jam extollentia oculorum? unde levarc c^put? nonne magis convertetur in œrumna mea dum configilur spina? converletur ad lacrymas, convertelur ad planctus et gemittis, converletur ad Dominum, et iyi humilitaie clamabit : Sana animam meam , quia peccavi tibi. (S. Bern.)

5° Considérez la différence qu'il y a entre la connaissance que nous avons de Dieu, et celle que nous avons des créatures. Plus on considère et on contemple Dieu , et plus en conçoit-on d'amour et d'estime; mais il en est tout au contraire des créatures, car plus on converse avec elles , plus on les considère de près, et plus en fait-on moins d'estime : d'où vient ce proverbe commun que la familiarité engendre le mépris. La raison en est , que Dieu étaat îm océan infini de toutes sortes de perfections , et pins on le considère, et plus on en découvre, et plus par conséquent il paraît parfait et plus digne de respect et d'amour. Mais pour les créatures, tout leur fond n'étant que misères, défauts et ordures, plus on les approche et on les examine, et plus on sent leur puanteur et en s'aperçoit de leurs défauts , et plus par conséquent on les méprise. Or si cela est des autres créatures dont nous ne voyons que l'extérieur, que sera-ce de vous à l'égard de vous-même, quand, creusant dans votre propre fond , et vous en-

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fonçant en vous-même par une sérieuse et attentive réflexion , vous pénétrerez dans votre néant, et que vous y trouverez un abîme de nécessités, d'indigences et d'imperfections ? ne sera-ce pas alors que vous vous mépriserez souverainement, et que vous ferez moins de cas de vous que de la fange et de la boue? Voilà le fruit de la réflexion sérieuse que l'on fait sur soi-même, et le grand avantage qu'on en lire pour se bien humilier.

i" Considérez que ce qui vous doit encore obliger, mais bien étroitement, à faire de sérieuses et fréquentes réflexions sur vous-même , si vous voulez être bien humble , c'est que sans cela l'orgueil trompe, on ne se connaît point , et ainsi on ne s'humilie point. Une vue de nous-mêmes, qui n'est que superficielle, et ces réflexions légères et passagères ordinairement nous font illusion : il y a en nous une vaine apparence et un éclat trompeur qui d'abord éblouit; et, surpris par les illusions de l'amourpropre, n'examinant pas les choses assez à fond, nous croyons avoir quelque chose en nous, qui mérite quelque estime, et qu'au fond nous n'avons pas. Or c'est à quoi on ne manquera jamais d'être surpris, à moins que les réflexions que l'on fait sur soimême ne soient sérieuses cl profondes ; et non-seulement il faut pour cela qu'elles soient profondes, mais encore il est nécessaire qu'elles soient fréquentes : autrement on perd aisément de vue ce que r*n est, et on est semblable à cet homme léger et inconstant dont parle l'apôtre : Similis est ho-mini consideranli vultum nativitatis suœ in speculo : consideravit enim se et abiit, et oblilus est quatis fiierit. {Jac. 1 , 23 , 24.) Ainsi, oubliant ce que l'on est, on se laisse aller aisément aux premiers sentiments d'estime qui nous attaquent, et on prend bonne opinion de soi-même ; mais quand, par de solides réflexions , nous avons reconnu ce que nous sommes et découvert le fond de notre misère , et que nous réitérons souvent ces réflexions, pour ne point perdre cette vue, qu'y a-l-il de plus facile que de nows humilier, ayant toujours notre misère devant les yeux ? Recordatio propriœ fœditatis custos est verœ humilitatis.

5° Considérez que c'est parliculièremenlpar la réflexion que nous faisons sur nous-mêmes, et par la vue de nos misères que ï)ieu nous donne lumière pour nous humilier: il nous éclaire en diflVîrentes manières : tantôt il le fait par le miel des douceurs et les consolations, ainsi qu'il éclaira Jonathas ; tantôt il se sert du fiel des amertumes et des aiflictions de cette vie, ainsi que l'ange Raphaël fil à Tobie. Mais, pour nous faire pratiquer l'humilité, il nous éclaire avec de la boue, ainsi que Jésus-Christ eu usa en rendant la vue à l'aveuglc-né, c'est-à-dire que, par la considération de notre misère appliquée à nos yeux, il nous fait avouer que nous ne sommes dignes que de mépris.

Demandez à Dieu qu'il vous fasse celle grâce, et priez-le qu'à la faveur de ces divines lumières vous

puissiez faire des réflexions assez solides sur vousmême, afin que, ne perdant jamais de vue vos misères, vous puissiez trouver le moyen de vous humilier autant qu'il désire.

Troisième point. Coopération. — 1° Résolvez-vous de profiter de Tavis qui est donné à l'épouse ; faites réflexion sur vos actions, retournez sur vos pas, «examinez ces mouvements et ces vestiges de tant de passions différentes qui s'élèvent en vous , afin d'avoir toujours un sujet présent pour vous humilier à la vue de vos misères : Si ignoras te, egredere, et abi post vestigia gregum tuorum. (Cant. i, 7.)

2° Tâchez de ne pas faire celte réflexion par manière d'acquit et comme en passant , mais de l'approfondir et de creuser jusqu'à ce que vous soyez bien pénétré de ce que vous êtes, et que la conviction n'en soit pas seulement dans l'esprit, mais dans le cœur.

3° Ne vous contentez pas d'avoir fait une fois cette réflexion, mais réitérez-la de temps en temps, surtout lorsque vous vous trouverez attaqué de superbe, et que la pensée ou le mouvement vous viendra de vous estimer.

DE l'humilité.

Dm second moyen d'acquérir cette vertu.

Premier point. Adoration. — Considérez que le second moyen d'acquérir l'humilité est de s'exercer aux actes de cette vertu, et particulièrement aux humiliations extérieures, et aux pratiques viles et abjectes qui portent quelque confusion devant le monde. Admirez l'exemple que Notre-Seigncur vous on donne pendant sa vie, et le soin particulier qu'il prend de vous instruire sur ce sujet; car c'est pour cela que, tout petit enfant qu'il est, dès qu'il se voit en état d'agir, il veut s'appliquer aux emplois les plus vils et aux services les plus bas en la maison de sa Mère : Nonne in ponenda mensula, in ctibilibus aptandis et aliis secretioribus domus adjuvabat eam? Intuerc ergo Jesum bene humilia obsequia pcr domum facienlcm. (S, Bonw.) C'est pour cela que, selon la remarque du même Père, il a voulu toujours être en la compagnie de ses disciples comme serviteur, c'est-à-dire comme engagé par étal et par oflice, à s'appliquer aux emplois les plus vils et aux fonctions les plus ravalées : Jn medio vestrum snm lanquam qui ministrat. {Luc. xxu, 27.) C'est pour cela, qu'après avoir été toute sa vie dans les. pratiques d'une humiliation perpétuelle, il veut encore, la veille de sa mort, servir ses apôtres à la Cène, se ineltre à leurs pieds, les laver el les essuyer, avec un abaissement extérieur qui est surprenant, mais avec une joie qui ne se peut dire. C'est pour cela enfin que dans cette action il dit à saint Pierre : Quod facio, tu nescis modo, scies antcm poslea {Joan. XI", 7) ; et qu'il ajoute immédiatement après : Excmplutn enim dedi vobis, ut quemadmodum ego

ses apôtres, en la personne de leur chef, et ensuite à tous les fidèles, que , s'il s'abaisse lui-même, ce n'est que pour nous obliger à nous humilier à sou imitation, et que , si nous voulons être humbles comme lui, il faut comme lui que nous nous exercions aux actes extérieurs d'humilité, et que nous suivions la voie de l'humiliation qu'il nous trace par son exemple. Ouvrez donc votre cœur à cette importante leçon de votre divin Maître ; remerciez-le du bel exemple qu'il vous en a donné et en sa vie et en sa mort: Quid enim aliud docitil humiliando se factus obediens ? quid aliud docuit solvendo quod non debebat? quid aliud docuit baptizatus qui peccatum non fecit, crucifixus, qui reatum non habebat? C'est dans cette vue que vous tâcherez de lui rendre vos devoirs ordinaires, et surtout de lui demander la grâce de bien profiter de cette belle instruction qu'il vous donne.

Deuxième point. Communion. — Pour bien connaître comme Ja pratique des actes d'humilité, surtout des actes extérieurs et des exercices humiliants, est un moyen nécessaire, ou du moins d'une trèsgrande conséquence, pour acquérir cette vertu : 1° considérez que c'est par la fidélité aux actes et aux exercices de l'humilité que cette vertu se forme en nous. Car il en est de Thumilité comme des autres vertus ; ce sont des habitudes qui ne s'acquièrent jamais que par des actes réitérés ; c'est se tromper que de croire que les enseignements suflisent, que les raisons aient assez de force, que les motifs soient assez puissants pour vous rendre humble. 11 n'en faut pas à la vérité davantage pour vous persuader que vous le devez être : mais pour l'être en efl'et, cela ne suffit pas ; vous le savez, et vous ressentez bien que vous n'êtes pas humble, pour être convaincu que vous le devez être : il faut la pratique, et c'est ce qui vous manque. Quel jugement feriez-vous, dit le grand saint Basile à ce sujet, d'un homme qui se contenterait d'apprendre les règles de l'architecture etqui ne bâtirait jamais? Ne pouvez-YOus pas conclure en toute sûreté qu'il ne sera jamais bon architecte? Si un homme,. voulant apprendre à jouer du luth, se contentait d'en savoir les règles sans les mettre en pratique, ne pourraiton pas assurer qu'il n'y réussira jamais? et si quelqu'un qui voudrait bien écrire, se contentait de considérer comment les lettres se forment, sans prendre souvent la plume et les former lui-même, nesemitil pas impossible qu'il pût jamais écrire? Il on esi de même de l'humilité : c'est se tromper que de croire devenir humble sans pratique. Ce ne sont l»as des afl'ronts que l'on se représente, des persécutions que l'on se figure, des calomnies que l'on te forge, qui font les hommes bien patients, tant que cela n'est point présent en effet ; il n'est pas difficile do se persuader qu'on serait prêt de les souffrir, el tant (jue ces souffrances ne sont que dans l'iiuagiiialion, oïdinairementla patience n'csl qu'en idée ; feci, iia el vos faciatis (Ibid., Lf)), pour apprendre à mais des affronts effectifs et bien soufferts, c'est ce

qui l'ail l'hommo paiiont ; et un seul, enduré de bon cœur, servira plus à former cette vertu en votre Snie que cinquante conçus seulemenl par le désir. Ainsi en osi-il de Thuinilité : vous en arcpiorroz assurément plus de degrés en remplissant un seul jour un oflice vil et abject, en portant un seul jour un habit pauvre, en demeurant un seul jour exposé avec joie à la risée du monde, que vous ne feriez en plusieurs années de seules pensées et de seuls désirs.

Méditez bien toutes ces comparaisons : elles font ass:z connaître combien on se trompe, quand on vect devenir humble sans pratique, et qu'on croit acquérir l'humilité en la désirant et la demandant à Dieu, sans s'exercer aux actes de celte vertu et sans se mettre en peine de s'y rendre fidèle.

Le second motif qui pourra vous faire connaître encore plus particulièrement la nécessité de vous exercer aux pratiques humiliantes, si vous voulez être humble, c'est que sans cela vous ne déracinerez jamais entièrement la superbe de votre fond, et tôt ou tard elle vous perdra, si vous ne la perdez ; «r, ce sont les actes, et non pas l'habitude de l'huniililé, qui doivent achever de la détruire et de la perdre ; car, quoique l'habitude d'humilité, aussi bien que des autres vertus, soit dans votre âme quand vous êtes en état de grâce, parce que la charité les amène toujours toutes avec elle comme ses suivantes, et que Dieu les met toutes par infusion dans le cœur en le sanctifiant : toutefois vous savez bien que, dans cet état, vous ne laissez pas de souffrir de grandes difficultés à vous humilier, que vous y sentez d'horribles coutradictions, que vous y avez, dans les occasions, de terribles répugnances : £11 un mot, vous voyez bien que tant que vous aurez ces mouvements si violents, vous ne retiendrez , jamais votre cœur, et vous ne l'empêcherez point de suivre les impressions de la partie inférieure qui se révolte. Il faut donc apaiser la violence de ces raouvements, autrement vous serez toujours en péril évident de vous perdre dans ces tempêtes. Or, c'est à quoi toutes les raisons, toutes les considérations, et les seuls désirs ne suffiront jamais : il faut de l'exercice; c'est ce qui assujettit cette partie inférieure, c'est ce qui la dompte, c'est ce qui ôte petit à petit ces grandes répugnances , c'est ce qui insensiblement la réduit en la rendant plus souple aux mouvements de la partie supérieure. D'ailleurs la superbe étant le premier vice de l'homme, aussi bien que de l'ange, c'est celui aussi dont la contagion est plus attachée à notre volonté blessée par le péché originel, et qui jette aussi de plus profondes racines dans notre cœur : ainsi, à moins que d'arracher continuellement, à moins que de creuser sans cesse , à moins que d'approfondir avec un grand soin pour en retrancher tous les rejetons, et en cou- , por jusqu'aux moindres petits filaments : nous nous • irouverons infectés par la contagion de ce vice, c'est-à-dire toujours superbes et jamais humbles. OElvbes compl. ue m. Tuonso.\. I.

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Or, pour arracher, pour couper, pour retrancher, il faut mettre la main à l'œuvre, et c'est par les praticpies que l'on creuse, que l'on approfondit, que l'on arrache. Cela est d'une telle conséquence qu'un très-jjrand nombre de personnes bien élevées se sont perdues pour n'avoir point été fidèles à ces pratiques, et pour avoir cessé l'exercice des humiliations. Combien de saintes âmes qui étaient près du port, qu'un petit vent d'orgueil a emportées sur des écueils où elles ont fait naufrage ! combien qui ont perdu ieurs talents et leurs grâces pour être sortis de l'état civili et des emplois humiliants où Dieu les conservait ! Rendez-vous sage aux dépens des autres, et que ces exemples vous obligent à vous bien exercer aux actes de l'humilité.

Le troisième motif qui vous doit readre fidèle à ces mêmes actes , est qxie , quand même ils ne seraient pas absolument nécessaires pour acquérir l'humilité et détruire la superbe, toujours faut-it avouer qu'on en reçoit de très-grands avantages pour établir rhumilité et ruiner l'orgueil. Car là où Dieu les remarque , il y fait le rendez-vous de ses faveurs et de ses caresses : aussi on a plus de force ayant plus de grâce ; là où les démons les voient , jamais ils ne s'en approchent : car comme il n'y a rien qui plaise plus à Dieu, il n'y a rien aussi que le démon craigne tant qu'une âme humiliée : Cor conlïitum et humiliatuin {Psal. l , 19) : ainsi les tentations y sont plus faibles. Là où ces pratiques se rencontrent souvent, la nature s'y apprivoise : ainsi elle n'en a plus tant de frayeur ; c'est ce ([u'on remarque par expérience en tous ceux qui s'y rendent fidèles , la peine diminue à proportion qu'on s'applique à l'exercice. Quels avantages pour l'humilité contre la superbe ! Faiblesse ôlée par l'abondance de la grâce, tentations diminuées par l'éloignemeni du démon , frayeur et peine dissipées par les approches des objets, et des vains fantômes qui faisaient peur. Ce sont les trois grands obstacles que l'on peut avoir à embrasser l'humilité et à renoncer à la superbe ; c'est à quoi on remédie par la pratique des humiliations ; c'est donc un grand moyen pour acquérir l'humilité.

Après cela ne vous étonnez plus si vous n'êtes pas humble car vous ne sauriez presque vous résoudre aux humiliations effectives ; vous y pensez , vous vous en occupez, et arrêtez aux motifs qui vous y porteut, vous en sentez même quelque désir ; mais vous en demeurez là, et vous n'allez point à la pratique, confondez-vous-en devant Dieu ; humiliezvous pour le passé, et tâchez de lui bien demander la grâce de lui être fidèle à l'avenir, et de ne vous pas contenter de seules considérations, de seules pensées et de seuls désirs : mais de travailler plus solidement à acquérir l'humilité et de vous exercer pour cela toute votre vie aux actes humiliants qu'elle vous prescrit.

Troisième point. Coopération. — 1° Comme on ne guérit pas un homme peureux par des raisons,

(FXVRES COMPLLTE

et qu'il lie laisse pas dé craiiulre, quoiqu'il soit convaincu qu'il n'y ait rien à craindre; mais qu'il faut , pour faire passer sa peur, qu'il s'approche et qu'il touche les choses qui lui paraissent des fantômes, qu'il aille dans les lieux obscurs qui lui faisaient peur, afin qu'il reconnaisse par sa propre expérience que sa peur n'était qu'imagination : ainsi faut-il que vous vous guérissiez de la peur que vous avez des confusions et des mépris. Résolvez-vous donc à les souffrir une bonne fois, et rendez-vous-y fidèle dans quelque bonne occasion, et vous verre/ que la plus grande peine n'est qu'en idée.

2° Rappelez en particulier dans votre esprit les différents actes elles divers degrés d'humilité, et voyez les moyens, les voies particulières et les circonstances des lieux , des temps, des personnes, où, selon votre état et votre condition présente , vous pourrez les réduire en pratique.

3" Demandez souvent à Dieu la grâce d'être fidèle à toutes les occasions qui s'en présenteront.

DE l'humilité.

2)« troisième moyen d'acquérir cette vertu : la vie tachée et la retraite.

Premier point. Adoration. — Considérez qu'un des plus grands moyens et des plus nécessaires pour acquérir l'humilité, et pour l'établir solidement dans un cœur, est l'éloignement du grand monde , la vie cachée et la retraite. C'est une chose surprenante de voir l'exemple que Notre-Seigneur nous donne pendant toute sa vie sur ce sujet. Il vient particulièrement en ce monde , disent les saints, pour guérir la superbe de l'homme, et son grand dessein est de lui apprendre l'humilité. Il commence à lui en donner d'admirables leçons dans le berceau; et il veut pour cela que , dans sa naissance, il n'y ait pas une circonstance qui ne crie hautement à l'homme qu'il doit être humble : Omnis Cliristi uativitatis schola Immilitatis est officina, dit saint Augustin. 11 continue à en donner des instructions pendant son enfance , et il ne cesse de les renouveler pendant tout le cours de sa vie : Discite a me quia milis sum et liumilis corde. Il propose même particulièrenu ni à ses disciples cette vertu à imiter entre une infinité d'autres , dont il est le modèle : comme pour nous dire que c'est sa chère et sa bien-aimée , et celle qu'il désire particulièrement établir dans nos cœurs : Vrimum et magnum mtinus Spirilus. [Matlh. xi , 29.) Partout nous voyons qu'il mené une vie si cachée , qu'il dcnieure presque inconnu à toute la terre, toujours séparé , toujours à l'écart , presque toujours dans la retraite : les premiers jours de sa vie, caché dans une étable ; les premières années, inconnu en Egypte parmi des infidèles , jusqu'à l'ùge de trente ans, retiré à Nazareth , sans être connu du monde. Tout le reste, c'est-à-dire pendant les trois dernières années, une grande partie dans les déserts, sur les montagnes, en des lieux écartés, séparé même de

ses amis et de ses plus iiiliuies : ô la belle leçon pour une âme qui veut être humble! Vie inconnue, vie cachée , vie retirée , vie séparée du commerce du monde : moyen sûr pour devenir humble et pour imiter votre divin Sauveur. Remerciez-le de vous avoir tracé liîi-mênie cette voie inconnue : \ia Immilitatis aliunde Jion manat , a CItrislo venit ; et après lui avoir rendu vos devoirs ordinaires, demandez-lui surtout la grâce de la bien suivre : Vobis reliquit exemplum, ut sequamini vestiijia ejus. (/ Pctr. 11,21.)

Deuxième point. Communion. — Pour bien connaître combien la vie cachée est importante pour ac([uérir l'humilité, tâchez de pénétrer les trois considérations suivantes : ce que l'on apprend dans la retraite, ce que l'on fait dans la retraite, ce que l'on reçoit dans la retraite.

1° Ce que l'on apprend dans la retraite. On y apprend trois choses : soi-même , Dieu, le monde. Soi-même : car comme les passions y sont plus tranquilles, et le cœur plus en paix, on pénètre mieux son propre fond, et on discerne mieux ce que l'on est. I»ieu : car conmie les dissipations n'y sont pas si fréquentes, n'y ayant plus tant de créatures qui nous amusent, on est en état de mieux envisager sa grandeur, et de se remplir de la vue de ce qu'il est. Le monde : on n'y est pas si aisément ébloui par ce vain éclat qui trompe, quand on le regarde de trop près : ainsi en étant éloigné, on découvre plus aisément la vérité de ce qu'il est. Or, qu'y peul-il avoir de plus avantageux pour une âme qui veut s'humilier, que ces trois vues ? En voyant ce que l'on est, on se voit néant et péché, et par conséquent digne de tout mépris ; en voyant ce que Dieu est, on le voit dans sa majesté, possédant en lui toutes les perfections, aussi bien que tout être : et ainsi digne de tout honneur, et le seul à qui la gloire est due. En voyant ce qu'est le monde, on le voit trompeur, extravagant, insensé, dont les jugements ne sont aucunement à craindre, et dont les louanges doivent être aussi indifférentes que les mépris. Se peut-il rien trouver qui mette une âme en état de s'anéantir plus aisément, de s'humilier plus facilement, de supporter toutes sortes de confusions plus patiemment.

Le second motif qui vous fera connaître comme la vie cachée est un des plus excellents moyens pour être bien humble, est ce que l'on y fait. Qu'est-ce, à votre avis, (pie l'on fait dans la vie cachée et la retraite? Tout ce qui est nécessaire pour que le monde nous méprise. On le fuit, on se cache, et on se tait : que pourrait-on faire qui attirât davantage son mépris ? Car enfin, quoiqu'il en dise, il veut (pi'oii le suivie ; ([uand on le suit, il veul que l'on paraisse ; pour paraître, il veut que l'on parle : sans cela, il ne faut pas vous attendre jamais à en être estimé, puisqu'en le fuyant, vous vous déclarez son ennemi, et il vous perséciile; et en le suivant sans y [laraitre, il s'en offense, et {'(-spril de

siiiporbe qui le conduit, fait qu'il no vous traite que lie robut. Que si vous y voulez paraître sans parler, sans découvrir vos talents, sans faire le bel esprit et sans vous entretenir de noblesse, de richesses, de grandeurs, et de tout ce qui fait son honnête homme : il vous prend pour un homme sans politesse, et ne fait pas attention à vous. Trois choses que le monde demande pour fomenter l'esprit de superbe qui le nourrit ; trois grands obstacles que le siècle fournit toujours à un cœur, pour l'empêcher d'être bien humble, et dont il est bien difficile de se défendre ; trois grands empêchements qui, étant surmontés, donneraient une grande ouvertnre et une entrée bien facile à l'humilité dans une âme chrétienne. Méditez bien que ce sont les prérogatives de la retraite et de la vie retirée ; car si vous approfondissez ce qu'on y fait, vous trouverez que ce sont là les grands avantages qu'elle porte en elle : Fuge, late, tace, fuir, se cacher, et se taire.

Le troisième motif qui vous fera conaître combien la vie cachée est un puissant moyen pour être bien humble, est ce que l'on y reçoit. On y reçoit les grâces spéciales et les caresses particulières que Notre-Seigncur donne à tous ceux qui se cachent pour son amour : Ducam in solitudiiiem, et loquar ad cor ejus. ( Ose. ii, 14. ) Grâces qui font qu'on expérimente ce que c'est que ces torrents de la consolation que Dieu donne à ceux qui se privent des consolations du siècle pour lui ; qu'on ressent* ce que c'est que la paix d'une bonne conscience, et le repos d'un cœur dégagé des vains amusements du monde ; qu'on goùle ce que c'est que les avantages d'une âme qui, comme une épouse fidèle, ne cherche que la gloire de son divin époux : L't sponsa meum zelabis honorem. Oh ! qu'il lui est facile, après ces agréables épreuves, d'avoir à dégoût toute la gloire du monde ! Guslato spirilu desipil omnis caro. /

Mettez - vous en état d'en faire l'expérience , et demandez à Notre-Seigneur qu'il vous en fasse la grâce.

Troisième point . Coopération. — 1° Résolvezvous de passer un temps considérable dans la retraite, si vous le pouvez sans manquer à vos obligations, sans vouloir paraître dans le monde, sans vous mettre en peine de ce qu'il pense et de ce qu'il dit de vous, et sans faire aucun état de tous ses Jugements.

2° Tant que vous sentirez encore en vous ces grands désirs de paraître, ces violentes appréhensions du mépris, ces ardents mouvements pour l'estime et la louange, ne vous hasardez point de vous produire, car assurément la vanité vous prendrait en peu de temps^, attendez que cet esprit d'orgueil ne soit plus si puissant en vous ; demeu rez dans la retraite jusqu'à ce que vous vous sentie/ «n peu plus fort sur ce point.

MEDITATIONS SUR LHLMILITE. »/U

avec plus de soin et de fidélité aux actions cachées» aux œuvres délaissées, aux exercices abjects et incoiHMis, afin d'en imprimer tellement l'amour dans voire cœur que vous ne vous laissiez jamais emporter aux vanités du monde : Ut vita vestra abicondita sil cum Cliristo in Dca. ( Coloss. m, 5. )

DE l'humilité.

Du quatrième moyen d'acquérir cette vertu: l'exemple ' des grands saints.

Premier point. Adoration. — Considérez que nonseulement Noire-Soigneur a donné un modèle achevé d'une humilité parfaite en sa personne, et qu'il a travaillé depuis le premier instant de son incarnation jusqu'au dernier moment de sa vie à vous instruire de cette vertu par son exemple : Voluntariam ac spontaneam humilitatem ab utero matris usque ad supplicium crucis omni fortitudine clegil, ac docuit (S. Léo) ; mais qu'il a voulu encore en faire paraître d'admirables copies dans ses saints, afin de continuer, même après sa mort et en ses membres, les instructions sur cette vertu qu'il avait données pendant sa vie, et de ne rien omettre de ce qui pourrait servir à nous rendre bien humbles. C'est pour cela qu'il les a tous rendus participants de sa vie humiliée sur la terre, avant que de les rendre participants de sa gloire dans le ciel ; c'est pour cela que ses plus grands amis et ses plus intimes sont ceux qui ont eu plus de part à ses humiliations et à ses abaissements; c'est pour cela enfin qu'après les avoir fait passer par les opprobres, les ignomisiies et les plus noires calomnies, il a voulu faire éclater leurs grâces, faire connaître leurs vertus, les faire reluire comme de beaux astres dans le firmament de son Eglise, afin qu'étant portés à les envisager avec amour, l'humilité, qui a été le fondement de toutes leurs grandeurs, nous devînt plus aimable, et nous fût rendue plus facile par tant d'exemples. Adore. Notre-Seigneur dans tous les soins qu'il prend pour vous instruire et dans les désirs qu'il a de vou'; rendre bien humble ; remerciez-le de tous If \ moyens qu'il vous a donnés sur ce sujet, surtout de l'exemple de tant de saints ; rendez-lui aussi dans cette vue vos autres devoirs accoutumés.

Delxième point. Communion. — Pour bien connaître combien l'humilité devient facile en se comparant aux grands saints, et combien on est porté à s'humilier en considérant ce que l'on est et ce qu'ils ont été : commencez dès à présent à faire cette comparaison, et vous verrez les impressions humiliantes qu'elle fera sur votre cœur, et comme. ce moyen est un des meilleurs que l'on peut prendre pour être bien humble. Or, pour cet effet, considérez : 1° quelles ont été les vertus et les dispositions générales des saints, et quelles sont celles que vous avez; 2° quelles ont été leurs dispositions touchant l'humilité, et ce que cette vertu a fait autrefois en

3° Commencez dès à présent à vous appliquei eux, et fait présentement en vous; 5° le fruit qu'eux-

luêmcs ont relire de pareils exemples, et que vous n'avez point encore relire : trois vues qui, vous faisant trouver de grands sujets de vous confondre, vous convaincront par votre propre expérience que c'est là un bon moyen pour devenir humble.

i" Méditez bien quelles ont été les vertus et dispositions de ces grands saints. Votre orgueil vous trompe, quand il vous persuade que vous êtes déjà bien vertueux, et bien parfait; c'est une pensée qui vous vient quelquefois, et souvent elle vous amuse, et toujours elle vous empêche d'être bien humble. Or, voici un puissant remède contre cette illusion, voici un excellent moyen pour vous guérir. Comparez vos vertus et vos dispositions à celles des grands saints ; interrogez-vous vous-même, et voyez s'il y a lieu de vous enorgueillir, ou plutôt si vous n'avez pas tout sujet de vous confondre. Aimes-tu, ô mon âme, le mépris comme la chose du monde la plus délicieuse, ainsi que faisait saint Dominique? Les louanges te font-elles autant de peines qu'à saint Ignace, martyr, et dis-tu de cœur comme ce saint : Qui me laudant, me flagellant? As-tu une telle horreur des honneurs, que d'en tomber malade quand ils se présentent, ainsi qu'un saint Raymond ? As-tu une affection si forte et si constante pour la croix, que tu n'aimes à vivre que pour souffrir, comme une sainte Thérèse? As-tu des inclinations si tendres pour ton Jésus crucifié, qu'entendant lire trois mots de sa passion, tu fondes en larmes, comme saint Vintent Ferrier? Pleures-tu de regrets quand il faut donner quelque soulagement à ton corps, comme sainte Catherine de Sienne? L'oraison le plaît-elle jusqu'à ce point, y as-tu une telle ferveur que les nuits entières de l'hiver te semblent trop courtes, comme à saint Antoine? Ta foi est-elle assez grande, et assez vive pour faire passer des montagnes d'un lieu à un autre, comme saint Grégoire-Thaumaturge? Ce sont là les vertus des saints, mais où sont les tiennes? C'est sur ces modèles achevés qu'il faut que tu le règles, ô mon âme ; c'est dans ces miroirs purs qu'il faut que tu te regardes, et que lu considères ce que tu es. Quand tu te compares aux pécheurs, tu t'imagines être parfaite, parce que lu ne te précipites pas dans leurs désordres; quand tu te mesures aux gens du monde, tu l'imagines être bien sainte, parce que lu n'es pas dans leurs dérèglements ; quand lu te compares à plusieurs qui s'étani retirés mènent une vie commune dans la retraite, lu crois être bien élevée, parce que tu ne remarques pas en toi plusieurs imperfections, dans lesquelles tu vois que tous les jours ils tombent. Voilà ce quijusqu'à présent a nourri ta superbe ; voilà ce qui par le passé a entretenu ton orgueil ; voilà ce qui a toujo\irs fomenté celte bonne oi)iinon que tu as conçue de toi-même, qui l'enlle, et qui l'élève. Veux-tu maintenant te guérir et devenir bien humble? élève un peu les yeux, regarde fixement ces grands saints, et considère avec alleution jusqu'où a été leur grâce, jusqu'où ils ont porté leur lidélité, jusqu'où est pnr-

venue leur vertu. Cette vue te fera discerner que tu es bien éloignée de ce que tu penses ; que les vertus sont encore bien faibles et bien imparfaites dans ton cœur ; que lu es bien loin de la perfection que Dieu le demande ; en un mot que tu n'es qu'un misérable, et que lu n'as pas tant de sujet de l'élever, cl de l'enorgueillir de ce que lu crois avoir, que de l'humilier et de te confondre de ce que tu n'as pas.

C'est la première réflexion : si vous pouvez en bien remplir votre âme, vous verrez par votre propre expérience combien elle est capable de vous humilier. La seconde considération qui pourra encore vous servir puissamment pour vous humilier, c'est de voir comme ces grands saints, au milieu de tant de vertus et de grâces qui les ont rendus l'objet de l'admiration du ciel, aussi bien que de la vénération de toute la terre, se sont néanmoins tellement abais ses, humiliés et anéantis, qu'ils se sont toujours rC" gardés comme les plus misérables de tous les hommes. Voyez un saint François; c'était un prodige de sainteté dans le monde, et cependant il confessait hautement qu'il était le plus grand pécheur de la terre. Voyez un saint Dominique : c'était un abîme de toutes sortes de vertus, et cependant, quand il approchait de (pielque ville, il se mettait à genoux avant que d'y entrer, et les larmes aux yeux, il priait Dieu qu'à son entrée la ville ne s'abîmât point à cause de ses crimes. Voyez un saint Paul : c'était un miracle de grâce, il avait converti tout un monde, il avait pénétré dans le plus haut des cieux, il avait été élevé jusqu'à la vue de la Divinité même : et cependant il se place le dernier parmi les Chrétiens, et le premier entre les pécheurs : Milii sanctorum omxitnn minimo. (Ephes. m, 8.)... Venit peccatores salvos facere quorum prbmis ego sum. (/ Timolh. i, 15.) Ah ! si tu voulais ici, ô mon âme, l'arrêter un peu pour approfondir ces exemples, et pour y faire quelques réflexions, que tu y trouverais de quoi l'humilier et te confondre ! Car il faut que tu avoues que ces grands saints ont parlé en vérité, du fond de leur cœur, et avec un sentiment intérieur qui répondait à leurs paroles : leur grâce et l'esprit de Dieu qui les animait ne te permettent pas d'en douter. Il faut que tu avoues qu'ils ont eu mille fois plus de grâce et de vertu que lu n'en as : la seule vue de ce qu'ils ont fait et de ce que tu fais, t'en convainc assez sans autre preuve. Que faut-il donc que tu dises et que lu penses de toi-même, quand tu vois que tout saints qu'ils étaient, ils ne s'estimaient que des misérables ; et quand tu entends qu'ils se publiaient les plus coupables de tous les criminels?

La troisième considération qui vous fera connaître combien c'est un moyen puissant pour vous encourager à vous humilier, que do vous conqtarer aux plus grands saints, est le fruit qu'eux-nuunes ont retiré de pareilles comparaisons, pour bien s'humilier, et que vous pouvez tirer à leur exemple. Car si la seule vue de saint Paul, ornute, ol le seul entretien d'une journée abaissa tellemeni les peu-

lŒTllAlTE ECCLESIÂSTIQLE. — AVERTISSEMENT.

sées du grand saint Antoine, qu'il s'en revint à ses disciples, la vue flxée en terre, les sanglots dans le cœur, la confusion sur le visage, avouant qu'il était indigne du nom de religieux, et qu'il n'était qu'un misérable : que devez-vous faire à la vue de tant de saints si extraordinairemcnt élevés par la grâce, et si prodigieusement abaissés par leur humilité ?

Que cela vous serve au moins à vous faire reconnaître votre pauvreté, et avouer votre misère, et proflter d'un si grand nombre d'exemples pour vous humilier. Confondez-vous de ne l'avoir pas fait par le passé ; demandez-en pardon à Dieu, et priez-le qu'il vous fasse la grâce de vous y rendre fidèle à l'avenir, autant qu'il le désire.

Troisième point. Coopération. — 1° Quand les pensées de vanité vous attaqueront, et que vous vous imaginerez être bien humble, bien patient, bien mortifié et bien parfait , accoutumez-vous d'abord à jeter les yeux sur quelques-uns de ces grands saints, et à vous comparer à eux. C'est le grand remède, dit saint Jean Climaque, pour vous guérir de ces pensées : et le moyen sûr, dit le grand saint Grégoire, pour vous obliger d'avouer que vous n'êtes qu'un misérable.

2" Ne vous contentez pas de vous comparer aux saints dans le temps de ces tentations : mais de temps en temps, pour vous encourager à la prati- C|ue de ce que vous vous imaginez être ditficile dans l'humilité, jetez encore la vue sur ces grands saints et saintes qui se sont si profondément humiliés, et qui ont souffert les plus grands mépris avec une si grande joie ; et dites en vous-même, au lieu d'écouter la répugnance de la nature : Pourquoi ne ferais-' je pas ce qui a été fait par tant de personnes aussi faibles que moi ? Tu non poleris qiiod isti et istœ ? C'est ce qui encouragea saint Augustin à surmonter ses peines, et c'est ce qui vous fortifiera dans les vôtres.

5" Demandez souvent à Dieu la grâce de vous conformer à ces saints, et de ne vous écarter jamais de la voie qu'ils ont suivie. La force d'un Dieu, que nous considérons en Notre-Seigneur,nous fait croire quelquefois que nous aurons peine à suivre son exemple : du moins ne refusons pas d'imiter ses membres que nous savons avoir eu comme nous la faiblesse de l'homme : Quoiiiam Chrhtiani sumns, aut Christum imitemur, aiU iUo$ qui illum imitati sunl. (S. AuG.)

RETRAITE ECCLÉSIASTIQUE

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