SEPTIÈME JOUR
De la haine du monde fondée sur ce que l'Evangile nous en dit.
PnEMiÈRE PARTIE. — Préparation.
{" Motlez-vous en la présence do Dieu par un acte de foi et d'adoration.
2° Demandez pardon de vos péchés, et unissezvous à Jésus-Christ pour être digne de paraître devant Dieu.
5" Renoncez à votre esprit, et donnez-vous à celui de Nolrc-Seigncur pour bien faire oraison. Seconde partie. — Corps d'oraison.
Premier point. Adoration. — Puisque c'était un supplice continuel au saint homme Lot de se voir dans Sodome, à cause de la grande aversion qu'avait son âme innocente de l'iniquité qui y régnait, pensez un peu quelle était l'aversion de Tàme toute sainte du Fils de Dieu pour ce monde malheureux et tout perdu de crimes, lorsqu'il était obligé d'y demeurer, et avec quelle horreur il disait : Méchante race, jusqu'à quand serai-je avec vous, et combien de temps vous souffrirai-je ? Cette haine du monde alla si avant, qu'il en vint jusqu'à l'excommunier et le maudire, en l'excluant de ses prières, et disant ces terribles paroles : Je ne prie point pour le monde. En effet, il est très-certain qu'il est dans la vo- Jonlé d'abîmer en enfer celle maudite Babylone, cl
(|uc voilà de quet œil il la regarde. Adorez-le dans cette horreur extrême qu'il a du monde et de sa corruption ; remerciez-le de vous eu avoir retiré, cl dites avec saint Paul : Béni soit Dieu qui nous a retirés de ce siècle pervers. Etonnez-vous de lui entendre fulminer un si épouvantable anathème contre le monde : xYoh pro mundo royo {Joan. xvii, 9), au temps et au jour auquel il fait paraître les plus grands excès de sa bonté ; c'est-à-dire la veille de sa mort, lorsqu'il est prêt d'aller donner son sang et sa vie pour le salut des hommes, lorsqu'il prie pour tous SOS plus grands ennemis, et pour ceux même qui le mettent à mort ; cependant il ne prie point pour le monde ; il faut donc qu'il en ait une épouvantable aversion. Qu'il soit béni et loué à jamais de ce bel exemple qu'il nous donne des sentiments que nous devons avoir contre le monde.
Deuxième point. Communion. — 1" L'aversion et riiidignation que vous venez de voir dans le Fils de Dieu pour le monde, doit bien vous faire cesser d'aimer ce monde malheureux, à moins que de vouloir être vous-mêinc haï du Fils de Dieu et de son Père éternel, comme sont tous les mondains. Car saint Jacques nous assure que l'amitié du monde est ennemie de Dieu, et que quiconque voudra être ami du siècle» est dès lors ennemi de Dieu. Prenez garde, si vous croyez bien cet article de foi, servezvous-en d'un motif puissant pour vous donner horreur du monde : Jésus-Christ tient pour ses ennemis tous ceux qui aiment le monde
2" Considérez, pour en concevoir une aversion éternelle, ce que nous dit le texte sacré : que le monde est tout infecté du péché; que c'est la synagogue de Satan, la grande Babylone, c'est-à-dire l'assemblée des ennemis de Dieu et de Jésus-Christ son Fils; que c'est, en un mot, une réunion de réprouvés ; car le monde ne peut voir Dieu, il ne peut aimer Dieu, il ne peut recevoir Dieu. 0 monde, que tu es donc horrible, et qui te peut voir dans la foi, sans te prendre en exécration !
5° La foi nous apprend aussi que le démon est le prince du inonde, et il en est appelé le dieu, parce que le monde est assez malheureux que de lui obéir, comme nous devons faire à Dieu. Quelle détestable soumission, que celle des gens du monde, qui sont les sujets d'un tel maître ! C'est encore un point de noire créance que les démons sont les directeurs du monde : hélas ! quelle direction ! Quand nous nous vantions de savoir bien observer les usages du monde, c'était nous vanter de savoir bien être soumis au domaine et à la direction du démon ; se peut-il rien dire de plus horrible? Avec quelles larmes déplorez-vous vos mondanités passées , avec quels désirs et quels gémissements ne faot-il point demander à Dieu l'horreur du monde ?
Troisième point. Coopération. — Avce le secours du divin Esprit, voici comment vous haïrez le monde :
1' Vous adorerez souvent la haine qu'en a Notro
Seigneur, el vous vous y unirez de très-grande allection.
2° Vous fuirez les compagnies séculières, comme on fait les lieux infectes de peste, où on ne s"e.\pose (|!;e par nécessité, cl jamais autrement.
ô" Vous prendrez à tâche de n'être conforme au monde en quoi que ce soit , mais plutôt de lui être enlicrement dissemblable, particulièrement en vos aJIections, en vos aversions, en vos paroles, en vos gestes, en vos habits, en vos repas, en votre contenance, et en toute votre conduite ; rien ne sera à la mondaine, mais tout sentira l'esprit chrétien qui lui est entièrement opposé, et vous ferez une attention particulière à chacun de vos moindres déporleiTicnts, pour le changer de mondain en chrétien.
4° Vous vous emploierez avec zèle à combattre et à détruire les méchantes maximes du monde, par \os prières, par vos paroles, par vos exemples.