‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 35 sur 303 · XII. DE L'ETUDE · texte numérisé non relu

XII. DE L'ETUDE

même qui irriie la colère de Dieu, et qui l'oblige à lancer ses foudres sur les prêtres et souvent sur le peuple : d'où vient cela ? de l'ignorance des prêtres ; ils profanent les sacrements.

El enfin pour dernier outrage qu'ils font à l'Église, ils massacrent tous ses enfants. Les enfants de l'Église sont en trois états différents : ou ils sont en santé, ou ils sont malades, ou ils sont convalescents. S'ils sont en santé, il leur faut des aliments solides; s'ils sont malades, ils ont besoin de bons remèdes ^ s'ils sont convalescents, il leur faut ordonner un régime. Car si on refuse les aliments, qui sont nécessaires à ceux qui se portent bien , il faut qu'ils meurent ; si on refuse les remèdes aux malades , c'est leur ôler la vie ; si on ne donne un bon régime aux convalescents, c'est les faire retomber dans leur première maladie et leur causer la mort. Or , voyez la cruauté qu'exerce un prêtre à l'égard de tous les enfants de l'Église.

Nous venons de vous dire que tous les fidèles, qui sont en pleine santé, ont besoin , pour se conserver, d'une bonne nourriture et d'un solide aliment ; et quelle est celte nourriture et cet aliment? La parole de Dieu ; parole de Dieu dans les prônes et les prédications, parole de Dieu dans les grands et petits catéchismes ; c'est leur nourriture, c'est ce que le prêtre leur doit par l'engagement indispensable de son ministère, et c'est pourtant ce qu'il ne leur donne pas, et ce qu'il ne peut pas même leur donner, quand il est ignorant. Tant de personnes à la »:arapagne qui vivent moralement bien , et qui sont cependant dans l'ignorance de nos mystères ; il y a peut-être vingt, trente ans qu'ils soupirent après cette divine nourriture : Parvuli petierunt panem , et non erat qui frangeret eis. {Tliren. iv. A.)

Il y a des paroisses entières qui, depuis cinquante ans, n'ont pas eu un seul catéchisme et qui demeuleot sans prônes, sans instructions : ces pauvres paroissiens s'acquittent assez bien de leurs devoirs de Chrétiens, mais ils ont une soif ardente de la parole de Dieu ; ils la demandent à un curé, à un vicaire, à un prêtre, et comment voulez -vous qu'il leur donne cette divine nourriture , dans l'ignorance où il est de cette divine parole et de nos mystères ? Ils la demandent, mais inutilement; ils tirent la langue pour recevoir quelque goutte de celte rosée céleste : E( non eral qui frangeret eis ; et cependant la maladie les surprend tout ignorants qu'ils sont de nos mystères, elle les réduit à l'agonie , ils expirent, et les voilà damnés :d'où vient cela? de l'ignorance du prêtre : Et non eral qui frangeret. Omnis per sacerdotum ignorantiam plebs indocla dépérit.

Mais il y en a d'autres qui sont atteints de blessures mortelles, dans une habitude d'ivrognerie, d'impureté et de blasphème, dans des passions invétérées, au milieu de mille emportements et de mille désirs de colère et de vengeance ; grandes maladies, blessures mortelles? Que faudrait -il faire dans cette pressante nécessité? Il faudrait sonder ces

plaies, il faudrait les nettoyer, en ôler le pus qui suppure si souvent, et qui exhale une si insupportable odeur, tantôt par de bonnes instructions, tantôt par des pénitences conformes à la grandeur de leurs fautes. Et cependant sans alteniion, sans réflexion , sans discernement , ces prêtres ignorants prononcent sur ces pénitents un aftso/no inconsidéré, sans savoir à peine ce qu'ils disent; et ils s'imaginent, par cette absolution, avoir donné la guérison à ces malades, mais ils se trompent.

Absolution trompeuse , guérison illusoire , qui est aussi dangereuse à ceux qui la reçoivent, qu'elle est criminelle à ceux qui la donnent : Irrita et falsa pax, periculosa danlibns , et ipsis accipientibu& onerosa. Quelle est la cause de ce malheur ? l'ignorance du confesseur. Voilà une gangrène qui se forme insensiblement dans le cœur de cet homme : c'est une occasion prochaine, une conversation dangereuse, une personne suspecte qu'il fréquente. Que fait un confesseur ignorant? sans y prendre garde, sans retrancher celte occasion, sans peser ce qui est à propos, il donne l'absolution, et que fait cette absolution ? il la donne à ce malade comme un souverain remède, et cependant c'est un poison qu'il lui fait avaler, et qui lui donne la mort : Non est po.x illa, sed bellnm. Quelquefois un chirurgien ignorant, qui panse une plaie, la laisse refermer : le malade croit être parfaitement guéri, cependant un sinus se forme, qui peu à peu se fait paraître ; et pour lors il faut rouvrir la plaie , il faut faire de profondes incisions, il faut couper, trancher, tailler et recommencer tout de nouveau , autrement le malade est mort, il lui en coûtera la vie. C'est ce qui arrive aux prêtres ignorants, il y a un sinus qui se forme dans le cœur de ce Chrétien, un abcès dans ses entrailles, un ulcère dangereux ; c'est une grosse restitution à faire, il y a peut-être trente ans que ce mal couve ; c'est une vengeance secrète, une animosité mortelle , mais qu'on déguise et qu'on pallie sous de beaux prétextes ; c'est une médisance formelle, qu'on fait paraître comme un enjouement, une raillerie, un trait d'esprit ; ce confesseur ignorant n'y prend pas garde , il passe vingt fois par dessus, sans sonder cette plaie ; il la laisse refermer par une absolution, mais prononcée mal à propos ; or, qu'arrive-t-il ? Operinntur niorientium vulnera, et plaga letlialis allis et profundis impressa, dissimulato dolore, contegitur. C'est une plaie fermée , mais le «•al est demeuré au dedans de la blessure ; le venin est caché, et dans peu de jours vous le verrez paraître et menacer : c'est pour lors qu'on y voudra appliquer le fer et le feu , mais ri sera trop tard ; pauvre malade ! ta plaie est mortelle, il te faut mourir ; pourquoi ? par l'ignorance de «ton confesseur.

Il y a d'autres enfants de l'Eglise qui ne sont pas malades, mais ils entrent en conN-alcscence; leurs plaies sont guéries à la vérité, leurs fièvres sont passées, plus de péchés mortels,. mais il leur faut un bon régime ; la moindre occasion, le moindre cpan-

«5S ŒUVRES COiNNUES DE M. TRONSON.

cliement sur les créalures, la moindre attache oc- Cisionne un grand danger de tomber dans leur premier état. Peut-être n'y avait-il pas en cela tant de périls. Mais dans la convalescence presque tout est à craindre : c'est un air trop frais, il faut que les convalescents l'évilent; or, pour leur prescrire un bon régime, combien de bons avis leur faut-il donner sur leurs difficultés de conscience? combien d'éclaircissements sur leurs embarras d'esprit? combien de règles sur leurs scrupules? Car sans cela ils se fatiguent, les voilà découragés; ils entrent dans la langueur, ils quittent tout : tant d'instructions et de paroles consolantes qu'il faut leur dire de temps en temps pour les soutenir ; tant de caresses, de tendresses, de patience dont il faut user dans les occasions! Il faut étudier leur humeur et leurs inclinations, il faut prendre garde surtout à leurs faiblesses, tantôt relâcher de quelque chose, quelquefois tenir envers eux une conduite un peu plus ferme; que de souplesse dans un confesseur! que d'application, que d'étude ! Et comment un confesseur ignorant, à qui le chemin de la perfection est tout à fait inconnu, qui ne sait point les voies par lesquelles on s'établit dans les vertus, qui ne connaît point les moyens pour affermir une âme dans 'a grâce, comment, dis-je, ce prêtre donnera-t-il un bon régime à un pécheur convalescent? il faut qu'il l'abandonne à sa propre conduite et aux dérèglements de ses désirs : ainsi il le laisse retomber dans sa maladie, ainsi il le voit rentrer daire ses premières agonies , ainsi il le voit mourir sans lui donner aucun secours ; il ne sait que faire, il ne sait que lui dire : Tantis obest quantis prœest. Enfants de l'Église, si vous jouissez d'une pleine santé, allez, ne vous vantez point de votre bonheur, vous n'en jouirez pas longtemps par défaut de nourriture, tantis obest quantis ])rœesl. Si vous êtes malades, vous voilà perdus, votre confesseur ne connaît ni votre mal, ni les remèdes qui vous sont nécessaires, tanlis obest quantis prœest. Si vous êtes convalescents, point de dicte, point de régime, sans avis et sans instructions, il faut retomber, votre chute est infaillible; votre perle est inévitable, tantis obest quantis prœest. Voyez jusqu'où va l'outrage que fait â l'Église l'ignorance des prêtres. Ah ! qu'un Père avait bien raison de s'écrier autrefois sur ce sujet : Konnc idvlum tristitiœ et mœroris est sacerdos illiterulus, qui in ira Dei et populi desolatione eligitur, ut veniat {quod dicitur in Matlliœo), cum videritis abomina tionem dcsolationis slantcm in loco sancto, id est, in Ecclesia Dei. ( Pirru. Oies., episl. 23.) Qu'est-ce qu'un prêtre ignorant, dit Pierre de Blois? C'est le sujet de la plus grande allliction qu'ait l'Église, c'est un sujet de douleur qui la rend inconjjolable, c'est pour elle une idole de tristesse et de désolation : Idolum tristitiœ et mœroris; et comuicnl? It;s paroh's d'un prophète nous le peuvent éclaircir : Les idoles des gentils, dit-il, ne sont qu'un pou d'or cl d'argent ciselé, iîimulacru (jentium ur-

yenium et anrnm, mais au fond opéra m n nu uni ; on liabent et non loquenlur ; oculos liabent, et non videbunt. {Psal. cxiii, 4, 5.) Ils ont une bouche sans pouvoir parler ; ils ont des yeux sans pouvoir jamais voir; ils ont des oreilles sans jamais rien entendre ; voilà ce que c'est qu'une idole, et c'est justement ce que sont les prêtres ignorants : Idolum tristitiœ et mœroris , sacerdos illiteratus. Quand ils sont revêtus de ces riches ornements sacerdotaux, quand vous les voyez s'approcher des autels tout couverts d'or et d'argent, simulacra gentium argentutn et aurum, ce sont des idoles, ce n'est qu'or et argent. Mais il y a plus, ils ont une bouche pour annoncer la parole de Dieu : Os liabent, mais leur ignorance la tiendra toujours fermée , et non loquentur. Ils ont des yeux qui devraient servir à la conduite des enfants de l'Église, oculos liabent; ils ont des oreilles pour écouter l'Église qui leur parle par ses saints canons, aures liaoent, mais leur ignorance les tient bouchées, et les rend sourds : et ce sont eux-mêmes les premiers qui les violent, et non audient ; ils ont des pieds , dont ils pourraient se servir pour aller administrer les sacrements, pedes liabent; mais leur ignorance les rend immobiles , ou, si elle leur laisse quelque liberté, ce n'est que pour les profaner, et pour les fouler de ces mêmes pieds sacrilèges, et non ambulabunl. Us ont des mains pour soigner les blessures des enfants de l'Église, et pour y apporter les remèdes, manus liabent; mais leur ignorance leur en ôte tout l'usage, et, s'ils s'en servent, ce n'est que pour égorger et massacrer ces mêmes enfants, et non palpabunt. ISonné idolum tristitice et mœrons est sacerdos illiteratus et fatuHs? Mais une idole si funeste, que c'est un Dieu armé 'de sa fureur qui l'élève dans l'Église pour la désoler de la sorte. C'est une chose terrible de voir Dieu dans sa colère armer les éléments, allumer les flammes et les feux, susciter des guerres, des pestes et des famines, pour punir son peuple et pour le réduire dans la dernière désolation : mais '.ous ces effets de sa colère, quoique terribles, ne sont point pourtant si redoutables et si funestes que cette naarque de sa fureur dans l'Église, quand il permet qu'il y ait des prêtres ignorants, qui in ira Dei et populi desolatione eliguntur ; il n'y a plus de canons, pour saints qu'ils soient, qui ne soient violés; ils n'y a plus de sacrements qui ne soient profanés ; ils n'y a plus d'enfants de l'Église qui ne soient empestés et cruellement égorgés : Vt veniat quod dictum est in Mallliœo (xxiv, iTi) : « Cum videritis abominationeni desolalioniii stantem in loco sancto , » id est in Ecclesia Dei. C'est le plus sanglant de tous les outrages qu'elle peut recevoir, et c'est le second motif (jui nous doit obliger à éviter l'ignorance, et la deuxième considération ([iii nous d«it engager à nous rendre bien (idèles à rétiide.

Enfin le dernier motif, que je tranche en j)eu de mots, est (|ue cet ecclésiastique ou ce prêtre ignorant, après avoir fait tant d'injures à Dieu, un si

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