‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 86 sur 303 · I. — Par rapport a sa propre condtiilc · texte numérisé non relu

I. — Par rapport a sa propre condtiilc

1° La vraie prudence veut que Dieu et le salut l'emportent sur tout ; ce que ne fait pas la prudence de la chair, la prudence mondaine et la politique.

2' Elle exige qu'on mène une vîe régulière et exemplaire, pour attirer l'estime et la Coniiance des autres, et donner du poids et de l'autorité au gouvernement.

3° Quelque élevé qu'on soit en dignité, elle veut qu'on se tienne toujours dans des sentiments de modestie et d'humilité, sans trop de bassesse néanmoins et sans faiblesse.

4° Elle ne permet pas qu'on se livre à des inquiétudes et à des troubles mal fondés ; ce qui fait que, quand on a fait moralement ce qu'on a pu pour bien prendre son parti, il faut abandonner le tout Ji la Providence ; et quoi qu'il en arrive, il ne faut pas entrer en trouble et en scrupule.

5" Comme les occupations extérieures, même nécessaires, et qui sont dans l'ordre de Dieu ou du ministère, dissipent toujours, et produisent quelque diminution de ferveur et de dévotion intérieure, il est de la prudence de réparer cette perle par quelques jours de retraite, au moins une fois l'année. IL — Par rapport à la conduite des autres.

1° Ne pas s'ingérer soi-même dans la conduite des autres ; aussi ne la pas refuser, qmvnd les supérieurs ecclésiastiques y appellent : y éviter également la présomption et la pusillanimité.

2° Gagner les esprits et les cœurs : pour cela , donner un accès libre et facile à tout le monde, et surtout aux petits; être affable, humble, officieux, prêt à rendre service et de bonne grâce ; ne poin».

1. Faire le meilleur choix qu'il se peut des per- faire de refus mal placés, et, quand on est obligé do

sonnes les plus capables de le donner bon.

2. Leur exposer avec une entière droiture et sincérité les choses sur lesquelles on les consulte, sans chercher à les faire tomber dans notre sens ou nos désirs.

3. Suivre leurs avis avec docilité. En certaines affaires, il est bon et quelquefois nécessaire de prendre conseil de plusieurs. Si leurs avis se trouvent contraires, il faut lâcher de découvrir quel est le meilleur et le suivre : et on peut le découvrir soit par la force des raisons, soit parla plus forte autorité et lumière de ceux qui ont donné un tel conseil.

C* Il faut éloigner certaines dispositions qui sont fort contraires à la prudence. Ces dispositions sont : 1. du côté de l'esprit, la prévention, la précipitation, l'inapplication, l'empressement et l'entêtement.

2. Du côté du cœur, la passion, l'humeur, l'empressement, la négligence, un zèle mal réglé et une trop grande attache à ses propres intérêts, ou une excessive délicatesse sur son autorité, ou sur le point d'honneur.

3. Du côté de la conscience, il faut bannir le péché : il faut être pur pour mériter d'être éclairé de Dieu.

refuser, accompagner le refus des manières les plu» obligeantes, et faire sentir la peine qu'on r à le faire. En refusant, il vaut mieux ne point donmr de raisons, que d'en donner de mauvaises ou de trop faibles.

3" S'attacher à l'essentiel et au nécessaire, et ne pas le perdre pour s'attacher trop fortement à des choses de moindre conséquence , à plus forte raison si c'était des minuties. Sous ce prétexte, néanmoins , il ne faut pas négliger certaines petites choses dont les suites peuvent devenir considérables ; mais il faut toujours commencer par le nécessaire , et le préférer au reste.

i' Il (faut souvent laisser aller quelque chose moins bien , pour que la paix et l'union aillent bien.

5° Il faut savoir, en certaines circonstances, user de dissimulation. Quand on n'est pas en pouvoir de remédier aux maux , il faut dissimuler pour attendre les circonstances et les moments favorables ; quand ils sont arrivés , les saisir et en profiter.

6° C'est une illusion de vouloir conduire tout le monde parles mêmes routes, ou de les conduire comme on se conduit soi-même. Les desseins de Dieu sont différents, les attraits ne sont pas lesiuê-

Tri! OEUVRES COMPLETI

mes , et loul le monde n'est pas également capable «le tout. Il est des âmes bornées en tout sens; c'est se fatiguer beaucoup et inutilement, et les fatiguer elles-mêmes et les décourager.

7° Bleu assortir et bien assaisonner les avis et les corrections. Potir cela il faut :

1. Etre assuré de la faute qu'on veut corriger, ei. S', on a quelque doute, en parler comme d'un doute.

2. Il faut avoir espérance que la correction aura un bon effet et sera utile : si l'on croit qu'elle fera plus de mal que de bien , il faut s'en abstenir.

5. Autant qu'il se peut, attendre les circonstances et les moments favorables

4. Ne la jamais faire dans le temps qu'on se sent ému d'indignation , ou d'un zèle trop vif et trop empressé.

5. Il faut, quand les fautes sont secrètes, que les corrections le soient aussi.

6. A l'égard des gens du monde , il ne faut ordinairement faire la correction que pour des fautes cons'dérables. Qui voudrait relever tout en eux se rendrait très-importun et très-incommode.

7. Il faut adoucir l'amertume de la correction par beaucoup de ménagements , de bonnes manières et de charité ; ne pas chercher à faire de la peine à la personne , mais seulement à la corriger.

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