TROISIEME JOUR
der et de le perdre : Vœ eis, quoniam recesscrunl a me. (Ose. vu, 13.) 2° Le péché est une haine de Dieii ; c'est le sujet de la plainte que Notre-Seigncur fait des pécheurs : Odio habuerunt me gratis... [Joan. XV, 25.) Odio iniquo oderunt me. {Psal. xxiv, 9.) Quand donc vous péchez, savez-vous bien que vous haïssez Dieu ? maudit poison , venin mortel que le péché répand dans le coeur de celui qui le commet ! Il n'y a point de serpent , d'aspic , de vipère portée dans le sein , dont la morsure soit si contagieuse : conmient donc osez-vous le porter dans votre conscience ? 5° Le péché est une opposition totale à Dieu , mais une opposition qui va jusqu'à un point que , dans son néant, il se soulève, se révolte, et s'arme contre cette souveraine majesté : Nihil rebelle, et in Deum armatum. Voilà, dit saint Ambroise , ce que c'est que le péché ; mais voyez jusqu'où va sa révolte. Non-seulement elle va jusqu'à dire : Nolumus hune regnare super nos [Luc. xix, 14), jusqu'à ne point reconnaître Dieu pour son roi , à ne point se soumettre à son empire , à lui enlever son sceptre et sa couronne , à le chasser honteusement de son trône , mais son dessein est de le détruire , s'il pouvait, en ses divines perfections, en son être suprême , en ses adorables personnes. En ses perfections ; car le péché fait que le pécheur souhaiterait que Dieu ne fût pas tout saint, afin qu'il ne délestât pas son péché ; qu'il ne fût pas tout clairvoyant , afin qu'il ne le connût pas ; qu'il ne fût pas tout-puissant , afin qu'il ne le punît pas avec une si grande sévérité. In ipsiitn {liorribile diclu) desœvit auctorem ; nam , quantum in ipso est, Deum perimit. Omnino enim vellet Deum peccata sua aut vindicare non posse , aut nolle , aut nescire. VuU ergo Deum non esse Deum. Crudelis sane et exsecranda malitia quœ Dei patientiam, sapientiam, justitiam perire desiderat. (S. Bern.) En son être; car c'est le vouloir détruire en son êlre que de le vouloir détruire en ses perfections , sans lesquelles il ne peut êlre ; et de plus ne souhaiterait-il pas qu'il n'y eût pas de Dieu , pour pouvoir pécher impunément? En ses divines personnes ; car après avoir, dans sa volonté, anéanti le Père dont il abhorre la puissance, il s'en prend au Fils, pour le crucifier de nouveau , dit saint Paul : Rursum crucifigcntes sibiîuctipsis Filium Dei {Hebr. vi , 0) ; et comme il renouvelle la cause de sa passion , et qu'il lui ôte la vie qu'il a dans le coeur de l'homme, il n'est que trop vrai qu'il le poignarde , et qu'il lui donne encore le coup de mort. Enfin il va jusqu'à étouffer le Saint-Esprit, sans égard à cet avertissement formel qu'il nous donne lui-même : Spiritiim itolite exstinguere. (/ Tliess. \, 19.) Voilà de terribles et épouvantables vérités , méditez-les bien à loisir, et pesez-les l'une après l'autre, car assurément files vous donneront plus d'horreur du péché que vous n'en avez eu jusqu'ici.
Deuxième considération. — Non-seulement le péché est une séparation de Dieu, une haine de Dieu,
une opposition totale à Dieu ; mais il faut que comme la créature se sépare de Dieu, Dieu se sépare de la créature : Longe est Dominus ab itnpiis {Prov. XV, 29) ; comme il fait que la créature hait Dieu, il fait aussi que Dieu hait sa créature , et a horreur de
tions. Mors, sanguis, conleutio, opprcsslones, famés, et coiifusio, et flagella super iniques creala sunt hœc omnia. (Eccli. xl,9.) Et quand Dieu emploierait toute son éternité à châtier un péché mortel, la vengeance n'excéderait pas les bornes de la justice.
ce qu'elle fait : Altissimus odio habet peccalor-es Enfin , le péché est tellement tout mal , qu'il n'y a
{Eccli. XII , 3.) Similiter odio sunt Deo impius et impictas ejus.... {Sap. xiv, 9.) Calendas, et sotemnitates vestras odivit anima mea,e\c.... {Isa. i , M.) Abominatio est Deo vita impii. (Prov. xv, 9.) Il faut que comme la créature est opposée à Dieu, jusqu'à le vouloir détruire en tout lui-même : Dieu aussi devient tellement opposé à la créature qu'il la considère en cet état comme l'objet de sa fureur. Peccala veslra absconderunt vullnm ejus a vobis ne exaudiat. {Isa. Lix , 2.) El de là vient que le Père éternel ne l'assiste plus de sa providence ; elle n'a plus de part aux mérites de la passion du Fils ; le Saint-Esprit la dépouille de ses vertus infuses et de ses dons. Le Père la prive du droit qu'elle avait au paradis, et ne la considère plus que comme une fille déshéritée : Si averterit se jttstum a justitiasua, omnes justiliœ ejus quas fecerat non recordabuntnr. (Ezech. xviii , 2i.) Le Fils la retranche de la participation de sa vie , et la regarde comme un membre de son corps mort et pourri ; le Saint-Esprit n'a plus ses familiarités ordinaires avec elle, et ne la voit en cet état que comme une épouse répudiée. Egressus est a filia Sion omnis décor ejus. {Tliren. i , 6.) Enfin, dans cet étal de délaissement la créature se trouve exposée à mille peines, mille remords, mille tentations, mille péchés : Abyssus abyssum invocat {Psal. xli , 8 ) ; elle devient esclave du démon, auquel elle s'est assujettie ; elle mérite la damnation éternelle. Voyez ce que fait un seul péché mortel , voyez combien vous en avez commis, et les sujets que vous avez de craindre.
Troisième considération. — Il est aisé de conclure des deux considérations précédentes que le péché est le plus terrible et le plus effroyable de tous les maux ; examinez bien celte troisième considération, et voyez jusqu'où elle s'étend : et pour cela, songez que le péché est le plus grand de tous les maux ; car d'autant plus qu'une chose a d'opposition au souverain bien , plus elle participe à l'essence du mal : or il n'y a rien de plus opposé à Dieu que le péché ; d'où vient que Dieu ne saurait faire tant de mal à un homme qu'il s'en fait à soi-même par le péché. Non-seulement il est le plus grand de tous les maux , mais il en est la source et l'origine : I^ulla enim nocebit adversitas, si nulla dominctur iniquitas. (S. Gkeg.) Non-seulement il est la source de tous les maux , mais il les renferme tous en lui : Miseras facit populos peccatum...(Prov, xiv, 31.) Pour cire misérable il faut avoir tous les maux sans exception , dans un degré de violence et d'excès, et les souffrir non pas un moment et en passant , mais par manière d'état : or c'est ce que fait le péché, et il renferme tous les maux avec toutes ses condi-
que lui qui soit véritablement et proprement mal. Car le mal se communiquant de même que le bien , comme le bien véritablement rend bon celui à qui il se conmiunique : le mal au contraire le rend toujours mauvais. Tous les autres maux ne le sont point à le bien prendre , car Dieu les a tous faits : ISon est malum in civitate quod non feceril Dominus (Amos. m , 6) ; or tout ce que Dieu a fait est non : Vidit Deus cuncta quœ fecerat, et erant valde tuna. (Gen. i , 31.) Mais pour le péché il n'y a que lui que Dieu n'a pas fait ; et par conséquent il n'y a que lui qui soit mal , à proprement parler. De plus, il n'y a que lui qui nous puisse damner et nous priver de Dieu pour le temps et pour l'éternité.
Faites réflexion sur vous-même; en vérité n'est-ce pas un endurcissement épouvantable, que la foi ne vouspermetlant pas de douter de ces vérités, vous vous laissiez néanmoins aller au péché mortel, dont le seul nom vous devrait donner mille fois plus d'horreur que le bruit d'un coup de tonnerre ou la vue de l'enfer ouvert pour vous engloutir? 0 aveuglement! ô insensibilité de l'homme! Homo comparatus est jumentis insipientibus , et similis factus est mis. {Psal. XLViu, 21.) Demandez pardon à Dieu de vos désordres passés , et la grâce pour l'avenir » non-seulement de ne point tomber dans le péché, mais d'en avoir une toile horreur, que pendant toute votre vie , vous en redoutiez même les apparences et les approches.
Troisième poht. Coopération. »— 1° Résolvez-vous de recourir souvent à Noire-Seigneur pour lui demander pardon de vos péchés , et la grâce d'une parfaite conversion ; et , pour commencer dès à présent, dans l'amertume de votre âme , dans l'humiUation de votre esprit, dans la douleur de votre cœur, jetez-vous à ses pieds comme un enfant prodigue, comme une Madeleine, comme une épouse qui aurait souillé la couche nuptiale de toute sorte d'adultères. 0 Seigneur , miséricorde sur cotte pécheresse ! compassion pour celte misérable. Promettez-lui aussi de mieux vivre à l'avenir : 0 Seigneur, non jamais plus, moyennant votre sainte grâce , non , jamais plus je ne m'abandonnerai au péché; hélas! je ne l'ai que trop aimé, je le déteste ; et embrasse , ô Père de miséricorde , votre service dans lequel je veux vivre et mourir.
2° Résolvez-vous aux pieds de Notrc-Seignour, pour effacer tous les péchés de votre vie passée, de les déclarer tous au prêtre simplement, ingénument, courageusement, nonobstant la honte , la confusion, l'opposition naturelle , et d'en faire une bonne confession, quoiqu'il vous en coiHe.
3"> RésolvCz-vous de ne craindre dorénavant ([UC
RETRAITE ECCLESlASTIQtJE. — TROISIEME JOUR.
le poché , et de vous mettre ainsi dans cet heureux étal où ét;ïit saint Chrysostoine , selon le rapport qu'en firent à l'inipéralrice les courtisans même qu'elle avait envoyés pour le tenter : Frustra tentas itlum : exsilium non timct , puupertatem non timcl , mortetn non limet, untim timct Chnjsostomus peccatum. Ou si vous craignez autre chose, que ce soit comme saint Grégoire de Nazianze : Craignez de ne pas craindre assez le péché : l'nitm timco, quod non satis tinwam, quod thnere debeo.
TaoïsifeME PARTIE. — Conclusion.
i" Remerciez Dieu des grâces qu'il vous a faites en l'oraison.
2* Demandez-lui pardon des fautes que vous y ave/, commises.
3° Remettez-vous entre les mains de la sainte Vierge.
BoLQi'ET SPIRITUEL. — Dcutn cogito factorem tunm, cogita et benefnctorem, cogita palrem , cogita Domitium, ad omnia retts es; platigeper singula. (S. Ber.n.)
De Cénormilé du péché prise de ses châtiments. Première partie. — Préparation.
{' Adorez Dieu présent ; et vous retirant dans votre cœur, rappelez-y toutes vos puissances, pour y rendre hommage à une si grande majesté, à l'exemple de ce bon solitaire qui disait : Ego cogittttiones meas et mentem atque animutn colligere a principio orationis consuevi, et coram convocatis eis acclamare : « Venite, adoremus et procidamus Deo nostro. » {Psal. xcit, 6.)
2° Renoncez à vous-même, et à vos péchés qui vous rendent indigne de paraître devant Dieu, et donnez-vous à Jésus-Christ pour paraître en sa personne et en son nom devant son Père.
Z" Renoncez à votre esprit et donnez-tons au Saint-Esprit.