‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 47 sur 303 · MANUEL DU SEMINARISTE. — XVI · texte numérisé non relu

MANUEL DU SEMINARISTE. — XVI

pas à craindre que la superbe nous les enlève ; sans peine, il n'y a point, par conséquent, à redouter que la diûiculté nous en dégoûte. Yoilh le premier niolif qui nous peut obliger à bien faire l'action dont je parle, je veux dire la conversation. C'est une action commune ; on peut s'y sanctifier beaucoup et à peu de frais, si pou qu'on veuille s'y rendre fidèle, et non-seulement elle est ordinaire et commune, mais elle est encore périlleuse: c'est le second motif.

Périlleuse à cause de sa nature; périlleuse à cause du temps où on la fait ; périlleuse à cause de l'occupation qui la suit. 1° A cause de sa nature ; c'est un relâchement que nous donnons à notre esprit ; un arc ne peut pas toujours être tendu ; on le lâche quelquefois à dessein, dit saint Grégoire, afin de pouvoir ensuite le tendre plus utilement : Ex studia arcus distenditur, ut in siio tempore cnm utilitale tendatur [Mural., lib. xxvin, cap. 6) ; il faut de nécessité lui donner quelque relâche de temps en temps, afin que, réparant ses forces, et reprenant une nouvelle vigueur dans ce repos, il puisse s'appliquer plus vigoureusement à ses exercices ; or ce relâchement que nous lui donnons, c'est ce que nous appelons récréation ; et c'est ce qui nous en montre le péril. Car le moyen de se relâcher sans .«e dissiper ? c'est un secret que peu d'âmes connaissent; c'est un milieu que presque personne ne lient ; et cependant c'est ce que demande la récréalion chrétienne. Mais c'est ce qui fait peine ; car ordinairement, ou on ne se récrée point, ou en se récréant, on se dissipe : si on est fervent, on évite, auta^nt que l'on peut, la récréation, dans la crainte de se dissiper ; et si on manque de ferveur, on se récrée, mais avec une entière dissipation : deux extrémités fort à craindre. L'une nous casse la tète et nous met hors d'état de pouvoir faire longtemps nos fonctions ; l'autre nous fait perdre la grâce, et ainsi nous empêche de les pouvoir faire utilement. Deux écueils, qui se trouvent dans cette action, et où presque tout le monde fait naufrage ; action donc périlleuse premièrement, si nous la;^onsidérons en elle-même.

Mais 2° plus périlleuse encore, si nous considérons le temps où on la fait. Quel est ce temps? immédiatement après le repas. Nous nous récréons tous les jours après le dîner et après le souper, pendant une heure ; et cette heure est celle qui suit immédiatement notre repas. C'est-à-dire que c'est l'heure où la chair est contente , où on vient de lui donner sa nourriture, où elle vient de réparer ses forces affaiblies, pour en prendre de nouvelles ; et ainsi c'est l'heure où, étant plus vigoureuse , elle se soulève plus aisément ; elle a plus de peine à se soumettre , elle s'emporte plus facilement à la première occasion ; on a plus de difficulté à la contenir dans son devoir ; par conséquent, on peut dire que c'est une heure extraordinairenient périlleuse : i" du côté de la chair; elle est plus fortfi et plus mutine ; Incras-

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