MANUEL DU SEMINARISTE. — MEDITATIONS SUR LES RECREATIONS
et pour réparer vos forces dans la vue de les emplovor ensuite à son service.
5- Résolvez-vous de ne perdre jamais aucune occasion de praliquor quelque verlu dans la récréation : instruisez-vous vous-nièuie en particulier de celles qui vous sont plus convenaUles, et apprenez les moyens de vous y exercer, ne négligeant rien pour que votre récréation soit tout à fait chrétienne. Sapieus cor suum dabit in consuinmatîouem operum, et vigilia sua ornabit in perfcclionem. (Eccli. ixxviii, 51.)
De ^importance de se récréer pour Dieu et avec pureté d'intention.
Premieu point : Adoration. — Adorez encore l'Enfant Jésus dans l'innocence et la sainteté de ses récréations. Jamais il n'y a eu en vue sa propre joie ; jamais il ne les a prises pour ses propres divertissements ; mais il ne s y est appliqué que pour plaire à Dieu, et par le pur motif de son amour et de sa gloire. Oh! la sainte disposition! Quœ placita sunt ei facto semper, {Joan. viii, 29.) Bénissez-le, louez-le ; aimez-le d'avoir toujours agi de la sorte ; remerciez-le aussi de cet exemple qu'il vous donne : Exemplum dedi vobis, ut quemadmoduni ego feci, ita et vos faciatis. (Joah. xin, 15.)
Deuxième point : Communion. — Pour avoir cette pureté d'intention dans vos récréations, considérez 4* que vous y êtes obligé comme Chrétien ; c'est ce <lHe l'Apôtre vous commande par ces paroles : Soif tjue vous buviez, soit que vous mangiez, soit que vous fassiez quelque autre chose, faites tout à la gloire de Dieu : < Sive manducatis, sivc bibitis, sive aliud quid facitis, omnia ad gloriam Dei facite.n {I Cor. x, 51.) Ces mots aliud quid renferment toutes vos autres actions de quelque nature qu'elles puissent être, et par conséquent vos récréations que vous devez jvrendre pour Dieu, si vous voulez qu'elles soient chrétiennes. 2° Comme Chrétien, vous devez imiter Jésus-Christ, et suivre son exemple ; car il est votre modèle, votre maître, votre docteur et votre chef. Or il n'a rien fait que pour la gloire de Dieu; vous devez donc, comme son disciple et son imitateur, faire de même : Sine causa enim es Cliristianus,si C/iristum non sequeris, disait saint Malachie, au rapport de saint Bernard. JUe siquidem est Chrislianus, qui non aspernatur viam Christi, dit saint Augustin (j« psal. xxxvi) : qui non nomine tantum, sed et opère Christum imitatur et sequitur. {Id., De vita Christi, cap. 6.) 3" Quand vous n'auriez point ce commandement de l'Apôtre et cet exemple de Jésus-Christ, vous êtes Chrétien, et par conséquent vous savez qu'il n'y a que Dieu seul qui puisse être la fin dernière d'une action chrétienne, comme lui seul en peut être le premier principe.
Considérez en second lieu qu'en vous récréant pour Dieu, vous vous récréez mille fois mieux que si vous aviez d'autres intentions ; car cela fait que vous vous recréez sans scrupule, sans gêne d'es-
prit, sans embarras de conscience; elainsi, que vous réjouissant purement pour Dieu, vous vous réjouissez de tout votre cœur. Si vous en voulez une expérience sensible, voyez comme se récréent les personnes qui sont le plus à Dieu ; vous remarquerez qu'il n'y en a point qui soient plus gais, ni qui rient de meilleur cœur ; vous verrez que, pendant que les autres sont rongés de remords, et qu'abattus souvent sous la tristesse, on les voit en de profondes rêveries qui ne leur permettent de se divertir qu'à demi : ceux-ci sont dans une joie tout entière, parctJ qu'ils ne donnent point lieu à ces peines qui resser • rent le cœur ; leur âme est dans ces épanchements de joie intérieure que donne le saint amour, et ils voient que c'est la volonté de Dieu qu'ils se réjouissent. Ainsi, ils sont en état assurément de se récréer beaucoup mieux, et pour ce monde, et pour l'autre, que ceux qui prennent d'autres intentions que le bon plaisir de Dieu.
Considérez en troisième lieu qu'en vous récréant pour Dieu, vous avez cet avantage que vous avancez toujours dans la perfection, et que vous méritez, même en jouant ; car Dieu ne laisse jamais sans récompense la moindre chose de ce qui se fait pour son amour ; jusque-là que, si vous prenez votre récréation avec un plus grand amour de Dieu que les religieux n'embrassent leurs pénitences, vous deviendrez plus saint en jouant, qu'ils ne le seront en se mortifiant.
Plût à Dieu que vous eussiez voulu vous rendre fidèle à celte pratique en votre vie passée, vous, auriez vu par votre expérience la vérité de ceci. Mais vous n'avez point profité dans vos récréations, vous les avez presque toutes perdues, et, au lieu d'en devenir plus saint, vous en êtes revenu plus dissipé, parce que vous ne les avez pas prises purement pour Dieu, mais seulement pour vous y satisfaire, et c'est ce qui vous doit à présent confondre devant Dieu. Demandez-lui pardon pour toul le passé, et pour l'avenir suppliez-le de vous faire la grâce de ne vous récréer jamais que pour sa gloire et son amour.
Troisième point : Coopération. — Première résolution : dégagez-vous des fins, intentions et affections déréglées, qui vous portent à la récréation, et qui vous en font prendre même avec excès ; comme serait la recherche de la satisfaction de la nature, le trop grand amour pour un tel jeu, l'envie de paraître plus habile joueur que les autres, et le désir trop ardent de les vaincre....
Seconde résolution : Offrez à Dieu chaque récréation avant que de la prendre, et dans la suite même des récréations, renouvelez-vous oans cette résolution, surtout quand il vous en donnera le mouvement.
Troisième résolution : Ne prenez de récréation qu'autant et en la manière que Notre-Seigneur le voudra, selon les règles et la mesure qu'on vous donne pendant c« temps. Car si vous en prenez
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\iavantagc, ou en iinc autre manière, ou même, si qui dans ses diverlissemenls se rappellera de
vous le désirez, n'étant plus alors dans les termes temps en temps la présence de Dieu, et qui sera as-
^e la volonté de Dieu, ce que vous ferez, quelque surée qu'il n'y a point de voile qui la puisse empc-
direclion d'intention que vous ayez, ne pourra cher d'être vue de lui, osera-t-elle jamais se laisser
point être pour sa igloire, puisque sa gloire ne peut, aller à la médisance, à la colère, à la raillerie, ou à
être hors de sa volenté.
De l'importance ée se récréer en ta présence de Dieu.
Premier point : Adoration. — Adorez Noire-Seigneur dans les récréations et divines réjouissances qu'il a eues durant sa vie mortelle avec son Père éternel , avec son Saint-Esprit , avec sa sainte Mère , avec ses anges et ses saints. Oh ! qu'il avait garde dans ses récréations de perdre la présence de Dieu. Ecoutez ce qu'il en dit lui-même : Deleclabar per singidos dies, ludens coram eo omni tempore, ludens in orbe terrarum, et deliciœ mes! fsse cum /î/ifs hominum ( Prov. viii,50) ; remarquez bien ce mot : coram eo. Rendez vos devoirs à Jésiks-Christ se réjouissant ainsi en la présence de Dieu son Père, et tâchez d'entrer en communion »!e cette sainte disposition : car c'est ainsi que les saints se récréent : Jusli epulentur et exsullcnt in conspectu Dei, et deleclentur in Uetitia. {Psal. lxyii, 4.)
Dkxxième point : Communion. — Pour vous rendre iidèle à prendre ainsi vos recréations en la présence de Dieu, considérez, 1" que c'est un admirable secret pour empêcher qu'il ne s'y trouve du dérèglement, et que le péché ne les corrompe : Magna est cautela pcccali, Dei semper prœsentiam lenere, «lit saint Augustin; car le moyen de penser que Dieu est présent, et ne pas s'abstenir de tout péché : Si cogitaremiis Deum videre, et esse prcesentem ( dit saint Ambroise, De fide), nunquam quod ei dispHceret facercmus. Si la grandeur d'un prince a eu autrefois tant de pouvoir sur ceux qui le voyaient, que les insolents se cachaient, et que les autres étaient dans une telle retenue, qu'ils n'osaient dire une parole mal à propos, comme il est <lil de Job : Yidcbant me jiivcnes et abscondebantur, principes cessabant loqui, et digilum supponebant ori sua ( Job XXIX, 8 ) ; si la sainteté d'un homme a été capable d'empêcher les dérèglements de ceux qui le voyaient, en sorte qu'à sa vue chacun rentrait dans le devoir , comme on lit de saint Bernardin de Sienne ; si autrefois la rencontre d'un Chrétien arrêtait des vicieux, et les faisait rougir de honte : De occursu meo vilia suffundo : o qunm grande pallii beneficium est sub cttjus recogitatu vcl improbi mores crubescunt! ( Tertix., De pallio, sub fin. ) si enlin les Juifs, animés de rage contre le Fils de Dieu, n'eurent le courage de le tourmenter qu'après lui avoir voilé la face, à cause, dit saint Jérôme ( in Matlli. III ), de l'éclat qui sortait de son visage, qui imprimait le respect dans ceux qui le •\oyaicnt : lame
aucun autre dérèglement qui puisse offenser cette divine majesté ? Il n'y a point d'apparence : c'est donc une bonne voie pour empêcher le péché qui pourrait se glisser dans les récréations, que de les prendre en la présence de Dieu : Memoria Dei cxcludit omnia flayiiia.
C'est en second lieu un bon moyen pour se mettre en état de supporter en patience et avec charité t;ml de petites mortifications qui peuvent souvent nous y arriver de la part de nos frères, et de nous y rendre fidèles à la pratique des vertus qui s'y présenteront ; car, sachant d'une part que cette pratique des vertus est extrêmement agréable à Dieu, et sachant de l'autre que Dieu nous voit et est présent à nos récréations, le moyen de n'apporter pas au moins autant de soin pour lui plaire, qu'en apportent en la présence de leurs frères les enfants qui trouvent mille inventions pour les contenter. C'est ce qui encouragea Abraham à faire le sacrifice de son fils, sans écouter les répugnances, les oppositions et les autres sentiments de la nature : In monte Dominus videt. ( Gen. xxii, 14. ) C'est ce qui affermit David daus le service de Dieu, et dans les dispositions saintes qui le rendaient selon son cœur : Providebam Dominum in conspectu meo semper, quoniam a dextris est milii, ne commovear. {Psal. XV, 8.) C'est encore ce qui fortifiait la chaste Susanne, dans son horreur pour le mal : Melins est incidere in manus veslras, quam peccare in conspectu Dei. ( Dan. xiii, 25. ) Et c'est aussi ce qui vous encouragera puissamment à sanctifier vos récréations par la pratique des vertus, selon les différentes occasions que vous en trouverez. Enfin le troisième motif qui vous doit porter à prendre vos récréations en la présence de Dieu, est que c'est le propre des bons enfants de se récréer avec joie et en la présence de leur bon père. Les libertins ne s'y trouvent pas en liberté ; c'est pourquoi ils l'évitent autant qu'ils peuvent, parce qu'ils s'y livrent à mille actions dont ils souhaiteraient qu'il n'eût point connaissance, et qu'ils auraient peine assurément de commettre devant lui. Mais pour les enfants de Dieu, ils n'ont point de plus grande joie, que de songer que Dieu les voit : Oculi illorum semper ad Dominum. ( Psal. xxiv, 15. )
Confondez-vous devant Dieu de n'avoir pas eu ce sentiment par le passé ; demandez-lui la grâce de !e mettre à présent dans votre cœur, afin qu'à l'avenir vous ne preniez jamais vos récréations qu'en sa sainte présence.
TiioisifeME POINT : Coopération. — Première résolution : En commençant la récréati<m, ne vous contentez pas de l'offrir à Dieu, mais encore songez que vous aik'i vous récréer devant lui, et qu'il sera "e
5-21 MAM EL Dl SE.MINAlllSTE. — MLMTATIONS SLR LKS UIXKEATIONS.
témoin ft le juge des sentiments m<^inos de voire cœur aussi bien que de vos raouvenienls extérieurs.
Seconde résolution : Dans la suite de la récréation, principalement quand elle est longue, jetez de temps on temps qui'lque petit regard amoureux vers Notre-Soignour, pour vous rappeler dans cette divine présence ; mais surtout que cela se fasse sans effort, sans contention , sans gène et tans contrainte.
Troisième résolution : Après cotte vue, qui ne doit être que d'un moment, ne vous amusez point à faire le sérieux, le dévot et le mélancolique ; mais réjouissez-vous de tout votre cœur, et ne craignez point de vous épancher dans la joie , car, puisque vous savez que Dieu vous voit, et que d'ailleurs vous ^les assuré qu'il veut que vous vous récréiez, quel plus grand sujet de joie que d'être certain qu'il vous voit faire sa volonté ? Gaudete in Domino semper, iterum dico, gaudete ; Dominus enim prope est ( PhilJv. IV, 4, 5 ) ; c'est là la véritable dévotion. Enfin songez que bienheureux est celui qui a une vue fréquente de Dieu : Beatus vir qui habel cicumspcctioncm Dei. (Eecli. xiv, 22.)
De la mode$lie qu'on doit observer dans les récréations.
Premier point : Adoration. — Adorez Notrc-Seigiieur Jésus-Christ dans cette grande modestie qu'il a fait paraître en conversant avec les hommes : elle a été en lui si remarquable et si charmante, que saint Paul voulant obtenir quelque chose des fidèles, les en prie et les conjure par la modestie de Jésus- Christ : Obsecro vos per modcstiam CInisli ( // Cor. x, 1. ) Or cette modestie venait de la présence de la divinité, ou plutôt c'était un rayon même et un rejaillisement de cette divinité qui habitait en liii, selon la pensée de saint Ambroise : Nodestia, portio Dei est. Elle le rendait adorable et aimable tout ensemble aux yeux des anges et des hommes ; elle le faisait reconnaître, au milieu même de ses abaissements et des états les plus humiliés de sa vie, pour le Dieu d'une souveraine majesté : Appartiit tnter homines modestut Dominus humilitatiSf dit saint Bernard. Admirez en lui .l'éclat de cette vertu ; remerciez-le de l'exemple qu'il vous en donne, et de la part qu'il veut vous donner aussi à cette grâce ; rendez-lui ensuite vos autres devoirs.
Deuxième point : Communion. — Considérez les raisons que vous avez d'être bien modeste dans vos récréations.
La première, c'est que vous êtes aussi bien devant Dieu, et proche de Dieu dans le temps de la récréation, que dans les autres temps de votre vie ; et par conséquent vous devez y être aussi modeste. C'est là ce grand fondement de la modestie chrétienne, et la principale raison dont saint Paul se OElvres compl. de m, Tiionson. I.
sort pour exhorter tous les Chrétiens à cette verlu : Modestia vcstra nota sit omnibus hominibus ; Dominu* enim prope est. ( Pliilip. iv, 5. )
La seconde raison qui vous oblige de veiller encore davantage pendant le temps de la récréation, pour conserver la modestie, est que pour lors vous avez plus de sujet cl d'occasion de la perdre; car dans la récréation, 1" on perd plus aisément la présence de Dieu qui vous maintenait dans l'ordre; 2° les occasions des ris immodérés, des regards mal réglés, des contenances et des postures peu modestes, des jeux désordonnés et de mille autres immodesties sont plus fréquentes; 3° on s'y laisse aller bien plus facilement qu'en un autre temps; car on se persuade même souvent que cela est nécessaire pour se bien récréer. Ainsi on le fait sans scrupule, parce qu'on croit le devoir faire, et ou s'écarte par là très-aiséraenl des termes que demandait la modestie.
Troisièmement, il n'y arien qui soit plus utile e. plus édifiant pour le prochain que cette modestie. Car 1» elle empêche que les autres ne se dérèglent , c'est l'effet que saint Bernardin, étant encore jeune, produisait sur ses compagnons dont le libertinage était arrêté par la seule vue de sa modestie. 2° Elle porte aussi les autres à la vertu ; c'est ainsi que sîunt François d'Assise prêchait et invitait les âmes à la dévotion : Justi sanat aspectus, et admonitio cor.rcctionis est, et ipsi oeulorum radii virtutem quamdam videntur inj'undere. (S. AMBR.,tn psal. cxviii.) Et c'est ainsi que vous devez tâcher de gagner vos frères dans le temps môme de vos récréations. Etiam pul~ clirum enim est ut videaris et prosis! (Id., ibid. )
Ainsi l' ce que nous devons à Dieu, qui est présent et nous regarde dans nos récréations ; 2' ce que nous nous devons à nous-mêmes, pour ne point tomber pendant ce temps-là dans quelque dérèglement ; 5' ce que nous devons au prochain pour le retenir suavement dans son devoir, sont les trois motifs que vous devez peser devant Dieu pour vous convaincre de l'obligation de veiller particulièremenc sur vos récréations, afin d'y conserver la modestie, Examinez-vous sur vos récréations passées. Confondez-vous d'y avoir commis tant d'immodesties ; demandez-en pardon à Dieu avec la grâce de vous tenir plus sur vos gardes à l'avenir.
Troisième point : Coopération. — Première résolution : Prenez bien garde à tout ce que vous direz dans les récréations, de peur qu'il ne s'y glisse quelque parole peu conforme à la sainte retenue que vous devez avoir dans votre état.
Seconde résolution : Ne jouez jamais à aucun jeu qui puisse choquer la bienséance de votre profession.
Troisième résolution : Réglez-vous tellement dans vos récréations et vos diveriisseraents, que selon le désir de saint Augustin : M omnibus motibus vcstris niVii/ faciatis quod cujusquam offendal aspectum, scd quod vettram deceai sanctitatem.
Enfin su'tvez l'ans de saint Thomas ( 2-2, q. 108,
a. 2) : Attende m jocis, ne totaliter (jravitas animœ resolvatur. iW, dit saint Anibroise, dinn relaxare animum volumus, solvamus Itarmoniam, quasi con^ centttm qncmUam bonorum operum. {0(f., lib. i, C. 15.) Ou, comme dit saint Augustin : Ne ad ludendum relaxcutur habetiœ ultra tempcramenlum severitatis in dissolutiouetn uffectionnm variarum. [Conf., lib. II, c. 5.)
De la grande charité qu'ondoit avoir pour le prochain dans les récréations.
Premier point : Adoration. — Adorei: Noire-Seigneur dans la charité admirable qu'il a eue pour le prohain : en quelque temps, en quelque état, en quelque action de sa vie que vous le regardiez, vous ne le trouverez jamais sans la pratique de cette vertu. C'est elle qui Ta tiré du sein de son Père et qui l'a fait descendre du ciel pour converser avec les hommes; c'est elle qui a fait qu'il n'a conversé avec eux que dans la disposition de donner sa vie pour leur salut ; c'est elle aussi qu'il a laissée à ses disciples, en retournant à son Père, comme la principale portion de son héritage, et la première marque à laquelle on reconnaîtrait qu'ils lui appartiennent : Jn hoc coynoscent omnes quod discipuli met estis ,* si eharilatem habuerilis ad invicem. [Joan. xiii , 55.) Admirez votre Sauveur rempli de cette divine charité ; adorez son cœur, unique source, mais trèsféconde de cette vertu. Remerciez-le ; bénissez-le; aimez-le de ce qu'il vous appelle si suavement, mais si puissamment à vous en rendre digne.
Deuxième point : Communion. — Pour vous obliger d'avoir beaucoup de charité pour vos frères, particulièrement dans vos récréations, considérez 1° que, puisque cette charité est la marque que Notre- Seigneur donne pour connaître ses disciples, c'est-àdire les véritables Chrétiens; comme sans elle il ne peut y avoir d'homme véritablement chrétien, aussi ne peut-il y avoir d'action véritablement chrétienne qui ne porte ce caractère. C'est l'image du prince, qui doit être imprimée sur la monnaie, autrement il ne faut point s'attendre qu'il l'a reçoive en payement. Si donc elle manque à votre récréation , ne croyez point que Dieu l'agrée : cette action ainsi faite ne peut point être chrétienne; ainsi elle ne doit être que rejetée de Dieu.
2° Si vous n'avez une grande charité pour vos frères dans les récréations, vous empêcherez qu'ils ne se divertissent ; car vous les choquerez dans leur humeur, vous ne condescendrez |)oint à leur inclination, vous contredirez ce qu'ils diront, vous voudrez ce qu'ils ne vomiront pas , et vous vous opposerez à ce qu'ils désireront. Quand ils voudront jouer, vous ne le voudrez pas; quand ils vous inviteront à un jeu , vous voudrez jouer à un autre ; quand ils voudront aller à la promenade, vous "Vgiulre/, demcur^T à la maison; quand ils iront d'un
côté , vous n'irez qu'en grondant, ou vous irez d'un autre. Le moyen qu'ils se divertissent avec vous , et qu'ils trouvent leur joie dans cette continuelle opposition ? C'est une voie pour leur rendre plutôt la récréation ennuyeuse , et pour leur en donner du dégoût. Ainsi , à moins qu'une grande charité ne vous fasse un peu condescendre à leurs désirs, vous vous opposerez assurément au dessein de Dieu sur eux , qui veut qu'ils se récréent. Considérez ce que c'est, dans les choses mêmes qui vous paraissent les plus indifférentes, de vous opposer aux desseins de Dieu sur vos frères; et vous trouverez dans celte considération un second , mais un puissant motif pour vous obliger d'avoir pour eux une très-grande charité.
5" Quand vous seriez assez fidèle pour vous prêter au bon plaisir de vos Irères , et pour ne vous poii.t opposer aux desseins que Dieu a sur eux dans les récréations, vous vous opposerez pourtant au dessein qu'il a sur vous-même, si vous n'avez une trèsgrande charité ; car il veut dans ce temps que vous vous récréiez aussi bien que vos frères. Or, se récréer en condescendant à leur humeur, à moins que d'avoir une extrordinaire chanté, c'est impossible ; car sans cela vous ne leur condescendrez qu'avec une extrême peine et une très-grande violence; vous en aurez même du chagrin, et la récréation vous deviendra une occupation sérieuse, plutôt qu'un temps de divertissement et de repos, comme peut-être vous ne l'aurez que trop reconnu par votre propre expérience. Ainsi, comme il n'y a qu'une très-grande charité qui se prête volontiers au désir des autres, il est aisé de voir qu'elle est absolument nécessaire pour les récréations chrétiennes.
Examinez-vous sur la charité que vous avez pour le prochain dans les récréations; tâchez de remarquer les fautes que vous y avez faites par le passé; humiliez-vous-en devant Dieu; demandez-lui-en pardon, et le priez instamment de vous rendre fidèle à toutes les pratiques de cette vertu , dont vous trouverez les occasions.
Troisième point : Coopération. — Première résolution. Prenez garde, autant que vous le pourrez, de ne rien faire et de ne rien dire dans le temps de l;i récréation qui puisse faire peine à vos frères.
Seconde résolution. Préférez toujours les divertissements qu'ils désirent à ceux qui vous satisferaient davantage.
Troisième résolution. Tâchez même, par charité pour eux, de contribuer à leur divertissement, et d'accroître leur joie soit par des discours gais, soit par une humeur plus enjouée , soit par d'autres iuventi(ms que la charité vous fournira; et, regardant votre prochain comme l'enfant de Dieu dont vous êtes l'esclave, croyez que ce vous est un plus grand honneur que vous ne méritez que d'être employé ù divertir les enfants de votre maître
MANUEL DU SEMINARISTE. — MEDITATIONS SUR LES RECREATIONS MÉDITATION VIL
Du support des dt^fauts du prochain dans les n'créations.
PrxEMitR POINT : Adoration. — Adorez la bonté, la palienco ot la charité avoo laquolle Nolro-Soignour a supporté autrefois, pendant sa vie, les grossièretés f i les imperfections des hommes; et la douceur avec laquelle il vous supporte encore tous les jours avec vos défauts, sans se lasser de vos miscrcs. Pensez-y sérieusement , cl vous verrez le grand sujet que vous avez de Tauner, de le louer, de le bénir, de le remercier de son immense bonté et de sa miséricorde infinie envers vous ; et rentrez en vous-même pour lui rendre ces devoirs du plus profond de votre cœur.
DELxitME point: Communion. — Considérez 1" que de supporter les infirmités et les défauts de vos frères, étant un commandement exprès que Noire- Seigneur donne par la bouche de son Apôtre , vous avez une obligation spéciale de vous y soumettre comme Chrétien : AUeraltcriusonera porlate , et sic adimplebitis legem Christi {Galat. vi, 2) : supportantes invicem in charitate Christi. (Ephes. iv, 2.)
Considérez 2" que ce commandement est appelé une loi de Jésus-Christ , non-seulement parce que c'est Jésus-Christ qui Ta donnée aux hommes, mais parce qu'elle est nécessaire pour être à lui. C'est pourquoi elle a été mise comme une pratique essentielle dans le christianisme, dont l'obligation est si étroite qu'il n'y a point d'occasion , de lieu , de temps ni de personne qui en puisse dispenser. Si donc vous vous en dispensez dans le temps de vos récréations , vous ne laissez pas de violer la loi de votre maître , ce qui est une évidente rébellion , et de contrevenir aux engagemens les plus indispensables de votre profession, ce qui est une manifeste infidélité.
3° Vous êtes bien aise qu'on vous supporte dans vos défauts et dans vos mauvaises humeurs, car en vérité pensez-vous n'avoir point d'imperfections? pensez-vous ne faire jamais de peine à vos frères ? pensez-vous ne leur être jamais à charge ? Vous savez en votre conscience ce qui en est. Puisque donc vous voulez qu'ils vous supportent , n'est-il pas juste que vous les supportiez aussi patiemment : In Spiritu lenitatis , in charitate Dei , et patienlia Christi ? {Galat. VI, 4.)
A° Enfin Notre-Seigneur vous souffre tout imparfait que vous êtes devant ses yeux, souffrez donc les
autres pour son amour; ce sont ses frères, ce sont ■ses entants, ce sont ses membres. Ne devricz-vons pas être ravi d'avoir occasion de lui rendre la pareille , et de pouvoir supporter avec charité les dé* fauts de st'S membres , puisqu'il supporte les vôtres avec une si grande patience? Sustinuit te dileclus, sustine tu dilectiim. (S. Beun.)
Examinez-vous sur le pou de condescendance que vous avez eue pour vos frères dans vos récréations. Confondez-vous devant Dieu d'y avoir mancjué si souvent; dcmandez-lui-cn pardon, et priez-le de vous .ïccordcr la grâce d'en'faire pénitence, et d'être plus fidèle à l'avenir à supporter les défauts de vos frères.
Troisième point : Coopération. — Tous les défauts de vos frères, qui sont les charges que saint Paul vous commande de porter, se réduisent à trois principalement : et ce sont les trois sortes de résolutions que vous devez prendre.
1* Aller allerius onera portate ; c'est-à-dire , supportez les infirmités naturelles , comme l'expliquent saint Chrysostome, saint Anselme et saint Théophy lacté : par exemple les défauts corporels dans le parler, le marcher; certains caractères fâcheux, colères, mélancoliques, ombrageux, moqueurs, etc.... Ainsi il faut que le grand parleur supporte le taciturne, que le lent supporte celui qui est vif ; et cela se fait en n'en té moignant point d'indignation, ni de peine.
2° Alter alterius onera portate; c'est-à-dire les péchés que l'on voit commettre dans les récréations. Il faut nous résoudre à porter cette charge, non pas en louant ou approuvant le péché de votre prochain , ou en vous y laissant aller à son exemple , car cela n'est jamais permis; mais 1° en compatissant à celui qui pèche ; 2° en l'avertissant doucement et sans aigreur, si vous croyez que cela lui serve; 5° avertissant même ceux qui y peuvent mettre ordre, si le mal ne peut se guérir autrement; A° priant pour lui ; 5° le supportant pour lors sans chagrin , sans se fâcher contre lui.
.5° Alter alterius onera portate; c'est-à-dire, selon l'explication du mot grec, gravamina quœcunqtie proximum gravant : tout ce qui fait de la peine au prochain, comme seraient ses scrupules, ses désespoirs, ses vaines frayeurs, il faut vous résoudre à porter cette charge, en compatissant à son affliction, l'aidant, le consolant, l'encourageant, le fortifiant : /« spiritu lenitatis, in charitate Dei et patientia Christi.
a:i!VRES COMPLETES DE M. TUONSOX.
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SELECTE SS. CONCILIORUM
ET
PATRUM SENTENTI/E
Le sacralissimo clericorum ordine ac de eorum vita prœcipuisque virCutihug.
I. Sacerdolum tam excellens est eleclio , ut qucc in aliis EcclesiiE nienibris, non vocantur ad culpani, in illis tamen habeantur illicita. (S, Léo, epist. 84, Âd Anastas.)
IL Plcriimtiue quod in laicis culpa non est , hoc cihnen est in sacro ordine constiiulis. (S. Grec, lib. XVI 11, epist. 5.)
IIL Tanluni intcr sacerdolem et' queiulibet probum interesse débet, quantum inter cœlum et lerr:un discriminis est. (S. IsiDon. Pelus., lib. ii, epist. 205.)
IV. Cum vilissimis sil computandus , nisi sanctilate prcecellat, qui est honore praeslantior. {Synod. Andetjav., an. 1295.)
V. Quod sumus professione , actione potlus quam nomine demonstrenius : ut nomen congruat aclioni, aclio respondeat nomini ; ne sit nomen inane, €rimen immane ; ne sit honor sublimis , et vita defonnis ; ne sit deifica professio , et illicita aclio. (S. Ami!uos., De dignit. saeerd., cap. 2.)
YL Monstruosa res gradus summus, et animus infiraus ; sedes prima, et vita ima ; lingua magniloqiia, et nianus otiosa; sermo multus, et fructus imllus ; vultus gravis , et aclus levis ; ingens auctoritas, et nulans stabilitas. (S. Beiin., De consider., L II , c. 7.)
VIL Tanto antistare cseteris (clericos) oportet devotione, qiianlo antistant omnibus dignitate , et lantuin exceliere merito quantum gradu. (Salvian., iib. 11 , Ad Ecoles, calliolic.)
VHL Quomodo eniin potest observari a populo, qui nihil liabet secretum a populo, dispar a niulti- \udlne? Quid enim in te miretur, si sua in te recognoscat; si niliil in te aspiciat quod ultra se inveiiiat; si quai in se erubescit in te ijuem reverendum arbitratur offcndat? (S. Ambros., lib. m , epist. 20.)
IX. Erubescant sacerdotcs, si sacratioris vitai inveniantur laici , qui hujus mundi fluctibus sunl irainersi. (S. Petr. Bles., serin, 12.)
X. Quomodo aiitem non sit confusio esse illos inferiores laicis, quos etiam îcciualcs esse confusio est. (S. CiiRYSosT., hom. 40, Oper. imperf. in Matllu)
XL Non solum episcopi , presbyteri , et diaconi (lebent magnopcre providere , ut ciinctum populuni cui pricsident conversatione , sermonc , ac scientia praiccdant : vcruin etiam et infcrioris gradus oxorcisUe, lectores, a^ditui, ol omnos omniiio (pii doiniii l)«i deserviuiil , quia vehemenler Eccli'siaiu De»
deslruit , meliores laicos esse , quam clericos. (S. HiERON., in Epist. ad Til. , c. u.)
XII. Emendaliorem esse convenit populo, qiiem necesse est orare pro populo. (Hûrmisd. pap., episl. 25.)
XIIL Nam tolius familiae Domini status, et ordo nutabit, si quod rcquiritur in corpore, non invenialur in capite. (S. Léo , epist. 87, Ad episcop. Afric.)
XIV. In nuUis sil miner, qni cunctis est polior (S. CiiRvsosTOM., hom. De eo qui incidit in tatr.)
XV. Homo Christianus fortiter cadit in peccato, aut propter magniludinem peccati ; ut puta si laicus homicidium fcceril : aut propter allitudincm dignitatis, ut puta si sil clericus. Clerici elsi pondus peccati non habent, id est etsi grande peccatum non fecerint, sed levé; tamen forliter pereunt, propter aUitudinem dignitatis. (S. CiiRVSosroM., hom. 40,, Oper. imperf. in Maltli.)
XVI. In clero tanquam in cœlo gerens iniqua, quid nisi de luinislerio judicelur? cœleste tenet officium ; angélus Domini exercituuiii factus esl : tanquam angélus aut eligitur, aut rcprobatur. Inventa quippe in angelis pravilas, et districlius judicelur necesse est, et inexorabiliusquam humana. (S. Bernard., in Déclamât.)
XVII. NuUum puto ab aliis niajus pn-çjudicium, quam a sacerdotibus tolérât Deus, quando eos, quos ad aliorum correctionein posuit, dare de se exempla pravitalis cernit : quando ipsi peccamus, qui compesccre peccata debuimus : nulla aniniarum lucra quxrimus, ad nostra quolidie studia vacaïuus. (S, Gregor., hom. 7 in Evang.)
XVIII. Sisal evannerit,in quo salietur? etc. Alii enim si sacpe délinquant, possunt tamen ad veniam pervenire : si vere iioc magister ipse patialur, omiii satisfactione privabitur, et supplicia cxtrema persolvet. (S. CiiRYSosT., inMattli., v.)
XIX. Quis aliquando vidit clericum cite pœnitentiain agontcm? sed et si deprehonsus humiliaveritse, non ideo dolct quia pecravil, sed confunditiir, (|iiia perdidit gloriam suam. (S. Chrysostom., hom. 40, Oper. imperf. in Matlli.)
XX. Laici dclinquenles, facile emendantur; clerici autem si mali fuerint, inemendabiles sunl. (lo., ibid., hom. 43.)
XXL Erubescit ouim aliquando reus vidcri, qui Minper fueral judex. (Id. , ibid.)