‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 45 sur 303 · MANUEL DU SEMINARISTE. - XV. DU REPAS. ITC · texte numérisé non relu

MANUEL DU SEMINARISTE. - XV. DU REPAS. ITC

umLns qu'fl uc le pcul : 0«»» ad quietem satielalis qui ue viennent que de la volupté et du désir que

es indi^entiœ molcsiia trunseo, in ipso transita mihi lu nature a de se reposer et de se satisfaire , sontau-

insidiottir tacveus concupiscentiœ. Ipse enim traits- tant de périls qui se rencontrent dans cette action.

tttts totuplas est, et tion est alius quam transitus, Enfin il y a beaucoup de périls , même après

qitam quo tramire cogit nécessitas. Fa cum salus sit l'action. Dans nos autres actions , pour l'ordinaire

causa edendi et bibendi, adjnmjil sese tanqnam pe- l'action étant faite, les périls en sont passés : ici,

disséqua pericuhsa jucunditas, et ptcrumque prœire . c'est pour lors qu'il y a le plus à craindre. 1° En

cmatur, ut ejus causa fiât, quod salutis causa me ce que la nature étant satisfaite , et la chair ayant

facere, tel dico, vel volo ; nec idem modus tttriusqne est. Xam quod saluti satis est, delcctationi parum est; et sœpe incertum sit, utrum adliuc necessaria corporis cura subsidia petat, an volnptuaria, cupiditatis fallacia ministerium suppetat. Ad hoc incertum hilarescit infelix anima, et in eo prœparat excusationis patrocinium, guudeus non apparere quod satis fit moderalioni valetutlinis, ut obtentu salutis obumbret negotium vo/Hptan*. (iftirf.) Péril en troisième lieu dans les viandes que l'on désire trop bien apprêtées : Aliquando sumcnda prœparari accuratius appétit; et ce fut, selon la remarque de saint Grégoire, !e premier crime des enfants d'Héli, qui attira sur eux un effroyable châtiment ; Hœc prima fi' Uorum Heli culpa, non coctas de sacrificio carnes, sed crudas votuisse quas accuratius exhiberet sacerdotis puer. Voilà les périls qui regardent la nourriture ; voici ceux qui regardent l'action par laquelle nous la prenons.

Il y en a de deux sortes : les uns qui sont contre la tempérance, les autres contre la modestie. Contre la tempérance; manger 1° avec trop de promptitude sitôt qu'on est entré au réfectoire : Quamvis cupientes , non nisi aliquanto post prosilire oportet (Clem. Alexandr., Pffdûf/., ii); et pour cela, in principio cum sederis, ne extendas subito manus , sed stes aliquandiu (S. Vincent. Ferrar., De vita spiritali) ; et pendant ce temps , longa mora intemperantiam condtentes , comme dit saint Clément d'Alexandrie. ilb'.d.) 2° Avec trop de précipitation dans la suite : Tardius et non proclivius tam in principio quam in intervallis. {îbid., c. 7.) 3° Avec trop d'avidité : Neque ut devoret , sed ut vescatur fwmini innatum est... adeo [estinant ut ambœ maxillœ simul inflentur , capibus potius ii assimilanlur propter voracilalem , quam hominibus. 4° Avec trop d'empressement : £iec extra prœfinitum edendi tempus cibum appétit, horamque anticipât teniperantia. (S. Ephrem., De temperantia.) Contre la modestie. 1° Dans les yeux : Multo insipientius est visum servire ferculis.... faciès in oUas injicientes , e sedibus tanquam e nido protpicientes. (CLEM.Alexandr.) Statue pactum tecum ut nulle modo circumspicias comedentes , sed solum tibi apposita videbis. (S.Vincent. Ferrxm., De vita spiritali.) 2° Dans les gestes : Manum ordinate , certis intervallis adliibitis , porrigendo.... qxuB apponuntur honeste tangendo. 5» Dans la posture du corps , ne le point trop renverser, ne le point appuyer aussi sur la table : Non leneas cubitum super mensam , non teneas crura divaricata , nec pedem alteri supponas. {Ibid.) En un mot, toutes les postures indécentes,

pris de nouvelles forces, elle est plus vigoureuse dans ses mouvements , et nous avons plus de peine à l'assujettir ; c'est une esclave insolente qu'on ne saurait engraisser qu'elle ne se révolte. 2° Comme la chair est plus forte , l'esprit aussi se trouve pour lors dans une plus grande faiblesse : il est appesanti par le poids de la chair, il est presque incapable de s'élever à Dieu . Qriœ ex eis ascendil exhulatio offundit animœ tenebras. (Clem. Alexandr.) Ainsi? périls de toutes parts , mais aussi de toutes parts , obligation très-étroite d'apporter tous nos soins^ pour bien faire cette action.

Enfin, si nous sommes obligés de veiller sur cette action , parce qu'elle est basse , qu'elle eS| périlleuse , nous y sommes encore plus obligés , parce qu'elle est nécessaire : c'est notre troisième motif. 11 y a trois circonstances qui doivent se rencontrer dans les périls pour les rendre fort redoutables , et qui aussi ne se trouvent jamais ensemble, sans nous tenir dans une juste crainte, mais en même temps dans une vigilance et une précaution tout extraordinaire : 1° Lorsqu'ils sont fréquents; s'ils sont rares, qu'ils n'arrivent qu'une fois en la vie , on espère toujours , et on croit qu'on ne sera pas si malheureux que de s'y trouver enveloppé. 2° Lorsqu'ils sont grands ; s'ils sont petits, on les méprise , et on n'y fait pas grande attention. 3° Lorsqu'ils sont difficiles à découvrir , car comment les éviter , à moins que de les bien connaître? Ces circonstances nous obligent particulièrement de craindre et de veiller : or , quoiqu'elles demandent une tigilance tout extraordinaire dans les périls , il y en a une quatrième sans laquelle nous n'avons pas, ce me semble, tant sujet de craindre, c'est la nécessité. Car que les périls soient fréquents, qu'ils soient grands , qu'ils soient difficiles à reconnaître , pourvu qu'ils ne soient point nécessaires, je n'ai pas tant de sujet de craindre : pourquoi ? je les peux éviter. Qu'une navigation soit périlleuse, qu'il y ait de grands orages , qu'elle soit toute pleine d'écueils, si cette navigation ne m'est point nécessaire, que m'importe ? j'en peux éviter aisément tous les périls, je n'ai qu'à ne me point embarquer : mais si elle est nécessaire , alors j'ai vraiment sujet de craindre et de veiller : or c'est ce que je trouve dans l'action dont je parle ; il y a de grands et fréquents périls , et souvent même difficiles à découvrir : vous l'avez vu. Mais ce qu'il y a de plus fâcheux , c'est qu'ils sont nécessaires ; car nous sommes nécessités de faire cette action pour conserver notre vie , ol Dieu nous la commande , nous rordonne. Dieu ne

veut pas que nous nous trouvions dans les périls cl les occasions du péché ; si ce sont des occasions prochaines , il nous commande de les éviter : si ce sont des occasions éloignées , il nous le conseille ; mais ici il n'y a ni commandement ni conseil de fuir, au contraire, il y a commandement de s'exposer. Périls grands, périls fréquents, périls nécessaires et inévitables , n'est-ce pas assez pour craindre, mais aussi pour veiller particulièrement sur cette action afin de Ja bien faire?

Il y a trois temps auxquels nous devons faire atlenlîon, afin de nous en acquitter chrétiennement : avant, pendant et après le repas. l'Avant le repas. L'usage de Notre-Seigneur , des apôtres, des premiers Chrétiens et de toute l'Eglise , nous apprend de ne prendre jamais notre repas , sans avoir prié Dieu auparavant. JNavarre dit : Omittere preces ante prandium vel anle cœnam clericis est peccatum. Jésus-Christ, dit saint Chrysoslome (hom. 50, in Maitli.), leva les yeux au ciel avant que de multiplier les pains qu'il voulait distribuer à son peuple, do~ reus nos non esse ad mensam accedendum, quousqne grallus ei acjamus , qui cibos tiobis paravit. Les apôtres, au rapport de saint Hilaire {in Matlh. xiv), avaient cette même coutume : Apostoli qralias egernr.t , antequam biberent. El les premiers Chrétiens l'observaient si inviolablement, que Philon, Juif, décrivant leurs façons de faire {De viia contempL), dit qu'avant que de manger, ils éuiient dans une {jrande modestie, levant les yeux et les mains au ciel : Priusquam discumbant stantes.... sublatis in ceektm manibus atque ocuUs.... precanlur , ut placent Deo hoc convivium. Et TerluUien ■ dit {De corona militis , cap '3) qu'ils faisaient le signe de la croix sur quoi que ce soit qu'ils mangeassent. Voilà ce qu'il faut faire avant le repas, prière; et dans cette prière, nous devons demander à Dieu particulièrement deux choses que l'Eglise même nous y marque. La première, qu'il lui plaise de nous bénir ; la seconde, qu'il bénisse les viandes que nous devons prendre : Benedic , Domine, nos et Itcec tua dona quœ de lua largitate sumus sumpturi. Nos et ea qiiœ snmus sumpturi, benedicat dextera Christi, double bénédiction que nous demandons. Benedic , Domine, nos. l" Nous demandons qu'il nous bénisse , afin que nous ne prenions point cette nourriture dans les intentions de la chair, mais dans celles de son esprit; la chair cherche la nourriture , mais ce n'est que par volupté, c'est-à-dire pour se satisfaire ellemême: or, ce n'est pas l'intention de Dieu, qui nous la donne : Deus enim paravit homini cibum, ut c.onservetur , non ut voluptate afficiatur. (Clem.AIcx., Pœdag., lib. ii, c. 7. ) Ainsi il faut renoncer à cette fin grossière et animale : Nunquam voluptate, sed necessitalo pascaris ; et fumes, non sapor provocet appetitum. (Bkiln.)

Or, il faut remarquer que la chair cherche à se satisfaire dans la nourriture en trois façons : dans le goût qu'elle trouve aux viandes ; dans une cer-

taine joie que nous avons , lorsqu'étant plcinemeiu rassasiés, nous ne ressentons plus la peine que nous donnait notre appétit ; dans la satisfaction qu'elle prend , en ce que , ses forces étant réparées , elle est plus vigoureuse dans ses opérations , et plus en état de contenter ses désirs. Trois sortes de plaisirs , que la chair clierche toujours dans la nourriture, et auxquels nous devons aussi toujours renoncer avant que de la prendre , si nous voulons la prendre chrétiennement. C'est le premier effet de la bénédiction que nous demandons sur nous, renoncer aux fins de la chair et prendre les intentions saintes que Dieu désire , et qui sont au nombre de trois. La première pour honorer les repas que Notre- Seigneur a pris en ce monde; car nos actions (comme nous vous avons dit plusieurs fois) sont pour honorer les semblables que Jésus-Christ a faites. La seconde, nous considérant comme n'étant plus à nous , mais à Jésus-Christ : Non cstis vcslri {I Cor. VI , 19) ; nous pouvons en prenant la nourriture, considérer que ce n'est pas tant à nous qui ne méritons que la mort , mais à un membre de Jésus-Christ que nous la donnons. La troisième pour prendre de nouvelles forces , et pour les employer uniquement à son service. Voilà les effets que doit opérer la bénédiction que nous demandons sur nous , benedic nos. 2° Nous prions Dieu qu'il bénisse les viandes, et liœc tua dona. Toute créature, depuis le péché , est devenue un sujet de tentation à l'homme, in muscipulam pedibus insipientium ; et c'est pourquoi il est dit, dans la Sagesse (xiv , M ) , que toute créature est faite en haine de Dieu : Omnis creatura in odium Dei facta ; parce qu'il n'y en a point à présent qui, par elle-même, ne nous porte à quelque dérèglement. Dans leur premier état , elles nous portaient à Dieu , mais maintenant elles nous en détournent ; et nous prions Dieu de les bénir , afin qu'elles rentrent dans leur premier état, ei qu'étant sanctifiées par cette bénédiction, au lieu de nous détourner de lui, elles nous y portent. Nihit immundum , dit l'Apôtre saint Paul {Il Tint. IV, 4), quod cum gratiarum actione sumitur , san~ ctificatur enimper verbumDei et orationem. Voilà ce qu'il faut faire avant le repas, prier Dieu qu'il nous bénisse , afin que nous ne prenions point la nourriture pour les fins de la chair , mais dans les intentions de Jésus-Christ , et aussi qu'il bénisse les viandes , afin qu'elles ne nous soient point un sujet de tentation , et que le démon ne s'en serve point pour nous porter à mille impuretés et dérèglements , coMune saint Augustin remar(|ue {De civil., cap 17) qu'il avait accoutume d'arriver avant la venue du Fils de Dieu.

2° Pendant le repas, il faut tâcher de prendre quelque occupa!i(m intérieure qui nourrisse notre âme , suivant l'avis que nous en donne saint Vincent Ferrier (tract. De vita spirit.) : Nequaquam loLus comedas, sed corporc suam refcctioncmliabentc, anima nullalemis defrnudcitir. Car , comme il est dit dans les

Proverbes (xiu, 23) : Juslus come(lit\et replet animam suam ; eu, selon la version de saint Clénionl d'Alexandrie : Justus comedens replelur animo. Le juste on mangeant ren»plit son ànic , parce qu'il ne mange jamais tout entier, dit saint Bernard {Spec. monach.):

MAiNUEL DU SEMINARISTE. - XV. DU REPAS.

ne manger jamais hors de ces heures , c'est ce que demande l'obéissance. 2' La frugalité : nous considérant comme serviteurs de Dieu, nous ne devons manger que pour avoir autant de forces qu'il est nécessaire pour le servir ; si nous en prenons davan- «o7rft't7r/o<H7m««rfHCflre ; pendant qu'il est appli- tage, nous abusons des biens de notre maître. 5° Iv*

que par la partie la plus basse de lui-même à la nourriture, son cœur se trouve dans de plus nobles occupations, occupelnr cor ad verbum Dei. Or, il me semble que la plus noble et la plus sainte occupation que nous pourrions prendre pour lors, est la pensée de Jésus-Christ que nous pouvons considérer en deux manières , ou prenant lui-même sa nourriture, ou bien se donnant en nourriture aux hommes. 1" Prenant la nourriture ; car il a pris ses repas étant en ce monde, il a mangé comme nous, et il faut lâcher en mangeant de nous unir à lui, et entrer dans les mêmes dispositions qu'il a eues, en faisant cette action sur la terre, et qu'il aurait encore , s'il mangeait à notre place ; car Dieu désire que nos repas ne soient qu'un Jrepas en esprit avec celui de Jésus-Christ, c'est-à-dire que le même esprit les anime des mêmes intentions et dispositions jiitérieures. Or, j'en trouve cinq principales que nous pouvons remarquer en lui. 1° Il est créature , j'entends en son humanité, laquelle a été tirée du néant comme le reste des hommes; et selon cette qualité, Toyant que son Père lui avait donné l'être et la vie aux mêmes conditions qu'aux autres hommes, c'està-dire avec ordre de l'entretenir par la nourriture, \l la prenait dans cette vue pour obéir aux ordres ie son Père , et pour conserver son ouvrage. 2° Il était serviteur de Dieu son Père ; et en cette qualité , il mangeait avec frugalité et avec grande retenue : les serviteurs ne doivent prendre que ce qui leur est nécessaire. 3° Il était pénitent, il s'était chargé des péchés de tous les hommes et s'était engagé d'en faire pénitence ; et en cette qualité il mange avec esprit de mortification, se retranchant des choses mêmes qui lui auraient été permises. 4° Il était Fils de Dieu ; et en cette qualité il uiange avec grande modestie : c'est le propre des enfimts qui mangent à la table de leur père. 5° Il était prêtre, et en cette qualité il mangeait avec esprit de sacrifice. Car c'est l'esprit du prêtre , de tout anéantir , de tout sacrifier à la gloire de Dieu , et , comme Notre-Seigneur regardait toujours avec ardeur le dernier soupir de sa vie, qui était un repas et un sacrifice tout ensemble, il remplissait par avance ses repas de cet esprit, pour préparation au sacrifice de la Cène.

Voilà les cinq grandes dispositions de Jésus-Christ mafigeant: obéissance, frugalité, pénitence, modeslie, sacrifice, et ce sont celles auxquelles nous devons lâcher d'avoir quelque part. 1° Manger par obéissance, parce que Dieu veut que nous mangions pour entretenir la vie qu'il nous donne ; et, comme l'heure qui nous est marquée pour notre repas est aussi la marque de sa volonté, être ponctuel à cette heure, ne la point prévenir, ne la point diflércr, et

pénitence, qui nous doit faire manger avec gemis sèment, considérant que c'est par celte voie qu6 l'homme a perdu l'innocence , et qu'il lui a donné occasion de se révolter mille fois contre son Dieu. Ainsi , au lieu de nous laisser aller aux sentiments de joie, que la nature nous donne en cette action, nous devrions gémir et pleurer toutes les fois que nous prenons notre nourriture: Anteqmm comedam, suspiro.... {Job m, 24.) Potum meuin cum fletu miscebam {Psal. ci, 10) ; ce sont les sentiments des pénitents, i" Avec mortification, retranchant les bons morceaux, les choses mênies qui seraient davantage à notre goût ; car, ayant abusé de la nourriture, nous mériterions d'en être privés pour jamais ; et quoique Dieu nous la donne encore par sa miséricorde , il nous la donne néanmoins comme à des pénitents, c est-a-dire avec les conditions que demanoc la pénitence. Ainsi nous ne pouvonsplus rechercher notre satisfaction et notre joie , sicut ad crucem , sic accedamus ad cibum ; par conséquent , nous retrancher les viandes délicates , et n'être point même si délicats, quand il se rencontre quelque chose de trop dégoûtant ou de trop sale : car une âme mortifiée ne songe pour lors qu'à ne point salir sou cœur : Non immunditiam obsonii timco , dit-elle avec saint Augustin, sed immunditiam cupiditatis. 5" Le sacrifice, qui nous doit faire immoler à Dieu nos propres désirs avec les viandes , ce sont les deux hosties qui doivent être immolées dans ce sacrifice ; les viandes, puisqu'elles y sont détruites et anéanties par la perte de leur forme , lorsqu'elles passent en notre substance; nos propres désirs qui s'élèvent en la présence des viandes, et qu'il faut égorger et immoler en nous par le glaive de son divin esprit. Voilà les victimes de ce sacrifice; c'est pourquoi on bénit l'un et l'autre : Benedic, Domine, nos et liœc tua dona. Comme autrefois les victimes devaient être sancti'* fiées avant que d'être immolées, il faut, en prenant notre nourriture, ne.point adhérer aux mouvements, impurs qui s'élèvent dans notre chair ; il faut sacrifier ces émotions impétueuses de notre appétit, qui s'échauffe aisément quand les objets se présentent ; il faut se séparer de l'attache aux viandes, pour ne s'y point jeter avec ardeur. Ainsi, nous sacrifiant nous-mêmes en nos désirs avec la viande que nous prenons, nous mangerons en esprit de sacrifice*

2" On pourrait encore s'unir à Notre-Seigneur, se donnant soi-même en nourriture ; et pour cela s'occuper du mystère de l'Eucharistie, où il se donne aux saints sur la terre ; ou s'occuper du banquet de la gloire, où il se donne aux bienheureux dans le ciel. Quel banquet ! quelle nourriture! Un Dieu se faire la nourriture de l'homme ! Subtatis iqitir ad

veritatem oculis, divîno illis qui in alto est, adhœrere cibo, dit saint Clément d'Alexandrie (Pœdag., iib. Il) ; n'est-ce pas de quoi s'occuper bien saintement ? S'élever de temps en temps par de courtes, mais amoureuses saillies de notre cœur ; adorer Jésus qui se donne en nourriture ; admirer cet amour avec lequel il se donne ; désirer ardemment ce divin aliment, qui nous doit transformer et nous rendre tout divins, au lieu que la nourriture corporelle nous rend tout animaux ; en un mot, s'entretenir doucement comme ces personnes dont parle 4e dévot Blosius {Instit., c. 9) : Sunt qui dumcibum manducant, ruminare soient. Virtus divini amoris, dilecte mi Jesu, me tibi incorporel, et intime iinial. C'est là le .moyen de s'entretenir saintement pendant le repas.

3° Enfin, après le repas, il y a trois choses à faire : i" Remercier Dieu de la nourriture qu'il nous a donnée. Quelle bonté et quelle providence de nous donner, tous les jours, ce qui nous est nécessaire, et de veiller ainsi sur nos besoins! Oculi omnium in te sperant. Domine; et tu das escam illorum in tempore opvortuno; aperis tu manum luam, et impies omne animal benedictione. {Psal. cxliv, 15, 16.) Combien de personnes à qui il ne fait pas cette même grâce, et qui, peut-être, ne l'ont pas tant offensé que nous. 2° Lui demander pardon des fautes que nous y avons commises. 3° Le prier qu'il use en nous des forces que la nourriture nous donne, et qu'elles soient employées purement pour son service et pour sa gloire.

Ita veraciler debes cogitare, quod Clirisltts est qui tibi dédit, imo quod in mensa ipse servivit. Vide ergo cum quanta disciplina, cum quanta reverentia, matu- "itate, et (remore debes in mensa consistere, ubi vides prœsentialiter Deum tuum in propria persona minittrare. 0 quam beatus esses, si tibi desuper daretur mentalibus oculis, ista conspicere! Yideres enim san~ ctorum multitudinem copiosam cum Cliristo pcr totum refeclorium discurrere. (S. Vincent Fcrrar., De vita $pirit.)

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