ENTRETIEN XIII
Pratique de rétude.
Je vous ai fait voir dans le dernier entretien trois raisons puissantes qui doivent vous avoir convaincus de l'importance de l'élude, en vous découvrant les malheurs et les désordres que cause l'ignorance dans les prêtres, et la nécessité indispensable qu'ils oni^ d'étudier. Mais ce n'est pas assez qu'ils étudient ; il faut, pour remplir leurs obligations, et s'acquitter dignement de leur ministère, qu'ils étudient saintement et chrétiennement : une élude qui n'est pas faite de la sorte est une belle idée qui s'évanouit, et qui passe sans fruit, et qui ne sert qu'à nourrir la curiosité de l'homme et à entretenir sa vanité. Voyez l'étude de ces anciens philosophes, et de ces païens qui ne se conduisaient que par la lumière naturelle < quels fruits ont-ils retirés de leurs travaux et de leurs veilles? Plus ils ont été savants, et plus ils ont été superbes, et toute leur science n'a pas empêché qu'ils ne se soient égarés durant leur vie, et précipités enfin dans les flammes éternelles. Il faut donc étudier saintement, si nous voulons que la science nous profite : sans cela, dit saint Bernard, notre science serait damnable ; et elle ne manquera jamais de perdre une âme, si la sainteté ne la soutient.
Or, pour étudier saintement, il est nécessaire de prendre garde aux intentions et aux dispositions avec lesquelles on étudie ; il y en a de deux sortes : les unes qui sont éloignées, et les autres prochaines ; et il est important de les régler toutes, afin que l'étude soit sainte. Nous parlerons dans le prcinior point de ces dispositions éloignées qu'on doit avoir pour étudier saintement ; et, dans le second, nous expliquerons les dispositions prochaines. Pour, les dispositions éloignées, qui sont absolument nécessaires pour sanctifier notre étude, j'en trouve trois bien remarquables, qui nous sont proposées par un grand saint , dont la doctrine et la piété ont éclairé ci embrasé toute
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l'Église : c'est saint Bernard, dans le trente-sixième serinon qu'il a l'ail sur les Catttiques. Voulez-vous savoir, dit-il, la manière que vous devez observer dans votre élude f examinez quel ordre, quel esprit, quelle fin vous y avez. 1° 11 faut de l'ordre dans votre élude ; autrement, vous y perdrez votre temps et votre peine. 2" 11 faut vous y appliquer avec un esprit qui ne se dérègle pas : quel esi l'esprit qui vous porte à l'étude? il faut qu'il soit pur. 5" 11 faut une fin qui soit sainte et chrétienne. Trois disposiions éloignées que nous donne saint Bernard, et çu'il faut expliquer dans ce premier point.
1° Quo ordine ; quel ordre devez-vous observer dans voire étude? par où devez-vous commencer? Il faut commencer d'abord par les choses qui sont les plus nécessaires à votre salut ; c'est ce qui doit servir de base et de fondement à votre étude. Vous avez à bâtir un grand édifice, l'édifice de la science ; un édifice que vous devez élever pendant tout le cours de votre vie,, dans les classes , dans les entretiens et les conférences, dans votre chambre où vous devez passer une grande partie de vos heures et de vos jours; édifice en bulle à toutes sortes d'orages et exposé aux vents de la superbe, cl de la Tanité, grande opus. Que ilïut-il faire pour élever sûrement cet édifice ? par où faut-il commencer 7 par un oon et solide fondement ; il ne faut point bâtir sur le sable, mais bien creuser jusqu'à la terre ferme , et commencer par le salut : Quo ordine ; iliud prius, quodmaturius ad salutem ; c'est le sentiment et l'avis que nous donne saint Bernard. Mais parce que le témoignage de ce grand saint , qui n'avait point eu d'autre maître que les arbres et les forêts, vous pourrait être suspect \ voici un saint d'une étude profonde, d'une étude qu'il avait acquise par l'assiduité de son travail, et dont »il s'est servi pour éclairer l'Église, c'est le grand saint Thomas, le maître des docteurs et l'Ange des écoles, qui confirme le sentiment de saint Bernard. Une personne de ses amis le consultait sur l'ordre qu'il pourrait observer dans son étude ; il était bien capable de le lui prescrire, et son avis pouvait être suivi en assurance ; voici la réponse qu'il lui fil dans le plus petit, mais dans un des plus spirituels et des plus instructifs de ses opuscules ; écoutez-la bien ; et qu'elle demeure gravée dans vos cœurs. Voilà mon avis, et qui doit servir de réponse à votre demande, dit cette grande lumière de l'Eglise : conservez la pureté de la conscience, pratiquez l'oraison, aimez la retraite; c'est l'avis que je vous donne pour bien commencer votre étude : Hœc monitio mea, inslructio tua. Je me suis servi de cette pratique, je m'en suis bien trouvé ; j'en connais le fruit par ma propre expérience. Jetez d'abord ce premier fondement ; car sans cela vous bâtirez sur le sable, et vous élèverez un grand édifice, mais qui venant un jour à s'écrouler, vous ensevelira infailliblement sous ses ruines. Que dites-vous de ce conseil el de cette oratique de saint Thomas'