‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 34 sur 303 · XII. DE L'ETUDE · texte numérisé non relu

XII. DE L'ETUDE

chaire les principaux mystères de notre religion* Quel avantage pour les hérétiques, quelle confusion pour l'Église ! Enfin, il est impossible qu'un prêtre sans étude soit plus instruit sur les vérités chrétiennes et sur les ecclésiastiques que sur les autres; car, pour les savoir, il doit lire les saints Pères, feuilleter les conciles, apprendre les saints canons, et comment le pourra- 1 -il faire sans un grand amour de l'étude? Oitomorfo docercpoteruni quod ipsi non didicenint ? desinal locum docendi suscipere qui nescil docere (S. IsiD., Ub. m De summo bono.) Si donc un prêtre et un ecclésiastique vit dans l'ignorance, comment peut-il être dépositaire des vérités de Dieu? Il n'est point en secono lieu l'interprète de ses lois. Toutes les lois qui règlent nos mœurs et qui président à la conduite des hommes, sont des rayons de la lumière de Dieu ; les lois naturelles, civiles et ecclésiastiques, toutes universellement, ne sont que des écoulements de la loi éternelle de Dieu : mais il y en a deux principalement, bien pures et bien saintes, qui émanent spécialement de Dieu, qu'on appelle divines par préférence aux autres, et dont il veut que les prêtres soient les interprètes, la loi ancienne et la loi nouvelle, l'Ancien et le Nouveau Testament, la loi écrite et la loi de grâce : voilà les deux lois dont les prêtres sont les interprètes : ce sont les lois qu'ils doivent méditer, qu'ils doivent étudier, qu'ils doivent digérer jour et nuit, et dont leur cœur doit être le dépositaire. Mais que fera l'ignorance dans un prêtre ? En vérité, pourrat-il être l'interprète de cette loi? il ne l'a jamais lue, il ne l'a jamais méditée, il ne sait point ce qu'elle dit ; il sait bien manier et battre un jeu de cartes ; mais, pour l'Ancien et le Nouveau Testament,

pas l'étude, il est impossible qu'il possède jamais il.n'en a peut-être jamais tourné un feuillet; il saura

ces vérités. Car, 1° pour les vérités naturelles, on les apprend ordinairement dans la philosophie ; et comment, sans une étude continue et une application sérieuse, pourra-t-il entendre celte philosophie? Elle ne s'apprend pas en courant, en badinant, en se divertissant; elle est mêlée d'épines; il faut du travail ; à moins que d'en faire une étude sérieuse, on ne surmontera jamais toutes les difficultés qui s'y rencontrent. 2° Pour les vérilés divines, on les voit répandues dans les traités Des attributs de la très-sainte Trinité, De l'incarnation. De la grâce. Des sacrements, etc. Rien de plus nécessaire à un prêtre, et cependant tous ces mystères ne lui seronl-ils pas inconnus, s'il ne s'applique séiieusement à l'étude de 'la théologie? Sans cela, s'il parle en public, il débitera des hérésies pour des vérilés catholiques, et des erreurs pour des mystères. On l'a vu dans une personne éminente dans l'Eglise, qui, prêchant sur l'incarnation, ne se servit point d'autres expressions que de celles qui étaient propres aux hérétiques; d'où vient cela? de l'ignorance, désordre qui n'est que trop ordinaire, mais qu'on ne saurait trop éviter; et à moins que d'être bien affermi dans les principes de la théologie, on renverse facilement en

bien interpréter les règles d'un 'piquet et d'un trictrac, il saura bien les lois d'un jeu de boules et d'un jeu de dés, il sera savant dans les lois et les maximes du monde; mais, pour les lois de Dieu, c'est ce qu'il ignore, et pour entretenir la fainéantise et l'oisiveté où il est, c'est ce qu'il veut ignorer toute sa vie. Ah ! si saint Jean Chrysostome reprochait aux Chrétiens deson temps qu'ils ne savaienipas le nombre des épîlres de saint Paul, que dirait-il maintenant des prêtres? Il est donc impossible que, dans leur ignorance grossière, ils puissent être les interprètes des lois de Dieu ; mais il est aussi impossible qu'ils soient de bons dispensateurs de ses grâces et de ses miséricordes.

Toutes les grâces sont des remèdes que Dieu nous a donnés pour guérir, elles prêtres, comme nos médecins, sont destinés de Dieu pour être les dispensateurs de ces remèdes. Or il y a dans l'Église des maladies bien différentes, et qui demandent aussi que ces remèdes soient dispensés d'une manière bien différente. Il y a des maladies extrêmes, où il faut des remèdes prompts et efficaces, et même violents ; il y en a de plus légères, où les femèdes doivent être plus doux et plus bénins :

mais quelquefois pourtant, à cause dos suites fâcheuses que l'on doit craindre, on donnera des remèdes plus doux à une personne très-malade, parce qu'elle sera très-faible, et on en donnera de plus forts pour une moindre maladie, parce qu'une personne aura plus de force, et se trouvera en état d'en supporter l'effet. Or comment un prêtre pourra-t-il faire ce discernement, s'il n'a de l'étude? Il faut, pour dispenser à propos ces grâces et ces remèdes que Dieu lui met entre les mains, qu'il connaisse et la complexion de son malade, et la nature de son mal, et la force de son remède; c'est ce qu'on exige absolument d'un médecin. Car s'il ne connaît pas la complexion de son malade, il lui donnera un remède violent, qui sera, dans la faiblesse où il est, la cause de sa mort. S'il ne connaît pas la nature de Son mal, il le croira attaque d'une maladie qui a besoin de remèdes secs et brûlants, et cependant son tempérament demande qu'on lui en donne de froids et d'humides. Enfin, s'il ne sait pas la force de son remède, il ne connaîtra pas non plus s'il est sufiisant pour la grandeur de la maladie, ou s'il n'est point trop fort pour l'état du malade, et si son opé. ration trop puissante n'affaiblira pas trop le malade, et ne sera point ensuite la cause de sa mort. C'est ce que fait à l'égard des malades un médecin qui ne sait pas bien son art, et qui néglige d'étudier la médecine. C'est ce que fait à l'égard des âmes un prêtre que la négligence de l'étude a laissé dans l'igno'rance : il n'a jamais pénétré à fond l'étal funeste des pécheurs, il ne sait point les plis et replis de h conscience, les tours et les détours de l'amour-propre, qui font le tempérament de ce malade qu'il a Sous sa charge; de plus, il ne connaît pointla nature de sa maladie, si elle est mortelle ou légère, si <?lle a de mauvaises suites que l'on doive craindre et prévenir, ou si elle n'en a point : si elle a besoin des remèdes les plus rigoureux et les plus violent £ de la pénitence, ou seulement de quelques doux avertissements, d'une charitable correction ; enfin, il ne sait point la force de ces remèdes ni le rapport qu'ils oui à cette maladie, parce que jamais il ne s'est voulu donner h peine de s'y appliquer, nj de lire aucun des livres qui en traitent ; en conscien. ce, peut-il être appelé médecin des âmes, ou plutôt n'en est-il pas le bourreau ? peut-il porter le titre auguste de dispensateur des grâces et des miséricordes de Dieu ? ou plutôt n'en est-il pas l'injuste et le cruel dispensateur ? Concluons donc qu'un ecclésiastique et un prêtre qui vil dans l'ignorance et sans étude, n'est point le dépositaire des vérités de Dieu; qu'il ne peut être l'interprète de ses lois, qu'il n'est point le dispensateur de ses grâces et de se^ miséricordes , et par consé(|uent (pi'il s'oppose à tous les desseins de Dieu ; quelle injure ! mais voyez ce qui l'augmente.

2" Il méprise ses commandements : il y a trois circonstances qui font un commandement considérable, et qui doivent plus particulièrement nous en

faire craindre le mépris. 1° Lorsqu'il est absolu ; car si le commandement n'est simplement que conditionnel, il n'oblige que supposé la condition; 2" lorsqu'il est pour toujours ; car s'il n'est que pour un temps (comme celui de la circoncision et de la célébration de l'agneau pascal, le temps étant expiré, ce commandement n'a plus de force ; 5° lorsqu'il est indipensable ; car supposé la dispense, telle que fut celle de la circoncision dans le désert, on n'est plus contraint de s'y soumettre. Or Dieu fait un grand commandement aux prêtres et aux ecclésiastiques d'être savants, d'acquérir la science nécessaire à leur état, et de dissiper les ténèbres de l'ignorance : Prœceptuvi sempiternum est in gêneratïones vestras, ut habeat'is scicntiam disceniendi (Lc~ vit.x, 10); commandement précis qui a toutes les conditions que nous venons de dire ; car 1° il est absolu : Pra;ceptum est tU habeatis scieutinm discernendi : point de condition ; 2" il est pour toujours : Prœceptum sempiternum est in generationes vestras, point de temps qui le limite ; 3" il est indispensable, c'est ce qu'assurent universellement tous les saints Pères : en voici deux des plus considérables de l'ÉgKse, dont l'autorité nous potirra suffire présentement. Le premier est saint Ambroise, dans le livre qu'il a fait Des Offices; voici ses termes: « Un prêtre, > dit ce Père, « ne sanrait se dispenser d'avoir asse* de connaissances et de lumières par son étude et par son travail : pourquoi? parce que c'est une nécessité indispensable que son ministère et son sacerdoce lui imposent: Effugere non possumus officium docendi quod nobis imposuit sacerdotii necessitudo. » (S. Ambr., De Off., cap. \.) Le second est le grand Origcne, appelé par saint Jérôme primus post apostolos Ecclesiarum magister : ce savant Père fait une belle remarque sur les sacrifices que Dieu ordonna dans l'Ancien Testament, pour expier les péchés commis par l'ignorance de son peuple, qui vient entièrement à notre sujet. II est marqué dans le Lévitique que Dieu en avait commandé de différentes sortes, et il esl dit expressément (c. v, 17, 19) que^ si un particulier vient à pécher par ignorance, si xnima peccaverit per igfjJoroHfjfljn, il doit offrir un tel sacrifice; que si tout le peuple fait aussi quelque faute par ignorance : Quod si omnis turba ignoraveril, et per impcritiam feceril guod est contra mandatum Domini, etc. {Levit. iv, 13 seq.), il en doit offrir un autre ; que si le prince vient aussi h violer la loi de Dieu par ignorance : Si peccaverit princeps, et fecerit itnum e plurihus per ignoranliam, quod Domitii lege proliibetur, etc. {Ibid., 22) ; il doit expier sa faute par l'oblation d'une telle victime. Mais quand il est parlé d'un péché des prêtres, on ne parle plus d'ignorance, on n'en fait plus aucune mention ; Dieu dit seulement {Levit. iv, 13) : Si sacerdos qui unctus est, peccaverit, et on n'ajoute plus connue aux personnes précédentes, per imperiliant, per ignoranliam, quod si ignoraverit ;(\\)i\ vient cela, dit ce Père? \oici la réponse, pesez-la connue elle mérite, et

MANUEL DU SEMINARISTE. — XU, DE L'ETUDE.

vous verrez bien que ce coniinancleiuont est indispensable : ycque euim ignorantia cadere puterat in illum, qui ut alios doceret provectus est. Il ne faut point de violinie pour l'ignorance d'un prêtre, parce qu'on suppose qu'il n'y a point de prêtre ignorant ; ou s'il y en a d'ignorants, on n'a pas besoin pour eux de sacrifices et de victimes, parce que c'en est fait de leur salut. Qu'un particulier pècbe par ignorance, cela se peut, et la loi y donne le remède; que tout le peuple tombe dans une pareille faute, cela peut arriver, et on sait aussi quel est le sacrifice qui la doit expier; qu'un prince même, qu'un roi, qu'un empereur, quoiqu'il soit revêtu de l'autorité de Dieu sur ses peuples, quoiqu'il en soit le père et le conducteur, viole la loi de Dieu sans la connaître, cela peut être ; et on ordonne aussi des sacrifices pour 'eur en faire obtenir le pardon. Mais pour un ecclésiastique et pour un prêtre, la science lui est indispensable : il ne peut point faire de faute par ignorance, tous ses péchés sont de malice ; ainsi point de sacrifices, point d'hosties, point de victimes, pour expier en lui cette sorte de crimes. 11 s'en suit donc que ce commandement de Dieu, qui lui ordonne la science, est non-seulement absolu, éternel , mais de plus indispensable, et par conséquent si un prêtre ne veut point s'adonner à l'étude et s'il veut croupir dans une ignorance grossière, il faut qu'il sache qu'il méprise le commandement de Dieu même. Quelle injure ! mais voici ce qui en fait le comble, non-seulement il méf rise ses commandements, mais de plus il se moque de ses menaces.

Samuel fait deux terribles menaces au roi Saùl de la part de Dieu, pour le punir de sa désobéissance Abjecil te Dominus ne sis rex [I Reg. xv, 23), Dieu t'a rejeté de ton trône ; voilà la première : Cum ego projecerim euin {I Reg. xvi, 1), Dieu te réprouve et ne veut plus de toi ; voilà la seconde, quelles menaces 1 les plus terribles qui furent jamais. Or, ce sont les mêmes que Dieu fait aux ecclésiastiques et aux prêtres ignorants ; premièrement il les rejette : Quia lu scientiam repulisti, et ego repellam te, ne sacerdotio fungaris niihi. {Osée, iv, 6.) Vous n'avez pas voulu acquérir la science qui vous est nécessaire, allez, retirez-vous, je ne veux plus de vous; c'en est fait, je vous rejette de ma présence, et ne soyez pas si téméraire que de vous approcher de mes autels, pour y exercer les fonctions du sacerdoce. Secondement il les méconnaît : Ignorabitur. (/ Cor. xiv, 58.) Tout prêtre ignorant sera ignoré, qu'est-ce à dire? Dieu connaît ses élus, mais d'une connaissance si amoureuse, qu'il les appelle par leurs noms : Vocat eos nominalim {Joan. x, 5) ; mais pour les impics et les réprouvés: ycscio vos, c Je ne vous connais pas. » {ilatlli. XXV, 12.) C'est la menace que Dieu fait au prêtre ignorant : Ignorons ignorabitur, il sera ignoré de Dieu, c'est-à-dire il sera réprouvé, Dieu le désavouera, ignorabitîir. Tu dis que tu es prêtre ; tu es ignorant je te désavoue. Et cependant comme si ces OKlvres connles di: M. Tkonso.n.

menaces terribles étaient des contes en l'air, comme si ces surprenants éclairs se devaient dissiper en fumée , comme si ces tonnerres redoutables n'étaient point accompagnés de carreaux et de foudres, des clercs entrent dans les saints ordres, ils s'élèvent sur les autels, ils s'ingèrent dans le sacerdoce sans lettres, sans science, sans étude, sans avoir dessein d'y employer leur temps : quelle effroyable témérité ! mais vous vous opposez aux desseins de Dieu : n'importe , je me moque de ses desseins ; mais vous agissez contre les commandements de Dieu ; n'importe, je ne me soucie point de ses con> mandements et de ses menaces : je veux vivre dans l'ignorance. Quel sacrilège et quelle atroce injure contre Dieu ! c'est notre premier motif.

Le second est le sanglant outrage qu'ils font à l'Église ; faisons-le voir dans notre seconde partie. L'Église est l'Épouse de Jésus-Christ, et revêtue comme elle de la vertu du Saint-Esprit et de sa divine fécondité ; son emploi est de lui produire et de lui élever une infinité d'enfants : mais parce qu'ils sont sujets à deux grands malheurs en celte vie, l'un qui est l'aveuglement, et l'autre le péché , et qu'ils se trouvent tous les jours exposés à ces misères, l'Église se sert de deux principes pour remédier à ces désordres et maintenir ses enfants dans la perfection qu'elle désire, l'un qu'elle emploie pou»les conduire, l'autre pour les sanctifier. Pour le* conduire, elle se sert de ses canons; car ce sont les règles qui, en nous montrant les routes que nous devons suivre , soit pour la foi, soit pour les mœurs, dissipent nos ténèbres et notre aveuglement. Pour les sanctifier, elle se sert des sacrements, qui effacent leurs crimes, et qui leur confèrent la grâce d'une parfaite sainteté : ainsi ce que nous pouvons remarquer de plus considérable dans l'Église, et que nous ne pouvons pas douter qui ne lui soit bien à cœur, sont ses canons, ses sacrements et ses enfants. Voilà les principaux biens de l'Église, voilà ce qu'elle a de plus cher et de plus précieux. Or, c'est ce qu'elle confie aux ecclésiastiques et aux prêtres sans aucune réserve ; comme ce sont eux que son Époux lui a donnés pour ministres, que ce sont ceux qui la doivent servir et secourir dans ses besoins, elle leur abandonne aussi, avec une confiance et une bonté qui ne se peut dire, tous ses trésors et tous ses biens. Ses canons ; elle les leur donne en garde pour les faire observer à tous les siens. Ses sacrements ; elle les abandonne à leurs soins pour servir à sanctifier les lidèles. Ses enfants ; elle les leur remet entre les mains, pour les nourrir et les élever à son Epoux ; voilà ce que fait l'Église pour les prêtres; mais que font les prêtres pour l'Église? S'ils sont ignorants, ils n'y causent que du désordre , et ils n'y font qu'un étrange ravage. Car ce prêtre qui devait faire observer les canons, s'il est ignorant, c'est lui-même qui les viole et avec le plus d'insolence. Ce prêtre qui devait faire un saint usage des sacrements, c'est l:n-mème qui les profane le prc-

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i;ii<T. Ce prêlre qui devait élever les enfants de 1 Église , c'est lui-même qui les massacre le plus cruellement ; trois outrages signalés qu'un prêtre ignorant fait à TÉglise.

1° Il viole les saints canons. 11 n'y a personne dont l'Église ait jamais eu plus d'horreur, et qu'elle ait jugé plus indigne du saint mystère que les pécheurs ; elle leur interdit l'entrée de son sanctuaire , elle ne peut pas même souffrir qu'ils s'en approchent , jusque-là, que s'il se trouve quelque téméraire et quelque insolent qui s'y ingèrent, elle ordonne qu'on le chasse avec ignominie et sans aucune espérance de retour. Rien qui lui soit plus insupportable que des pécheurs qui veulent s'approcher des saints ordres ; elle les a en horreur, et les foudroie par ses canons : Deponantur. Voilà la conduite qu'elle observe à l'égard des pécheurs, et c'est la même qu elle veut que l'on garde pour les ignorants : Sicut iniqui et peccatores minislerium sacerdotale assequi prohibentur ; ila indocti et imperili a tali officio retralmnlur. (S. Isio., 1. m Desiimmo bono, c. 36.) Elle regarde les premiers comme des sacrilèges, mais elle envisage les seconds comme des présomptueux. Et si nous jetons les yeux sur tous les canons, par les(iuels elle demande pour les ecclésiastiques de si longues épreuves, de si grands interstices qu'elle a même étendus autrefois jusqu'à des dix, des vingt et des trente années, des examens si rigoureux sur leur science aussi bien que sur leurs mœurs, des résidences si considérables dans des séminaires comme dans des écoles où ils pouvaient également apprendre et la piété et la doctrine, nous avouerons qu'elle ne veut souffrir ni des pécheurs ni des ignorants dans son clergé ; que si elle regarde les uns comme l'abomination de son sanctuaire, elle envisage les autres comme l'abomination de son corps ; en un mot, qu'elle a en abomination et les uns et les autres, connue donnant une atteinte mortelle à tous ses décrets , comme énervant la rigueur de sa discipline, comme étant des insolents profanateurs de ses plus saints canons.

Mais ce n'est pas tout; un ecclésiastique ignorant n'en demeure pas là ; l'outrage qu'il fait [à l'Église va bien plus avant : non-seulement il viole ainsi ses canons, mais il profane ses sacrements. Il ne faut pas aller bien loin, il n'est pas nécessaire de traverser les mers et de se trouver parmi les hérétiques, les mahoméians et les peuples les plus barbares , pour considérer la profanation de nos Kicrenients ; allez, allez dans la France, entrez dans les villes et dans les villages, visitez les églises et les paroisses , qu'y verrez-vous ? quel spectacle ! vous eu serez les témoins oculaires, vous le verrez de vos propres yeux , la profanation universelle de nos sacrements, des prêtres dans une ignorance si ijrossière et si épouvantable , ((ue , bien loi» de savoir les obligations de leur étal et de leur ministère, ils ne savent pas même la lonne des sacrements. Ce lie swui point des contes tails à plaisirs, cela est

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arj-ivé à un prêtre que j'ai connu et à une dame autant illustre par sa piété que par sa naissance . elle se confessait ià un prêtre de la campagne , et son confesseur était si ignorant, que ne sachant pas la forme de l'absolution , elle fut contrainte de lui en dire les paroles et de les lui faire prononcer les unes après les autres, pour se faire absoudre. Quelle épouvantable ignorance ! mais quelle abonrination 1 quel scandale ! mais quelle profanation ! Jugez combien de fois ce misérable avait profané le jugement de la pénitence. Mais si vous avez peine à croire qu'il y en ait beaucoup qui soient dans une ignorance si grossière, combien en verrez-vous qui, pour ne pas connaître assez la diûérence des péchés, pour n'avoir jamais étudié les règles de la théologie morale, pour ne s'être jamais bien appliqués à en apprendre à fond les véritables principes, reçoivent à leur tribunal indifféremment toute sorte de pécheurs, quoique nullement disposés à la grâce du sacrement? Tous les confessionnaux en sont remplis, particulièrement à la campagne , et souvent même dans les villes ; on y souflre les usures , si peu qu'elles soient palliées ; on y tolère les simonies, si peu qu'elles soient couvertes ; on y laisse des pécheurs dans des commerces infâmes , on ne les arrache point de ces engagements qui, bien que d'eux-mêmes indifférents , leur sont pourtant une occasion de mille crimes : en un mot , on fait ou on fait faire presque autant de sacrilèges qu'on donne d'absolutions. D'où vient cela? de l'ignorance du prêtre. Le moyen qu'elle ne cause ces profanations? un confesseur est ignorant, comment voulezvous qu'il fasse le discernement nécessaire entre tant de péchés qui se présentent? Mais d'où vient (]u'il y a des prêtres qui célèbrent nos saints mystères avec tant d'irrévérence et d'irréligion, sans attention, sans respect, sans aucune modestie? On se précipite, on mange la moitié des paroles, on n'observe presque point les cérémonies, point d'inclinations, point de génuflexions ou si on en fait quelques-unes, c'est souvent d'une manière si irréligieuse et de si mauvaise grâce, qu'un extérieur si choquant serait plus capable de donner du scandale que de l'édilication au simple peuple. N'en voit-on pas aussi qui ne disent la sainte Messe que parce qu'il y a quelque misérable argent à v gagner? Vendre le sang du Fils de Dieu pour quelques sous! Nesciunt quid (aciunt (Luc. xxiii, 34); les ignorants iK! connaissent pas la grandeur de nos mystères, ils n'en jugent que par l'éeorce, ils n'en pénètrent pas W. fond. Après cela faut-il s'étonner si tout ce qu'ils font n'est qu'une pure profanation et un véritable sacrilège ? Rien de plus saint que le corps et le sang de Jésus-Christ, et cependant ce corps et ce sang adorable ne sont-ils pas entre leurs mains une offrande impure et sacrilège? 0(}'erlis super altare nu'.um pam-iu poUutum. {Mulucli. i, 7.) Cette sainte hostie devait attirer les grâces et les bénédictions du ciel, mais paraissant entre leurs mains, c'est elle-

MANUEL DU SEMINARISTE.

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