‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 4 sur 303 · I. DE LA PERFECTION · texte numérisé non relu

I. DE LA PERFECTION

5" par la posture et la contenance, un air allier, dédaigneux, arrogant, etc...

Le second esprit est l'esprit singulier : Non sufficit ci communior régula, vet quod majorvm cohorlantur exempta, clc. Quatenus possit dicere : Non sum sicut rceteri homines, singulariter sum ego. C'est ainsi que saint Bernard le décrit. {Tract, de gradu liumilitatis, grad. 50, Superb.) C'est la ruine d'une communauté. Vitanda est cuique disconvenientice nota, maxime in congregatione. (S. Bonav., in Spec. discipl. ad novit., cap. 5, p. 10.)

Or cet esprit paraît principalement en tiois choses : dans les choses singulières que l'on fait ; dans le temps où on les fait ; dans la manière dont on les fait. 1* Dans les choses que l'on fait qui sont singulières : on fait plus ou moins de retraite que les autres; on jeftne plus souvent, on communie plus souvent, on trouve trop ou trop peu d'austérité dans la maison, on en veut faire ou moins ou davantage : Repreltensibile est diversum liabere cultuw, ubi non est diversum propositum. (IsiD. HispaL, in Reg. monacli. , cap. 12.) 2° Dans le temps où on les fait : on veut parler, lorsque les autres gardent le silence ; on se relire en sa chambre, lorsque la communauté se récrée ; ou on se récrée , lorsque la communauté se relire ; on veut faire oraison , lorsque les autres disent l'office, etc... 5° Dans la manière dont on fait les choses, avec une certaine affectation, avec un air plus mélancolique, avec des gestes et ime contenance plus recherchés, ou plus négligés, avec un extérieur plus mortifié, ou plus dissipé : marques de l'esprit singulier que l'on doit éviter par-dessus tout dans les communautés, dit saint Bonaventure; parce qu'encore que cela se fit quehiuefois par un bon principe, et que quelquesuns s'y portassent pour éviter la présomption , cavendum ne, dum nimis vitatur prœsumptio, inordinationis accédât confusio. (Bo.nav., supr.) Esprit singulier , second esprit contraire à celui de la maison. Le troisième est l'esprit écolier, qui se rencontre ordinairement dans les enfants et jeunes gens , qui se comportent dans la maison comme les écoliers dans un collège. Or on remarque cet esprit par la manière dont on se comporte à l'égard de ses supérieurs , à l'égard de ses frères , à l'égard de soimême. 1" A l'égard de ses supérieurs : on ne fait rien qu'en leur présence, on se dispense lorsqu'on croit qu'un supérieur n'est pas dans la maison , ou n'est pas présent aux exercices, comme un écolier qui ne fait rien que devant son maître. 2° A l'égard de ses frères : on les traite sans respect , on appelle un tel, sans dire monsieur ; on donne des quolibets ; lorsque quelqu'un rapporte quelque chose au supérieur que la charité oblige de dire , on dit que c'est une peste, un espion. Sacerdotes senes sunl, quorum officium, quia gravitate magnœ homstatis impendilui a religionis pondère, nulla puerili tevilate vacuetm. (S. Grec, in lib. l Reg., cap. ii.) h qui in sacrum ordincm coavtutus est, niliil uctulans ac juvcnilu

n OEUVRES CONNUES

agere débet, verum temperantem iibiqne ac probe modcratam vitœ rationem prœ se ferre. (Isidor. Pelus., )ib. II, opisl. 205.) 3° A l'égard de soi-même : on se laisse aller aux badineries, pertes de temps, niaiseries.

Le quatrième est l'esprit railleur, qui tourne tout en ridicule, et qui fait comme les serpents qui convertissent en venin les meilleures nourritures : Ve~ ncnnm aspidum sub labiis eonirn. {Rom. m , 13.) Esprit du démon et des hérétiques, qui ne pouvant s'opposer directement à la vertu, la tournent en raillerie. Esprit cependant si préjudiciable, que je puis dire que les persécutions sanglantes , que les tyrans ont inventées , n'ont jamais causé tant de dommages à l'Eglise que les railleries ; car celles-là ont fait les saints, et ont souvent changé les bourreai» en martyrs; mais celles-ci ont perverti une infinité de personnes qui avaient de bons desseins, et ont fait avorter dans leur naissance les résolutions les plus saintes : Facetiarnm pestilenlialis morbus. (Clmac, grad. 12.) C'est pour ce sujet que saint Pacôme voulut chasser un de ses religieux, et saint Basile dit que c'est une raison suffisante pour séparer une personne de la communauté. Or il y a trois sortes de railleries qu'il faut absolument éviter : des personnes, des actions, des vérités et maximes chrétiennes, Seriosam enim vitam, et sincjulare pondus conversaiionis dignitas sibi vindicat sacerdotatis. (S. Ambros., ep. 6. ) Rideri et ridere sœcularibus derelinque, gravitas tuam personam decet. (HttR., cp. 8.)

9° L'esprit critique qui se trouve : dans les personnes plus âgées; dans les personnes qui ont vécu dans le grand monde ; dans les personnes qui se sont formé une dévotion à leur mode ; ils examinent tout , ils prononcent sur tout. Pourquoi tant de formalités? Pourquoi les cheveux si courts? Pourquoi tant de scrupules? Et n'est-ce pas la coutume? Il faut prendre une manière de vivre qu'on puisse toujours garder, même en son pays ; on traite celuici trop rudement, on caresse trop cet autre, etc.

6° Esprit de cabale, qui se nourrit et se fortifie dans les amitiés particulières, lorsque quelques personnes conversent plus particulièrement ensemble ; d'abord on ne s'en aperçoit pas, mais insensiblement on s(! lie, on évite la conversation des autres, elle nous ennuie , et quand on se rencontre même au temps du silence, on se dit toujours quelque petit mot ; lorsque la cloche sonne, on a peine à se séparer, on va sans difficulté à la chambre l'un de l'autre, on s'entre-commuiiique ses secrets, on se découvre réciproquement ses petites peines, on entre dans les mômes intérêts ; si on reprend l'un, l'autre s'en offense; le directeur a tort; ensuite on murmure, on forme de petits desseins, des parlies secrètes, de petites ligues. En un mot l'esprit de cabale est une machine t(;llement redoutable, <nrelle est capable de renverser la communauté la plus solidement établie. 11 se cache avec un soin

extraordinaire ; voici trois marques qui nous le fe; ront infailliblement connaître : 1° lorsque l'on converse presque toujours avec la même personne; 2° lorsqu'étant avec elle, nous nous retirons à l'écart ; 3° lorsque , quand quelqu'un vient nous interrompre, nous avons peine. Ideo summa observantia custoditur, ne quisqnam cutn alio, ac prœcipue juniore, velad punclum temporis pariler sublulisse, aut uspiam secessisse , vel mamis suas inviccm tcnuisse deprelicndatnr. Si qui contra liujus disciplina; regulam reperli fuerint aliquid admisisse, ut contumaces non levis culpœ pronunliati, suspicione etiam conjurationis pravique conciiii carere iion poterunt. (Cassux., Instit., 1. Il, cap. 15.) Partiales amicitias et societates dileclionis lex non permittit. (Basil., Exercit., serm, iO.) Duorum aut trimn fratrum malum est convcndculum. {\n., Const. rnonac/j. , cap. 29.) Si quis majori charitatis habilu sit affectus erga fratrem aut cognatum, velut iujuriam faciens commu7iitati, castigctur; nam redundantia affeclionis in una pcrsona multam accnsalionem defeclus affcrt in aliis. (S. Basil., cxercit. 4.)

Pour les fautes que l'on peut commettre pendant que l'on demeure dans la maison, ce qui est le troisième obstacle à notre avancement, en voici les princip.iles qu'on a coutume de proposer à tous ceux qui y entrent ; et ce catalogue que nous en faisons, quoiqu'il ne contienne pas toutes les fautes qu'il serait nécessaire de proposer, ne laisse pas néanmoins, selon l'avis de saint Bonaventure, d'être très-utile à tous ceux qui commencent, parce que, comme dit ce grand saint à ce même sujet, pour le peu qu'on leur en propose ouvertement, ils verront, comme dans un miroir, qu'ils doivent être précautionnés pour beaucoup d'autres. Novis Cliristi discipulis pro aliquali speculo inspiciendus proponitur, ut per pauca sibi proposita occasionaliter fiant in pluribus cautiores. Da sapienli occasionem, ait Salo:mon, et addetur ei sapientia. ( Bonav., Prol. Spec. dise, ad novit.) Or ces fautes se peuvent ranger eu deux classes : les unes qui regardent la doctrine, les autres qui regardent les mœurs.

Pour la doctrine, on ne souffre point ici les personnes qui ont des opinions et sentiments contraires à ceux de l'Eglise, et qui ne se soumettent pas nettement, humblement, véritablement aux décisions du Souverain Pontife; comme nous reconnaissons l'Eglise pour notre mère, nous le reconnaissons pour notre père, et nous faisons profession de ne recevoir personne qui ne lui soit parfaitement obéissant.

Pour les mœurs, nous distinguons trois sortes de fautes : les unes qu'on souffre dans la maison; les autres qu'on n'y souffre que pendant quelque temps ; les autres qu'on n'y souffre jamais. Celles qu'on y soutire sont les fautes «l'inadvertance, d'infirmit(\ qui ne portent point de scandale, où on voit bien tju'il y a plus de faiblesse que de malice : il] y en a une infinité de cette, sorte , tout le monde y (^t sujet, et je n'eu parie pas. Pour

Page 1