XIII. PRATIQUE DE L'ETUDE. Vôl
Dieu venu au monde pour annoncer les grandes vérités qu'il avait puisées dans le sein de son Père : Et crniit oculi lui videulcs prœeeptorem tuam. (ha. XXX, 20.) Adorez ce divin Maître qui, après avoir annoncé la vérité de son Évangile à ses apôtres, sur la montagne, vient encore nous les développer avec tant de bonté, dans le lieu où on vous les explique. Adorez-le élevé sur la croix, connue dans une chaire sacrée, d'où vous instruisant des plus grands se<crets du christianisme, il a mérité et à vous, et à vos professeurs, toutes les lumières nécessaires, soit à eux pour vous enseigner, soit à vous pour profiter de ce qu'ils disent. 3° Par rapport à vous-mêmes, vous devez vous tenir dans un grand silence, soit à cause que cela déplaît à votre maître, quand vous parlez, et qu'il en est fort incommodé pendant son explication, soit à cause que vous ne pouvez rompre le silence, sans perdre votre temps et le faire perdre aux autres, soit aussi à cause que, demeurant dans un séminaire, vous donnez du scandale à tous ceux qui vous regardent par votre peu de retenue, comme nous avons déjà dit. Yoilà les moyens de bien sanctifier l'étude que l'on fait en classe.
3° Enfin, il faut encore sanctifier l'étude que l'on fuit dans les disputes et dans les conférences. Or pour cela, outre les dispositions générales qui doivent être les mêmes en quelque temps et en quelque lieu qu'on étudie, il faut prendre garde que, dans cette dernière sorte d'étude , on fait trois choses : on répond, on dispute, on écoute. 1° Si vous répondez, après avoir renoncé à la vanité qui pourrait se mêler dans vos réponses, répondez tout le mieux et le plus nettement que vous pourrez ; et pour cela tâchez de savoir bien à fond la question sur laquelle vous devez répondre, et en parlant prenez garde à conserver une grande douceur. Ainsi ne faites point le savant et le docteur, ne faites point aussi l'opiniâtre et l'emporté ; n'interrogez point d'une manière arrogante et importune ceux qui disputent ; ne dites jamais de paroles piquantes; ne vous raillez point d'eux s'ils prennent mal une difficulté, ou s'ils argumentent de travers; mais que votre langue , détrempée dans le miel et le lait , ne dise jamais rien qui fasse peine; en un mot, imitez la douceur de Jésus-Christ, lorsqu'il répondait à l'âge de douze ans aux demandes des docteurs : li le faisait avec tant d'humilité, de netteté et de douceur, qu'il attirait par ses réponses l'admiration de tout le monde. 2° Si vous disputez, il faut de même renoncer à tout plaisir de l'amour-propre, à toute élévation de superbe, à tout désir de faire paraître son esprit, à ses talents, à toute recherche de produire avec applaudissements ce qu'on sait, pour s'en attirer de l'estime. Il faut encore éviter surtout l'esprit de contention et de débats; rien de plus indigne d'un ecclésiastique et d'un prêtre : Si (juis vuU inlcr nos contenliosus esse, nos talcm cotisuetudinem non liabcmus. nccEcclcsia Djï II Cor. xr,
i55 ŒUVRES CONNUES
16) ; ne consenez point aussi un certain esprit d'aigreur, d'inimitié et de jalousie qui ne se contente de rien. Il faut enfin écouter posément les réponses; très-souvent vous êtes tellement appliqués à pousser votre argument , que vous ne pensez point du tout aux réponses que l'on vous donne : ce qui vous oblige souvent à faire répéter la même , réponse et vous rend importun à un pauvre répondant ; écoulez-la bien lorsqu'il vous la donne ; si vous avez quelque chose pour la combattre, proposez-le à la bonne heure; si vous n'avez rien de bon, sans perdre le temps , sans vous amuser à crier, à éclater et à faire du bruit, rentrez dans le silence, pour donner lieu aux autres de disputer. Si vous n'avez pas bien réussi, et que vous ayez eu quelque petite confusion , acceptez-la de bon cœur , avalez ce calice avec joie, avouez devant Dieu votre maladresse et votre ignorance : ce sera le moyen de profiter de vos disputes. 3° Enfin si vous écoutez celui qui préside à la conférence, qui donne une solution, qui éclaircit une réponse , qui explique une raison ; considérez encore en lui Notre-Seigneur qui vous est représenté en sa personne, et demeurez comme Madeleine à ses pieds ; elle était pour lors dans une profonde adoration, dans une grande attention, elle n'avait garde de l'interrompre. Ce sont les mêmes dispositions que vous devez prendre à l'égard de celui qui vous préside : i° une adoration profonde de Notre-Seigneur en sa personne, car c'est lui qui vous parle. 2" Une grande attention ; ainsi ne point parler aux autres pendant ce temps, ne vouloir point donner soi-même la résolution , ni en dire son avis, ce n'en est pas le temps : écoutez alors ce qu'on vous dit , c'est tout ce que vous devez faire. 5° Ne pas l'interrompre pour proposer quelque nouvelle difficulté, soit que d'abord on ne comprenne pas ce qu'il dit, soit qu'on croie que ce qu'il avance n'est pas suffisant pour nous satisfaire ; mais écouter en patience, et puis ensuite, si on a quelque difliculté, la proposer avec une grande douceur : c'est le moyen de sanctifier son étude dans les conférences, soit qu'on réponde, ou qu'on dispute, ou qu'on entende parler la personne qui y préside.
Finissons cet entretien par les mêmes paroles qui nous servirent à terminer le précédent : Erudimiui qui jndicatis icrram. (PsaL ii, 10.) Vous êtes obligés d'étudier, mais que ce ne soit pas ad vanam (jloriam, ad curiosilatem, aut aliquid simile, vanité, superbe, avarice, curiosité, ambition ; tout cela est indigne d'un prêtre, toutes ces vues lui doivent faire horreur; mais seulement ud tuam et proximi ulilitalem et ad Dei (jloriam (S. Bkkn.), pour votre salut, pour l'édification du prochain , et enfin |)our la pure, pour rnni(jue, pour la plus grande gloire de Dieu. C'est dans ces pieusc.-s dispositions qu'on puise les luuiiêres saintes et la .science qui purifie le cœur en même temps qu'elle éclaire l'esprit ; c'est dans ces Druii(|ucs . comme dans des trésors , que l'on
conserve et que l'on trouve la dévotion en étudiant, comme il est dit dans l'Écriture sainte : Timor Domini .scienlife reiigiositas. Relifjiosilas custodiel et juslificai)it cor, jucunditatern alque gaudium dabit {Eccli. I, 17); sans cela, qui addil scientiam, addit et laborem. {Eccle. i, 18.)