‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 22 sur 303 · MI. DU COUPS DE LOUAISON · texte numérisé non relu

MI. DU COUPS DE LOUAISON

voies pour y arriver : Tune par l'adoration, et l'autre par l'imitation, alia per adorationem, alia per itnitatioiicm, et il met l'adoration la première , parce que c'est la plus courte et la plus solide. Et les saints Pères nous en donnent une comparaison sensible. Lorsqu'on veut teindre une étoffe et lui donner une couleur qu'elle n'avait point auparavant, une élofle blanche que l'on veut mettre en écarlale, on le peut faire en deux façons : ou en appliquant dessus cette couleur, et cela se ferait avec beaucoup de temps , de travail et de peine ; ou en la mettant dans la teinture , ce qui se ferait sans peine ; car après l'avoir laissée seulement tremper pendant quelques jours, on la retirerait toute teinte d'écarlate , et plus solidement que si l'écarlate y avait été extérieurement appliquée. Il en est de même des vertus ; c'est une teinture renfermée dans le cœur de Jésus-Christ, et lorsqu'une âme s'y plonge par amour , par adoration et par les autres devoirs de la religion, elle prend ai" sèment celte teinture ; en sorte que l'on voit qu'après y avoir demeuré quelque temps, elle est plus pleine de vertus que si elle en avait fait beaucoup d'actes.

Il est donc important, pour toutes sortes de considérations, de commencer toujours le corps de l'oraison par ce premier point que nous appelons adoration ; et pour le faire aisément et le pouvoir ajouter sans peine à quelque sujet d'oraison que nous prenions, il faut savoir qu'il n'y a que six sortes de sujets que nous puissions prendre pour nous occuper dans l'oraison : Dieu, ses attributs et perfections; Jésus-Christ , ses mystères et vertus ; les saints et leurs actions ; les vertus ; les vices ; les vertus chrétiennes ; voyez tous les sujets doraison dans tous les livres , vous trouverez qu'ils se réduisent à l'un de ces six. Or, en tous nous pouvons aisément suppléer ce -premier point, et voici comment : dans le premier, adorer Dieu et sa perfection sur laquelle nous méditons, et l'adorer même particulièrement en Jésus-Christ ; car il est revêtu de toutes les perfections de Dieu son Père : In ipso habitat plenitudo Divinitatis. [Col. ii, 9.) Dans le second, de m me adorer Jésus-Christ ou en lui-même ou dans le mystère que l'on nous propose. Pour le troisième , qui sont les saints et leurs actions, il faut les honorer pratiquant telles et telles actions, et, remontant à la source, honorer Jésus-Christ en eux, qui les remplit de son esprit, qui les anime de sa vie , et qui opère par eux telles et telles actions, telles et telles vertus. Pour le quatrième, qui sont les vertus, on peut toujours les considérer en Notre-Seigneur ; car il en est la source , et ainsi l'adorer pratiquant telle vertu. Pour le cinquième, qui sont les vices, il faut adorer Jésus-Christ dans l'horreur qu'il en a eue , et dans la condamnation qu'il en a faite. Enfin, pour les vertus chrétiennes, on peut adorer Notre-Seigneur pro- • nonçant telle vérité ; ou bien, comme toutes les vérités ont toujours quelque rapport à quelque perfection ou vertu de Notre-Seigneur, on peut ador«r

en lui celle vertu, et l'adorer pratiquant cette vérité ; par exemple sur cette vérité : Qui non bajulat crucem suatn quotidie... {Luc. xiv, 27) adorer Notre-Seigneur portant sa croix tous les jours de sa vie uQui se humiliât exaltabitur {Ihid. M) , l'adorer shuniiliant, et, par ses humiliations profondes, méritant cette gloire admirable à laquelle il est élevé , et ainsi des autres ; voilà le moyen de ne jamais omeUce ce premier point , et de s'en acquitter utilement.

Le second point du corps de l'oraison est la communion, et nous disons qu'il s'appelle communion , parce que dans ce point nous tâchons d'entrer en participation , en communication de ce que nous avons adoré dans le premier. Nous tâchons de faire passer en nous, et d'attirer dans notre cœur la vertu de Notre-Seigneur que nous avons vue dans le premier; or, cela se doit faire particulièrement par la demande. Car, comme nous commimions au corps de Notre-Seigneur, lorsque nous ouvrons la bouche et que nous le recevons, ainsi nous communions à ses vertus et à son esprit, lorsque ouvrant la bouche de notre âme, nous le recevons dans notre coeur: Os meum aperui , el attraxi spiritum {Psal. cxvin, 131) ; or, la bouche de notre cœur est le désir et la demande ; car, en désirant et demandant à Dieu , le cœur s'ouvre, et Dieu ne manqvie point de le remplir : Petite et accipietis. {Joan. xvi, 24.) Le principal de ce point c'est donc la demande, et néanmoins ce n'est pas la seule chose qu'il y faut faire ; mais auparavant il faut se convaincre que la chose que nous voulons demander est importante, que nous ne4'avons pas, puis la demander à Dieu.

1° Il faut se convaincre ; et pour cela il faut coïsidérer les motifs et les raisons qui nous i>ortent, qui nous excitent, qui nous obligent à acquérir telle vertu. Or, on les peut considérer en trois manières : ou par une simple vue de foi, et en représentant seulement en gros ces motifs à son esprit; ou par une sorte d'examen, les parcourant doucemeifit l'un après l'autre, ou par raisonnement. Quelquefois une simple vue sulfit, et c'est la plus forte de toutes les convictions, tant que notre foi est un peu animée : Dieu l'a dit, c'est tout dire, il n'en faudrait pas davantage pour convaincre. Mais néanmoins, outre ce moiif de foi, il est bon d'en ajouter quelques autres, et Je prendre plusieurs autres considérations qui convainquent notre esprit, de peur que nous contentant d'un simple motif de foi, qui nous convainc sulfisamment dans l'oraison, où notre foi est plus animée, nous nous trouvions fort faibles ensuite dans les occasions, où notre foi n'étant plus si fervente, et d'ailleurs n'ayant rien de présent dans notre esprit pour opposer aux tentations, nous ne succombions aisément, et ne soyons fort infidèles :« toutes nos résolutions. Il est important de sccon-

ment les motifs et de les considérer comme en pj»sant, mais en les approfondissant.

2" Il faut faire réflexion sur soi-même; ai-je une telle vertu? pour être humble comme Notre-Seigneur, il faut endurer les mépris, il faut souffrir les calomnies, l'ai-je fait? le fais-je encore présentement? par ce moyen, nous reconnaîtrons: ('virement que cette vertu nous mauque. Et, dans cette vue, il faut faire trois choses : l'une pour le passé, l'autre pour le présent , la troisième pour l'rvenir. Pour le passé, j'ai été infidèle à pratiquer cette vertu ; ainsi je prends un sentiment de contrition d'avoir été si éloigné de cette perfection à laquelle nous sommes obligés, et dont Notre-Seigneur nous a montré l'exemple. Pour le présent, je n'ai point encore cette vertu ; de là naît un sentiment de confusion dans la vue de notre misère et de notre pauvreté, de honte de nous voir si différents el si éloignés de ce que Notre-Seigneur demande de nous. Pour l'avenir, désirer de mieux faire ; ensuite de quoi on passe aisément à la demande, qui est la troisième chose qui achève cette communion.

Or, cette demande se peut faire en plusieurs manières, et doit aussi avoir certaines conditions. Pour la manière, il y en a de quatre façons : 1° elle peut se faire par une simple pétition : Petitiones vestrœ innolcscanl apud Deum. {Philip, iv, 6.) 2° Par obsécration ; lorsque nous y ajoutons quelques molîèfs, et que nous le conjurons par quelque chose de saint d'exaucer notre demande : In omni obsecratione petitiones vestrœ iunotcscant apudDcum {Ibid.) : comme quand nous le conjurons par les mérites de Notre-Seigneur et de la sainte Vierge, ce que nous voyons ordinairement dans les oraisons de l'Eglise. 4° Par action de grâces : Cum cjratiarum actionc {Ibid.) ; car remercier pour les grâces reçues, c'est, dssent les saints, une voie sûre pour en obtenir de nouvelles. 4° Par insinuation ; comme les sœurs de Lazare ( Joan. xi, 5), Domine, quem amas, infirmatur. Oh ! la belle prière : ISon enim amas et déserts.

Pour les conditions qui doivent accompagner cette demande, il y en a trois principales : humilité, confiance, persévérance ; et c'est ici où il faut beaucoup insister, et même demander non-seulement pour soi, mais pour nos parents, amis, et généralement pour tous. Et c'est ainsi que Notre-Seigneur même nous a appris à prier: Pater noster ; pancm nostrtim {non meum ) ; da nobis { non mihi ) ; dimittc nobis { non mihi.) Et, comme dit saint Nil ( De oral., cap. 37) : Justum est non solum pro punjatione propria orare, sed eliam pro omnium purijalione, ut morem angelorum imitcris.

Enfin, après l'adoratitm et la communion, suit la coopération qui est le troisième et dernier point du corps de l'oraison, où nous formons nos résolutions. Or, il faut prendre garde (ju'elles soient parliculiè-

vairicre, et par les Ui >iifs de la foi, el par les autres "res, présentes et elfioaces. Particulières; car si motif*, que l'on nous donne, et se convaincre for- nous nous contentons de résolutions générales, H'meni, ne nous conicntant pas d'cUlcurtr seule- .. nous n'en tirerons pas beaucoup de fruit; les gêné-

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