‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 29 sur 303 · ENTRETIEN XI · texte numérisé non relu

ENTRETIEN XI

De l'Office divin.

Après vous avoir parlé de l'oraison qui suit immédialement le lever, après vous avoir fait connaître et l'importance et la manière (U\ la bien faire , notre règlement gi'-néral ne nous maripie point parlicidièrcnient l'action qui la doit suivre. Les uns, au sortit de l'oraison, disent le sainl Ollice, les

autres entendent ou disent la sainte 5Iesse; quelquefois on communie, d'autres fois même on se confesse, selon les besoins oii l'on se trouve. L'heure et l'ordre de toutes ces actions ne sont par précisément déterminés par notre règlement général, parce que, selon les emplois, les occupations et les besoins différents , on les détermine aussi différemment , et chacun doit prendre de son directeur son règlement particulier , qui lui marque l'ordre et le temps de ses actions, afin que toutes se fassent dans Tordre, et que nous accomplissions cette ordonnance de rAi)ôtre (7 Cor. xiv, 40) : Omnia secundum ordinem fiant ; et comme dit saint Ignace martyr {Episl. ad Smgrnens.) : Omnia decenli ordine perficientnr in Clirislo. Nous vous parlerons de toutes ces actions l'une après l'autre. El pour commencer par celle qui, nous étant tous les jours commandée, doit aussi tenir le premier lieu, selon la pensée de saint Bernard {Spccnlo monacliorum) : Orationes quœ impcranlur primo loco lia' 6t'«f; je veux dire rOiïicc divin qu'on appelle vulgairement le Bréviaire ; je vous en dirai particulièrement deux choses : la première, l'importance et l'obligation que nous avons de le bien dire ; la se conde, la manière de le bien dire.

Pour l'importance de le bien dire, j'ai trois motifs puissants, a mon avis, pour vous en convaincre : je prends le premier de l'excellence du divin Ofiîce, excellence que je tire de quatre chefs: des paroles qui le composent, de la personne à qui on parle, de la personne de la part de qui on parle, de la fin pour laquelle on le dit.

Premièrement, des paroles qui le composent. Ce sont des paroles toutes pures, toutes saintes, toutes divines. Je remarque trois sortes de paroles dans l'Office divin : les paroles des saints, dans les leçons, les homélies, les hymnes , qui sont pour la plupart tirées de leurs ouvrages ; les paroles de l'Église, dans les répons, les antiennes, les oraisons ; les paroles de l'Écriture sainte dans les psaumes, dans les évangiles ; en un mol, dans la plus grande partie de tout l'Office. Or qu'y a-t-il de plus pur ([uc les paroles des saints que le Saint-Esprit même leur a inspirées? Qu'y a-t-il de plus vénérable |que lc:j paroles de l'Église , que l'oracle de vérité a proférées? Qu'y a-t-il de plus divin que les paroles de l'Ecriture sainte, que Dieu même a prononcées? Nous proférons les paroles des saints dans le divin Office, mais des paroles exquises, des paroles variées, des paroles dont l'Ég ise même a fait le choix, pour nous exprimer les sentiments les plus purs de la religion , les maximes les plus saintes du christianisme, les vérités les plus solides de l'Évangile. Nous proférons en second leu les paroles de l'Eglise ; mais des paroles que le Saint-Esprit même lui nu'tdans la bouche, et des paroles toutes de feu, ignituin eloqniiim , capables d'ennammer le cœur de ses enfants , et de gagner celui de son Époux. Noun proférons en troisième lieu les paroles de l'Écritiire

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sainte , c'esl-à-dire des paroles de Dieu même , et qui par conséquent ne doivent être prononcées qu'avec respect , à moins que de s'exposer à commettre un sacrilège. Lorsque saint Pierre (IPetr. iv, 11) parle aux Chrétiens des paroles qu'ils doivent proférer , il leur dit de parler comme si leurs paroles étaient les paroles mêmes de Dieu : Si quis toquitur , quasi sermones Dei. C'est en eflet parler hieii saintement : mais il y a bien plus dans le divin Office ; car non-seulement nos paroles y sont comme les paroles de Dieu , mais en vérité ce sont les paroles de Dieu mêmes; c'est lui qui les a prononcées, et elles ne changent pas de nature pour être dans notre bouche. Excellence donc en premier lieu du saint Oflice, quant aux paroles qui le composent. lîrt'viarium, compendiitm et consummatio tollus tlieototjiœ paginœ ; le saint Office, à le bien prendre, est le bréviaire , c'est-à-dire le sommaire , le précis des paroles les plus saintes et des discours de Dieu les plus relevés que l'on puisse tenir en celle vie.

Excellence en second lieu, quant à la majesté de celui à qui on parle. Car à qui est-ce que nous y parions? à celui devant lequel toute créature n'est qu'un néanîr; devant lui les saints se prosternent , les anges frémissent, les puissances tremblent, tous les esprits bienheureux sont dans l'étonnemenl et le silence ; et cependant un simple clerc , par le moyen du Saint-Esprit , s'élevant au-dessus de tous ces esprits, fait entendre sa voix devant le trône de Dieu ; il rentretient , il lui parle en confiance , et lui parle, si nous le pouvons dire, d'une manière digne de sa divine majesté , digne Dca. Quelle excellence et quelle prérogative l

Pour la dignité de celui de la part de qui on parle, elle relève encore de beaucoup cette action. Lorsqu'on parle au nom d'une personne puissante , on parle avec plus de confiance et plus d'autorité ; la dignité de celui qui envoie donne poids aux paroles de celui qui est envoyé, et la commission d'un ambassadeur qui ne parle qu'au nom de son mailrc est relevée. C'est ainsi que Notre-Seigneur , pour faire connaître l'excellence de sa commission et de la sublimités des vérités qu'il annonce, dit qu'il a été envoyé de son Père et qu'il ne parle qu'en son nom. C'est ainsi que saint Paul , pour relever son ministère, dit qu'il parle en la personne et au nom de Jésus-Christ; et c'est ainsi que nous voyons le nôtre relevé dans le divin Office, encore que nous ne parlions pas en notre nom , mais au nom de toute l'Église , c'est-à-dire au nom de l'Épouse , de la confidente, de la bien-aimée de Jésus-Christ, dont la voix est toujours écoulée : Sonet vox tua in auribus meis ; vox enim tua dulcis. [Cant. n, 14.)

Enfin si nous faisons attention aux fins pour lesquelles on le récite , il faut avouer que noie n'en saurions avoir de plus nobles, et qu'il n'y en a point de plus hautes dans la religion , puisque c'est pour les mêmes fins pour lesquelles on offre le sacrifice. Car l'Office divin n'est que comme un supplément

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