XI. DE L'OFFICE DIVIN
du sacrifice réel offert sur les autels; l'Église substitue en sa place, par le moyen du saint Office, un sacrifice continuel : Sacrificium assiduilalis per assiduam scilicet orationem. ( Nil. ) Elle le partage même en des heures dilïérentes, afin que les ecclésiastiques, qui doivent être dans un exercice continuel de la religion pendant le jour, soient continuellement occupés à rendre à Dieu leurs hommages, à l'adorer, le remercier, lui satisfaire et le prier , qui sont les quatre fins du sacrifice et ce que l'on fait dans l'Office divin. Voilà donc les quatre fondements sur lesquels j'appuie l'excellence du saint Office. Concluez de là quelle est cette excellence, et en même temps l'obligation étroite que nous avons de le bien dire.
Que si son excellence n'est pas suffisante pour nous obliger de le bien dire et de le réciter avec respect, les vertus auxquelles nous sommes indispensablemont obligés, comme ecclésiastiques, seront peut-être plus puissantes pour nous convaincre. Je m'arrête seulement à deux, qui sont les principales, la -religion et la justice. La religion , c'est le partage particulier des ecclésiastiques , c'est leur portion , c'est leur héritage ; et par elle ils doivent rendre à Dieu le culte qui lui est dû : Si qui divino cultui ministeria reUyionis impendunt , sic dcfniiuntur clerici. [Cod. Tkeodos., lib ii De cpiscop. et cleric.) Us sont particulièrement consacrés pour cet Office. Or nous le faisons particulièrement en quatre manières, selon les quatre principaux actes que saint Thomas donne à la religion : adoration , dévotion , sacrifice, prière ; il faut donc prier pour s'acquitter de ces devoirs. Et précisément les plus excellentes de toutes les prfères sont renfermées dans le divin Office , et l'Église même nous le commande. De plus, cet Office étant une chose très-sainte et qui touche Dieu de plus près, la religion nous oblige plus particulièrement, selon la remarque de saint Bonaventure, de ne le traiter qu'avec un grand respect: Tanto, amplitts reverentiœ et diligenliœ studtum divino debetur Officio , quanto in Deo immediatius exliibetur. {Specul. disiiplin. ad novit., p. u, cap. 16,Z)c dise. Of/ic. extra cliorum.) Ajoutez que comme ce sont les paroles de Dieu même, ainsi que nous avons déjà dit , c'est une espèce de sacrilège que les traiter indignement. Que diriez-vous, si vous voyiez traiter indécemment les vases sacrés , si vous voyiez profaner un calice , si vous voyiez traiter avec irrévérence le corps de Jésus-Christ? Sa parole, dit saint Augustin, ne mérite pas moins de respect. Si dono nous la traitons sans aucune révérence; si nous la déchirons , si nous l'entrecoupons , c'est-à-dire si nous la prononçons en sorte que nous ne formions, que la moitié des mots ; si nous mangeons quelques, syllabes ; si , pendant que nous l'avons dans la bouche, notre esprit est dans l'égarement, et notre cœur dans le péché, ne faut-il pas avouer que nous sommes coupables d'une grande faute, et que nous manquons à ce que demande la religion? Mais nous,
manquons au»»» a ce que demande la justice : car lorsque l'Église nous reçoit au nombre de ses ministres, il se fait entre elle et nous une espèce de contrat : d'une part l'Église s'oblige envers nous , mais de l'autre nous nous obligeons à l'Église l'Église s'oblige en\ers nous, et à quoi s'oblige-t-elle? à nous faire jouir de ses immunités, à nous donner part à ses privilèges , à nous communiquer ses libéralités, ses prérogatives cl tous ses biens. Mais aussi nous nous obligeons à l'Église, et à quoi? à l'acquitter envers Dieu de ses obligations et à lui prêter notre langue pour l'adorer, le louer, le remercier, et pour attirer sur elle ses grâces et ses miséricordes ; et pour cela elle nous met le saint Office entre les mains : si donc nous y manquons, nous manquons à ce que demande la justice. De plus , comme ministres de l'Église, elle a droit de nous employer envers Dieu pour ses besoins et pour les nécessités de fes enfants. Or elle nous donne pour cela le saint Office, de sorte que si nous le récitons avec négligence, nous sommes responsables des- malheurs qui arrivent dans l'Église, et que nous aurions détournés si nous l'eussions dit saintement; et je crois qu'un des plus grands comptes que les ecclésiastiques auront un jour à rendre au jugement de Dieu sera des malbeurs qu'ils pouvaient détourner s'ils se fussent fidèlement acquittés de leur ministère, et au lieu de les détourner, qu'ils auront accrus et multipliés par leur négligence. J'ajoute que le bréviaire étant le service que l'Église demande particulièrement de nous, pensum servilutis nostrœ, comme parlent les saints, nous ne saurions y manquer sans quel(iue sorte d'injustice. Que diriezvous d'un serviteur qui tirerait la récompense de son maître , et ne voudrait pas lui rendre le service principal qu'il lui aurait promis?
Enfin, si l'excellence de l'OlTice divin et les vertus qui nous engagent à le bien dire ne nous conyainquent pas assez fortement, peut-être que la vue de notre propre utilité sera plus effjcace. Or il y va merveilleusement de notre intérêt de le bien dird, et cela en deux façons : à cause des biens que nous recevons, lorsque nous le récitons saintement ; à cause des maux qui nous arrivent, lorsque nous le récitons avec négligence. Les biens qui nous arrivent, je ne fais que les toucher; c'est, 1° la grâce commune à toutes les bonnes œuvres ; 2° la grAcc particulière que la prière y ajoute ; 3" les grâces plus spéciales qui sont attachées à l'Oifice divin, lequel étant une prière |)ublique, dite au nom de l'Église, en renferme de plus fortes ou de plus abondantes que les autres prières ; -4" le fruit de toutes ces grâces, (pii est de nous rendre divins: lilco vQcatur Officium divimim, tum quia in se divintijn est, tum quia divinas in récitante disposiliones erigit, tum quia divinos cfficit sancte récitantes. Voici les malheurs de ceux (jui le disent lu-gligemment : l" la privation de tous les biens (jik; nous venons de marquer ; 2" les péchés innoinbt-ahles
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que nous commettons, en ne faisant pas saintement cette œuvre sainle; 3" les autres malédictions qui suivront ces péchés, et qui sont prononcées dans l'Écriture sainte , contre ceux qui font l'œuvre de Dieu négligemment: Malediclus qui facil opnsDei neijligenter. ( Jer. xlviii, 10. ) 4° la dilficulté d'éviter notre perte totale, en ce que, profanant le remède que Dieu nous donne pour le salut, et abusant du moyen qui est nécessaire, c'est-à-dire de la prière, il est impossible que l'on ne tombe pas dans la dernière désolation : c'est un miracle si l'on se sauve. Panis ejus vertetur in fel aspidum in utero ejus, dit Job de ceux qui profanent la parole de Dieu, selon l'explication de saint Grégoire {Moral., lib. XV, c. 6) : Vitœ potum convertit sibi in veneni pocutuni, et inde rcprobus moritur, unde ad vitam erudiri tœlatur. Mais c'est assez pour l'importance de réciter le saint Office.
Voyons maintenant la manière de le bien dire. Or pour cela il me semble que nous devons faire attention à trois temps différents : au temps qui le précède; au temps où on le dit; au temps qui le suit. Pour le temps qui le précède, il faut, avant que de le dire, se disposer à bien faire cette action, ut eorum quœ divimim impediunt Officium occasiones vitentur, dit saint Bonaventure ( Specul, discipl. adnovit., cap. 15, De discipl. divin. Olftc), et pour cet effet y apporter les mêmes préparations que nous avons marquées pour l'oraison. Car c est ici une prière ; et, quoiqu'elle soit vocale, elle demande toujours les mêmes préparatifs que la mentale. Or il y a trois sortes de préparations : l'éloignée, la prochaine, l'immédiate : Priusquam incipiatur Officium, prœvenire studeas, si potes, ut cor ad aliquam devotionem sit adaptatum, quando Officium inclioatur : idco enim tant desides et tepidi swmus in divino Officio, quia ante non sumus in aliqua devotione exercitali; et ita sicut inlravimus fricjidi, eximus corde dissoluli. ( Bo.n.vvent., Institut, novit,, part. I, cap. -4, De divino officio inclioro. )
La préparation éloignée qui demande trois choses : la pureté, la mortification des passions, la retenue des sens. 1" Pureté et de cœur et d'esprit ; de cœur, renonçant à' tout péché et à l'affection même (lu péché ; autrement c'est profaner la parole de Dieu et s'exposer aux malédictions qui accompagnent ce reproche épouvantable qu'il fait lui-même aux pécheurs qui entreprennent de publier ses louanges: Peccutori aulem dixit Deu$ : Quare tu enarras juslitias meas, et assumis testamcntum meum per os tuum? {Psal. xlix, 1G.) Pureté d'esprit, pour les intentions saintes que nous devons prendre, et il y en a et de générales el de particulières, comme nous l'avons remarqué ailleurs. 2" Mortification des passions ; car la parole de Dieu ne fait pas ordinairement grande impression sur une âme iniHioi«tiliée, et ((ui est dans le trouble et l'agitation de ses passions. 3" La retenue des sens et iiil«'rieiirs et extérieurs ; aulrcmcnl nous nous rcniDlissons do
MANUEL DU SEMINARISTE.
mille idées» et nous aonnoiis cnircc à mille dislractions. A ces trois choses qui sont générales, j'en ajoute une, qui est particulière pour le divin Olficc, qui est d'apprendre comment il faut le dire. C'est une honte de voir comme on le néglige ; la plupart ne le savent point ; des prêtres de vingt et trente ans qui n'ont pas lu une seule fois leur rubrique, et qui disent aussi les leçons, les antiennes, le plus souvent à leur fantaisie ; ils y font mille fautes. Est-ce là satisfaire à ce que l'Église demande? Il fitut donc apprendre à le dire, c'est la préparation éloignée.
Pour la préparation prochaine, elle demande aussi trois choses : 1° Prévoir ce que l'on doit dire, et le marquer dans son Bréviaire avant que de le commencer, marquer les psaumes, les leçons, les répons, les antiennes, les oraisons, et ne pas attendre à les chercher en le disant : Libri et alla neccssaria ad of/icium prœparentur, et leyenda studiose anteprcBvisa qitando et quomodo sitdiccnda, dicuntur. (Bonav., ibid.) Autrement on s'expose à mille distractions: on pense gagner un peu de temps, et on le perd. 2" Prendre le temps convenable ; le meilleur pour nous est le temps de la communauté. Ici nous disons Matines et Laudes le soir, les petites Heures avant dîner, Vêpres et Compiles après dîner, ensuite de la récréation. Il faut se rendre fidèle à ces heures. Lorsque nous ne serons pas en état de pouvoir observer cette règle, suivons, de plus près qu'il nous sera possible, les heures qui nous sont marquées par l'Église ; et surtout ne remettons jalaais après midi à dire nos Matines du jour, n»us ressouvenant de cette règle : « Dire son Office avant le temps, c'est diligence ; le dire après le temps, c'est négligence ; le dire dans le temps, c'est obéissance : iAnte lioram orare, providcniiœ ; posl horam, negligentiœ ; in hora, obedientiœ ( Hugo a Sancto VicT.); mais nous ressouvenant aussi de la maxime des docteurs qui disent que c'est pécher que de l'avancer ou de le différer notablement sans raison considérable. Saint Pierre Damien rapporte que saint Séverin fut très-rigoureusement puni dans le purgatoire, pour avoir dit tout son Office le matin, quoique ce fût pour vaquer aux affaires d'État, auxquelles il était employé. 5° Choisir le lieu où nous aurons le moins d'occasion de nous distraire. Je ne parle pas, quand nous le disons en commun : car pour lors le lieu de la communauté doit être préféré à tous les autres, |et s'en retirer, pour le dire en son particulier dans sa chambre, sous ombre qu'on y sera plus recueilli, c'est un abus, c'est une illusion, c'est une marque de l'esprit singulier que nous détestons. Mais hors l'obligation de la communauté, choisissons le lieu où nous croirons être plus attentifs.
Pour la préparation imm,édiate, qui se fait en commençant le bréviaire, ou immédiatement auparavant, elle demande aussi trois choses : 1° Se mettre en la présence de Dieu. C'est l'avis que donne