MAMEL DU SEMINARISTE. — MEDITATIONS SUR LES RECREATIONS
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1res usages c'est un larcin et une espèce d'infànie saiTilogc. 5° Parce qu'il n'y a pas un nionienl même dans toutes les vacances, dans lequel nous no puissions gagner rétcrnité : ainsi en jouant et en se recréant, pourvu qu'on le fasse en étal de -grâce et pour l'amour de Notre-Seigneur, on gagnera le parallis : n'est-ce pas là acheter le ciel à bon marché, et un puissant motif pour faire un saint usage de ce temps ?
Le second motif qui vous doit obliger d'apporter tous vos soins pour bien passer ce temps des vacances, c'est que ce temps est le plus dangereux de toute l'année : Dies pauci et mali. {" Parce qu'on n'observe plus une règle si exacte, la conduite de vie n'est plus si régulière, on se dispense de ce règlement et de cette discipline, que les saints Pères disent tenir en captivité les passions, et étouffer les mouvements déréglés de notre àme : Malorum desidenorum carccr inordinatos animi motus suffocat ; de sorte que dans ce temps, à moins que l'àme n'y prenne bien garde, les passions se réveillent, les convoitises se rallument, les tentations augmentent ; et dans celle grande liberté où Ton se trouve, on s'écarte aisément de ses obligations, si l'on ne se fait une extrême violence. 2° On est en ce temps d'autant plus en péril, qu'on quille même une parlie des exercices de piété , et de ces occupations saintes, qui, nous portant sans cesse à Dieu, nous enlrcleuaienl toujours dans la ferveur pendant l'année. H n'y a pas tant d'entretiens de dévotion ; il n'y a plus tant de conférences spiriluclles ; il n'y a plus tant d'assiduité à l'église et aux offices divins : c« un mot, on retranche à la dévotion une grande partie de ce qui la nourrissait. 5° On passe môme une grande partie de la journée d'une manière fort dissipante : jouer, se récréer , se divertir, rire, se promener ; c'esl ce que l'on fait pendant les vacances, et ce que même l'on doit faire pendant la plus grande partie de chaque jour.
Or le moyen de ne point perdre la meilleure partie de notre récollection, de notre attention à Dieu et de notre ferveur, à moins que d'y apporter un soin tout particulier pour faire un saint usage de ces choses. Car les périls y sont grands . ils y sont en très-grand nombre, ils y sont nécessaires, puisqu'il faut se récréer : cl c'est ce qui demande une trèsgrande vigilance pour s'y comporter saintement, et ce qui nous doit servir d'un second motif pour nous convaincre du grand soin que nous devons apporter pour bien passer ce temps.
Le troisième motif est que ce temps des vacances, qui est une partie du temps de notre vie et le plus périlleux , en sera peut-être le dernier. Combien commencent les vacances et qui ne les achèveront pas? combien qui meurent pendant ce temps? combien qui seront surpris pendant ce mois et qui ne s'y attendent pas plus que nous? Or, si nous savions que ce mois dût être le dernier de notre vie, combien le passerions-nous sainiement. Oh ! que d'actes
de pénitence! que de regrets de nos péchés! quc de sentiments d'amour 1 que d'élévations cl de retours h Dieul que de désirs d'être tout à lui ! que <le force dans les tentations ! que de (idélilé à ses saints mouvements! Dieu, dit saint Augustin, nous a caché le temps de la fin de notre vie afin que, dans cette incertitude , nous en passions chacun, comme si ce devait être le dernier.
Confondez-vous de n'avoir point encore ainsi passé les vacances. Vous ne songiez ces années passées qu'à vous donner du plaisir, qu'à suivre vos inclinations, qu'à jouer pour vous satisfaire depuis le matin jusqu'au soir ; peut-être même vous n'alliez à la lecture spirituelle qu'avec répugnance, à l'oraison qu'avec peine, à la sainte Messe qu'avec dissipation. Demandez-en pardon à Dieu, 3t tâchez par vos désirs ardents et la ferveur de vos prières, d'attirer la grâce de mieux faire celte année, et d'employer ce temps aussi saintcmenl que Dieu le désire.
Trosième point : Coopération. — Afin donc de bien employer ce temps : 1° Il faut vous résoudre demain matin d'offrir à Dieu tout le temps des vacances, et de vous donner à lui pour le passer saintement, sans rien faire qui puisse l'oflensor, ou mettre obstacle à votre perfection et aux desseins qu'il a sur vous ; tous les matins lui demander ce.'.te grâce, et tous les soirs examiner, si vous ne manquez pas à celte résolution, pour lui en demander pardon, si vous y êtes infidèles.
Seconde résolution. Rendez-vous fort exact à tous les exercices qui vous seront proposés pendant les vacances : car comme on en retranche une partic , il faut que , par une plus grande fidélité à ce qui nous en reste, nous réparions la perte que nous pourrions souffrir de ce retranchement. Ainsi soyez plus exact et plus fervent à l'oraison, à la sainte Messe, à la lecture spirituelle qu'on fait tous les jours.
Troisième résolution. Voyez de temps en temps si vous ne vous attachez point trop à tel et tel jeu, à tel et tel divertissement ; ce que vous reconnaîtrez par le Irop grand désir que vous en avez, par le trop de temps que vous y emploierez, par la peine que vous souffrirez quand on prendra votre place, ou qu'on vous interrompra. Or, quand vous vous apercevrez de quelque attache, résolvez-vous de la rompre en changeant de jeu et de divertissement. Qui faciet ea, vivet in ilHs. {Galat. ni, 12.) Tâchez dès aujourd'hui d'en user de la sorte, afin qu'en commençant aussi sainiement les vacances , vous soyez en état de les continuer de même : Difficile enim est ut malo pcragantur exitu, quœ bono sunt inclioata principio. (S. Leo.)
De l'importance de se récréer saintement pendant le» vacances.
Premikr point : Adoration. — Adorez- Noire-Seigneur dans ses in.joccntes récréations, cl dans \tè
noms lîivertissenicnts, que nous pouvons bien croire sur nous-mêmes, nous perdrons pendant les vacan «[u'il prenait quelquefois dans son enfance. Oh ! ces tout ce que nous aurons tâché d'acquérir pen-
qu'il les prenait purement! oh! que ses dispositions y étaient saintes ! il ne cherchait point à s'y complaire ; Cliristus non sibi placuil {Rom. xv, 5) ; et comme il n'y avait en vue que la gloire et la volonté de son Père , il ne les prenait aussi que pour son amour, et ne s'y appliquait qu'autant et en la manière qu'il le désirait. Adorez-le dans cet état; admirez ses dispositions ; tachez de prendre part à son esprit.
Deuxième point : Communion, — Pour entrer dans les dispositions de Jésus, et prendre vos récréations saintement, considérez les motifs qui vous obligent de bien faire cette action ; en voici trois principaux.
Le premier est fondé sur l'obligation générale d'offrir et de consacrer à Dieu toutes vos actions : car vous savez qu'il est le maître et le souverain de votre substance, que votre être est à lui, que toutes vos facultés lui appartiennent. Or celui qui est le maître d'un fonds, l'est aussi des fruits et des
dant l'année. 5" La grande dissipation à laquelle on s'abandonne, qui fait pour l'ordinaire qu'on a peine ensuite de s'appliquer aux exercices de piété, qu'on ne s'y assujettit qu'avec contrainte, qu'on ne prie Dieu qu'avec mille distractions, qu'on n'a plus tant d'amour pour la solitude, tant d'attrait pour l'oraison, tant de goût pour les choses de Dieu et du salut. Voilà les désordres des récréations qui ne sont pas prises chrétiennement ; désordres qui, étant bien pesés, vous servnont d'un second mais puissant motif pour vous obliger de les bien passer.
Le troisième motif, sont les grands avantages qu'on en peut tirer, quand elles sont prises comme Dieu le désire. Avantages, 1" pour soi, par les grandes vertus qu'on peut y pratiquer, et par les occasions fréquentes qu'on y rencontre, de s'y établir solidement : comme sont l'humilité, la patience, la condescendance charitable au prochain, la mortification de sa propre volonté et du propre juge-
revenus, de sorte que vos actions étant les fruits de nient, en les soumettant à celui de ses frères, et tant votre être et les revenus de votre substance , ils appartiennent tous à Dieu, et lui doivent être tous pareillement consacrés. Que diriez-vous d'un serviteur qui, ayant en sa disposition les biens de son maître et la dispensation de ses revenus, en retiendrait quelque partie pour ses propres usages, ou pour ceux de ses amis ? Ne serait-ce pas une grande injustice, et pourrait-on ne le pas condamner comme coupable? Ainsi en est-il d'une personne qui manque d'offrir à Dieu quelqu'une de ses actions ; car elle commet une véritable infidélité : Non est devotionis dédisse prope totvm, sed fraudis est rctinuisse vel minimum (S. Ambr.) ; approfondissez un peu cette vérité. Or c'est là l'injustice que vous
d'autres dont on a lieu d'exercer les actes presque à chaque moment. Avantages, 2" pour le prochain, par le bon exemple et l'édification qu'on lui donne, quand on en use de la sorte, et qu'on se rend fidèle à ces pratiques. Avantages, 3° pour Dieu même, à cause de sa gloire qu'on y procure par une voie trèssuave et très-douce.
Confondez-vous de voir que jusqu'à présent vos récréations ont été si peu fructueuses, et pour Dieu et pour vos frères, et pour vous-même ; avouez devant la divine Majesté, que tout votre malheur vient du peu de soin que vous avez apporté pour les bien prendre. Demandez-en pardon à Dieu, et lâchez, par de fervents désirs et d'ardentes prières, d'obte-
faites, quand vous manquez de consacrer à Dieu ^.^ ,^ ^^ ^^.^^^ ^^.^^ .^ ,,^^.^,^; ^^ ^^ ^,^^^
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votre récréation, et quand vous n'en faites pas un saint usage pour sa gloire.
Le second motif, ce sont les désordres qui se rencontrent dans, les récréations, quand elles sont faites négligemment : il y en a particulièrement de trois sortes. 1° Les péchés qui s'y commettent ; immorlificalions fréquentes, adhérence presque continuelle à son humeur, attaches déréglées aux passe-temps, emportements dans les jeux, excès dans les divertissements, contentions, railleries et mille autres dérèglements, que vous remarquez aisément et auxquels on se laisse aller tous les jours. 2° Les passions que l'on réveille ; car comme les discours y sont plus libres, l'épanchement de tous nos sens beaucoup pins grand , les emplois de la journée plus conformes à ce que souhaite la nature, nous sommes en grand danger, si nous n'y prenons garde, de fournir beaucoup de matière à nos passions , de leur laisser reprendre leur première vigueur, et de nous trouver ensuite aussi sujets à la colère, aussi insupportables dans nos humeurs, aussi attachés à iiolre propre sens ; et ainsi, à moins que de veiller
comporter plus saintement; afin que, selon l'avis -iè saint Thomas (2-2, q. 168, a. 2), in ipso joco aliquod probi imjenii lumen eluceat.
Troisième point : Coopération. — Première résolution : déterminez un temps pour faire à Dieu tous les matins l'offrande de toute la récréation que vous devez prendre pendant ce jour, par exemple, au sortir de l'oraison, ou de la sainte Messe ; et pour n'y pas manquer un seul jour, quand la Messe sera achevée, remettez-vous à genoux pour dire un Pater et un Ave, afin d'attirer la bénédiction de Dieu sur tous vos divertissements et récréations de la j(uirnée ; et qu'il ne s'y passe rien qui puisse lui déplaire, et qui ne soit tout à fait pour sa gloire.
Seconde résolution : Demandez souvent à Dieu qu'il vous fasse la grâce de ne vous point récréer pour les fins de la nature et du vieil homme, qui ne cherche qu'à se satisfaire, et à quoi vous devez absolument renoncer; mais pour l'amour de Dieu, p(un- sa gloire, pour vous soumellrc aux ordres de sa divine providence et de sa tros-saiiitc voloulé.