‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 52 sur 303 · II. DE LA LECTURE SPIRITUELLE. IH · texte numérisé non relu

II. DE LA LECTURE SPIRITUELLE. IH

livres, elle demeure ; et quano on les lit comn.e il fiuit, on s'y applique; cl, comme on demeure longtemps devant ce feu, on s'y échauffe et on s'y brûle. A° Dans les prédications et dans les conférences, comme il y en a plusieurs qui écoutent, chacun ordinairement attribue à son compagnon les avis que l'on y donne, et il y en a bien peu qui croient qu'on parle pour eux : ainsi ce qu'on y entend passe aisément sans aucun fruit; mais dans la lecture spirituelle, comme on est seul, on n'est pas en état de tant songer aux autres , et ainsi on s'applique aussi plus aisément tout ce qu'on lit. o" Dans les prédications, mais surtout dans les conférences, quoiqu'on particularise souvent assez les matières, il y a pourtant certaines choses qu'on n'oserait pas dire, et même quelquefois on ne le doit pas ; mais pour les livres spirituels, disent les saints Pères, et saint Augustin particulièrement, m his qttasi in quodam speculo, homo seipsum considerare potesl qualU. sit, et quo tendal. C'est un beau miroir, il montre à chacun ce qu'il est; il parle librement, il ne flatte personne, et chacun y connaît nettement ses besoins. Pesez bien ces cinq circonstances, et vous verrez ensuite si nous n'avons pas sujet de dire que les grandes utilités que l'on retire de la lecture spirituelle nous doivent engager à nous y rendre fidèles. Et c'est aussi le second motif dont je me sers pour vous obliger d'apporter tous vos soins pour la bien faire.

Le troisième motif, c'est la joie, le plaisir, la consolation que trouvent les bonnes âmes dans cette lecture ; rien de plus agréable. Voyez avec quel plaisir la chair affamée se repaît des viandes qui satisfont son appétit; c'est ainsi, dit saint Augustin, que l'homme intérieur se satisfait dans la lecturo dos Livres saints : Sicut ex carnalibns escis alitur caro, ita ex divinis eloqnùs interior homo iiutritur et pascitttr, sicut Psalmista ait: Qtiam dulcia fancib'.Li vicis eloquia tua. Domine! super mel et favum oii meo. C'est ime nourriture qui lui est plus agréable et plus douce que le miel, et où elle trouve d'autant plus de satisfaction qu'elle y rencontre univer sollement tous les goûts qu'elle y désire. C'est ce que la chaire ne trouve pas dans ses aliments, mais c'est ce que l'âme trouve avec plaisir dans la lecture des livres spirituels ; ce sont, disent les saints, nonseulement des mets excellents, spiritnalia condimcnta qnœ. snporem aposloUcœ docfriiuc redolent, mais une vraie manne, c'est-à-dire une nourriture toute céleste, qui, étant bien prise, fait qu'il n'y a aucune sorte de satisfaction qu'on n'y ressente : Anyelorum esca..., paralum panem de cœlo sine labore, omne drlectamenlum in se liabenlem, et omnis saporis sua-

vitatem Et deserviens uniuscvjusque voluntali, ad

quod quisqne volebat convertebatur (Sap. xvi, 20.) Que peut-il y avoir de plus délicieux? C'est ce que l'on trouve dans la lecture spirituelle, pourvu qu'elle soit bien faite, et si vous n'avez pas encore assez dusago de cet exercice, nour en être convaincus

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par votre propre expérience, profitez au moins de l'expérience de tant de saints,, qui ont mis en cela toute leur joie et leur plus grande consolation. Car . quest-ce qui consola autrefois si avantageusement -, ces saints et généreux Machabées au milieu de leurs ' plus grandes alllictions? N'était-ce pas la lecture des Livres saints où ils trouvaient toute leur joie? Ha~ bénies solatio sauctos libros. (/ Mach. xii, 3.) Et où est-ce que saint Paul appelle les Romains pour leur donner de grandes consolations? Si vous ne le savez pas, vous n'avez qu'à lire le xv* chapitre de l'Épître qu'il leur écrit, vous verrez qu'il les appelle ad consolalioncm Scripturariim (y 4). Et si vous voulez savoir comme lui-même se consolait dans sa prison, lisez le chapitre iv de la II" Épître à Timothée, et vous verrez comme il prie ce cher disciple de lui envoyer les livres qu'il avait laissés chez un de ses hôtes dans son voyage, pour les avoir avec soi dans sa captivité.

Et après cela n'avons-nous pas sujet de vous dire que nous y trouverions aussi, comme ces saints, une joie toute particulière, et que nous n'expérimenterions pas moins qu'eux la consolation très-grande qui se rencontre dans la lecture spirituelle, si nous voulions comme eux prendre à cœur cet exercice, si nous voulions nous y affectionner à leur exemple, et si nous étions fidèles à la faire tous les jours et à apporter tout le soin et la vigilance nécessaire pour la bien faire ? Mais le malheur, c'est que nous mettons notre consolation aussi bien que notre gloire et tous nos avantages dans des sottises ; nous passons le temps à lire avec plaisir tant de choses inutiles. Quand il est question d'être savant, on trouve les journées trop courtes : on veut encore en prendre sur la nuit, et on ne se lasse jamais de lire ; on passera quelquefois des trois et quatre heures de suite dans la lecture sans une seule distraction, et cela pour ;.voir l'éclaircissement de quelque difficulté, et puis c'est tout. En vérité ne sommes-nous pas bien mis(> rables de n'avoir de la peine que pour les livres spirituels ? Quand on dit qu'il faut en lire tous les jours, on pense que c'est une grande charge ; quDnd on la règle à un<; demi-heure, on s'imagine que c'est trop, ft qu'il vaudrait mieux donner ce temps à l'étude; enfin, on ne s'y assujettit qu'avec contrainte, qu'avec peine, qu'avec répugnance, qu'avec dégoût, ce n'est pas le moyen d'y trouver les avantages que nous vous avons marqués. La lecture spirituelle est extraordinairement avantageuse aux ùmcs ; mais ce n'est pas |)our ceux qui la font de la sorte; elle est honorable, utile et extrêmement agréable, et c'est le moyen d'acquérir de l'honneur, du profit et de la <onsolation au delà de ce qu'on [jcut dire, mais c'est fiour (;oux (pii s'y portent avec amour, qui s'en acquittent av(;c dévotion, qui rac'couiplisscnt avec fidélité, eu un mot, qui la font comme il faut : mais que faut-il, me dircz-vous, pour faire la lecture spiriiuelle? C'est ce que nous vous dirons dans le protliaiit entrcticii

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