‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 56 sur 303 · XX. DE LA CONFESSION · texte numérisé non relu

XX. DE LA CONFESSION

Pour les actes qu'il doit faire, ceux choses sont à considérer, les actes et la manière de les produire. Pour les actes qu'il doit produire, le concile de Trente en marque trois nécessaires qui sont comme la matière du sacrement, et que je mets parmi ce qui regarde l'intérieur, parce qu'ils sont parties intégrantes du sacrement, et qu'ils entrent en leur manière, quoique différemment, dans la composition de son essence. Le premier est la contrition, le second la confession, le troisième la satisfaction. Il faut que le pénitent ait regret de son péché ; il faut qu'il s'en confesse ; il faut qu'il satisfasse : trois actes qui répondent aux trois sortes de péchés que nous pouvons commettre, cofjilatione, verbo et opère: De cœur et de pensée, contrition; de parole, confession; d'œuvre, satisfaction ; In corde contritio, in are confessio, in opère loto liumilitas, vel fructifera satisfactio. (CiiRYSOST., hom. 2 De pœnit.; Catecli. Rom. p. 1, c. 5.)

Il faut la contrition, c'est-à-dire, une douleur de cœur, et une détestation du péché commis, avec un propos de ne plus pécher à l'avenir, animi dolor, ac detestatio de peccato commisso, cum proposito nonpeccandi de eœtero : c'est ainsi que la déHnit le concile de Trente. (Sess. 14, cap. 4.) Or, parce que celte douleur est tellement nécessaire à tous les pécheurs adultes que, sans elle, ils n'ont jamais eu et n'auront jamais le pardon de leurs péchés, et que cependant plusieurs personnes y sont abusées, en ce qu'elles croient avoir cette douleur et qu'elles ne l'ont pas : voici quatre marques qui la doivent toujours accompagner, et. qui nous feront infailliblement connaître si elle est véritable.

1" Elle doit être intérieure. Ce n'est pas assez qu'elle paraisse au dehors , qu'on pousse des soupirs, qu'on frappe sa poitrine, qu'on entende des sanglots , qu'on répande des larmes, comme firent autrefois Antiochus et Esaii : ils demandèrent pardon, et avec beaucoup de larmes, et cependant ils ne l'obtinrent point, parce qu'ils n'avaient point de véritable douleur. Ce n'est pas même assez qu'on ressente une douleur sensible dans la partie inférieure, cela ne suffît pas : aussi n'est-ce pas nécessaire ; car ce regret sensible ne dépend pas de nous : il n'est point une marque assurée de la douleur ; il est dans les hypocrites, et souvent ne se rencontre pas dans les véritables pénitents. Il ne suffît pas même (ce qui est digne de remarque) que l'on ait la pensée de la douleur dans l'imagination , et qu'on la repasse dans son esprit; mais il faut que véritablement et sans feinte elle soit dans le cœur. C'est la partie où est l'ulcère, et c'est celle qui doit être entamée par la douleur : Quemadmodum ferro tumida secantur,itu corda quasi scatpellocontrilionis adliibito inciduntur, iit peccuti morliferum virus queant elicere. {Catecli. Rom., p. ii, c. 5.) C'est pourquoi elle est appelée dans l'Ecriture sainte, scissio cordia {Ibid.) ; scinditc corda vestra , dit le prophète Joël

OIX'VUES CONXlf.S

(il. 2l). Il est donc nécessaire qu'elle soit dans le cœur : c'est la première condition.

2° Elle doit être surnaturelle. Car ce qui est dans le rassort de la nature ne peut pas nous préparer à recevoir la grâce ; cependant cette douleur nous y dispose, dit le concile de Trente. (Sess. li, cap. A.) Et il faut qu'elle soit surnaturelle, 1° en son principe : c'est le Saint-Esprit qui l'opère en nous, €t non lias la nature : Iltam déclarât esse donnm Dei, esse Spiritus sancti impulsum, non adliuc qui- Scm inhabitnntis, sedmovcntis, dit le concile, parlant de la contrition même imparfaite que l'on appelle communément attrition. Surnaturelle ; 2° quant au motif. Car si j'ai douleur du péché, à cause des peines temporelles dont Dieu le punit quelquefois eu celte vie, comme il (il à un Pharaon , à un Anliochus : ou bien seulement à cause de linfamie <jui le suit devant les hommes, comme un Esaii : ou même à cause de sa laideur considérée seulement comme une privation des perfections naturelles, je n'ai pas de véritable contrition ; ce n'est qu'une douleur de philosophe, et telle que les païens mêmes Tout eue, qui ne peut faire que des hypocrites ou des superbes, et jamais des pénitents.

5° Il faut que cette douleur soit souveraine ; ce n'est pas qu'il est nécessaire absolument d'avoir la plus parfaite et la plus excellente, qui est cette contrition par laquelle on a regret d'avoir offensé Dieu purement à cause qu'il est bon , car la douleur de l'atlrition est suffisante : ce n'est pas aussi qu'elle doive être plus sensible que les autres douleurs; car souvent on ressentira plus de douleur d'une perte temporelle que du péché, et on en versem plus de larmes [Catech. Rom.,ibid.); mais elle doit être souveraine, c'est-à-dire, qu'il faut que nous détestions le péché par-dessus tout le mal ; en sorte que nous choisissions plutôt toute sorte de maux que le péché,

4" Elle doit être universelle, nous vous l'avons dit, ne, si (jxurdam tantum doleamus, pela et simulatH, neque sahitarh pœnitenlia a nobis snscipialur ; nnm ut a sanclo Jacobo aposlolo dictum est (ii, 10) : {juicunque totam legem servaveril , ofendit nntrm in uno , factus est omnium reiis. (Ibid.)

Passons à la confession, qui est le second acte que doit faire le pénitent, et la seconde partie du sacrement. Or, par la confession, nous entendons ici une déclaration de tous ses péchés . faite au.\ pieds du prêtre, par manière d'accusation, pour en obtenir le pardon ; confessio est per qnam morbus latens spe veniœ nperilur , dit saint Augustin , déclaration qui est d'une telle importance , que le concile de Trente (sess. 14, cap. fi, can. 6) a décidé qu'elle était d'institution divine ; parce que Notrc- Sfîigneur ayant établi la pénitence comme un jugement, comment les prêtres l'cxerceraient-ils avec c'quité, si on no leur donnait point à connaître la cause dont il s'agit? constat sacerdotcs jndicinrn hoc incoanita causa exercer e non votuisse. (Ibid., c. 5.)

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Or , cette déclaration doit avoir certaines conditions, que je réduis à trois ou quatre. 1° Il faut qu'elle soit humble , disant ses péchés non point avec un ton arrogant, ou comme si on parlait à un inférieur ; non point avec indifférence, comme si on racontait une histoire; non point en s'excusant comme si on était innocent, mais en s'accusant comme coupable : Nec peccata sunt ita enumeranda , quasi rem aliquam gestam otiosis auditoribus exponamus : verum accusatorio animo ita enumeranda sunt , ut ea etiam in nobis vindicare ciipiamus.

2° Elle doit être entière ; disant tous ses péchés , le nombre , les circonstances qui changent l'espèce , celles qui sont notablement aggravantes. Autrement ne donnant pas à connaître toute sa disposition et son état , on est en péril de ne pas recevoir la guérison : comment le médecin guérira-t-il un malade qui a honte de lui découvrir sa maladie? Si erubescit œgrotus vulnus medico co->ifiteri, quod ignorât medicina non curât. {Conc. Trid., sess. 14 , cap. 5.) Or , quoique, pour la faire entière , il suffise d'expliquer ainsi les péchés que l'on a commis depuis sa dernière confession , néanmoins il est d'une extraordinaire conséquence , ad muita vitanda sacrilegia , d'y ajouter quelque péché de la vie passée , parce qu'en se confessant souvent , il y a à craindre qu'on ne donne pas de matière suffisante à l'absolution, ou que ne disant que de petites fautes , on n'en ait pas de douleur.

5'^ Elle doit être fidèle ; disant la vérité, mais toute nue. nvda , simplex et aperta sit , non artificiose composita (Catech. Rom., part, ii, cap. 5), disant ses péchés simplement , sicut angelo qui sciret sécréta cordis lui, dit saint Bonavcnture {Institut, novit., part. I, c. 9) ; disons plus , avec le même saint, comme à Dieu qui sait tous les secrets de notre cœnr , omncs defectns tuos sacerdoti moprio tanquam Deo debes inlimare. (De confcss., memor. 25.) IlTant donc prendre garde de les dire simplement , en sorte que le confesseur les entende , nec implices te ita quod confcssor non intclligat quid dicas (Idem, in.%tit. novit., part, i, c. 9), et pour cela 1" ne les point exprimer par des termes obscurs, incertains, équivoques, ambigus ; 2° ne les point embarrasser de termes superflus et de paroles inutiles, qui ne servent qu'à dérober au confesseur la connaissance de nos péchés, comme font ceux qui racontent de longues histoires hors de propos, et qui ne peuvent dire un péché sans en rapporter toutes les circonstances du temps, du lieu, des personnes, etc. ; '''» qui souvent ne sert de rien pour le fait; qui semblent plutôt faire une histoire de leur vie qu'une accusation de leurs péchés, qui potius vitœ suœ ralionem cxponere , quam peccala confiteri videntur ; (Catech. Rom.) ou qui ont de certains formulaires de confession générale, dont ils se servent toujours, en sorte que, quand ils ont tout dit, on ne sait ce qu'ils ont dit : Die peccata tua hrevitcr, et pure, et noii tractalum lonuum texcre qcncralis et affcctclœ

f»25 MANUEL DU SEMINARISTE.

foufessionis. (S. Bonav., De conft'ss. memor. 25.) 11 faut 5' no pas faire paraître ses péchés moiiulros qu'ils ne sont, en les couvrant, les palliant, ou les excusant : Sine omni velamine excttsationis, occultationis, seu palliatiouis, dit un grand saint (1d., ibid.) : et pour cet effet , observer trois choses que remarque saint Bernard (serm. 10, in Cantic), qui pourraient empêcher cette simplicité que demande la confes- ; sien : ne point diminuer la faute en elle-même, ne point s'excuser sur l'intention que Ton a eue, ne point couvrir son péché, en rejetant la faute sur un autre : Je me suis mis en colère, mais un tel m'en a donné sujet, etc.... Ao» iuteiUioncm cxcusarc si iit vera , nec levigare culpam qnœ yravis est, ncc dlicno adumbrare : priinnm illiid non coufcssio, srd defensio, nec plaçât, sed provocat ; secundum moustrat inçiratitndhicm , cttm cnim minuitnr cnipa, niinuilttr (jloria indulgentis ; tcrliitm excusatiouis gcnux . est , cum argueris tu, aliuni acrusare. En un mot , parler de la sorte, ce n'est pas parler simplement. Riais parler malicieusement, vcrba malttiœ ad excusandas excusationes in pcccatis; il faut les expliquer comme on les voit, taies qualcs novimus, ccrta pro certis, dubia pio dubiis demonstret {Catech. rom., part. 11, c. o) : l<;s grands comme grands, les douteux comme [douteux, etc., et pour lors la confession sera fidèle.

4° Elle doit être disposée à obéir, étant dans la volonté et le dessein de faire ce que le confesseur ordonne, soit pour la pénitence qu'il enjoint, soit pour les autres remèdes qu'il nous donne.

11 nous reste à vous dire un mot de la satisfaction, qui est la troisième partie de ce sacrement, et le troisième acte du pénitent, qui consiste à accomplir la pénitence que le confesseur lui donne. Or, il y en peut avoir de trois sortes selon les trois «euvres satisfactoires, auxquelles toutes les autres se réduisent : jeûnes, aumônes, prières, et qui sont pour satisfaire aux trois sortes de péchés que nous pouvons commettre contre Dieu , contre nousmêmes, ou contre le prochain ; ou bien par l'àme seule, par le corps, par les biens extérieurs.

Nous satisfaisons aux premiers par la prière , c'esl-à-dire par les devoirs de la religion, qui fait que notre âme retourne à Dieu : aux seconds, par le jeûne, c'est-à-dire par les mortifications qui nous alïligent : aux troisièmes , par l'aumône , c'est-à-dire par les œuvres de miséricorde, dans lesquelles nous nous employons nous-mêmes et tous nos biens au service du prochain. Cette satisfaction quoique négligée présentement , est néanmoins, dit le concile {Conc.[ Trid., sess. 14, c. 8), d'une trèsgrande importance, parce que c'est comme un frein qui arrête les pécheurs, et qui les rend plus vigilants et plus précautionnés à l'avenir ; elle fait connaître la grandeur du crime des Chrétiens et l'excès de leur ingratitude : c'est un moyen pour nous rendre conformes à Jésus-Christ, et porter en nous son image ; c'est le remède contre les restes du péché, et les

ÔKUVRES CONNUES DE M, TrONSON. I.

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