L DE LA PERFECTION
tic plus rigoureusement nos chutes : la multitude des grâces, la facilité d'en faire usage, le scandale que nous causons. i° La multitude des grâces : Qno maçfis augentur dona, rationcs etiam crescunt uonorum ; et ab eo eut duo laienta dantur, duo requiruutur. 2" La facilité d'en faire usage, lorsqu'on est en un lieu où tout y contribue ; le figuier est maudit, parce qu'il est dans une terre fertile : In terra sanctorum iniqua gessit, et non videbit gloriam Domini. [Isa. XXVI, 10.) Divinus sermo et comminalio valde terribilis, dit saint Bernard. Tanto major inobedientia , quanto id quod prœceptum est , nullius difficultatis fuit. (S. AuG.) 3° Le scandale : Transtûlil Domimis peccatum tuum, verumtamen quoniam blasphemare fecisti nomcn Domini, propter hoc filius qui nalus est tibi, morte morietur. (II Reg. xn, 13.) Audite hoc, sacerdotes, quia vobis judicium est, quia laquexis facti estis speculationi, et rete expansum super Thabor.... Non dabunt cogitationes suas ut revertantur ad Dominum. (Ose. v, 1 seq.)
Or ici, vous y verrez Ta multitude de grâces, nous l'avons dit ; vous y remarquerez la facilité qui est très-grande de toute part. Pour le scandale , on tic peut presque non-seulement tomber, mais même se rendre négligent sans scandale : Qui intcr multos vitam agere constituunt , aut cum grfjndi fructu, aut cum grandi periculo , vel etiam diligentes, vel négligentes sunt. (S. EucHER., vulg. EiSEB. Emisscn., Ilomil. ad monach.)
Voilà les motifs qui nous font connaître combien il est important de bien employer le temps du séminaire. D'ici je tire une conséquence, qu'il vaudrait mieux n'entrer jamais dans le séminaire pour y demeurer, que d'y demeurer sans faire progrès dans la vertu. Oh ! que Judas serait bien moins puni s'il n'avait jamais été dans la compagnie des apôtres, et dans l'école du Fils de Dieu ! Oh ! que les Juifs auraient bien moins de compte à rendre, si Dieu ne leur avait jamais fait la grâce de les conduire dans la terre promise ! Si les anges n'eussent point éié dans le ciel si éclairés, leur chute peut-être n'aurait point été si considérable, et si Adam n'eût point été si avantagé dans le paradis terrestre. Dieu n'aurait pas peut-être exercé sur lui un si épouvantable châtiment. Que nous soyons ici, si vous voulez, conmie dans un paradis terrestre, comme dai\§ un ciel, comme dans une terre promise, comme dans la compagnie des apôtres , et même du Fils de Dieu , à la bonne heure ; mais, si nous ne 'faisons bon usage de ces grâces, si nous n'en sommes plus parfaits, nous en serons certainement plus sévèrement châtiés ; et, comme Notre-Seigneur dit de Judas (Matth. XXVI, 24) : Bonum erat ei, si natus non fuisset homo ille, je pourrais bien dire : Bonum erat ei, si ingressus non fuisset homo ille, 41 vaudrait mieux que cet homme ne fût jamais entré dans le séminaire, que de n'y avoir pas vécu comme il devait.
Passons aux obstacles que nous pouvons trouver ici à notre'avancemcnt et à notre oerfettiDn ; j'en
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remarque de trois sorlo§ : les premiers, qui regardent rintention de ceux qui y entrent ; les autres, la disposition et J'espril de ceux qui y demeurent ; les ■autres, les fautes principales que l'on y peut commettre : intention contraire à l'intention de la maison, disposition et esprit contraires à Tesprit de la maison, fautes contraires aux exercices, pratiques et règlements de la maison : trois grands obstacles à nôtre perfection ; obstacles qui nous empêcheraient d'y faire aucun progrès ; obstacles qui rendraier.t inutiles nos efforts ; obstacles qui feraient que tous bons desseins s'en iraient en fumée ; obstacles enfin qui, n'étant point levés, nous mettraient en état de ne faire aucun profit dans l'oraison; ils méritent donc bien (jue l'on y pense.
4° L'intention contraire à l'intention de la maison, qui est la même que celle de l'Église dans l'institution des séminaires. Et quelle est-elle? pour ne nous point tromper, il faut écouter ce que l'Église même nous en dit dans ses constitutions. Seminaria institnantur in quitus clerici ad pietatem, religionem ac disciplinam ecdesiasticam informentur. (Conc. Trid., sess. 25, cliap. 18.) Ad pietatem et régime» informentur, ut boni ac strenui operarii ad curationem anitnarum iustituantur. (Act. Ecdesice Mediolani.) Ut clerici ad pietatem, religionem , ecdesiasticam disciplinam , bonos mores et litteras erudiantur. {Conc, liothom., 158.) Voilà l'intention de l'Église pour faire de bons ecclésiastiques, qui soient capables de travailler utilement, et voilà aussi l'intention de la maison. Or, pour bien découvrir quelles sont les intentions mauvaises et contraires à celles de la maison, vous remarquerez, qu'en parlant généralement, je trouve deux sortes de personnes qui peuvent entrer dans la maison. Les unes par contrainte, les autres volontairement. Par contrainte, lorsque l'obéissance aux parents , et la seule vue de ne les point offenser nous y engagent ; ils le veulent, ils le désirent, ils nous pressent, ils nous sollicitent ; et par une simple complaisance, pour ne leur pas déplaire, sans aucun autre dessein, nous nous y engageons. Je ne prétends pas m'étcndre sur ce point, parce que Je ne crois pas qu'il y en ait ici de cette sorte, et s'il y en avait quelques-uns, je leur dirais qu'ils sont dans un état plus misérable qu'ils ne pensent, parce ([u'ils ne seront jamais en repos : tout leur sera à dégoût ; tout leur fera peine, les exercices leur seront à charge , et ils les considéreront comme les Juifs envisageaient la loiquc Dieu leuravait donnée : Jugum quod neoue nos, neque patres nostri porlarepotuimus. {Act. xv, 10.) Ainsi toujours de l'inquiétude et jamais de repos; de sorte que, par un renversement étrange, d'une maison de sainte liberté ils feront pour eux un lieu de misérable captivité. Je leur dirais de plus, qu'ils sont en état de fouler aux pie().-> une infinité de grâces que Dieu leur communi(|uerait dans la maison, et qui, par leur indisposition, n'auront point d'anlre effet sur leurs cœurs nv belles que de les endurcir, cl de les rendre plus cri-
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minels. Je leur dirais enfin qu'ils se font un ton qu'ils ne répareront jamais, car ils ne s'assujettiront jamais au règlement ; ou, s'ils s'y assujettissent, ils ne s'y assujettiront qu'en partie ; ou enfin, s'ils s'y assujettissent en tout, ce ne sera que pour un temps : Quidquid enim necessitate fit, cito solvitur. (Hieron., in Oseœ, m.) Ils se relâcheront bientôt, et, dans ce relâchement, ils ne manqueront jamais de faire des plaintes, de murmurer contre les règles, de parler contre l'obéissance, de chercher des personnes qui les écoutent, et d'en entraîner plusieurs, soit par leur exemple, soit par leurs discours, dans le même relâchement et dans le même dégoût : misère sur misère, abîme sur abîme : Abyssus abijssum invocat, {Psal. XLi, 8.)
Pour ceux qui entrent volontairement, ils doivent prendre garde particulièrement à trois sortes d'intentions, qui sont trois fausses portes, par lesquelles je crains que plusieurs n'entrent dans la maison. La première est mauvaise, criminelle, et doit être condamnée ; la seconde paraît indifférente,, ^nais doit toujours être rebutée ; la troisième est bonne, mai» doit être réglée.
Pour la première , qui est mauvaise, et qui doit être condamnée, c'est celle de ceux qui viennent ici pour les fins du monde, et pour satisfaire leur vanité, ou contenter leur avarice. C'est un lieu, dit-on, où, quand j'aurai demeuré quelque temps, on me croira bien dévot ; on y parle bien de la dévotion. Première sorte d'intention, et qui doit être condamnée ; autrement nous serons comme ces Juifs contre lesquels Notre-Seigneur se mit en colère : car d'une maison de prière, destinée pour rendre à Dieu les devoirs de religion, ils en font une caverne de voleurs, qui leur sert à satisfaire leurs passions : Domus mea, domus orationis vocabitur, vos autem, fe~ cistis illam speluncam latronum. {Mure, xi, 17.)
La seconde intention, qui paraît indifférente, mais qui doit toujours être rebutée, est d« ceux qui viendraient ici comme dans une maison garnie. C'est un lieu où je vivrai à mon aise , je serai nourri et h)gé, sans me mettre beaucoup en peine; il y a beaucoup d'honnêtes gens , de personnes de condition; j'aurai bonne compagnie, bonne conversation; j'y passerai doucement mon temps; en payant ma j)ension, j'en serai quitte. Intention basse et qui doit être rejetée, elle est indigne de la sainteté avec laquelle on doit entrer dans des lieux établis dans l'esprit de l'Eglise , pour la fin la plus noble qui soit dans la religion. C'est profaner une chose sainte que de s'en servir à un usage si bas, et qui n'est appuyé que sur des vues de chair.
La troisième intention, qui est bcmne, mais qui doit être réglée, est de ceux qui viennent pour être plus savants. Je dis 1" que celle intention est bonne, parce que les prêtres (comme disent les saints) doivent fuir l'ignorance comme une poste : Sacerdotea iguorautiam tunquam pcstem quamdam a se abjiciuHt. (GttLG,, Past., part, i, cap. 1.) Tarn vila quant
MANUEL DU SEMINARISTE
ioctrlnaclarere soient ; nam doctrina sine vitu arrogantem reddit , vila sine doctrina facit inutilcm. (IsiD., De summo bono, lib. ni, cap. 36.) Je dis secondement que celle intention doit être réglée, car il y a deux sortes de sciences, Tune du monde, et l'autre des saints. Si vous venez ici pour la première, pour vous rendre plus savants dans la science séculière, pour apprendre ce qui fait les honnêtes gens dans le siècle , ce que le monde appelle les belles-lettres, les histoires , les poésies, les livres profanes, un Sénèque, un Plularque, un Ci-
céron, etc j'ai à vous avertir que vous êtes
trompés ; nous sonnnes ici à l'école de Jésus-Christ, nous le reconnaissons pour notre unique maître, et nous tâchons de nous rendre savants dans ses maximes. Que si vous venez ici pour chercher la science des saints : ou vous venez seulement pour apprendre ce qu'il faut faire pour être saint, sans le mettre en pratique , et c'est une vainc curiosité ; ou vous voulez l'apprendre et le mettre en pratique, et c'est ce que nous demandons. Recipieridns moneatur de seminario 7ion nisi pro scrvituris Deo et Ecclosiœ fundato. {Synod. Rolhom. , 158.) Car sans cela, vous avez un très-grand obstacle à votre perfection, et à moins d'avoir cette pureté d'intention , je puis dire que votre demeure dans la maison vous serait inutile.
Le second obstacle à notre perfection regarde les dispositions, ou l'esprit avec lequel nous demeurons dans la maison. Or je trouve six sortes d'esprits qui sont contraires à l'esprit du séminaire, et qui s'opposent à notre avancement.
1° L'esprit séculier. Il n'y a rien de plus contraire à l'esprit ecclésiastique, car l'esprit ecclésiastique est une participation abondante de l'esprit de Notre-Seigneur, qui est toujours opposé à l'esprit du siècle : Aon spiritum hujus mundi accepimus, sed spiritum qui ex Deo est. (I Cor. ii , 12.) Or, parce qu'il y en a qui ont peine à discerner cet esprit, et qui, en étant même tout pénétrés, ne peuvent néanmoins le reconnaître, parce que ce ne sont que de belles apparences, voici les marques par lesquelles on peut connaître si une personne est possédée de cet esprit ; il y en a trois principales. 1° Les conversations : Qui conversationibus gaudet mundanis, sœcutum nondum se odisse oslendit. (S. Epiirem. , panEu. -46.) t Les entretiens de naissance, famille, nouvelles du monde, noblesse, bonne chère , lingua ostendit conscientiam ; qualis sermo oslcnditur, talis animus comprobatur : ex abundantia enim cordis os loquitur. (Ber.n., De modo bene vivendi , serra. 3.) Jmayo animi sermo est : qualis vir, talis oratio. (S. Martin, episc. Dumensis., De moribus, tora. V Biblioth. PP.) 5° Tout l'extérieur, habitus mentis in corporis statu dignoscitur. (Ajibros.) Or cela se remarque l" par les habits, ornements séculiers, superflus et aflectés ; 2° par la démarche, ne plantas kumidiorvia resperserit, vix terrœ itnprimunt summa vcsliaia : Iws SDonsos dixeris. nonclcricos (lIitRCv.):