‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 31 sur 303 · XI. DE L'OFFICE DIVIN. ILS · texte numérisé non relu

XI. DE L'OFFICE DIVIN. ILS

saint Bonaventure à ce sujet, et qu'il a tiré de saint Benoît : Consideremus qualiter oporteat nos m couspectu Divinitatis assislere, et sic stemus ad psalleuditm ut mens nostrn concordct voci nostrœ. En effet, si nous croyons que Dieu est partout, nous ne saurions douter qu'il ne nous soit particulièrement présent, lorsque nous récitons le divin Office : Vtique credemus divinam esse prœsentiam : maxime hoc sine aliqna dubilatione credimus, cum ad aivinum opns assistimus. (Bonav., ibid.) 2° Renoncer à soi-même et se lonner à Notre-Seigneur : et, pour cela, faire un acte de contrition de tous nos péchés, et nous unir à Notrc-Scigneur, unissant cette action aux pareilles qu'il a faites en sa vie, car il a loué son Père comme nous, et nos intentions aux siennes : renonçant à toute autre intention qu'à celle qu'il a eue et qu'il aurait encore, s'il était en notre place. C'est ce que l'Église nous fait faire par ces paroles qui précèdent l'Office : Domine, inunione divinœ illitis inlentionis qua ipse in terris laudes Deo persolvisti. 3° Renoncer à notre propre esprit et nous donner à l'esprit de Jésus et de l'Eglise, pour faire cette action par sa direction et par sa conduite, et afin qu'il nous donne la dévotion nécessaire pour le bien dire. Voilà ce qu'il faut faire avant l'Office, et les préparations qu'il faut y apporter.

Voyons maintenant ce qu'il faut faire pendant l'Office. Je trouve trois conditions, dispositions ou circonstances, qui y sont nécessaires et qui sont ronfermées dans trois paroles de l'oraison qui le précède : Digne, attente ac dévote. Ce sont les trolo choses que nous demandons particulièrement à Dieu, et qui sont nécessaires pour le bien réciter : dignement, attentivement, dévotement. 1° Il le faut dire dignement. Or, pour le dire dignement, il faut deux choses : l'exactitude et la religion, ou le respect.

L'exactitude, qui fait que nous le disons distinctement, continuellement, entièrement, règlement : quatre conditions qui, au rapport de saint Bonaventure {Ibid., cap. 16, De discipl. Officii extra chortim), sont nécessaires pour le dire exactement : Debent dicere Officium distincte, continue, intègre, ordinale. Distincte ; prononçant, dit ce saint, fermement et distinctement toutes les syllabes, sans qu'une prononciation négligente ou trop précipitée nous eti fasse retrancher une seule lettre. Ne verbum masticando, vel exiliter profercndo, vel nimium feslinando, dicenda confundant ; ou, comme dit le concile do Bàle : Vt non gutture vel inter dentés, seu deglutiendo et stjncopando dictiones vel verba ; sed reverenler, verbis distinclis, Officium persolvatur. Et nous nous rendrons exacts à ce point, si nous écoutons attentivement ce que dit saint Bernard : qu'il n'y a pas un seul iota dans tout l'Office, dont nous ne rendions un compte rigoureux. Omnium quœ ibi dicuntur, usque ad unam litteram, se pro certo noverit àebitorem. Continue ; c'est-à-dire sans interruption, au moins à l'égard de cha<iue heure. Ces», ainsi

no ŒUVRES CON.NUES

qu'en usa ce grand théologien de Paris, lequel, au rap[)ort de saint Bonavcnture, étant visité par un évèque, ne voulut point lui dire «n mot, quil n'eût achevé une des plus petites Heures, qu'il avait commencée ; et ensuite, de peur que ce retardement ne fût trouvé mauvais, caiisam subinferens ilixit, qnod majori Domino colloquebatur. En effet, n'est-ce pas une honte de vouloir parler à Dieu, et après lui avoir dit quelques paroles, interrompre son discours pour parler aux créatures ? L'n mot à Dieu, puis un mot à un serviteur, à un domestique, à un ami, à un étranger ! Navarre (cap. 16 tract. De orat.) a cru qu'il y aurait péché mortel, si cette interruption était notable, et sans raison ; et c'est un péché, dit un grand Père de lÉglise (BoNAV. , ibid.) , que Dieu châtie trèssévèrement dans les flammes de l'autre vie, à moins qu'il ne soit expié en celle-ci. On ne se moque pas ainsi impunément de Dieu : Deiis nonirridelur. [Cal. VI, 7.) Intègre ; c'est-à-dire qu'il faut dire le bréviaire tout entier, sans en rien omettre ; ce qui est d'une telle conséquence, que plusieurs docteurs ont cru qu'on ne pouvait omettre la troisième partie d'une petite Heure (c'est bien peu) sans commettre un péché, et un péché mortel : tant l'obligation en est étroite ! Ordinale ; c'est-à-dire le réciter dans l'ordre et selon les règles que l'Église nous en donne ; et ne s'y pas assujettir, c'est une marque d'une âme déréglée : Inordinali est animi, in exterioribus ordinem non curare, dit saint Bonavcnture. Or cet ordre se doit particulièrement observer en trois choses, in substantia, icmpore et modo. Dans la substance ; c'est de dire l'Oflice qu'elle nous marque, et point d'autre ; ne point faire d'un saint, quand il faut faire de la férie, etc. Dans le temps, nous l'avons dit. Dans la manière, afin de dire toutes les Heures dans l'ordre q.u'elles nous sont marquées : ne point dire Vêpres avant None,None avant Sextc , i;t, en les disant, observer toutes les rubriques que l'Église n'aurait pas pris tant de soin de nous régler, si elle ne les avait jugées d'une grande importance; ainsi s'asseoir, se lever, se découvrir, etc. Voilà ce <|ue demande l'exactitude, qui est la première chose nécessaire pour dire l'Office dignement.

La seconde est de le dire avec respect; et soit que nous le disions en public, soit que nous le disions en particulier, y apporter toujours une grande révérence : In Olficio çuranda maxime reverentia et lioncstas, cum ulique sit eadcm ejus, oui tune loquiviiir et adslamus, Deilas et Majestas. [Ibid., cap. IG, De discipl. Offic. extra cliorum. ) Or, ce respect doit être extérieur et intérieur. Extérieur, qui demande une grande modestie : Dispositio enim corporalis honcsla devotionis excitai affectum cl désignai. ( Bo- ^.vv. ) Et, pour cela, faire une attention particulière à deux choses : à la posture du corps cl à la mor- •/.fication de la vue : à la posture du corps, en quoi on doit observer trois choses : 1" Ne le dire jamais élanl couché, à moins que d'y être obligé par qucl-

que maladie. Saint Bonavcnture reniarque que saint Jérôme ne voulut point le faire étant même usé de travail et de vieillesse; et que, dans cette grande faiblesse où il se trouvait par l'épuisement général de toutes ses forces, il se soulevait encore de son lit par le moyen d'une corde qui était attachée pour cet effet à une solive de sa chambre. Cet exemple, dit ce saint, ne devrait-il pas nous faire rougir de honte, lorsque souvent, pour la moindre incommodité, nous nous acquittons de notre Office avec tant d'irrévérence ? Dum exliauslis viribus senex, nec senectuli pareil, nec debililati blanditur, desidem juniorum irreverentiam, imo dignam derisione desidiam signis argnit et conjundit. Et n'avons-nous pas sujet d'attendre le reproche qu'un ange, au rapport de ce même saint, fit à une personne qui, dans une fièvre îiîpts, avait accoutumé de dire Compiles dans le lit? 2° 11 faut se tenir debout, à genoux, ou assis dans le temps et selon que la rubrique nous le marque ; et observer , quap.d on est à genoux, de ne pas mettre une jambe sur l'autre, de ne pas se coucher ou se courber sur les sièges qui sont devant nous ; de ne pas s'appuyer , en sorte que l'on tourne le dos ou le côté à l'autel. Quand on est assis, ne pas s appuyer la tête, ne pas étendre les bras : Bracliiis libiisque resoliUis nolabiliter incurvando, ita ut lecti moliitiem quœrere videanlur. Quand on est debout, ne point pencher le corps, ne pomt se mettre tantôt sur un pied, tantôt sur l'autre. Prendre garde eu un mot qu'il n'y ait rien de léger ni d'indécent dans tout le mouvement du corps, comme on remarque quelquefois dans ces personnes dont parle saint Bonavcnture : Qui hac et illac membrorum ttt lùngucntium incojigrua agitatione se gyranl.

Pour la mortification de la vue, il faudrait lâcher de suivre un avis que nous en donne un grand saint et docteur de l'Église {Ibid.) : Oculi ad librum, pro psalmis et aliis veraciter decanlandis, vel ad terrant pro vagis arcetjdis respcctibus, mentis non mediocriter vugalionem causanlibus, urgcndi sunt ; autrement nous donnerons entrée à mille distractions, et nous nous mettrons en péril d'en causer même beaucoup aux autres par le dérèglement de nos regards : Suorum indioriplinato intuilu collateralium orationem. qnam ipsi negHgunt,impediunt.{Ibid.) Que si à colle modeslie extérieure, nous ajoutons le respecljintérieur, entrant dans des sentiments de révérence à la vue de la grandeur de Dieu à qui nous parlons, nous humiliant, nous abaissant, nous anéantissant devant sa souveraine majesté ; pour lors nous nous acquitterons de la première condition qui doit .iccompagner le saint Oflicc, et nous le dirons dignement, rfigtie.

2" U le faut dire attentivement, attente. Magna abusio est liabere os in clioro, cor in foro, dit saint B(;ruard ; c'est imiter ces malheureux dont il est parlé chez le Prophète {Psal. iai, 5) : Ore i,uo benediccbanl et corde sno malcdiccbant ; ou les pliarisicDs. dont Notrc-Seigueur soplaintdans Isaïc (xmx, 13) :

121 MANUEL DU SEMINARISTE.

Populiis hic lab'ns me honorât, cor autem eorum longe est a me. Or, pour le dire allciitivemenl, deux choses sont néccss;\ires : éloigner les pensées qui nous délournent, en prendre de saintes qui nous occupent ; pour les pensées qui nous détournent, il y en a de trois sortes, dont nous demandons à Dieu d'être préservés : Munda cor meum ab omnibus vanis, perversis et alienis cogitalionibus. Pi'ri'frsis, des pensées mauvaises ; vanis, des pensées vaines, des choses indiflérentes; alienis, de* pensées même bonnes, mais qui sont hors de propos, comme de penser à prêcher, à exhorter un malade, à donner l'aumône ; ce seul de bonnes pensées, mais auxquelles nous ne devons point nous arrêter en disant le saint OlFice ; elles sont hors de temps et nous distraient : Tum etiam ntilia sitnt aliquoties différencia, ob vilationem discursus. (Bonav., ibid.

Pour les pensées que nous pouvons prendre, on en peut remarquer de trois sortes, selon les trois sortes d'attentions que les docteurs ont remarquées. {" Attention aux paroles, adverba; penser à bien dire tous les mots, à bien articuler toutes les syllabes, à prononcer distinctement toutes les lettres, à faire les pauses au milieu et à la fin des versets, à ne point se précipiter. 2° Attention au sens des paroles, ad sensum ; penser à ce que signifient les paroles, et former en son cœur les mêmes sentiments, désirs et affections qu'elles nous expriment ; je prononce ces paroles : Dilujam te. Domine, fortitittido mea {Psal. xvii, 2) ; je forme l'acte d'amour. Je dis le psaume Beatus vir qui timet Dominum (Psal. m, 1) ; je pense au bonheur d'une âme qui a la crainte de Dieu ; je désire cette crainte, je la demande à Dieu : ainsi du reste. 3° Attention à la fin de la prière, ad finem orationis ; penser à quelque chose sainte qui nous élève à Dieu et nous tienne unis à lui ; or ceci se peut faire en plusieurs manières : 1° En s'arrêtant au premier verset dont nous nous trouverons intérieurement occupés, et nous en entretenant pendant les versets suivants, jusqu'à ce que nous n'ayons plus d'attrait à ce premier ; pour lors nous en prendrons un autre, dont nous pourrons nous occuper en la même manière, îHivant l'attrait que nous y aurons. 2° Ne changeant «as ainsi d'attention selon les versets, mais selon ks psaumes ; nous arrêtant à la fin pour laquelle chaque psaume a été composé. Ainsi, en disant un psaume que David aura composé pour remercier Dieu de ce qu'il l'a délivré de ses ennemis, je m'unirai au divin Esprit qui l'animait, pour entrer dans ces mêmes sentiments ; je considérerai les ennemis dont Dieu m'a délivré ; de combien de péchés, de passions, de pensées, de désirs, il m'a préservé ; de la malignité du monde, des enchantements de la chair, de mille artifices du démon ; je lui en rendrai des actions de grâces. 5° Ne changeant point ainsi d'attention à chaque psaume , mais en prenant une pour, chaque heure, selon le rapport qu'elles ont aux mystères de la Passion de Notre-Seigneur. Ainsi à

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