‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 87 sur 303 · III. — Par rapport aux affaires · texte numérisé non relu

III. — Par rapport aux affaires

i" Ne pas se charger d'affaires étrangères à notre état, sans une vraie nécessité ; et préférer toujours celles de notre état à tout le reste.

2" Ne pas trop se charger d'occupations extérieures, même bonnes et convenables à notre état, parce que trop d'occupations 1° détourne du soin qu'on doit avoir de son salut, et emporte le temps destiné aux exercices de piété et à l'étude; 2° empêche de bien faire chaque chose en particulier : on estropie tout pour faire trop. 3" On fait les choses avec une certaine précipitation et empressement, qui fait tort à la tranquillité qu'il ne faut jamais perdre. 4° On ruine sa santé et ses forces. 5° On se dissipe beaucoup, on se néglige soi-même.

' 3» Il faut bien étudier la nature et la qualité des affaires dont on s'est chargé ; prévoir les moyens, les obstacles, les expédients, les ressources, et demander les avis des personnes intelligentes et désintéressées.

4° Il est de certaines petites choses de détail faciles à mettre en oubli ; il est bon , pour cette raison ,

de les exécuter sur-le-champ , quand cela se peut.

5° Il faut employer dans les affaires, selon leur exigence et les circonstances, la diligence ou la lenteur. Il faut en général user de promptitude et de diligence, lorsque les aflaires se trouvent dans une position favorable pour le succès , à plus forte raison s'il y avait sujet de craindre de ne pas réussir en les différant plus lontcmps. Il faut user de lenteur quand le délai ne peut causer aucun préjudice, et qu'il y a sujet d'eçpérer que la longueur du temps sera favorable pour former des résolutions plus mûres et plus solides , et pour mener les choses à uu point plus sûr et plus aisé pour les bien exécuter.

6° Le secret étant Tàme des affaires , il est souvent de grande conséquence de le bien garder, et de ne pas se laisser pénétrer par ceux qui auraient intérêt de s'y opposer.

7° Quand on s'est déterminé le mieux qu'on a pO pour le parti qu'on a cru le meilleur, ordinairement parlant, il ne faut plus admettre dans son esprit les réflexions , les craintes, les perplexités et les irrésolutions, si ce n'est qu'on vînt à découvrir qu'on s'est trompé et qu'il serait encore temps de réparer cette faute involontaire.

8" Il ne faut pas, après qu'on a sagement entrepris une affaire , s'étonner et se troubler des embarras , des difficultés , des croix et des peines qui l'accompagnent : il faut user de patience, de prière et de confiance en Dieu.

9° Il faut s'employer avec autant d'affection et de soin que si le succès ne dépendait que de nous: mais il faut ne l'attendre que de Dieu.

HO" Quand on a réussi, il faut attribuera Dieu la gloire du succès et garder un silence rigoureux sur toute la part que nous croirions y avoir ; ne pas faire valoir notre industrie et notre conduite.

11" Quand on n'a pas réussi, s'humilier sans se troubler ni s'inquiéter , et ne pas perdre courage pour d'autres choses qu'il serait nécessaire d'entreprendre.

12° Le bon gouvernement demande qu'à l'égard des sujets qu'on emploie pour la conduite, on tâche d'obtenir d'eux le nécessaire, qu'on profite de ce qu'ils ont d'avantageux , qu'on supporte ce qui ne serait pas du mieux et du parfait, qu'on dissimule les défauts qui tiennent du caractère et dont il est très-difficile de les corriger, lorsqu'ils ne sont pas considérables.

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