‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 26 sur 303 · IX. DE LA COMMUNION · texte numérisé non relu

IX. DE LA COMMUNION

les communions indignes ne nous touche point. On le voit, on le sait, on le souffre, ou l'expérimente et on n'en fait point d'état; on s'en aperçoit et on n'en dit mot ; d'où vient cela ? Certainement nous n'en concevons pas assez l'importance , nous ne faisons pas assez réflexion que c'est fouler aux pieds le corps de Jésus-Christ : Hoc peccato conculcatur corpus Domini (Ambros., In Hebr. x) et nous ne pesons point assez cette vérité : Reus erit corporis Domini; reus est cœdis Dominicœ ac si Dominum occidisset.

Il y en a, dit saint Chrysostome (hom. 7 m Hatili.), qui se trouvent dans cet état de froideur, et que le diable envoie communier. Pourquoi? en apparence, c'est pour adorer Jésus-Christ, mais en effet c'est pour lui donner la mort comme les Juifs ; Perfidus ille Judœus, perfidus Christianus, ilh de lutere, iste de calice sanguinem ftidit. (.Petr. Bles.) Et encore ces malheureux sont d'autant plus coupables que les Juifs, qui le firentraourir par le supplice le plus cruel qui fut jamais, ne le connaissaient pas : Sicoynovissent, dit saint Paul (/ Cor. ii, 8), nitnquam Dominum gloriœ crucifixissent : mais les Chrétiens qui s'en approchent indignement le connaissent pour ce qu'il est ; ils avouent qu'il est leur maître, leur Seigneur, leur souverain, leur Dieu. L^à Juifs le faisaient souffrir dans son état d'infirmivé, et les Chrétiens le font souffrir dans son état de gloire ; les Juifs le persécutaient seulement sur la terre, et les Chrétiens le persécutent régnant au ciel dans le sein de son Père. Car Jésus-Christ, en sa résurrection, s'est retiré dans ce sein adorable, et il ne le quille pas, pour venir sur nos autels dans le saint Sacrement; de sorte q^ie nous pouvons dire que les sacrilèges qui s'en approchent avec froideur vont lui donner le coup de la mort entre les bras et dans le sein de son Père, ils lui ouvrent cruellemenl le cœur, et on le peut dire, oui on le peut et on le doit (car il est véritable), ils percent d'un même coup et le sein du Père et le cœur du Fils : Spretis his omnibus atque contcmplis, vis inferlur corpori ejus et sanguini ; et plus modo in Dominum munibus et ore délinquant quant cum Dominum negaverunt. (Cypuiax., De lapsis.) :^

Ajoutons, pour mieux concevoir le comble des malédictions que s'attirent les personnes qui coni-! munient indignement, que ce qui rend leur malheur plus redoutable, n'est pas seulement la grandeur du crime qu'ils commettent, mais l'extrême difficulté de s'en relever, d'en faire pénitence et d'en obtenir pardon. Oh ! qu'il est difficile lorsqu'une âme a fait une communion indigne, et qu'elle a une fois franchi le pas, de la ramener à son devoir? C'est un précipice épouvantable, c'est un abîme sans fond; et quand une âme s'y est précipitée, il n'y a qu'un bras tout- puissant qui puisse l'en retirer : il faut un coup tout extraordinaire de miséricorde, une grâce ordinaire ne le peut plus ; il faut des miracles : ce qui fait que saint Paul dit que Celui qui communie

indignement, boit et mange son jugement : « Qui man- prochcnt avec tiédeur ; périls si grands et si dangeducal et bibit indtgne, jndicium sibi mandncat et bi- reux, que s'ils continuent dans cette tiédeur, ils ne bit. • (/ Cor. XI. 29.) Voilà une étrange expression, manqueront jamais de tomber dans ces malheurs mais qui nous marque ce que je dis ; car le moyen épouvantables que nous venons de marquer. Lorsde retirer du fond de la poitrine la viande que Ton que le démon veut plonger une âme dans le fond a mangée et la nourriture que l'on a prise ? Or, ce- du précipice, il ne lui en montre pas d'abord la prolui qui a communié indignement, dit saint Paul, a fondeur; il n'a garde d'insinuer d'abord les plus grands mangé son jugement, c'est-à-dire qu'il le porte avec crimes, qui, à la première vue feraient horreur, il lui, et qu'il est en lui, qu'il en est inséparable : il est trop ingénieux pour effrayer ainsi ; il ne persuacst bien vrai pourtant qu'avant que la viande sbit dera pas d'abord une communion sacrilège, maisseudigérée et changée en notre substance, on peut encore la retirer, mais il faut que ce soit promptement, encore y a-t-il beaucoup de peine et il faut même se servir de vomitifs et de remèdes violents. Ainsi en est-il d'une communion indigne : presque point de remède. Ce qui fait que j'ajoute que c'est

lement quelque relâchement, afin que l'àme, se laissant plus aisément surprendre, passe ensuite à la tiédeur, de la tiédeur à l'inapplication, de l'inapplication à la négligence, de la négligence aux péchés véniels, des péchés véniels aux mortels. Cette âme descend insensiblement et par degrés dans le fond le caractère le plus visible que nous ayons de la ré- de l'abîme; or, comme la tiédeur est le premier pas

probation d'une àme; jevous prie d'y faire attention. Jésus-Christ est le sceau et le cachet de son Père, dont il se sert pour marquer ceux qui lui appartiennent : Immotum Pulris sigillum, disent les saints ; or, comme il est l'expression de toutes les perfections, il porte en soi le caractère de sa justice aussi bien que de sa miséricorde. Son premier dessein en les marquant de son Fils est à la vérité de les marquer au sceau de sa miséricorde, mais lorsqu'ils ne veulent pas recevoir ses impressions, et qu'ils s'en rendent entièrement indignes, enfin sa patience lassée les marque au sceau de sa justice : Aliisodor vilœ in vitatn ; aliis odor mortis in mortem. (Cyprian., De Cœna Domini.) Et cela est d'autant plus à craindre dans la communion, que Notre-Seigneur venant lui-même en nous, pour nous y communiquer plus de grâces, nous y punit aussi par un jugement d'autant plus sévère, que notre ingratitude y est plus

qu'elle fait pour y descendre, lorsqu'elle communie avec tiédeur, n'a-t-on pas raison de dire qu'elle est en grand péril? et n'est-il pas important de vous avertir que vous y preniez garde, parce qu'il y a certainement beaucoup à craindre et plus qu'on ne pense?

Ajoutons, pour une seconde réflexion qui nous fera encore mieux connaître ce péril, que dans les communions tièdes non-seulement il y a beaucoup de négligence, mais ordinairement il y a bien des péchés véniels, qui s'y rencontrent : dissipation d'esprit, égarement des sens, amour déréglé pour ses commodités et pour ses aises, recherche de l'honneur et de l'estime du.monde, immorlification d'humeur, attache opiniâtre à ses propres sentiments, emportement dans les mépris, impatience dans les peines ; en un mot, point ou peu de violence à solmême, si ce n'est lorsqu'il y va mainifestementd'un

criminelle. Voyez le misérable Judas : statim post péché mortel, c'est l'état d'une âme tiède ; et s'ap-

buccellam inlroivit in eum Satanas {Joan. xiii, 27); procheren cette disposition et volonté de la sainte

H était déjà livré à Satan, et par son avarice et par communion, qu'est-ce? n'est-ce pas imiter une épouse

le dessein malheureux qu'il avait conçu de trahir qui, toute couverte de lèpres, d'ordures et de vile-

son maître; cependant aussitôt après avoir communié indignement, Statim post biic^ellam introivit in eum Satanas : statim, aussitôt après le diable en prend encore une nouvelle possession, et s'en rend encore plus absolument le maître ; d'où vient cela ? c'est qu'il vient de communier indignement ; le voilà marqué au sceau de la justice, il porte le caractère de la réprobation sur le fnmt de son àme ; et le diable, comme exécuteur de la justice divine, s'en saisit aussitôt, et le misérable trahit son maître ; il le vend, il le livre à ses ennemis, il se désespère, H se donne la mort. Le voilà damné, et pour jamais : ah ! communion sacrilège, que tu attires de malédictions et pour le temps et pour l'élernité ! Adhuc escœ eranl in ore ipsornm, et ira Dei ascendit super eos. (Psul. Lxxvii, 50.)

Non-seulement nous sommes obligés d'apporter tf)us les soins imaginables à bien faire la communion.

nies, voudrait en cet état embrasser son époux ? C'est une espèce de mépris qui ne mérite que le rebut, et c'est pourtant ce que fait une âme qui, toute couverte de péchés véniels, et sans dessein de s'eu purifier, va dans sa tiédeur rechercher les embrassements de son divin Epoux dans la sainte conjmunion. Car ces péchés, dit saint Augustin , veluti pustutliset quasi horrenda scabie deformem faciunt, ut ad eam amplexus illius Sponsi cœlestis, aut vix aut eum grandi confusione venire permiltant. (Aiic, serm. 4, De sanclis.)

Oh! mais ce ne sont que des péchés véniels, il est vrai ; mais toujours faut-il avouer que si, à la rigueur, ils ne font une communion indigne cl sacrih'gc, toujours en font-ils une extraordinaircment indécente : Indigne manducat , qui vel aliquod grave pcccutum vel mnlta levia commisit, et non confitctur ea priusquam ad communioncm accédai. (S .\nsi;lm.,

à cause des malheurs de ceux qui s'en approchent In I Kpist. adCor., c. xi.) De plus, c'est que souvent avec froideur, mais à cause des périls évidents et nous croyons que ce ne sont que des péchés véniels, presque inévitables où s'engagent ceux qui s'en ap- et nous nous trompons. Qui aurai! CH) fjyc Saiilau^

MANUFL DTÎ SEMINARISTE. — IX. DE LA COMMUNION.

rait été jamais réprouvé, pour avoir prévenu de quelques nionients le temps qui lui avait été marqué parle prophète, pour offrir à Dieu sou sacrifice? Qui se serait jamais persuadé que ce lévite, pour avoir voulu soutenir l'arche, auroit mérité la mort? Qui aurait pensé qu'un si grand nombre de Bethsamiles auraient été tués pour avoir regardé l'arche avec indiscrétion? Cocjitationcs mcœ non suut coijitatioues vestrœ (Isa. i.v, 8), mes pensées et mes jugements, dit Dieu à l'honuDC, sont bien différents de vos pensées et de vos jugements ; nous croyons bien souvent que ce n'est qu'un péché véniel, et Dieu juge que c'est un péché mortel : Sunt quœdam quœ levissima putantur, Jiisi in Scriptitris demonstrarentur opinione graviora. (Auc, Encliirid., lib. ii, c. 79.) Oh ! mais je n'y pensais pas , et tant pis, parce que c'est votre tiédeur qui vous aveugle ; ainsi votre aveuglement vient de votre faute, et Dieu vous le donne en châtiment : Spavgens pœnales cœcilates super illicitas cupiditates. (Auc, lib. i De confess., c. 18.) .\insi, bien loin de vous servir d'excuse, il augmente votre crime et vous rend plus coupable. Enfin quand ce ne serait que des péchés véniels, et qu'ainsi à la rigueur nous ne ferions pas de communions indignes, en communiant souvent de la sorte, il y a toujours» craindre, tellement que je ne crains pas de dire qu'enfin nous tomberons infailliblement dans le mortel et dans le sacrilège. N'y a-t-il donc pas un sujet raisoiinable de craindre, et ces malheurs ne sont-ils pas assez considérables et assez ordihaires,pour que nous puissions vous dire que les périls extrêmes et presque inévitables où s'engagent ceux qui communient avec tiédeur, nous doivent obliger à apporte» tontes les préparations possibles pour bien faire celte action.

Enfin, après les malheurs de ceux qui communient avec froideur, après les périls de ceux qui comniuhient avec tiédeur, ajoutons pour un troisième motif les biens inestimables de ceux qui communient avec ferveur. Je ne prétends pus ici en faire la dé^ duction ; en voici seulement trois cortsidérables que je ne fais même qtie toucher en passant ; et tous trois sont fondés sur ce que les saints Pères appellent l'Eucharistie une extension de l'incarnation : Ëxtensio Incarnatiouis; etsurcequeNotre-Seigneur, dans ce mystère, se donne par h communion à tous les hommes, comme le Verbe s'est donné par l'incarnation à l'humanité saijUe,

Or je trouve que le Verbe s'est tellement donné à l'humanité sainte dans l'incarnation, qu'il s'y est donné tout entier et sans réserve, jusque-là qu'il l'a rendue participante de tout ce qu'il a : et c'est ainsi que, dans la communion, Jésus se donne tout entier et n'a point de réserve ; voilà le premier avantage de ceux qui le reçoivent avec ferveur. Car il leur donne et tout ce qu'il a, et tout ce qu'il est; il leur communique toutes ses grâces et tous ses mérites, tous ses états et ses mystères, son corps , son âme et sa divinité ; il leur donne même son Père et OElvres coNNLts DE M. Tbonson. L

son Esprit ; en sorte qu'il n'y a rien en lui qu'ils ne possèdent; ils entrent en participation de l<ms ses trésors, toutes ses richesses leur deviennent communes, et comme il est dit que Dieu le Père, en nous donnant son Fils, nous donne tout avec lui : Qiioviodo non omnia cum ipso nobis donavit ? {Rom. viii, ô"!) aussi le Fils, en se donnant à nous , omnia cum ipso nobis donavit , tout ce qui est à lui nous appartient , se peut-il rien concevoir de plus avantageux? Non-seulement il se donne tout entier, mais il se donne par la plus intime de toutes les unions, eu sorte que non-seulement il est à nous et en nous, mais il devient une même chose avec nous ; c'est le second avantage.

De toutes les unions, il n'y en a point de plus intime que celle de la nourriture et de la personne (jui se nourrit ; elle est si étroite, qu'elle va jusqn'à l'unité : car la nourriture se change en la substance même de celui qui la mange ; en sorte que ce ne sont plus deux substances, mais une -même substance. Or c'est ainsi que Notre-Seigneur se donne sous les symboles du pain, non-seulemoni pour nous apprendre qu'il nous soutient, qu'il nous fortifie et qu'il nous nourrit, comme un véritable alinicnt,'mai3 encore pour nous faire connaître qu'il s'unit aussi intimement à nousque la nourriture est unie à celui qui s'en nourrit; en sorte que nous devenons une même substance avec lui, nous devenons un même corps et une même chair : Jam non sunt duo, sed unu caro. [Marc, x, 8.) Concorporci , consar- (juinei^ disent les saints. (S. GvriL'. Ilierosol., catec. 4.) Nous n'avons plus aussi qu'un même esprit; f t comme dans l'incarnation, le Verbe et la natuie humaine ont été si intimement unis, que de l'un et de l'autre il ne s'est fait qu'un seul Christ, ainsi dans la communion Jésus s'unit si intimemcntàrhomme, que de Jésus-Christ et de l'homme ii ne se faitqu'un seul Christ : Deus et homo uUns est Christus. (S. Athanas.) Christus lotus caput et membra. (S. Aux.)

Enfin, il s'y donne et s'y unit pour ne s'en séparer jamais. Dans l'incarnation, le Verbe s'unit à l'humanité pour ne la quitter jamais : Quod scmel assumpsit nunquam dimisit : et Jésus, dans la communion, se donne ainsi à l'homme, et vient en lui pour ne s'en séparer jamais ; il est bien vrai que l'homme, par son inconstance et par sa malice, peut rompre cette union, mais de la part de Dieu, elle est indissoluble, c'est-à-dire que Dieu ne la rompra iamais le premier, et Jésus ne se séparera jamais de l'homme, que l'homme ne se soit auparavant séparé de Jésus: Neminem descrit, qitin abeo prius deseratur.

Voilà les avantages que nous recevons par la communion : posséder Jésus tout entier, le posséder si intimement qu'il ne fait plus qu'une même chose avec nous, et le posséder , si nous voulons , pour jamais ; quel privilège ! Nous en sommes redevables à une bonne communion : n'est-ce pas assez pour nous obliger à la bien faire?

Mais que faul-il pour la bien faire? H faut, en un

mot, s'y bien pi éparcr ; cela est bienlôt dit : mais c'est ce qui demaiule tous nos soins. Lorsque David se résolut autrefois de bâtir un temple pour y mettre Tarche d'alliance, ri fil de grands pn-paralifs pendant beaucoup de temps, et comme on s'étonnait du soin tout extraordinaire qu'il prenait pour cet ouvrage : Ne vous en étonnez pas , dit-il , car c'est une grande œuvre ; ce n'est pas à un homme, mais à Dieu même qu'on prépare une demeure : Grande opus, non cnim liomini, sed Deo prœparatur habiiatio. (I Par. xxix, 1.) N'est-ce pas ce que doit dire une âme qui doit communier? et puisqu'elle doit recevoir Jésus-Christ dans celte action, n'est-il pas juste qu'elle apporte des soins extraordinaires, pour préparer en son corps et en son âme une maison digne de Dieu? Nous lisons dans le Livre d'Esiher, que les femmes qui devaient se présenter devant le roi Assuérus se préparaient l'espace d'un an, par diverses eaux de senteur et par divers onguents, dont elles se parfumaient avec un soin tout extraordinaire, pour être rendues dignes de la présence de ce prince. Les gentilshommes destinés pour être pages du roi de Perse étaient dressés à cela pendant l'espace de trois ans entiers, comme il est rapporté chez Daniel. On ne voudrait pas recevoir chez soi un grand seigneur, sans avoir auparavant disposé sa maison, et sans y apporter tous les préparatifs que mérite sa qualité ; et pour Jésus- Christ, le Roi des rois et le souverain Monarque , n'est-il pas juste d'apporter des préparatifs tout extraordinaires ?, Que l'on pèche contre un homme, disait Héli à ses enfants {/ Reg. ii, 25), cela peut être fttppléé, et Dieu nous le peut pardonner : mais si on pèche directement contre Dieu, qu'est-ce que l'on peut attendre? < Si peccavcrit vir in virum, placari ei potest Deus, si autem in Dominum pcccaverit vir, quis orabit pro eo? » Et cependant, si nous manquons â nous bien préparer pour la communion, où nous devons recevoir Jésus-Christ , ce n'est pas seulement contre un homme, mais contre Dieu même que nous péchons; il est donc nécessaire de s'y bien préparer, et de faire cette action avec de grandes dispositions. J'en trouve de deux sortes : les unes extérieures, et les autres intérieures.

Pour les extérieures, nous y devons apporter les mêmes que pour la sainte Messe, dont nous vous avons parlé dans le dernier entretien. La principale est la modestie , qui doit être très-grande , comme nous vous disions, à cause de la présence de Jésus-Christ : Modestia vestra nota sit omnibus homi)iibus; Dominus enim prope est. {Philip, iv, 5.) Si les saints ont demandé cette modestie dans toutes nos actions : IIoc autem gcneraliter habeas ut omnes actus tuos cum quadam modestia facias; combien plus celle-t'i où Jésus-Christ est si particulièrement présent? Modestie donc, l'dans les habits; rien de trop sale, ni aussi de trop afl'eclé ; rien de superflu ni d'indécent ; ne pouit aller à la sainte communion avec sa robe de chaud)re, avec ses pantoufles, ou dans un lat

qui fasse paraître de la négligence ou du mépris; n'y point aller sans surplis, ou au moins sans manteau, si on ne peut avoir de surplis. 2° Modestie dans la posture de notre corps ; autant que l'on peut se tenir à genoux, .ne point se coucher , ni s'appuyer sur des chaises ou sur des bancs ; en un mot, nous tenir dans un tel état, soit en nous préparant pour communier, soit en communiant, soit après avoir communié, qu'il n'y ail rien dans tout notre extérieur qui ne témoigne hautement le profond respect de notre cœur. 3° Modestie dans la mortification de tous nos sens , et particulièrement de notre vue. Saint Jérôme, rendant raison de la retraite de saint Jean dès l'âge de trois ans dans le désert, dit ces belles paroles : Oculis Cliristum spectaturis nihil aliud dicjnatus est aspiccre, il ne voulut point profaner ses yeux qui devaient regarder Jésus- Christ par le regard des créatures. Modestie donc en notre vue ; arrêtant nos yeux dévotement sur la sainte hostie, ou les tenant modestement baissés, sans regarder ni d'un côté ni d'autre : voilà pour l'extérieur. Je ne parle point ici du jeûne qui est nécessaire, tout le monde le sait assez : Placuit Spîritni Sancto, ut in honorcm tanti sacramenti iti os Christum prius Dominicum corpusintraret quam cœteri cibi (Ait.., Ad Janitrtr., epist. 118); il n'y a personne qui n'y fasse assez d'altenlion; passons à l'intérieur. Pour l'intérieur de cette action, il me semble qu'il y a trois choses nécessaires pour la bien faire, et qui sont marquées dans les trois paroles de saint Bonaventure (Z)e prœparat. ad Missam, cap. 5), considerate, reverenter, circumspecte ; il faut que la communion se fasse avec considération, avec révérence, avec circonspection.

1" Avec considération , considerate ; s'éprouvant soi-même , considérant et faisant attention si on a les dispositions qui la doivent précéder. Or j'en remarque deux principales : la première : la pureté ; ta seconde, le désir.

La pureté : car à moins que d'être cxtraordinairement purs, comment oserions-nous approcher de la pureté même? Or celle pureté doit être double, pureté de corps et pureté d'âme, i" Pureté de corps : Si enim niundis manibus attiuqi volebal in prœsepio posilus, disent les saints , quautam corpori suo nunc V7ilt adesse mitnditicm, in patcrnce majestatis gloria sitblimatus? C'est la première disposition qui a été en la sainte Vierge : Ex virginitate placuit. Sa grande pureté attira les yeux de Dieu sur elle, et la prépara à recevoir Jésus-Christ ; et c'est aussi ce qu'il demande de tous ceux qui le veulent recevoir dans la sainte communion. Pureté de corps, mais si grande que, si elle n'est entière par la virginité, elle doit être au moins très-considérable par la chasteté et par une exacte continence, jusque-là que les saints ont cru que les actions même permises, (lui pouvaient en quelque façon en ternir l'éclat et le lustre, et même les illusions nocturnes qui se passent en nous sans notre consentement.

MVM EL nu SEMINARISTE.

éUiionl pourlanl capables (rompèclior la saiulc coiuiniinion. {Dccn'tal., c. ôi^, q. A. Hif.ron., Apol. pro Ubris advers. Joviniau.) Il est vrai que, pour ne se point tromper, et pour ne point tomber dans 'une antre illusion, il e^t importam de suivre en cela l'avis de son directeur ; mais toujours est-il constant qu'il faut avoir les reins ceints pour nian- {;er l'Agneau pascal {Exod. xii, 11); qu'il faut être extrêmement net pour recevoir ces pains de proposition {/ Reg. XXI, 5) ; qu'il faut, en un mot, une très-grande pureté pour approcher de cette grande montagne. Pureté donc du corps.

2" Pureté d'àme ; et c'est la principale, car à quoi bon la pureté du corps si l'àme est dans l'impureté ? Or cette pureté d'âme dit encore principalement deux choses : la première la pureté d'esprit, la seconde la pureté du cœur. La pureté d'esprit ou d'intention, qui fait que nous ne communions que dans les intentions de Jésus-Christ, pour l'établir en nous, pour le faire vivre et régner en nous, pour la consonmiation de ses desseins en nous ; en un mot, pour sa gloire et plus même que pour nos intérêts. Et pour cela il faut éviter la trop grande précipitation, qui fait que l'on se presse et que l'on ne prend aucune intention ; la négligence qui vient de la coutume et qui altère toutes les bonnes intentions; une personne qui communie seulement parce que c'est sa coutume , ne pense que fort peu à ce qu'elle fait; enfin le respect humain, qui nous en donnerait de mauvaises. Pureté donc d'esprit ou d'intention. Mais surtout pureté de cœur qui comprend trois choses : 1° exemption des péchés mortels, car autrement on ferait un horrible crime et un épouvantable sacrilège ; 2° exemption même des péchés véniels, et ce point est considérable ; car quoique ces péchés ne nous rendent pas absolument indignes du Sacrement, et qu'ils n'en empêchent pas le principal effet, cependant l'Église a toujours demandé un si grand respect pour ce mystère , qu'il semble qu'on ne peut s'en approcher en cet état sans une grande irrévérence. L'Église (et ceci est digne de remarque) apporte un tel soin pour conserver ce respecl que, pour éviter l'irrévérence, elle a défendu expressément qu'on donnât la communion aux petits enfants après le baptême, comme on faisait autrefois, quoiqu'ils reçussent une augmentation de grâce baptismale. Or, sur ceci voici la réflexion que je fais : si l'Église a estimé qu'il fallait préférer la révérence due au saint Sacrement, au profit qu'en pouvaient faire les petits enfants , qui, communiant sans avoir atteint l'âge de discrétion, ne pourraient pas ainsi respecter ni connaître la dignité de celui qu'ils reçoivent, n'a-t-on pas sujet de craindre lorsqu'une âme en approche toute couverte de péchés véniels, puisque c'est une irrévérence, et plus grande que ne serait celle des enfants, et plus coupable, puisqu'elle est volontaire ?

Il y a plus ; l'Église pour ce même respect dû au

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