IX. DE LA COMMUNION. W
saint Sacrement, aussi bien qu'en punition des offenses commises , a privé quelques - uns de la communion jusqu'à la mort, «[uoique contrits et pénitents , et quoiqu'ils n'eussent aucun empêchement à la grâce du Sacrement. Disons encore plus : elle ne veut pas tnême que les plus grands saints commimient plusieurs fois le jour, quoiqu'ils soient en état de recevoir une prodigieuse augmentation de grâce. Enfin , dans une infinité de rencontres , la crainte de quelque irrévérence l'a obligée de ne pas accorder à l'homme cette grâce. Et cependant de toutes les irrévérences, après la communion sacrilège et faite en péché morlcl , H n'y en a point qui égale, ni même qui approche celle d'une âme qui le reçoit au milieu d'un cœur tout rempli de péchés véniels. Ainsi, ce n'est pas tout de dire qu'il n'y a que le péché mortel qui nous rende indignes de la communion , il suffit que le péché véniel nous la fasse recevoir avec irrévérence , pour nous obliger à nous en purifier avant que de la recevoir. Or lorsque je dis qu'il s'en faut purifier, et qu'il ne faut pomt avoir de péchés véniels pour bien communier, je n'entends pas parler de ces péchés véniels de surprise , d'infirmité , d'inadvertance , de pure faiblesse où les plus justes mêmes sont sujets à tomber tous les jours . quoique l'on doive pourtant tâcher de s'en purifier, soit par la confession, soit par des actes de contrition , soit par d'autres bonnes œuvres. Mais je parle principalement de ces péchés véniels qui se font avec advertance, de propos délibéré et surtout que l'on aime à commettre , et je dis qu'il est d'une telle importance de s'en purifier avant que de communier, que si une personne (j'avance ceci hardiment, puisque c'est le sentiment des saints Pères), si une personne va communier avec l'attache à un'de ces péchés , quoique véniel , avec la volonté de le commettre, il y a bien à craindre qu'elle ne reçoive plus de tort que de fruit de la sainte communion. Saint Augustin est formel Zàdessus : Habentem adhuc volunlatem pcccandi , gravari tnagis dico Eucharistiœ perceptione quant purificari; sed hoc de tis dico quos capitaUaet mortalia peccata non gravant. (Lib. m De Eccles. dogm., c. 55.) Se peut-il rien dire de plus précis ? Il faut donc tâcher de renoncer même aux péchés véniels.
Enfin, après la purgation des péchés mortels e< véniels, il serait à souhaiter que l'on se purgeât même de l'attache aux créatures, pour achever l'entière purgation de notre cœur ; car, après tout, il est difficile que Jésus-Christ ne soit offensé de voir un Cœur qui vient pour se donner à lui, partagé encore entre plusieurs autres affections ; i-l veut le cœur tout entier, et tout autre amour lui fait peine; il faut donc travailler pour s'en purifier. Si un grand seigneur, dit admirablement saint Augustin {In psal. xxxi) dont vous rechercheriez les bonnes grâces, voulait loger chez vous, et qu'il vous témoignât qu'il y a quelque chose dans votre nraison qui lui fait peine, n'est-il pas vrai que vous l'ôteriez
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anssilôl ik'tlovaiil ses yeux? .Si vellet apud te liabenitosp'Uium aiiquis scnalor, et dicerct : OU'cndil me qniddam in domo tua ; etsi amures hoc, auferrcs iliud, uec eiim offeuderes cnjus amicitiam ambbes. Or puisque Nolrc-Seigneur venant en nous a peine d'y voir encore ce misérable attachement aux créatures, il faut le rompre pour le recevoir comme il désire. Voilà ce que demande la pureté du cœur, qui est la première disposition à laquelle nous devons faire allcnlion pour communier dignement, et la première chose que nous avons dite être nécessaire pour faire celte action considemte.
La seconde est d'en procurer en nous un grand désir. Ne voyez-vous pas, dit saint Chrysostome (lioni. 5, 5), avec quel désir et quel empressement les enfants vont saisir le sein de leurs mères? c'est ainsi que nous devons aller à Jésus-Christ dans le saint Sacrement ; aussi bien les saints Pères l'appellenl-ils la mamelle du Père que nous devons sucer. Non videtis quanta irifantes animi alacritale niamillas accipiuut, qna pressationc papillis infujxint labia? Non minore cupidilale ?ios quoque ad liane inensam... eccedamus: imo veto majore desiderio quasi lactentes pueri graliam Cliristi sngamus ; unus sit dolor, una nœstitiu, si hoc alimento spiratili privamur. Acceda- 7)ius desiderio ardenti, dit saint Jean Damascène. (Lib. IV Ortliodoxœ ftdei, c. 4.) Tâchons donc d'en approcher avec un grand désir ; car c'est ce que demande particulièrement ce sacrement : Panis isle esuriem quterit liominis interioris, quoniam animant
<j;;n\\ii si ce désir que 1 on a est une véritable faim de la nourriture spirituelle, et si elle procède de l'âme purement embrasée du divin amour, d'où saint Tiiomas dit qu'elle doit naître, ou si ce n'est point une faim mauvaise qui vienne de quelque cause étrangère ou de quelque qualité vicieuse. (S. BoNAV., De profect. reliy., lib. xxvi, c. 77.) Car souvent, au lieu de venir du Saint-Esprit et du divin amour, elle vient de l'impression du diable, et de la chaleur du démon de midi, comme remarque un grand personnage (Thomvs de Argentina), et la marque qui nous fait connaître qu'elle vient de ce mauvais principe, c'est lorsqu'on ne retire aucun profit de toute la bonne nourriture que l'on prend. C'est donc à quoi il est nécessaire que nous fassions particulièrement attention, afin que , nous approchant de ce sacrement avec une grande pureté et de saints désirs, nous puissions faire cette action avec toute la considération qui est nécessaire, considerale.
Il faut ensuite la faire avec révérence, reverenter; c'est la seconde condition que demande saint Bonaventure. Je ne parle point ici de la révérence extérieure , parce que nous en avons déjà touché quelques mots en vous parlant de la modestie : je me contente de vous parler de la révérence intérieure qu'on y doit apporter. Or elle demande particulièrement trois choses.
1° Une grande foi ; car une des choses qui a été remarquable en la sainte Vierge, et pourquoi elle est aussi louée particulièrement dans l'Évangile,
esurientem satiavit bonis. (AuG.) Disons avec le Pro- c'est sa foi : Beata qiiœ credidisti. (Luc. i, 45.) C'est
phète : Quemadmodum desiderat ccrvus ad fontes aquarum, ita desiderat anima mea ad te, Deus. {Psal. XLi, 2.) Si quis milii daret potuni aquœ de cislerna quœ est in Bethléem juxta portam ! {II Reg. xxiii, 15.) Admirables sentiments d'une âme qui, toute brûlante d'ardeur, veut aller à Jésus-Christ comme à la véritable citerne de Bethléem pour étanchcr sa soif. Car, comme remarque saint Ambroise sur ces paroles (lib. lxxxviu in Apolog. David., cap. 7), Non aquurum sitiebat elementum, sed sanguinem Christi ; et c'est ce que doit faire une âme à l'égard de Jésus-Christ dans l'Eucharistie : le
ce qui fit que cette femme qui loucha autrefois le Fils de Dieu, en fut particulièrement louée, et en reçut la guérison. Plusieurs troupes le pressent : Turbœ te comprimunt, et dicis, quis me tctigit? disent les apôtres au Fils de Dieu {Luc. vui, 43) ; cependant cette seule femme le touche : d'où vient sa guérison soudaine ? c'est, disent les saints Pères, du principe de la foi. Et c'est ce qui manquant à Madeleine, elle ne put toucher Jésus-Christ après s.! résurrection , et elle en fut même repoussce : Se tamji prohibuit a muliere , quœ defectum fidei circa ipsum patiebatur, dit saint Augustin, et c'est la rai-
désirer, mais de tout cœur. Et nous le ferons aisé- son même que le Fils de Dieu lui donne de son re-
nient, si nous pensons seulemeiTt à la nécessité que nous en avons : Aruit cor mcum, quia oblitus sum comedere panevi mcum. Nemo nauseans accédât, nemo rcmissus, sed excituti, incensi, ac ferventes omnes accédant. (Chuysost., boni. 83 in Mutth.)
Or, pour ne se point tromper dans ce désir, il faut savoir qu'il peut être de deux sortes, de ntème ([u'il y a de deux sortes de faim à l'égard de la nourriture corporelle, l'une (pii est causée par la bonne digestion, et qui est salutaire, et l'autre qui vient d'un dérèglement de l'estomac, comme dit le bienheureux cvèquc de Genève (lib. ii, episl. 48), et qui «!st uia\ivaise, parce ([u'clle marque (nieUpie indisp(»silion dans la personne qui la ressent. Ainsi en Oal-il de la sainte communion : il faut bien prendre
but : Noli me tangere, nondum euim asccndi ad Patrem {Joan. xx, 17), scilicct in corde tuo, dit ce saint (tract. 121 in Joan. (S. Tnosi., pari, m, q. 8, art. 4. ) 11 faut donc avoir une grande foi pour pouvoir approcher de Jésus-Christ avec révérence , et cette foi peut se porter sur Jésus-Christ , ou généralement, disant avec saint Pierre : Tu es Chrislus Filius Dci vivi {Matth. xvi, IG); ou bien sur le détail de ses mystères, connue, ]par exemple : Celui que j(^ vais recevoir est celui qui est né de Marie , qui a été dans ses entrailles, qu'elle a porté entre ses bras : c'est celui qui est né dans une établc , et, comme disait saint Chrysostome , ainsi revêtir ce mystère de toutes les circonstances qui font ordinairement plus d'impression sur nos ca'urs, et OÙ
105 MANUEL DU SEMINARISTE. — X.DE L'ACTION DE GRACES APRES LA COMMUNION.
nous avons plus d'attrait , afin d'avoir plus de nialiôrc pour nous occuper saintcnionl, et plus de nu)tifs pour onllaminer noire foi. El voilà la première chose nécessaire pour communier avec révérence, une grande foi.
t Une profonde humiliié, nous esUnianl indignes de cet honneur et de celle grâce; ce fut le premier sentiment du cœur de la sainte Vierge, lorsque l'ange lui dit que Jésus-Christ viendrait en elle: Ecce ancilta Domhii. (Luc. i, 58.) Qnid est Iwmo quod mcmor es ejus , aut filins homiiiis quia visitas eum? (Psal. viii, 5.) Quis sum ego servus Inus, quouiam respexisti ad canem mortuum similem met? (II Reg. ix, 8.) Quis est liomo quia maynificas eum? (Joévii, 17.) Exi a me, quia liomo peccator sum, Domine. (Luc. v, 8.)
3° Un ardent amour ; car c'est un sacrement d'amour, sacramentum amoris. Jésus-Christ nous y fait paraître extraordinaircmenl son amour : Cum dilexissel suos, in finemdilexit eos (Jean, xiii, 1); mais il y demande aussi particulièrement le nôtre ; car l'amour ne se peut payer que par l'amour. Enfin Jésus-Christ fait paraître en ce sacrement toutes ses qualités, aussi bien que toutes ses grâces et tous ses mystères : Memoriam fecit mirabilium suorum. (Psal. ex, 4.) Or, entre toutes ces qualités, il y fait éclater particulièrement celle d'Époux ; copula cœlestium nupliarum ; et que pensez -vous aue demande cette qualité? l'amour. Comme notre Dieu et notre souverain, il demande la crainte, dit sainU Bernard : Si ego Dominus, ubi timor meus ? comme Père, il demande l'honneur : Si ego Pater, ubi honor meus? Mais comme Époux : Si Sponsvm exliibeat, puto quod mutabit vocem, et dicet : Si ego Svonsus, ubi est amor meus? exigit ergo Dominus timeri ut Dominus ; honorari ut Pater , ul Sponsus amari, etc. yec Sponsus aliud quœrit, nec svonsa aliud habet. (S. Bernard, serm. 88 in Cant.)