‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 33 sur 303 · ENTRETIEN XII · texte numérisé non relu

ENTRETIEN XII

De l'étude.

J'ai dessein de vous parler aujourd'hui de l'étude et de l'obligation qu'ont tous les ecclésiastiques de s'y rendre fidèles : c'est une action qui est d'une telle conséquence, particulièrement dans le clergé, qu'à moins que ceux qui s'y engagent n'en aient lamour, et qu'ils ne soient résolus de s'y appliquer avec une grande vigilance, il faut, par une nécessité inévitable, qu'ils tombent dans les derniers malheurs.

Lorsque ies saints Pères ont parlé de l'ignorance, ils l'ont toujours représentée comme le principe de tous les désordres, la source de toutes les erreurs, l'origine de tous les vices, le réceptacle de [tous les crimes ; en un mot, comme le plus dangereux et le plus contagieux de tous les maux. C'est, disent-ils, un venin., c'est un poison, c'est une peste, et un ecclésiastique qui, en est infecté est capable de tout corrompre dans l'Église, de tout gâter et de tout perdre ; el c'est pourtant l'état d'épouvantable désolation où se trouvent inévitablement engagés tous les prêtres qui ne peuvent se résoudre à s'appliquer à l'étude. Car, comme on ne peut éviter rigjiorance tjue par ces deux voies, par l'infusion et par l'étude, et qu'il n'y a point d'apparence que Dieu leur donne la science par infusion, comme si c'étaient des prophètes, des apôtres ou de grands .saints, il faut par nécessité qu'ils demeurent ignorants toute leur vie, et qu'ils croupissent jusqu'à la mort dans toutes les misères qui suivent l'ignorance, à moins qu'ils ne se résolvent de se rendre savants par l'étude. C'est ce que nous avons dessein de vous expliquer en détail dans cet entrelien, où vous faisant l'anatomie d'un prêtre ignorant et la déduction de ses misères, je m'assure que lorsque vous en aurez pesé toutes les circonstances, et pénétré tous les malheurs, vous avouerez que nous ne pouvons prendre de moyens plus puissants pour vous porter à l'étude et vous obliger à bien faire cette action, afin d'acquérir toute la science que demandent la perfection etjles engagements de votre état.

Or, pour commencer a vous faire connaître à lond jusqu'où va la misère d'un prêtre ignorant,

nous supposons que te bonheur d'un prêtre qui veut correspondre à l'étendue de ses obligations, consiste en trois choses : 1° à honorer Dieu ; car il est le supplément de la religion des peuples envers sa divine Majesté ; 2° à servir l'Église ; car il est destiné du Fils de Dieu pour en être le ministre ; 3° à travailler à son propre salut ; car il est appelé lui-même à être saint, et s'il y manque, il perd tout en manquant à la première et à la plus essentielle de ses obligations. Voilà la perfection d'un prêtre, et sur quoi est fondé tout le^ bonheur d'un ecclésiastique. Mais que fait l'ignorance dans un ecclésiastique, et dans quel déplorable malheur ne le plonge-t-elle pas? 1° Comme supplément de la religion des peuples envers Dieu, il devait l'honorer, et son ignorance lui fait injure et le déshonore. 2° Comme ministre de l'Église, il était obligé de la servir, et son ignorance lui fait outrage. 3° 11 s'était obligé par son état de travailler à son salut, et, par son ignorance, sa perte devient inévitable. Trois raisons convaincantes el sans réplique, qui nous feront voir le malheur d'un prêtre dans l'ignorance, el par conséquent la nécessité indispensable où il est de s'adonner à l'étude : ce sont les trois parties de cet entretien.

Le premier motif qui nous fait voir l'importance de l'étude, et le premier malheur d'un prêtre qui vit dans l'ignorance et qui ne s'applique pointa l'étudt', est qu'il fait injure à Dieu : mais l'injure la plus atroce, la plus oulrageuse et la plus universelle qui puisse être; el y a-l-il rien de plus injurieux à Dieu que de s'opposer à ses desseins, que de mépriser ses commandements, que de se moquer de ses menaces 't Or ce sont les trois degrés de l'injure qu'un prêtre fait à Dieu par son ignorance.

1° Il s'oppose aux desseins de Dieu. Dieu a troiâ grandes perfections en lui-même, qui sont auisnl de canaux par lesquels il s'écoule sur les créatures : \A vérité, la justice, la miséricorde ; mais, quoiqu'il fasse paraître ces trois grandes perfections sur les créatures , c'est principalement aux ecclésiastiques et aux prêtres qu'il en fait une communication plus émincnic, et comment cela? Il les rend les dépositaires de ses vérités ; il les fait les interprètes de ses lois, il les établit les dispensateurs de ses grâces el de ses miséricordes. Voilà le dessein de Dieu dans l'établissement des ecclésiastiques et des prêtres. 1° 11 les rend dépositaires de ses vérités: Dieu commanda à Moïse {Kxod. xxvui, 30; Levit. viii, 8) d'écrire en gros caractères ces deux mots : Doctrine el Vérité sur le rational, et de les mettre sur la poitrine d-Aaron : Doctrina et Veritas. Pourquoi ces deux ni«is sur le rational et sur la poitrine du grand prêtre? Ce n'est pas sans mystère; c'est pour témoigner qu'il faut qu'un prêtre soit une vive source de lumière et de doctriae ; et, comme dit saint Grégoire , que son cœur soit comme un réservoir où l'on puise la science en plénitude. Et il ne faut pas s'en étonner, Dieu veut qu'il soit dépo-

iir, MANUEL DU SEMINARISTE

si taire de ses vérilés. 2" Il nous faillies intorprèlcs lie ses lois ; les lois de Dieu ont souvent besoin d'être expliquées, et quoique d'elles-nièmcs elles aient bien de l'éclat, et portent- beaucoup de lumières : Prœceplum Domini lucidum, illuminans oculos' {Psal. XVIII, 9), elles ont pourtant besoin tous les jours d'être interprétées, et sans cela il y a mille événements où l'on ne poiirrait pas discerner ce qu'elles renferment : or ce sont les prêtres que Dieu en a établis les interprètes : Labia sacerdotis custodienl scientiam {Malacli. ii, 7; Agy. ii, 12) ; les voilà dépositaires des vérités de Dieu : Et legem requirent ex orc ejus ; les voilà en second lieu interprètes de ses lois : Interroga sacerdotes legem. (Ibid.) 5" Ils sont dispensateurs de ses grâces et de ses miséricordes : quand Dieu a créé le monde, dit excellemment Pierre de Blois {Serm. in psal. xlviii. 13), il n'a voulu s'associer personne pour la production de ce grand ouvrage; mais quand Jésus-Christ l'a voulu racheter, i'o/«»7 liabere coadjntores, il s'est pour cela associé les prêtres, afin qu'il distribuât par eux aux hommes les grâces que lui seul avait méritées ; et ainsi il les a faits ses coadjuteurs, coadjutores Redemptoris , en les établissant les dispensateurs de ses miséricordes, dispensatores mysteriorum Dei. (/ Cor. lY, 1.)

Or que fait l'ignorance dans un ecclésiastique et «ians un prêtre? elle s'oppose à tous ces desseins. Le prêtre est le dépositaire des vérités de Dieu, et ffuelle opposition plus grande à ce dessein que l'ignorance ? Car, pour être le dépositaire des vérités de Dieu, il faut savoir quatre sortes de vérités ; vérités naturelles, vérités divines, vérités chrétiennes, vérités ecclésiastiques. Or, quand un prêtre n'aime

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