‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 174 sur 303 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Rien n'est plus propre à inspirer l'estime et l'amour de la retraite spirituelle , et à faire connaître sou importance et ses avantages, que ce qu'en a dit M. Tronson dans l'ouvrage qui a pour litre : Forma Cteri.

Dans la iv* partie, où il traite des moyens d'acquérir la perfection ecclésiastique, il considère la retraite comme un des plus efficaces pour entretenir la régularité, la ferveur et le zèle dans le saint clergé; et il confirme cette vérité par les exemples et la doctrine de Notre-Seigneur Jésus-Christ , souverain prêtre et modèle de tous les hommes apostoliques , par l'autorité des saints Pères et des saints de tous les siècles. Ainsi l'on peut regarder la lecture de cette partie du Forma Cleri comme une excellente préparation pour recueillir les fruits attachés à une sainte retraite ; et il serait superflu d'insister ici sur une vérité aussi généralement reconnue , surtout lorsque nous voyons la sainte Eglise recommander la retraite à tous ceux qui entrent dans l'état ecclésiastique , ou qui se préparent à la réception des saints ordres , et lorsque tant d'illustres prélats, éminents en doctrine et en piété, s'empressent d'établir dans leurs diocèses des retraites pastorales, source de bénédictions pour les pasteurs et pour les âmes qui leur sont confiées. Ils suivent en cela l'exemple du grand archevêque de Milan , saint Charles Borromée , que toute l'Eglise révère comme un des restaurateurs de la discipline ecclésiastique. Ce parfait modèle des évêques faisait lui-même deux fois, chaque année, les exercices spirituels de la retraite, et l'on peut juger quels fruits il en retirait par ces paroles qu'on lui entendit prononcer au sortir d'une de ses retraites : Je reconnais que je ne commence qu'à présent d'entrer dans les voies de la vie spirituelle. Il ne manquait jamais d'y faire une revue sévère de toute sa vie, et il faisait sa confession annuelle avec un cœur si brisé de douleur et un si grand torrent de larmes que son confesseur ne pouvait s'empêcher de pleurer.

Les plus saints évêques de France, M. Alain de Solminihac, M. d'Orléans de la Motte, ont été également fidèles à cette pratique : mais personne n'a plus contribué à rendre l'usage des retraites fréquent que saint Vincent de Paul, lequel, au rapport de son hiitoricn, estimait qu'entre tous les moyens spirituels que

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Dieu a mis au pouvoir des hommes pour remédier au désordre de leur vie , et les aider [à faire progrès en la vertu , il n'y en avait point de plus efficace , et dont on remarquât des elïets plus sensibles, plus fréquents et plus merveilleux que celui des retraites. Voici l'idée qu'il s'était formée de la retraite, telle qu'où l'a trouvée dans un de ses manuscrits. Par ce mot de retraite spirituelle , ou d'exercices spirituels, il faut entendre un dégagement de toutes affaires et occupations temporelles , pour s'appliquer à bien connaître soa intérieur, à bien examiner l'état de sa conscience, à méditer, à contempler, prier , et préparer ainsi son âme, pour se purifier de tous ses péchés et de toutes les mauvaises affections et habitudes, peur se remplir du désir des verlus:, pour chercher et connaître la volonté de Dieu , et l'aijant connue , s'y soumettre, s'y conformer, s'y ■unir, et ainsi tendre, avancer et enfin arriver à sa propre perfection. La fin des exercices, disait-il encore, est de se rendre parfait Chrétien, chacun selon sa vocation; parfait ecclésiastique, si c'est une pei sonne engagée dans les saints ordres.

Tel est le but que M. Tronson s'est proposé, persuadé que de la sanctification des ecclésiastiques dépendait la sanctification des peuples ; et qu'un bon prêtre , pour remplir dignement son ministère , ne devait négliger en aucun temps le soin de son salut et de sa perfection , à l'exemple de l'Apôtre qui craignait de se perdre dans les fonctions les plus saintes , s'il cessait de s'occuper de sa propre sanctification : Castigo corpus meum et in servitutem redigo; ne forte, cum aliis prœdicaverim , ipse reprobus efficiar, {1 Cor. IX, 27.)

Après avoir considéré l'importance de la retraite et le danger de n'en pas profiter, M. Tronson appelle l'attention sur l'indispensable nécessité du salut et sur le choix des moyens convenables dans une si grande affaire. Pour nous déterminer plus efficacement à les embrasser, il nous remet sous les yeux les bienfaits sans nombre que nous avons reçus de l'éternelle miséricorde , et en particulier la vocation au plus saint et au plus éminent de tous les états. 11 s'arrête ensuite au grand obstacle de notre salut, le péché, dont il montre l'énormiié , surtout dans les ecclésiastiques : le moyen de se purifier est la confession , et l'on voit ici toutes les conditions d'une bonne confession. La pensée des fins dernières qui , selon l'Esprit- Saint, est le moyen le plus assuré pour nous conserver dans l'état de grâce; Memorare novissima tua , et in œternum non peccabis lEccli. vu , ^0) ; nous montre dans la mort infiniment malheureuse des pécheurs et dans le petit nombre des élus, à opérer notre salut avec crainte et tremblement; surtout au milieu d'uo monde pervers et corrompu, dont on ne peut triompher qu'autant que l'on méprise ses jugements et que l'on déteste ses maximes. La nécessité de la vocation fait l'objet des méditations suivantes, et elles se terminent par la considération des obstacles à la persévérance dans les résolutions que l'on a prises , e', des moyens de persévérer.

Celui sur lequel les saints insistent davantage , est la pratique de l'oraison mentale. On lit dans la Vie du saint évêque de Cahors, M. Alain de Solminihac , qu'il la recommandait par-dessus tout aux séminaristes ; ajoutant que sans ell«' un prêtre ne pouvait se sauver : et dans une circonstance où il fit huit exhortations pour leur en faire voir l'excellence, les fruits et la nécessité, il protesta qu'il ne donnerait plus les ordres à aucun clerc , qu'il ne lui promît de faire, tous les jours de sa vie , sauf excuse légitime , nue heure d'oraison mentale. Cet illustre prélat suivait ainsi fidèlement les traces de saint Charles , qui avait fait de l'oraison un des points principaux de l'examen des aspirants aux saints ordres , et par les détails dans lesquels il entre, on reconnaîtra l'importance qu'il y attachait. Voici dans quels termes il s'e» prime dans son 5' concile de Milan. Ëxaminis autem omnium ea ratio instituta sit.... An inorationis sanctœ studio usuque versetur; quibus meditationibus instructus Deum tacitus oret;qui orationis modus , qui illius fructus, quœve utilitates ; quot quibusve parlibus illu constet , quœ regulœ prœparationis ad orationem, et cœtera multa ejusdem generis. Tous ces difléronts points ont clé développés par .M. Tronson dans ses Entretiens sur l'oraison , que l'on trouvera dans le Manuel du séminariste.

Le second moyen de persévérer est la direction , dont la nécessité , les avantages et la pratique sont exposés dans le Traité de l'obéissance. Les deux autres moyens sont un règlement de vie et la dévotion à la irès-sainlc Vierge. La iv' partie du Forma Cleri donnera la matière de toutes les résolutions que l'on peut prendre dans la retraite.

On trouvera dans ces méditations, comme dans les autres ouvrages de M. Tronson, des passages choisis des saints Pères sur les différents sujets qu'il y traite. L'étude approfoiulie qu'il en avait faite l'avait convaincu qu'on ne peut trop recourir à ces sources inépuisables de doctrine et de sainteté; et que rien n'était plus propre à cndammcr le cœur dans la niédilalion que de considérer ce que les saints ont pralitiué et recommandé.

M. Tronson a suivi, dans chaque méditation, la méthode d'oraison usitée dans les séminaires : il s'est attaché à tous les actes qui y sont recommandés et qui en assurent le succès. Ainsi on trouvera un modèle (le la préparation qui doit toujours précéder chaque méditation ; et de Vadoration, que les auteurs omettent ordinairement dans les ouvrages qui conlitiinenl des méditations; quoique ce point renferme de Kiands avantages, et t^oit singulièrement rrcomni;uiilr par saint François de Sales.

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Il V a donc lieu d'espérer qu'outre les fruits attachés h une sainte retraite, on retirera de celle-ci plus de facilité et de goût pour le saint e-xercice de l'oraison, si nécessaire pour devenir un saint prêtre, et pour remplir dignement toutes les fonctions du plus éminent et du plus redoutable ministère, au milieu de tant de périls, de tentations et de faiblesses, dont se voit environné celui qui doit donner l'exemple de toutes les vertus, et par la ferveur de sa prière faire descendre les grâces du ciel sur les âmes qui lui sont confiées. Pourrait-on, après ces motifs, ne pas embrasser une pratique que les saints apôtres ont regardée comme aussi indispensable pour eux que la dispensation de la divine parole? Nos vero oralioni et mintsterio verbi instantes erimus. {Act. vi, 4.)

Ces considérations ont engagé à joindre à la retraite ecclésiastique les méditations sur l'humilité. Elles serviront à faire connaître la nécessité de cette vertu, sa pratique et ses différents degrés: les fondements sur lesquels elle est appuyée, et enfin les moyens de l'acquérir. En réunissant à ces méditations les examens particuliers de M. Tronson sur cette divine vertu, les ministres d'un Dieu humble désireront plus vivement de marcher sur les traces de leur adorable modèle et de poser par là les fondements solides de toute leur perfection, l'humiHté étant, au jugement des saints, la racine et la mère de toutes les vertus. Le désir de contribuer à former de saints prêtres a déterminé M. Tronson à composer les différents ouvrages que Ton publie dans ce temps où une providence toute spéciale prépare à la France une génération de saints prêtres, destinés à réparer les ruines d'une Eglise illustrée par tant de zélés minisires et de généreux confesseurs de la foi de nos pères. Nous prions le Dieu des miséricordes, qui seul peut donner l'accroissement, de répandre ses bénédictions sur cet ouvrage, et sur ceux qu'il a choisis pour être le consolation de l'Église, l'honneur du sanctuaire et le salut des peuples.

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