‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 72 sur 303 · ENTRETIEN XXVII · texte numérisé non relu

ENTRETIEN XXVII

Manière de se conduire dans les visites.

Après vous avoir parlé, dans le dernier entretien, des grands sujets que nous avons de craindre les visites, après vous avoir fait connaître combien elles sont dangereuses dans l'état ecclésiastique, pernicieuses dans le séminaire, opposées à la perfection qu'on y recherche, il semble qu'il ne resterait plus rien à dire ni à faire sur ce sujet, si ce n'est à se résoudre de les retrancher absolument , et à entrer dans les sentiments du grand saint Basile qtii, voyant les malheurs inlinis , comme il les appelle

lui-même, qui en étaient presque inséparables, se résolut de vivre dans la retraite, et de les abandonner absolument : Vrbis conversationes reliqui , velut infinitorum malornm occasiones. Plut à Dieu que tous ceux qui se retirent ici pour se perfectionner fussent en état de pouvoir prendre cette généreuse résolution! Oh! qu'on y verrait bien d'autres ferveyrs, qu'on y remarquerait bien d'autres progrès 1 Mais, parce qu'il y en a beaucoup qui ne sont pas en état . de pouvoir entrer dans ce dégagement, que les embarras où ils se trouvent ne leur permettent pas de renoncer à toute sorte de vis'ites ; que souvent les personnes mêmes dont ils dépendent les jettent dans des nécessités indispensables d'en faire quelques-unes, il est important de leur proposer la manière de les bien faire, et de leur donner quelques avis pour s'y comporter saintement, lorsqu'ils se trouvent dans cette fâcheuse nécessité. Or c'est ce que nous avons résolu de faire dans cet entretien; et nous avons cru ceci d'autant plus important que nous apprenons de l'expérience et du témoignage même des saints que le manque de vigilance en celte occasion a été la source de la perte d'une infinité d'àmes ; que plusieurs personnes des plus illustres en science et en piété se sont misérablement perdues dans les conversations et les visites du monde , même sous prétexte de zèle , sub prœtextu zeli, faute de n'avoir pas veillé assez soigneusement sur cette action : Qiiot temporibus nostris fuerunt, etsuntqui tanquam ardentes lampades et mitndi luminaria lucebant coram liominibus, paulatim ac frequenti sœcularium conversatione et eonfabulatione tepefacti, ad prima opéra sœcularis vilœ niiserabiliter redierunt. (S. Lalr. JisT., De discip., cap. 12.) N'est-ce pas là un assez grand sujet de craindre pour nous, faibles, pauvres et misérables comme nous sommes , et un puissant motif pour nous obliger d'apporter toutes jes précautions imaginables, afin de nous comporter saintement dans les visites, c'est-à-dire en la manière que Notre-Seigneur désire.

Mais que faut-il, direz-vous, 'pour les bien faire? quel est le moyen de s'y comporter chrétiennement ? C'est ce que nous avons à vous dire, et le voici en trois mots : Il faut que les visites, pour être bien faites, soient rares, il faut qu'elles soient courtes, il faut qu'elles soient saintes : trois conditions qui renferment tout ce qui est nécessaire pour les bien faire, il n-e faut que les expliquer.

i" Il faut que les visites soient rares, c'est-à-dire qu'il faut en faire peu, et le moins qu'il nous en sera possible. Car, puisqu'elles sont si opposées à notre profession, si contraires à notre perfection, si dangereuses dans l'état présent où nous sommes, nous ne saurions être trop rigides, trop sévères, ni trop retenus sur ce sujet. C'est pourquoi la première règle que nous devons prendre en celte occasion, c'est celle que donnait autrefois saint tlérôme à une personne qu'il formait à la perJfcclion : Jiaro si4 eqresstis in publicum ( lib. ii, Evist.) ; sortez rar©'

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