MANUEL DU SEMINARISTE. - XII. T>E L'ETUDE
grand outrage ;\ rÉglise, se fait à lui-même un tort fourni les lumières pour le faire; QiM erii nobis?
irréparable. Car sa perte ilevient inévitable ; il n'y a plus rien à faire pour son salut.
Qu'y a-t-il à espérer d'un homme ([ui vit dans le péché, dont le péché est continuel, dont le crime est irréparable? rien absolument; c'est un homme pcr
Que deviendrez-vous? que répondrez-vous? quelle ressource aurez-vous? comment pourrez-vous réparer tant de désordres et tant de maux? Il n'y a plus de remède ; ce Chrétien n'a pas appris de vous les mystères nécessaires à son salut; votre igno-
du, et perdu sans ressource. Or, le prêtre qui vit rance en sera la cause; il sera damné, mais vous dans l'ignorance, vit dans le péché ; sa vie n'est lui tiendrez compagnie: Ef ille juste moritur, et prœqu'une suite de crimes. S'opposer aux desseins de positus juste damnatur. (S. Auc, De past.j Celite
Dien, mépriser ses commandements, se moquer de ses menaces, que de crimes ! Violer les canons de l'Église, profaner ses sacrements, égorger ses enfants, que d'impiétés ! c'est ce que fait tous les jours un prêtre ignorant ; il vit donc dans le péché.
Son péché est continuel. Car ou ce prêtre exercera les fonctions de son ministère, ou il ne les exercera pas ; ou il travaillera, ou il ne travaillera pas. S'il ne travaille pas, donc il ne fera pas d'instruction, de ca-
personne qui a fait tant de mauvaises confessions sous votre conduite, à qui vous n'avez pas fait faire restitution, à qui vous n'avez pas retranché celte occasion, etc., sera damnée, mais vous serez damné avec elle. Mais je n'en savais rien , direz-vous : n'importe; c'est pour cela que vous partagerez son sort : Cœcus si cœco ducatum prœstet, ambo in foveam cadnnt. {Luc. vi, 39.) Que pourra faire un prêtre à la vue de tant d'âmes que son ignorance a
léchismes, il ne confessera point, il ne dira point la perdues, lorsqu'elles pousseront, du plus creux de
l'enfer, cette juste et terrible demande : Si ce prêtre m'eût voulu faire un catéchisme , je ne serais pas damné? Ah! présentement, je vous aimerais bien de tout mon cœur, ô mon Dieu! et vous ne me seriez pas si rigoureux. Ah! maintenant des feux éternels ne consumeraient pas ma substance, ils ne dévoreraient pas la moelle de mes os ; je ne vomirais point des torrents de feu et de soufre ; mon cœur, ma poitrine et mes entrailles ne seraient dgs embrasés d'une fournaise ardente qui ne s'éteindra jamais! Justice, vengeance, exécration contre ce prêtre ignorant! Et que pourra faire un prêtre en cet état? Quomodo non omnes talem condcinnaouiU, et amici, et domestici, et cognait? (S. Curysost., hom. 55 in Act. ) Nous voyons dans la sainte Ecriture, en la personne de Caïn, une belle figure de ce qui se passera pour lors à l'égard de ces prêtres. Il avait trempé ses mains dans le sang de son frère. Que fait Dieu? il lui en demande compte : l'bi est Abel (rater tuus? Que répondit-il? écoutez : Nescio ; pour qui me preneï-vous? iVjmqfutd fratris met eusios sum egoT {Gcn. iv, 9.) Dieu ne se paie pas de celte excuse; ille presse: Mais j'entends une voix qui me fait connaître que tu es un imposteur : Yox sanguinis fratris lui Abel clamât ad me de terra {Ibid., 10); penses-tu que je sois sourd à ses justes plaintes? c'est son sang qui fume encore sur la terre, qui crie et qui demande vengeance. Cîwn, tout interdit, ne sait (pie répondre ; et là-dessus Di<îu lui donne sa malédiction : ISunc igitur maie-
sainte Messe, il n'administrera pas les autres sacrements; oisiveté criminelle, quoi! abandonner son troupeau pendant que les loups le déchirent et le dévorent ! demeurer les bras croisés, dormir en paix, être en sûreté de conscience pendant qu'une infinité d'âmes se oerdent par sa négligence et par faute de secours. Ecoutez ce que dit à ce sujet un grand Pape : Vœ nobis si Domini veritatcm neglcximus! vœ nobis si silentio veritatcm obduxerimus! (Svjoiach., in Synod. Rom.) Considérez ce que c'est qu'un vœ et une malédiction dans la bouche de Dieu ; pesez un peu ce qve c'est que l'anathème et l'exécration d'un Dieu : Vt5 erit nobis : c'est ce qui tombe sur les prêtres qui ne travaillent point. Mais s'ils travaillent, ah! dans l'ignorance où ils sont, n'est-ce pas accumuler péchés sur péchés, entasser crimes sur crimes, amasser sacrilèges sur sacrilèges par la profanation universelle qu'ils font de tous les sacrements? Vous l'avez vu ; cjimes donc continuels et multipliés de ces prêtres ignoiânls, de quelque côté qu'ils se tournent.
Enfin, crimes irréparables. L'ignorance, dit saint Léon, est à la vérité insupportable dans les laïques; elle ne se pardonne point dans les ecclésiastiques. Vt in laicis intolerabilis est itiscitia, quanto magis in iis qui prœeunt nec excusalione digna est nec venia. C'est une faute irréparable : car, enfin, de quoi s'agit-il? 11 est question de réparer la perte de tant d'enfants de l'Église, qui sont morts de faim, dans la privation où ils ont été de la parole de Dieu ; il
s'agit de réparer le salut de tant d'âmes que l'ign?- dictus eris super terrain. (Ibid., 11.) Gain toutdéses-
rance de leurs pasteurs a laissées dans des besoins extrêmes, dénuées de toute sorte'de secours : Quid erit nobis, cum de commissis animabus et officia suscepto ralio7iem justus judex exegerit? Le salut de cette âme, ecclésiastique ignorant, était attaché à votre prône et à votre prédication; votre ignorance vous a ôlé le moyen de le faire : Quid erit nobis? La sanctificali<m de cette personne dépendait de quelques b(ms avis; votre ignorance ne vous a pas
péré, confesse son crime, et il avoue qu'il est irréparable : Major est iniquilas mea, quam ut veniam merear. {Ibid., 13.) Voilà une terrible figure, mais en voici la vérité. Un jour, mais jour terrible pour un prêtre ignorant. Dieu lui demandera compte des âmes qu'il a eues sous sa charge, de la damnation desquelles il est la cause : rbi\sl fratcr tuus? Que. répondra-t-il? osera-t-il dire, comme ce perfide et ce traître, je n'en sais rien? Vous n'en savez rien?
frivole excuse. Aura-t-il rinipudence et reflronterie de dire comme ce sanguinaire : ISumquid fratris mci custos snm ego? vous ne me l'aviez pas donné en garde. N'étiez-vous pas son curé, son vicaire, son pasteur, son directeur, son confesseur? à qui donc l'avais-je donné en garde, et qui m'en devait répondre? Hœc dicil Douibms Deus : Ecce ego ipse super
une place éminente dans son Église et dans le ciel, erudimini, étudiez ; parce que si vous y manquez, vous vous engagez dans un étrange abîme ; parce que vous tombez dans un terrible crime, vous y persévérez sans relâche, vous y demeurez sans rcMcde ; erudimini, étudiez donc pour rendre honneur à Dieu, rendez-vous savants pour servir l'Église
pastores requiram gregem tncum de manu eorum son Epouse, et pour travailler avec assurance à
Ecce ego ipse requiram oves meas. {Ezecli. \\\\\ passim.) Quelle sera pour lors la posture d'un ecclésiastique et d'un prêtre? quel sera son asile et son refuge? je vous le demande. Dira-t-îl : Voilà quelques aumônes et quelques charités que j'ai faites? Il n'est pas question de pauvres , ni d'aumônes : il s'agit de la perte de cette âme qui demande vengeance avec des hurlements effroyables. Mais voilà des églises que j'ai parées, des hôpitaux que j'ai reniés ; voilà des jeûnes, des mortifications, dos prières. Ce n'est pas là ce que je vous demande. Il r.e s'agit ni d'églises, ni d'hôpitaux, ni de jeûnes, ni de mortifications, ni de prières ; ce n'est pas de tout cela que je me soucie, mais du salut de cette âme (jui se désespère et qui demande vengeance de sa damnation : Vox sanguinis fratris lui clamât. Et que doit-il attendre ? que doit-il espérer ? cette malédiction terrible que Dieu prononça contre Caïn ; voilà l'arrêt, la sentence en est donnée, elle est irrévocable ; ce coup do foudre est lancé en l'air pour venir fondre sur la tète de ce prêtre ; il n'y a plus moye/« de le retenir, il est inévitable : Nunc igitur maledictus eris. Dernier sceau, dernier caractère, dernier comble de malheur d'un prêtre ignorant ; son crime est irréparable, sa perle est inévitable.
En vérité, ces raisons ne paraissent-elles pas convaincantes ? ne sont-elles pas persuasives, et ne montrent-elles pas la nécessité indispensable de la ■<ience et de l'étude dans un prêtre et dans un ecclésiasticiue? Laissent-elles encore le moindre doute et la moindre ddficûllé dans vos esprits? Pouvez- V0U3 croire qu'il y a de l'assurance en vivant dans l'ignorance, et vous engageant sans étude, dans l'état ecclésiastique? Ah ! finissons, mais avec ces poroles du Prophète : Erudimini qui judicatis terram. {Psal. 12, 10.)
Prêtres, que Dieu a voulu faire les dépositaires de ses vérités, les interprètes de ses lois, les dispensateurs de ses grâces et de ses miséricordes, erudimini, étudiez, instruisez-vous, rendez-vous savants ; parce que si vous vivez dans l'ignorance, vous vous opposez aux desseins de Dieu, vous méprisez ses commandements, vous vous moquez de ses menaces. Quelle injure! Prêtres et ecclésiastiques, que Dieu a destinés pour être les ministres de son Epouse, et ceux auxquels elle a confié ses saints canons, ses sacrements et ses enfants, erudimini, étudiez ; parce que si vous ne vous adonnez à l'étude, vous violez les saints canons, vous profanez les sarremenls, <'t AK)us massacrez tous ses enfants. Quelle outrage ! Prêtres, que Dieu attire à soi pour vous donner
votre salut ; erudimini, mais que votre doctrine soit si pure, que voire science soit si chrétienne qu'elle puisse servir à la sanctification de tous les fidèles , et qu'ils y trouvent tous leurs remèdes et leur plus sainte nourriture. Ce sont les souhaits que l'Église a faits sur vous dans le temps de votre ordination : Sit ductrina vestra spirîtalis medicina populo Dei. Et c'est à quoi vous devez lâcher, tout le temps de votre vie, de vous rendre fidèles, et par l'élude, et parle bon usage des choses que vous avez étudiées.