‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 73 sur 303 · SÎ · texte numérisé non relu

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MANUEL DU SEMINMIISTE

ment. C'<-Sl. ifit le àé\ X A Kenipis, la règle qu'ont observée les plus grands saints, et instruits par rexomple aussi biou que par la parole de celui qui dis;\it qu'il n'allait jamais parmi les bommcs, qu r no revint pire à la maison : Di.rit quidam : Quotics iiiter liomines [uU mitwr liomo redit ( Imit. Christ., L 1, cap, 20), ils ont toujours évité, autant qu'ils ont pu, cette société, ce commerce et ces visites du monde : Ma.vîmi sanx-torum liumana ronsortia, vbi poteran:, vitalant, et Dco in secreto rivcre dUjebant. Celait là une de leurs premières maximes cl des plus importantes pour leur conduite ; c'est aussi la première que nous vous proposons pour la vôtre : liaro s'il egressus in publicnm ; et pour vous y rendre fidèJes, voici trois avis ou pratiques qui vous sont nécessaires, et que nous donnent les saints sur ce sujet.

La première est de saint Basile et de saint Bonaventure : Aimez la retraite, aimer la solitude, aimez voire cellule et votre petite cliambre ; atitrement, le moyen que vous y demeuriez, le moyen que vous ne cherchiez nul prétexte pour en sortir, cl le moyen qu'easuite vous ne receviez avec joie toutes les pensées de visites qui vous viendront, et que vous ne vous en serviez, comme d'un fondement spécieux, pour vous tirer d^un licR dont vous n'aimez pas la demeure : ainsi, quantum inlercst, sempcr magis diUgas domi latere, quam domo exire (BoNAV., Insl, novil,, part, i, cap. 15); c'est la première règle que vous donnent les saints.

I^ seconde : n'entreprenez jamais de sortir en ville, ni de faire des visites, à moins que d''y voir nue grande nécessité ; car si, à la moindre pensée d'un parent que vous voulez voir, d'un ami dont vous avez dessein de cultiver l'amitié, d'une personne à (jai vous avez quelque obligation, d'une affaire à laquelle il vous semble que vous devez vous appliquer ; en un mot, si, à la moindre raison qui se présente pour sortir, vous sortez, vous ne retrancherez jamais vos visites ; il vous viendra toujours, dit saint Jérôme, plus d'apparence de raison qu'il ne vous en faut, pour vous faire sortir toutes les fois que vous en aurez envie : Ntinquam causa décrit procedendi, si scmper, quando necesse est, processurus sis : c'est la seconde règle que vous devez prendre pour rendre vos visites rares.

La troisième : dans le temps même qu'il se présente quelque nécessité d'en faire quelqu'une, ne vous y rendez pas d'abord, mais examinez sérieusement devant Dieu si la nécessité est véritable, ou si ce n'est pas seulement un prétexte pour donner à la nature ou à l'amour-proprc ce qu'ils demandent. Cîr, pour ne pas vous y tromper, faites-la toujours passer par l'examen de votre directeur, et vous verrez assurément que souvent il y a de la tromperie ; et reconnaissant quc,dans le fond, ce n'est qu'une pure imagination, et que ce qu'on appelle d'abord nécessité, n'est pour l'ordinaire (ju'une fantaisie, vous vous trou verez en état de rendre vos visites plus rares, qui est la première condition nécessaire pour les bien faire : OEtVRES COMPliiTES DE M. Troxsox. K

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nVn faire que rarement, et dans une grande nécessité. La seconde : il faut qu'elles soient courtes, c'està-dire que, quand même on est obligé d'en faire quelqu'une, on doit ne s'y pas arrêter longtemps, et la terminer en peu de mots. (7est ainsi (juil faut se comporter à l'égard de tout ce qui est dangereux, en prendre rarement, et quand on est obligé d'en prendre, en prendre tout le moins que l'on peut. Mais le moyen, direz-vous, de rendre les visites si courtes? Souvent cela ne dépend pas de nous; souvent des personnes nous tiennent plus longtemps que nous ne voulons, et souvent on est assez embarrassé pour s'en défaire ; comment donc se comporter en cette occasion? Le voici. Il n'y a que deux sortes de visites : les unes qu'on rend, et les autres que l'on reçoit ; les premières que l'on appelle actives, quand nous sortons, et que nous allons visiter quelqu'un ; les secondes que l'on appelle passives, quand on nous vient visiter. Pour les premières, U est aisé de les abréger, et autant qu'on veut ; car ordinairement on en est le maître ; ce n'est pas la coutume qu'une personne nous retienne chez elle par force, et l'usage donne assez de liberté à celui qui visite pour se retirer quand il»le désire. Ainsi, quand nous sortons pour quelque affaire, qu'est-ce qui nous empêche de revenir à la maison aussitôt que notre affaire est faite? Avec un peu de bonne volonté et un peu d'amour pour la retraite, on revient aisément, et, quand on veut, pour un petit compliment on en est quitte.

Pour les visites que l'on reçoit, il est vrai qu'il n'est pas aisé quelquefois de s'en défaire, car on ne chassera pas une personne : la charité aussi bien que la civilité y seraient trop intéressées: mais pourtant une bonne volonté vient à bout de tout, elle est ingénieuse, et rien ne paraît diflicilc à l'amour. Or voici comment il semble qu'on pourrait s'y comporter pour les abréger : ou ceux qui vous visitent vous parlent de Dieu, ou du monde. S'ils vous parlent de Dieu, ou que peut-être ils vous consultent sur des choses qui regardent leur salut, répondez-leur suivant ce que vous jugerez nécessaire , mais que ce soit toujours en peu de mots ; car satisfaisant au fond à ce qui leur est nécessaire, ils auront ce qu'ils veulent, et ils seront pour le surplus édifiés de votre retenue. C'est l'avis salutaire qu'un ■ saint Père donne sur ce sujet : Si nos adeunt de unim<£ sainte consuUuri, cum illis licet tenere sermotiem, sed cum verborum competidio, et plus enim liac nûslra breviloquentia œdiftcabuniur, etc.... Que s'ils parlent du monde et des choses du siècle, ou nous avons autorité sur eux, soit par notre condition, soit par notre profession , soit par notre état et notre grâce, ou nous n'en avons aucune. Si nous en avons, c'est pour lors que, pour s'en défaire aisément et sans différer, il faut mettre en pratique ce conseil admirable de saint Pierre Damicn {Ad Marin, monacli.^ cap. lli) : Cave, fxU cliarissime, ne quando de sœcK toribus negotiis colloquia cum sœcularibus miscecs;

ml

et sicut re ferre, ila nihilominusaudire contemnas. Il- Mais, en troisième lieu, il faut qu'elles soient saintes;

licosane sancta indignatio respoudeat, et mox incon- car notre obligation est d'être saints, non-senlement tlili sennonis ineptias (rangat.... Qiiid enim milii cum en nous-mêmes, mais dans toutes nos actions, en Siecularibus nœniis, quid milii perstrepentium juridi- sorte qu'il n'y en ait aucune qui ne puisse servir de corum fores, Iribunalia judiaim, aulas reijum, intra modèle de sainteté à tous ceux qui les voient : c'est fiionasterii (disons seminarii) septn pertrahere ? Quid là notre grande obligation, comme ecclésiastiques, et mortuo liomini narrare de prœliis ? His itaque et ku- c'est à quoi nous devons par-dessus tout prendre yu!.modi niKjis inaniter occitpari, quid, quœso, est, nii.i a perspicuo fonte divitiQ^ laudis fauces avertere et cœnosi liUi spurcitias ore versare ? "Voilà la manière dont nous nous devons comporter à l'égard de ceux qui nous entretiennent des choses du siècle, (juand nous avons autorité sur eux ; voilà les sentiments chrétiens et généreux qu'il ne.faut point craindre de leur faire paraître avec une sainte liberté et

garde dans nos visites

Sic curent conversationem componere, ut se populo exliibeant spéculum stJie rugu et macula, in quo se spectantes normam et exempluin sanctimoniœ accipiant. Or, pour les rendre saintes, il faut que nous prenions garde particulièrement à deux choses : aux personnes que nous visitons, à la manière dont nous les visitons. 1" Aux personnes que nous visitons ; car il y en a de trois sortes qui sont pour une bonne fois, afin qu'ils ne viennent plus extrêmement à craindre à un ecclésiastique : les pre-

rous faire perdre le temps pour nous raconter des nouvelles : cette conduite leur montrera qu'étant morts au monde, nous ne prenons plus aucune part à ce qui le touche. Que si nous n'avons aucune autorité sur eux, et que même nous leur devions quelque respect, pour lors il faut avec prudence, 1° 'ne négliger aucune des occasions honnêtes et civiles

niières dont il doit beaucoup se défier, les secondes qu'il doit très -soigneusement éviter, les troisièmes qu'il doit par-dessus tout détester.

Les premières dont il 'doit beaucoup se défier sont les visites de ses parents; car enfin c'est toujours une occasion de relâchement, et très-souvent un sujet de reprendre ses anciennes affections et ses

qui se présenteront pour abréger la visite. Il y en a premiers égarements : Multi pro parenlibus animas

une infinité qui se présentent de temps en temps, et suas perdiderunt, quorum occasionc mundus qui in eis

qui ne choquent ni la civilité ni la bienséance ; il faut aruerat denuo revirescit. Rappelons seulement dans

seulement y veiller et y faire attention, afin de s'en notre esprit ce qu'ils nous disent quand nous sommes

servir lorsqu'elles se présenteront. Que s'il ne s'en avec eux, les choses dont ils nous entretiennent, la

présente aucune, et que la visite se prolonge trop, manière dont ils se comportent avec nous, et nous

il faudra épier, lorsque la cloche sonnera pour quelque exercice, si on ne pourra point civilement s'en «h'faire : souvent c'est un moyen de rompre et dont même quelques personnes ont été édifiées plusieurs fois, de remarquer ici une si exacte fidélité ; que si la cloche ne soime point et ne nous appelle pendant ce temps à aucun exercice, il faut se servir de l'occasion de l'horloge, et quand elle sonnera, essayer si on ne pourrait point, on parlant adroitement de ce qu'on a à faire, suggérer à la personne la résolution de nous quitter. Que si enfin tous ces moyens sont inutiles, voici le dernier dont se servait saint Ignace, et que conseillait particulièrement saint François Xavier. Lorsqu'il voyait que quelqu'un le venait voir souvent, et qu'il ne lui contait que des bai;att'lles, il ne l'entretenait que 4e la mort, du jugement et de l'enfer ; et il disait que de la sorte, ou il cesserait de venir et de l'importuner, ou, s'il revenait, au moins lui profiterait-il en le faisant penser à son salut : Sic cnim uiebat ficri utile, vel molcstua esse desineret, vel certe, si perscvcrarct, ejusmodi sernwnibus aliquidin pietate proficeret. C'est ainsi qu'en usa saint ISil qui avait un livre qui traitait du petit nombre des sauvés, et qu'il faisait lire aux olliciers de l'empereur (jui le venaient visiter. Et c'est ainsi que nous pourrons souvent abréger nos visites en remettant sur le tapis ces vérités fortes du christianisme; c'est un admirable moyen afin qu'elles aient celle seconde conditi(»u «|ue nous disons être nécessaire pour les bien faire : la brièveté.

verrons si nous n'avons pas tout sujet d'y prendre garde : car il y a tant de temps à y perdre, on a tant de peine à s'en défaire quand on s'y rencontre, que «elte seule vue serait suffisante pour nous obliger d'y veiller et de les craindre. En ellet, n'est -il pas vrai que, quand on est avec eux, on a peine à les quitter; qu'on y demeure ordinairement au delà du temps qu'on se prescrit; que, s'arrêtant inscnsihlement sous différents prétextes, rarement s'en dégage-t-on dans le moment qu'on désire , et qu'il en arrive comme à ce lévite, c'est-à-dire, à eu homme qui, par son état, figurait les ecclésiastiques : il va voir son beau - père et son beau - père l'arrête, et comment? Paulutum cibi capias, et postca proftcisceris : « Mangez un peu, lui dit-il, et puis voui vous en irez. » Ensuite, après ([u'il eut mangé : il est trop tard, lui dit-il, il faut attendre jusqu'à demain ' I Oies ad occastim proclivior est, mane apud me tati" tiim liodie, et cras proficisccris. » (Jud. x:x, 8, 9.) Ainsi, on l'amusant, il l'arrête chez lui trois ou quatre jours. Voilà justement ce qui arrive, quand on visite ses parents : on y va pour une heure, on en demeure trois ; on y va pour une semaine, on y demeure \m mois ; on y va pour un mois, et ou on demeure trois. Ne vous on étonnez pas : oh ! qu'il est dillicile de ne se point laisser aller à leurs prières I oh ! qu il est rare de ne point condescendre à leurs désirs! Aller chez ses parents, on sortir à l'heure qu'on se pro» pose, et revenir fidèleinont à la maison sans perdre aucun exercice, et sans manquer au rèj^lomonf, c'est

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au miracle. Voilà les proniiôres personnes dont nous devons craindre les visites, et dont nous devons beaucoup nous délier, les parents.

Les secondes qu'il faut irès-soigneusenicnt éviter, sont les séculiers, par-dessus tout s'ils sont ecclésiastiques, j'entends ceux qui aiment le siècle, qui ont attache pour le monde, qui en suivent les maximes et la conduite ; eu un mol, tous ceux qui n'ont point l'esprit ecclésiastique ; car, n'étant remplis que de l'amour du monde, il est impossible qu'ils nous entretiennent d'autre chose que du monde. Or il n'est pas imaginable, dit saint Grégoire {}foral., lib. III, cap. 15), combien cela fait tort à une âme: Mul'lum qnippc deorsum trahimur, dum locutionc continua sœcnlaribus admisccmur. Insensiblement on se laisse aller à leurs dicours par une certaine complaisance qu'on a d'ordinaire pour les personnes à qui on ne veut pas déplaire ; on témoigne approuver ce qu'ils disent, et on parle comme eux ; on entre dans leurs sentiments et on tombe après dans leurs désordres : Yalde enim difficile est ut limjna sœcularium mentem non inquinet quam tangit ; quia, dum plerumque eis ad quœdam loquendu condesccndimus, pattlisper assiieti, liane ipsamlocutioncm quœ iiobis indigna est, et jam deleciabiliter tenemus, ut ex ea jam redire non libeat , ad quam velut ex condescensione deducli venimus inviti : sicque fit ut ab cliosis ad noxia, a levioribus ad yraviora veniamiis. (Id., ibid.) Voilà ce qui arrive quand on visite des séculiers : Sœcularium conversationes mentem a Dec segregant. Mais si ces séculiers sont ecclésiastiques, c'est-à-dire que ce soient des ecclésiastiques qui aient l'esprit du siècle, quoiqu'ils conservent quelque retenue dans le monde, et qu'ils passent pour gens d'honneur, pour lors on peut dire qu'on est dans le dernier péril. Car, comme une vie plus sainte et plus cléricale que la leur, leur est une condamnation perpétuelle de leur conduite, et que ce reproche leur est insupportable, ils vous décriront la dévotion véritable pour vous réduire à leur point ; ils parleront contre l'oraison ; ils blâmeront les mortifications ; ils se railleront des disciplines ; ils déclameront contre la demeure dans un séminaire ; ils invectiveront contre tout ce qu'on y fait : en un mot , ils ne cesseront de vous persécuter ouvertement, ou de vous tendre des pièges jusqu'à ce qu'ils vous aient infectés par leurs discours empestés, et qu'ils vous aient persuadé ce qu'ils désirent. Jamais nous ne trouverons de plus grands ni de plus dangereux ennemis de la perfection ecclésiastique que les ecclésiastiques mêmes qui ne sont point dans la perfection de leur état; les laïques souvent la combattent, mais ils ne sont pas tant à craindre, parce que nous nous en défions, nous sommes prévenus contre ce qu'ils disent : mais pour un ecclésiastique qui a 1 esprit du monde, qu'il est dangereux ! Jnsidiatur qunsi ko in spelunca sua ; insidiatur ut rapiat paupetem ; rapere pauperem dum altraliil eum {Psal. X, 9) : ainsi nous les devons soigneusement éviter.

Enfin, les troisièmes dont nous ne devons pas seulement nous défier, que nous ne devons pas seulement éviter, mais dont nous devons même avoir horreur, sont les personnes do sexe diflérent. Jamais de visite de filles ou de femmes. Il n'y a presque point de personne qui n'y soit en péril ; mais à un jeune ecclésiastique, c'est sa perte assurée : tortainement il y fera naufrage ; il vaudrait mieux la visite d'un démon. Uui, assurément il le vaudrait bien mieux , car on s'en défierait, on en aurait aisément horreur : ainsi il n'y aurait pas tant à craindre ; mais pour une femme , on y est surpris et on s'y perd. Croyez-moi, dit saint Augustin, je suis évoque et j'en ai l'expérience : les cèdres du Liban, les conducteurs des peuples, ceux de la sainteté et de la fermeté desquels j'aurais aussi peu douté que de Jérôme et d'Ambroise, ont échoué à cet écueil, et s'y sont misérablememt perdus : après cela jugez ce que vous devez faire : Cedros Libani, gregum arielcs sub liac peste cecidisse reperi, de quorum, vita non magis suspicabar quam Hieronymi aul Ambrosii. Je ne m'étends pas davantage sur ceci, mais ei. vérité n'est-ce pas bien assez pour nous donner une horrible aversion de ces sortes de visites? In ipsa subversione, dit saint Cyprien à ce sujet {Desinr gul. cleric.) , labentium vos expérimenta perterreant ; nimium prœceps est qui transire conlcndit, ubi atium conspcxerit cecidisse... et ipse providus est, qui solUcitus fit cladibus cœterorum. C'est assurément être trop téméraire que de ne pas éviter cet écueil après tant de naufrages. Profitons donc de ces exemples ; ayons horreur de ces visites, et si nous sommes obligés d'en faire quelquefois, que ce ne soit qu'avec toute la répugnance possible.

Mais surtout, en les faisant, prenons garde à cinq choses que les saints nous marquent comme absolument nécessaires, et sans lesquelles assurément nous nous perdrons. La première, ne visitons jamais des personnes de sexe différent sans une trèsgrande nécessité, comme nous venons de dire ; la seconde, n'y allons jamais seuls, ou du moins ne nous trouvons jamais seul à seul avec elles, et cette règle nous doit être encore absolument inviolable . Solus ad illarum tabernaculum non accédât, dit saint Clément. (Epist. 2.) ISec presbyter solus cum sola adjungatur, dit saint Anselme. (Lib. vu, cap. 59.) Solus cum sola secrète, et absque arbitris non sedeat. Nunquam solus cum sola loquatur. Les saints Pères sont remplis de ces avis ; jamais seul à seul avec une femme : Nulla enim securitas est vicino serpente dormire, dit saint Jérôme ; fieri enim potesl ut me non mordeat , sed aliquando fieri potest ut mordeat. Saint Augustin y a été si sévère, qu'étant obhgé d'en visiter quelquefois , il ne voulut jamais y aller seul , tout évèque qu'il était : iVwwquam sine clerids testibus ad eas, nec solus cum solis nunquam est locutus. (Possid., Vit S. Aug. cap. 26 et 27.) [Et c'est ainsi que tout ecclé siaslique en doit user. .Mars c'est pour quelque af-

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^aire de conscience : n'importe, dit saint Jérôme : etsi elles : Diabolus piclor facile ad memoriam visa redu-

propter officiinn clericaturœ viduam visites aut rirciiuem, nunquam solus domum introeas. Taies liabeto socios quorum consortio non in('ameris. Mais c'est une personne de grande piété : n'importe, il ne laisse pas d'y avoir du péril, souvent même il n'y a pas pour cela moins à craindre ; écoutez saint Augustin qui vous le déclare nettement {De coliabit. cleric. et mul.) : Non nj/uns vitandœ mulieres, quia bonœ indolis et honestœ conversationis esse vidcntur : sed quanta religiosiorcs, tanto magis alliciunl, et sub spccie reliijionis viget pliirimum viscus libidinis. Mais c'est ma cousnie, c'est ma sœur, c'est ma parente : n'importe, vous n'êtes pas pour cela moins obligé de vous tenir sur la défensive ; écoutez les conciles, car sans cela vous ne m'en croiriez pas : Omnem fornicandi occasioriem cupientes auferrc, sancimus ut nullus sacerdotum sive quisquis de clerc absque honesto et competenti testimonio, non solum cum extraneis fnulieribns, sed ncc cum ipsis eliam sororibus se prœsumat adjuîigere. Se pent-il rien dire de plus précis sur ce sujet? Etablissons donc cette seconde régie : jamais seul à seul avec aucunes femmes. La troisième, dans ces visites ne leur tenons jamais de discours inutiles, mais disons précisément ce qui est nécessaire, encore en peu de mots et avec une grande modestie, mie sévère retenue ; et aussitôt après retirons-nous : Sermo sit btevis, rarus et auslerus, dit saint Augustin et avec lui saint Basile. {Constilut., cap. 4.) Tua cum mutieribtis colloquia, vel nulla sint, vel rarissima, vel brevissima. C'est-àdire, selon la pensée de saint Cyprien, il faut les visiter et leur parler comme en passant, et leur faisant connaître que nous n'avons pas de plus grande joie que d'avoir bientôt fait, et d'en être bientôt délivrés : Si quidcm fcminis exhibenda est accessio, quodam modo fugiliva [De simjul. cleric.) : c'est la troisième règle.

La quatrième : pendant qu'on est avec elles, ou qu'on leur parle, ne les touchez jamais, non pas même du bout du doigt : Per manus enim libidinis incentiva aliquando transeunt, dit saint Ambroise {De Joseph., cap. 5) ; et même qu'il y ait entre nous et elles un inervalle raisonnable : de peur, dit saint Basile, que la paille ne s'enflamme, étant si proche du feu : Slupa si iyncm odorata [uerit, protinus inflammata succenditur, neque opus est ullo udminiculo, ulhve foris insufflante, nt ex eu ignis efj'ulgeat.

Enfin, la cinquième règle que les saints nous prescrivent sur ce sujet, c'est de ne regarder jamais en face les femmes que l'on visite ; ne fixer jamais sa vue ni arrêter ses regards sur leur visage, suivant cet avis du Sage {Kccli. ix, 5) : Noli in fuciem virginis intcndere, ne le scandalizet vultus ejus. Vous savez que c'est un étrange sujet de tentation pendant qu'on est avec elles que de les regarder au visage : Aitimum enim commovet, dit saint Chrysostome, non solum impudicœ sed eliam pudicœ mnlicris oculus De sucerdot, (lib. VI, cap. li); et quand on n'est plus avec

cil. Ainsi, il y a à craindre de toutes parts, et c'est ce qui nous doit obliger particulièrement, dans ces visites, de faire avec nos yeux le même pacte que fit autrefois Job avec les siens : Pepigi fœdus cum oculis meis, lit ne quidem cogilarem de virgine.,{Job xxxi, 1.) Cutn necessitatis aliquando casus exegeril ut tuum feminœ colloquium negare non possis, dit saint Pierre Damien (epist. 26, lib.vi), imis semper oculis aut alio suTstim inientis absentem luis prœsentiam exhibe; longinquius alloquere.... terrœque defixis oculis, neque pallentem neque rubentem ejus faciem possis judicare, etc. Voilà les cinq règles auxquelles il faut absolument s'assujettir dans les visites des femmes, et sans lesquelles il est impossible qu'on ne s'y perde. Je ne dis pas qu'en vous rendant fidèles à ces pratiques, vous ne périrez pas; car il y a toujours à craindre, et les périls y sont si grands que l'événement en est toujours douteux : mais du moins est-il assuré que, sans cela, vous vous y perdrez, et qu'il faut de nécessité vous y assujettir, si vous voulez être en état de vous y pouvoir sanctifier ; autrement on peut assurer que vous ne ferez jamais cette action comme Notre -Seigneur le désire. Voilà ce qu'il y a particulièrement à observer pour les personnes que Ton visite : se défier de ses parents, fmr les ecclésiastiques qui ont une àme séculière , avoir horreur de visiter les femmes ; et c'est la première chose qu'on doit observer pour les rendre saintes.

I La seconde chose h laquelle il faut être attentif, c'est à la manière dont on les visite. Car il y a cinq temps principalement à observer dans toutes les visites que nous faisons, auxquels si nous n'apportons une vigilance toute particulière, afin de ne rien omettre de tout ce qui pourrait servir à sanctifier cette action, nous ne la remplirons jamais de toute la perfection que demande le christianisme en l'étal ecclésiastique. Le premier est celui où nous nous disposons à aller faire quelque visite avant que de sortir de la maison ; le second, depuis le moment oii nous sortons jusqu'à ce que nous soyons dans le lieu où nous devons faire notre visite ; le troisième, depuis le moment où nous entrons dans le lieu où nous allons jusqu'à ce que nous en sortions ; le quatrième, depuis le moment où nous en sortons jusqu'à ce que nous rentrions dans la maison ; le cinquième, (juand nous sommes rentrés dans la maison. 1" Quand on se dispose pour faire quelque visite, avant que do sortir de la maison il faut faire trois choses : la première, bien examiner le sujet qui nous porte à sortir et à faire cette visite : ainsi ne nous point laisser aller à la première pensée qui nous vient de la faire, ne nous point laisser emporter aux premiers désirs que nous en ressentons ; mais bien peser devant Dieu le fondement que nous en avons, et prendre mêu»e pour cela un peu de tenq)s, afin de mieux discerner si la raison on est suUisante. Par ce moyen, nous verrons très-souvent que ce qui nous paraissait d'abord très-raisonnable,

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et où nous croyions inôine qu'il y avait quoique sorte de nécessité, n'est qu'une pure cliinière, un effet de notre l«'gèrelé, une inconstance, un déj^oiit de la relraiie ou quelque autre dérèglement. Que si pourtant, après cet examen, nous croyons encore qu'il y a fondement pour faire cette visite et que nous ne pouvions pas raisonnablement nous en dispenser, pour lors la seconde chose qu'il nous faut faire, c'est d'en demander la permission au supérieur : par ce moyen, nous conservons l'ordre de la maison, qui le demande. C'est une voie pour rectifier ce qu'il y aurait de déréglé dans nos vues, surtout si, en demandant la permission, nous exposons simplement au supérieur la raison que nous avons de sortir, afin qu'il en décide ; de plus, c'est une soumission d'obéissance qui attire toujours quelque bénédiction particulière sur ce que l'on fait dans cette vue. Enfin si le supérieur nous en accorde la permission, cgredientes de liospitio armet oratio. (S. HiERON.,epist. 2, Ad Eustûch.) Il faut, avant que de sortir de sa chambre OU de la maison, en demande^ permission à la très-sainte Vierge : c'est notre mère et la maîtresse de la maison, il est bien juste de ne jamais sortir sans son congé ; ainsi lui demander sa bénédiction, la prier de nous prendre particulièrement sous sa protection dans l'action que nous allons faire, et de nous obtenir la grâce de faire cette visite dans toutes les intentions et dispositions que son cher FUs désire. Voilà l'usage que nous devons faire de ce premier temps, et les pratiques importantes auxquelles il faut tâcher de se rendre fidèle avant que de sortir de la maison pour faire une visite.

Le second temps est depuis que nous sommes sortis de la maison jusqu'à ce que nous entrions dacs le lieu où nous devons faire notre visite , et dans ce temps il y a trois choses à faire.

1" Entrer dans l'église pour y saluer le sain4 Sacrement , pour y prendre la bénédiction de Noire- Seigneur, et pour lui demander la grâce de ne le point offenser, de ne se point dissiper, de l'avoir bien présent dans l'action que l'on va faire , pour l'accomplir dans toute la sainteté qu'il désire.

2° Prendre quelques-unes des intentions saintes que l'on doit avoir dans les visites ; d y en a plusieurs que l'on peut prendre ; il y en a de générales, par exemple, pour y accomplir la volonté de Dieu : car, ne sortant que lorsque la charité, la nécessité et l'obéissance nous y portent, nous sommes assurés que nous faisons ce que Dieu veut ; ainsi on doit bien se remplir de cette intention , et se mettre en disposition de ne faire cette visite que parce que Dieu le veut , pour accomplir sa volonté , pour sa gloire. Il y a aussi des intentions particulières: par exemple , si on visite les pauvres , on doit y aller dans cette vue que la foi nous donne, que c'est visiter Notre-Seigneur même , et que c'est le servir dans ses membres ; si on va visiter quelque infirme , quelque alfligé , quelque personne qui est dans la mibcre et qui souffre, on doit y aller comme on irait

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sur le Calvaire, pour adorer Jésus-Christ à la croix, puisqu'il y est encore souffrant dans ses membres qui accomplissent ce qui maïKiue à sa passion par leur douleur ; si on va voir quelciuc misérable , on doit y aller avec les intentions de Jésus-Christ même visitant le genre humain , et avec ces entrailles de miséricorde qui l'a lait descendre de son repos, de sa béatitude et de sa gloire pour nous rendre celte charitable visite : Pcr visccia miscricoidiœ Dei noslr'i, in quibus visilavit nos oriens ex alto. {Luc. i, 78.) En un mot, qui que ce soit que l'on visite, on doit y aller avec cette intention que saint Paul nous exprime en son Eptlre aux Romains (i, H , 12) : Desi' dero vos vidcre, ut aliquid impertiar vobis gratiœ spiritalis ad confirmandos vos , id est simul consolari in vobis per eam quœ invicem est , (idem vestram atque mcam; ou bien dans l'intention de la très-sainte Vierge visitant sainte Elisabeth, pour y porter Jésus- Christ, et en remplir sa maison ; et enfin lâcher en toutes choses d'honorer les visites que Notre-Scigneur a rendues à sa très-sainte Mère et à ses apôtres, et même à plusieurs pécheurs pendant sa vie. Oh! que ses visites étaient saintes, qu'elles étaient pures, qu'elles se fais.njont avec d'admirables dispositions et de divines intentions, et que nous ferions saintement les nôtres , si nous pouvions y prendre part ! C'est de quoi il faut tâcher de nous entretenir, quand nous allons faire quelque visite, renoncer à toute vue de satisfaction propre , de désir de paraître, de vaine complaisance que nous pourrions avoir dans les visites, pour entrer dans les intentions mêmes de Jésus-Christ. Enfin là troisième chose, c'est d'aller modestement par les rues, et d'y marcher surtout avec une entière mortification de la vue, ne regardant point de côté et d'autre, ne jetant pas nos regards indifféremment sur toutes sortes de personnes, ne laissant point aller nos yeux dans les boutiques, aux enseignes, aux fenêtres, en un mot, à tout ce qui se présente, mais les tenant sans coniiainte modestement baissés, et ne nous en servant que pour nous conduire au lieu où nous allons : Quando extra domum egredieris, non circumspicias in platcis , nec quœ coram te foris sunt, ne forte videas unde postmodum tcnteris, vel ab oratione impcdiaris , vcl phantasias conlrahas corum quœ incaute rcspexisti, dit saint Bonaventure. {De inst. nov., part, i, cap. 55.) Or, ajoute le même saint , nous le ferons aisément , si. dans les rues nmis portons les yeux à noire tête , c'est-à-dire si nous pensons à Dieu et à Notre-Seigneur : OcuU tui sint in capite tuo : hoc est, cogitalio tua versetur circa Deum, scilicel Cliristum, qui est caput omnium membrorum Ecclesiœ. Ainsi nous entretenir en allant de quelque bonne pensée , et surtout des intentions et des dispositions que nous venons de marquer : sans cela nous nous mettrons en étal de nous perdre dans cette action, bien loin de la sanctifier ; et nous nous exposerons à mille occasions et mille objets don t assurément nous aurions peine de nous défendre. Le troisième temps renfermé dans les visites est

CEIVRES COMILETES DE M. TKONSON.

celui où Ion est dans le lieu même de la \isite ; et dans ce temps , il y a encore trois choses à faire : recueillement en y entrant, vigilance en y demeurant, diligence pour en sortir. Recueillement, pour être bien présent à Dieu et retiré à lui, et éviter le trop grand épanchcment qui est bien à craindre dans ces rencontres ; et, pour cela, se bien unir à Notre-Seigneur, se bien abandonner à son esprit, et

que nous en sommes sortis : Vt quantum vales, taicm te domum reportes quads exisli, hoc est , ita devolum, ita miuidum corde, ita vacuitm rumoribiis (S. Bi;rx. De inst. novit., part, ii, c. 15) ; autrement, rentrant dans la maison avec le monde, et le reportant dans votre esprit, vous aurez peine ensuite de le chasser et de vous en défaire : Cum enim quis ad propriœ liabitutionis claustra revertitur, comiinis il-

làcher de s'y élever et se renouveler en lui de temps /«m quasi quœdam comjlobata turba omnium quœ vi-

eil temps , pour ne point faire naufrage à quelque écueil dans la suite d'une action si dangereuse. Vigilance, mais très-grande, pour prendre garde à trois choses, pendant que nous sommes dans le lieu des visites , à ce que nous y entendons , à ce que nous y disons, à ce que nous y faisons. A ce que nous y entendons, afin de ne point s'occuper, ne point prêter l'oreille, ne point témoigner de complaisance pour tous les discours de médisance , de railleries, de curiosités du inonde ou des nouvelles. A ce que nous y disons, pour ne rien dire et ne rien ajouter qui ne soit édifiant. A ce que nous y faisons, ut neque de severitale sis oneri, neque de (amiliaritate contemptui; et afin de s'y comporter avec une (elle modestie que, suivant le conseil de l'Apôtre (TH. Il, 7) : In omnibus te ipsurv. i prœbeas exemplum bonorum operum, in doctrina, m integritate, in gravitate : verbum sanum, irreprehensibile : ut is qui exadversoest,vereatur,niliil habensmalumdicere de nobis; et comme dit saint Bernard parlant aux moines {SpecuL monacli.) , mais à plus for te raison le doit-on dire des ecclésiastiques : Sic in cunclis se habeat,ut œdificet videnles, et nemo dubitet, cum viderit eum vcL audierit, "uin vere sit clericus. Enfin, la diligence ou promptitude, pour en sortir le plus tôt qu'il nous sera possible ; car c'est ainsi que l'on se comporte dans les lieux et dans les rencontres dangereuses; et c'est ainsi que nous devons employer ce troisième temps qui est renfermé dans l'action des visites.

Le quatrième temps est depuis que nous sortons du lieu où nous faisons visite jusqu'à ce que nous rentrions ici à la maison, et dans ce temps il y aura encore trois choses à faire. La première, revenir avec la même modestie avec laquelle on y était allé; et d'abord, sortant de sa visite, demander pardon à Notre-Seigneur des fautes que nous y avons faites : quelques bonnes intentions qu'on ait, il y on a quelques-unes qui échappent , il faut en demander pardon. La seconde, entrer dans l'église avant que de rentrer dans la maison pour saluer le très-saint Sacrement, et prier Notre-Seigneur de ne point permettre que notre sainteté , noire grâce , notre bonne volonté reçoivent aucun déchet par cette action ; qu'il nous ôte toutes les pensées, toutes les idées, tout le souvenir de ce que nous avons vu, de ce qui s'est fait et passé dans notre visite. La troi- .sième, avant de rentrer, laisser toutes ces choses aux pieds de Notre-Seigneur, ou à la porte de la maison, afin de rentrer seuls et aussi vides du monde

derat et audierat, comitatur, et tumultuanlium negotiorum slrcpïtum quem iltic tolerabat in corpore, multo ingruetilius multoque intoterabilius partitur in mente ; ainsi il est de la dernière conséquence de s'en défaire. Enfin, après être rentré dans la maison, la seule chose qui nous reste à faire, c'est de ne songer non plus à la visite que si nous n'en avions jamais fait en notre vie, y penser aussi peu que si nous n'étions jamais sortis de la maison, et surtout n'en parler jamais et ne témoigner jamais quoi que ce soit des lieux où nous avons été , des personnes que nous avons entretenues, des nouvelles que nous avons apprises, en un mot, de tout ee qui s'est passé hors dfi la maison : Omnino qnidquid foris gesserunt aut audicrunt, in domo narrare non poterunt, dit la règle de Saint-Pacôme. Et si quis ambulaverit in via, non lo~ qualur quœ tbi geri viderit.... quœ foris audieris, ea rêver tens (Isaac. abb., orat. 5) nemini dixeris.... Ncc prœsumat quisqnam aliis referre quœcunque foris viderit aut audierit, quia plurima destructio est; quoi si quis prœsumpserit, vindiclœ regutœ subjacebit. (S. Bened., Reg., c. 67.) Voilà la grande règle que nous donnent les saints, après être revenus de nos visites ; et comme elle est de la dernière conséquence, afin d'en être inviolables observateurs, demandonsen la grâce à Notre-Seigneur en nous remettant pour cela sous la protection de la sainte Vierge, et recevant sa sainte bénédiction à la chapelle, aussitôt que nous sommes dans la maison , ou d'abord en entrant dans notre chambre : Regredientibus de ptatea occurrat oratio ante quam sessio. (Hieron. , opist. 22, Ad Eusioch.) Voilà le moyen de bien faire les visites que nous faisons en ville

Pour celles que nous recevons dans la maison, on peut aisément reconnaître, parce que nous venons de dire , le moyen de les sanctifier et les pratiques nécessaires pour s'y comporter chrétiennement. Il n'y a personne qui n'en puisse faire aisément de soi-même l'application ; c'est pourquoi nous n'en dirons pas davantage, et finirons cette matière par ces deux avis. Le premier , qui est de Notre-Seigneur : Cavete ab bominibus {Mattli. x, 17) : défionsnous des homnics et évitons leurs visites , autant que nous pourrons. Le second, qui est encore de Notre-Seigneur : Yigilalc {Mallh. xxvi, 41), si vous ne savez les éviter toutes, veillez au moins pour vous rendre fidèles à les bien faire, lorsque la nécessité, la charité et l'obéissance ne vous permettront pas de vous en dispenser.

MAMEL DU SEMINARISTE. - MEDITATIONS H)ll\ LE COMM, DES EXERC.

POl'R LE COMMENCEMENT DES EXERCICES.

PREMIERE MÉDITATION

De rimportance de bien commencer les exercices.

Premikr point : Adoration. — Adorez Notre-Seigneur dans les premiers moments de sa vie, et voyez avec quelle pureté d'intention, quel zèle, quelle ferveur, il commence à se soumettre aux ordres de son Père : Ingrediens muudum dicit : Ilolocantomala tion tibi placuerutit ; tune dixi : Ecce venio, ut fHciam, Deus, l'oluntatem tuam. [Psal.xwix, 8, 9 ; Ilebr. x, 6.) Il considère la volonté de Dit^u, son Père, comme l'unique chose qu'il ait à faire sur la terre, comme Tunique loi sur laquelle il doive former ses actions, comme l'unique règlement qu'il ait à suivre dans sa conduite. C'est pourquoi il commence, dès ce premier moment, à s'y soumettre avec amour , il le place avec joie au milieu de son cœur : Et Icgem tuam in niedio cordîs mei (Psal. xxxix, 9) ; et son zèle le porte à en commencer les exercices , dès le premier instant qu'd entre au monde, avec un amour et un abandon qui ne se peut dire.

Aimez Notre-Seigneurdans cet état de soumission et de fidélité à Dieu son Père, et rendez-lui les autres devoirs accoutumés. Mais surtout, en l'honneur de ces premiers moments de sa fidélité, offrez-lui le commencement de vos exercices, afin qu'il les bénisse, et qu'il vous fasse la grâce de les commencer en la manière qu'il le désire.

Deuxième point : Communion. — Considérez les motifs qui vous doivent obliger à bien commencer vos exercices : en voici trois auxquels vous ferez particulièrement attention.

Le premier, c'est que Dieu veut que vous les recommenciez à présent. Car puisqu'il vous fait demeurer dans la maison, et puisqu'il vous donne assez de force et de santé pour vous rendre fidèles aux exercices que l'on y fait, et puisque le temps est arrivé où on doitles recommencer, vous ne sauriez douter de sa divine volonté sur ce sujet. Or quel puissant motif pour vous obliger à les bien recommencer que de savoir que Dieu le veut ?

Considérez l'étrange reproche que doit craindre un serviteur qui ne fait qu'à contre-cœur la volonté de son maître ; un enfant qui n'accomplit qu'avec regret ce que son père désire ; une créature qui ne se soumet que par contrainte et par manière d'acquit aux ordres de son Dieu. C'est l'état où vous êtes, si vous

(i) Qyki disciplinam in novae conversationis initiis negli^it, ad eain poslmoduin dilfieile applicatur; et tornum quam primo quis recipit vix deponil. (S.

ne recommencez ces exercices qu'avec peine. Quelle confusion devant Dieu, et surtout à l'heure de la mort et au grand jour du jugement, d'avoir suivi ses inclinations avec tant de joie, adhéré si fidèlement à SCS propres désirs, de s'être porté avec tant d'ardeur à ce qu'on souhaite, et d'avoir eu tant de froideur à faire ce que Dieu veut ! C'est le premier motif dont vous vous servirez pour vous convaincre de l'obligation que vous avez de bien commencer vos exer-. cices ; Dieu le veut, et le veut d'autant plus, que ce sont les prémices de votre année, que Dieu par conséquent désire par-dessus tout, qui lui doivent êtn; spécialement consacrées, et pour lesquelles vous savez qu'il témoigne une singulière complaisance : Quia primiliœ Domini sunt. {Num. xxxi, 29.) Meum est enim omne primo fjenilum, dicit Dominus. {JSuni. n\, 15.)

Le second motif qui vous doit obliger de recommencer vos exercices avec grande ferveur, c'est que, si vous ne les recommencez bien, il y a toutes les apparences du monde que vous les continuerez mal, et que vous les finirez de même, et qu'ainsi vous perdrez votre année.

Il est bien difficile, dit saint Léon (epist. 85), que l'on achève bien ce qu'on a mal commencé : Difficile est ut bono peragantur exitu, quœ malo sunt inclioata principio. Pour l'ordinaire, la plus grande partie de l'année dans un séminaire se ressent de la froideur et de la lâcheté avec laquelle on y passe les premiers jours, et cela vient : 1° de ces premières grâces méprisées qui, nous ayant été données pour bien commencer, s'affaiblissent et diminuent dans un cœur qui n'en fait pas un bon usage: d'où il arrive ensuite qu'on a plus de peine à se rendre fidèle, parce que la gràae n'est plus si forte, 2° Cela vient de l'habitude que l'on se forme dans ces commencements et dont on a grande peine ensuite à revenir. Quand on a commencé à ne faire ses exercices qu'avec négligence et dissipation ; quand on ne s'y applique d'abord qu'avec chagrin, et comme par contrainte; quand l'amour dans le commencement ne nousy porte point, on s'accoutume à une manière d'agir, et on prend une sorte de conduite lâche dont on ne revient pas facilement ; c'est le propre de l'habitude, elle nous tyrannise et nous impose une espèce de nécessité dont on a peine à se défendre (1). 5° Cela vient de ce qu'ayant d'abord traité les règlements et les

BoNAV. Prolog, discipl. ad novil.) Àdolescetis nainqiie juxta viam suam, etia'u cum senucrit, non recedet ab ea. (Prou. \\\i, 6.)

zoz

exercices avec indifférence cl froideur, et ne nous étant point mis en peine de la manière dont nous nous comportions à leur égard ; il est difficile que nous reprenions ensuite Teslime gui est nécessaire pour nous en bien acquitter. Quand on a commencé de traiter une personne avec indifférence, ou avec mépris, il est bien difficile de lui témoigner de Faiiiour ; la nature a peine à se dédire, et à revenir de ses premiers sentiments. Il en est de même des règlements : si nous ne les traitons d'abord qu'avec mépris, et que nous ne les regardions qu'avec indifférence, nous sommes en danger de continuer de même, second motif que vous devez méditer à présent, et qui vous doit porter à bien commencer.

Le troisième motif, c'est que, s'il est difficile de bien continuer, quand on a mal commencé, il est bien difficile que celui qui a bien commencé ne continue de même : Bene univena geruntur, si rei jn-incipium fiât decens et amabile Deo. Au moins attire-t-ou la grâce qui s'affermit d'abord et s'augmente par ce moyen dans le cœur, par le premier usage qu'on en fait. 11 se forme une bonne habitude qui fait qu'on a de jour en jour une plus grande facilité à se rendre fidèle, Confido in Domino quod si ad primas ictus {ortiter steteris, et ncc minis cesseris necblandimentis, cita conteresSatanam subpedibus tnis ; et tune videbunt recli et lœtabuntur, et omnis ijàquitas oppilabit os suum. (S. BcRNAnD,, episl, 5i, Ad Dragon.) On surmonte par ce moyen cette répugnance que la nature donne à une vie réglée. Car cette peine naturelle que l'on a de se soumettre d'abord, et de se rendre exact à un règlement, est ordinaircn»ent dissipée par la première fidélité d'une âme qui s'y assujettit avec ferveur : Subito procedentt deumbra ad lucem, de otio ad laborcm grave cernitur omnc quod incipit ; sed postquam ab Iris dissuescere eœpent, usus loliil difficultatem, invenitque facile esse quod impossibite ame judicavil. (1d., epist. 1 , Ad Robert.) Et de là vient que l'on n'a point de peine de continuer avee fidélité, quand ou a commencé avec ferveur. Troisième motif qui vous doit obliger à bien commencer, la facilité que vous aurez à bien continuer.

Voyez h présent quels sont vos sentiments sur ce S'.ijet , et comment vous commencez vos exercices. N'est-ce pas avec chagrin , tristesse , mélancolie ? comme par force, ou par contrainte; avec indifférence et comme par manière d'acquit, ou même avec la pensée que si vous ne commencez pas bien , vous finirez mieux ? Pénétrez-vous bien de l'importance de vous défaire de ces pensées ; confondezvous-en devant Dieu ; demandez-lui la grâce, le zèle, la fidélité et la ferveur nécessaires pour commencer vos exercices en la manière qu'il le désire.

Troisième point : Coopération. — Il y a trois cho- S(!S de la dernière conséciucnce pour être er. état de bien commencer vos exercices, et sur lesquelles \ous appuierez vos résolutions.

La première , la pureté d'intention. C'est ce qui

donnera le mouvement à toute votre conduite : tâchez donc de n'avoir en vue que la gloire de Dieu , l'accomplissement de sa sainte volonté, et votre salut , et renoncez à toutes les autres vues qui pojrraient vous venir,

La seconde, la pureté d'affection. Que toute la joie de votre cœur soit à faire ce que Dieu veut. Vous avez tant de désirs inutiles , tant d'inclinations qui vous amusent, tant de prétentions qui emportent vos affections, et qui dissipent votre cœur; tâchez de renoncer à tout, pour mettre toute votre joie e:i sa divine volonté,

La troisième : réglez vos actions, pour faire avec fidélité, exactitude et ferveur ce qui vous sera marqué dans les règlements, et les avis qui vous seront donnés ; car c'est la marque la plus assurée que vous puissiez avoir de la volonté de Dieu sur ce sujet,

MÉDITATIOiN ÎT.

De la joie qu'on doit avoir d'être dans un lieu de retraite écarté du grand monde.

Premier point : Adoration, — Adorez Notre-Sei-^ gneur dans le grand amour qu'il a pour vous , et voyez en particulier les marques qu'il vous en donne , en vous retirant du grand monde , et vous faisant demeurer ici. Vous savez les périls où vous étiez tous les jours exposé dans le siècle ; vous savez les engagements et les occasions fâcheuses qut vous ne pouviez vous résoudre d'abandonner ; vou» savez , par l'expérience de votre faiblesse et de vos chutes passées, combien vous auriez eu peine d'y éviter votre perle totale. Quelle grâce de vous mettre à l'abri de tant d'écueils , où vous n'auriez jamais manqué de faire naufrage , et de vous mettre, dans un Ficu de retraite, où, séparé du siècle et dm grand monde , vous pouvez en paix et en joie opérer avec confiance votre salut ! Bénissez Dieu de cette grâce, et dites avec rApôlre (Galat. i, i) : Benedictus Deus, qui eripuit nos de prwsenti sçeculo ncquam. Tâchez de lui en témoigner votre reconnaissance ; et après lui avoir rendu vos devoirs ordinaires , dites-lui dans la joie de votre cœur et la jubilation de votre âme : 0 Domine ^melior est dics nna in atriis tuis, super millia. Elegi abjectus esse in domo Dei mei, magis quant liabitare in labernaculis peccatorum. {Psal. lxxxiii, 11.)

I)Euxii..ME POINT : Communion. — Si vous sentez de la joie en votre cœur de ce que Noire-Seigneur vous a retiré du grand monde pour vous mettre dans un lieu de retraite , contentez-vous , dans ce second point, de demeurer aux pieds de Nolrc-Seigneur pour l'en remercier, et pour le prier de vous continuer cette grâce. Que si vous n'avez point ce sentiment et cette disposition dans le cœur, vous tâcherez de l'y établir par les trois considérations suivantes :

1' Considérez qui est celui qui vous conseille de

335 MANUEL DU SEMINARISTE. - MEDIT

demeurer ici. Je «entre point dans l'exanuMi dos misons particulières et des motifs différents qui vous Y ont attiré ; je m'arrête seulement au conseil de la sagesse éternelle qui vous y porto. C'est Notre- Seigucur qui vous a dit souvent : Yeuite seorsuin (Marc. Ti, 31), écartez-vous du grand monde, séparez-vous du siècle, ayez une demeure plus retirée. Il vous l'a dit par ses inspirations, lorstiue vous avez senti des mouvements qui vous y ont porté ; il vous l'a dit par l'avis de vos supérieurs, directeurs ou amis, qui vous l'ont conseillé comme une chose importante au bien de votre âme ; ou bien il vous l'a dit par la nécessité (ju'il vous en a fait ressentir après les dissipations et les égarements de votre vie passée. Après tout, en quelque manière que ce puisse être, vous ne sauriez douter que Jésus-Christ f>e vous le conseille ; or c'est ce qui vous doit oblige? de vous y soumettre avec joie. Quand les hommes nous donnent quelque conseil, nous avons souvent raison de ue le pas suivre, ou au moins de ne le suivre qu'avec peine. 1° Parce que les conseils des hommes ne sont pas toujours réglés par la prudence ; 2" quand même ils donneraient un conseil prudent , ils ne nous donnent pas toujours la force de l'accomplir ; 3° quoique nous en ayons la force, il ne laisse pas néanmoins d'y avoir beaucoup de peine à l'accomplir. Mais ici c'est la sagesse même qui vous conseille ; c'est elle qui vous donne la force pour faire ce qu'elle vous dit ; c'est elle qui vous fait ressentir des attraits particuliers pour accomplir avec joie ce qu'elle vous inspire : Atiingit a fine usque ad finem forliter, et disponil omnia suavitcr. {Sap. VIII, 1.) Première considération dont vous vous occuperez pour chasser le chagrin que vous pourriez avoir de votre retraite.

2" Considérez le lieu où Notre-Seigneur vous appelle : Seorsum, c'est à l'écart, loin du grand monde, sépare du commerce du siècle. Rien au fond de plus capable de dissiper vos peines. Car quoi que le monde en dise, quoi que la nature en pense, quoi que la chair vous en suggère , la foi vous donnera bien d'autres sentiments. C'est, dit le monde, un lieu sauvage ; c'est, dit la chair, une demeure fort rude ; c'est, dit la nature, une terre qui dévore ses habitants. Mais en vérité c'est là , dit la foi , où étant hors du fracas et de l'embarras du monde , les tentations ne sont point si ordinaires , les occasions de péché ne sont point si fré([uenles , les grâces sont plus abondantes; c'est là où , en un mot, vous trouverez mille fois plus de consolation en un seul jour, si vous y voulez servir Dieu , que vous n'en auriez dans le monde pendant toute votre vie. Pénétrez bien ces trois avantages, et vous verrez les sujets que vous avez de bénir Dieu de votre retraite.

5" Considérez la fm pour laquelle Notre-Seigneur vous amène dans celte solitude.

i" C'est pour vous y faire penser sérieusement à l'affaire de votre salut. C'est votre grande et votre ::c-uie affaire ; vous n'y songiez peut-être que très-

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