‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 25 sur 303 · ENTRETIEN IX · texte numérisé non relu

ENTRETIEN IX

De la sainte communion.

Si l'Ecriture sainte nous avertit parliculièrement , et nous recommande d'être excellents dans toutes nos œuvres ; et si nous y sommes obligés, et à cause de la souveraine majesié de Dieu que nous adorons, et à cause de l'éminenle sainteté de la religion que nous recevons, et à cause de la sublime récompense que nous attendons : In omnibus operibus tuis pro'cellens esto {Eccli. xxxiii, 23) , il faut avouer qu'il n'y a pas une action dans notre vie où nous puissions plus justement appliquer cet avis, qu'à celle dont j'ai dessein de vous entretenir aujourd'hui. Après le sacrifice de la sainte Messe, doni nous parlâmes dans le dernier entretien, c'est l'action la plus sainte, la plus sublime, la plus relevée, la plus divine ; et encore y trouverons-nous cet avantage, que si, dans la sainte Messe, Jésus-Chrisl descend parmi nous, dans la sainte communion dont nous avons à parler , il vient eu nous; si, dans la sainte Messe, il vient sur nos autels, par la eommuniou il entre dans nos cœurs ; si dans l'une il vient pour nous sanctifier , <lans l'autre il nous perfectionne , il nous unit à lui , il nous transforme, il nous divinise , ou, pour me servir des ternu>s de saint Crégoire de Naziauze , il vient pour nous faire aussi véritablement des dieux,

93 MANUEL DU SEMINARISTE.

qu'il est vérilablenioiU honnne : Ut ipso timlum Dcns efficiar, quantum ille homo.

Ceci pourrait bien nous suffire pour connaître connue nous devons employer tous nos soins, afin de nous acquitter dignement de cette action; cependant, p«ur nous en faire reconnaître plus clairement Timportance, avant de vous montrer la manière de la bien faire, j'ai dessein de vous rapporter, pour suivre notre méthode ordinaire, trois motifs puissants, qui lions obligent d'apporter de grands préparatifs pour faire parfaitement une action si divine et si sainte. Et ces trois motifs sont tirés de la différence des personnes qui communient ; car j'en trouve de trois sortes, de froids, de tièdes et de fervents ; trois différences qui font dans l'Écriture sainte le partage de tous les hommes : Vtinam {riyidus esses aut calidus! sed quia tepidus es.... {Apoc. ni, 15.) Frigidus, ceux qui s'en approchent avec froideur ; tepidus, ceux qui s'en approchent avec tiédeur ; calidus , ceux qui s'en approchent avec ferveur. Or il me semble que les malheurs épouvantables, qu'attirent sur elles les personnes qui communient avcf; froideur, les périls extrêmes et presque inévitables où s'engagent ceux qui communient avec tiédeur, et les biens inestimables que reçoivent ceux qui communient avec ferveur , sont des motifs puissants pour convaincre trois sortes d'esprits, qu'il est de la dernière importance d'apporter tous les préparatifs imaginables pour faire cette action de la manière la plus parfaite qu'il nous sera possible.

1° Les malheurs extrêmes de ceux qui s'en approchent avec froideur ; ce qui n'est pas difficile à cojicevoir , si nous faisons attention à la grandeur du crime qu'ils commettent. Lorsque saint Paul en parle dans le chapitre xi ( v. 27 ) de la I" Epitre aux Corinthiens, il dit que celui qui communie indignement est coupable du corps et du sang de Jésus-Christ : Reus erit corporis et sanguinis Domini. Qu'est-ce à dire coupable du corps et du sang de Jésus-Christ? Demandons-le aux saints Pères, pour ne rien dire de notre tête. Reus est cœdis Dominicœ ac si Dominum occidisset, et sanguinem ejus fudisset (Chrysost., Thcoplnjlact.) ; il est coupable de la mort de Jésus-Christ , et fait le même crime que firent autrefois ces misérables , qui attachant Notre-Seigneur à la croix, et qui, se laissant aller à la fureur de leurs passions et de leur rage, donnèrent cruellement la mort à l'auteur de la vie. Lorsque nous pensons à ce plus horrible de tous les attentats, à cette plus noire de toutes les perfidies, à ce crime des Juifs le plus épouvantable qui fut jamais, nous en avons horreur, nous frémissons, les cheveux nous dressent sur la tête ; et après plus de seize siècles que ce crime a été commis , nous ne saurions encore y penser, sans un étonnement extraordinaire, et sans avoir horreur et du crime et des personnes qui l'ont commis; nous crions à l'outrage, au parricide, à l'attentat, au déicide, et cependant ce mémo crime renouvelé souvent en nos jours par

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