‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 88 sur 303 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Le Traité de l'obéissante, dont nous publions aujourd'hui une nouvelle édition, est divisé en trois parties qui embrassent tout ce qui est nécessaire pour le bon ordre d'une communauté. La première traite de l'obéissance en général ; la seconde, de l'obéissance qu'on doit au directeur de sa conscience; la Iroisième, de l'obéissance qu'on doit au règlement de la communauté où Ton vit. Dans le développement de ces trois points, l'auleur reproduit, pour le fond les trois traités sur le même sujet, qui se trouvent dans l'ouvrage si connu du P. Kodriguez, Jésuite espagnol, Sur la perfection chrétienne etreligieuse. M. Tronson ne pouvait en eÉfet puiser à une meilleure source. L'ouvrage de Rodriguez est regardé avec raison comme un des plus solides et des plus complets sur les matières dont il traite. On y trouve réuni, dans un corps de doctrine, tout ce que les auteurs spirituels, anciens et modernes, ont écrit de plus remarquable sur la perfection chrétienne et religieuse; et cette matière, naturellement sérieuse, prend sous la plume du pieux écrivain un intérêt tout nouveau, par les développements que lui fournissent l'étendue et la variété de ses connaissances.

Cependant, quelque utile que soit en lui-même l'ouvrage du P. Rodriguez, il ne convient pas également à toutes sortes de personnes. L'auteur, ayant principalement en vue les religieux et surtout ceux de sa compagnie, entre souvent dans des détails qui ne conviennent point à d'autres personnes, et que les ecclésiastiques destinés à vivre dans le monde ne peuvent communément s'appliquer. Le but de M. Tronson, en relouchant les traités de Rodriguez sur la matière de l'obéissance, a été de les adapter aux besoins et à l'utilité des ecclésiastiques, particulièrement de ceux qui vivent dans les séminaires. Dans cette vue, il a supprimé tous les détails uniquement relatifs à l'état religieux, et les a remplacés par d'autres plus propres à l'état ecclésiastique. Non content de ces modifications importantes, il a quelquefois disposé dans un ordre plus méthodique l'ouvrage de Rodriguez, et confirmé sa doctrine par de nouveaux développements tirés des plus célèbres auteurs spirituels, particulièrement de saint Dorothée, de saint François de Sales et de saint Ignace de Loyola. Les témoignages de ces auteurs et de quelques autres, textuellement cités par

(2) Toyez, sur ces divers auteurs, la Biographie vniverselle. Pour ce qui regarde en particulier l'autorité de Métaphraste, voyez le P. Honoré de Sainte-

M. Tronson, ajoutent beaucoup de force et d'intérêt à l'ouvrage de l'auteur espagnol^

Parmi les emprunts que M. Tronson a faits à ce dernier, on remarque un certain nombre d'histoires tirées de quelques auteurs d'une critique peu sûre, tels que Moschus, Métaphraste, Césaire, Blosius, Surius et quelques autres (2). Quelques lecteurs seront peut-être étonnés que M. Tronson ait conservé des histoires si suspectes, et dont quelques-unes même paraissent peu vraisemblables ; ils seront portés à croire que M. Tronson lui-même les eût supprimés, s'il eût mis la dernière main à son travail, et surtout s'il l'eût publié de nos jours. Mais nous n'avons pas cru nous écarter de l'esprit et des intentions de M. Tronson en conservant ces histoires , nous sommes persuadés que de nos jours, comme au temps de M. Tronson et du P. Rodriguez, ces histoires, lors même qu'elles ne sont pas incontestables aux yeux d'une critique sévère, contribuent à éclaircir les matières, soit en montrant l'importance que tant de pieux auteurs ont attachée aux principes et à la doctrine qu'il s'agit d'expliquer, soit en mettant, pour ainsi dire, sous les yeux du lecteur la pratique de cette doctrine.

D'ailleurs, quelque singulières ou merveilleuses que paraissent quelques-unes de ces histoires, nous ne croyons pas qu'on doive les rejeter absolument comme des faits sans autorité et sans vraisemblance. Dans le fond, elles n'ont rien d'impossible aux yeux d'un homme raisonnable, et elles ne sont pas plus extraordinaires que plusieurs autres dont les vies des saints nous offrent l'exemple, et que la saino critique ne permet pas de révoquer en doute. Qu'il nous suffise de citer, à l'appui de celte assertion, la Vie de saint Antoitie, écrite par saint Athanase, et les Dialogues de saint Grégoire le Grand, dans lesquels on lit un certain nombre de faits extraordinaires, que la plupart des historiens ne font pas difficulté de rapporter sur le témoignage de si graves auteurs. Voici comment s'exprime à ce sujet un des plus judicieux critiques du dernier siècle. A l'égard des faits rapportés par saint Athanase, dans la Yie de saint Antoine, que l'on dit incroyables, ils n'ont pas paru tels, ni à saint Jean Chrysostomc, ni à saint AuguS' tin, qui ne manquaient ni l'un ni l'autre, ni d'esprity ni de capacité, ni de critique. L'histoire des combat^

Marie, Réflexions sur les règles et l'usage de la critique, tom. I, p. 203, etc.

OLUVUES CO-MPLETl

de saint Antoine avec les démons n'a rien de plus incroyable que ce que nous lisons dans l'Evangfle, qu'une légion entière de démons obsédait quelquefois un seul

homme ••. S'il est dit dans la Vie de saint

Antoine que le démon lui apparaissait sous la forme humaine, c'est le sentiment de plusieurs interprètes qu'il se présenta à Jésus-Christ sous la même forme^ pour le tenter. Enfin saint Athanase, dhns sa Lettre aux évêques de Libye, assure que le démon, pour noui séduire, prend souvent une forme étrangère. (D. Ceil- LiER, Histoire des auteurs sacrés ecclésiastiques, tom. V, p. 243.) Pour ce qui regarde les Dialogues de saint Grégoire, dit ailleurs le même auteur, il n'y rapporte que les faits qu'il croyait les mieux prouvés, après avoir pris toutes les précautions nécessaires pour s'en assurer. Il en avait vu lui-même quelques-uns, il avait appris les autres, ou de saints évêques, ou de saints moines, ou de supérieurs de monastères, ou de gens de condition; il n'en rapporte point sur des bruits populaires... La plupart des miracles rapportés

dans ces Dialogues avaient été opérés, ou sur tes Lombards {au milieu desquels on les rapportait) ou en leur présence ; en sorte qu'il était aisé de savoir, parmi les Lombards, si ces faits miraculeux étaient véritables, parce qu'ils ne pouvaient être fort aneiers, ces peuples n'étant entrés en Italie que depuis vingtcinq à trente ans. Il fallait donc que saint Grégoire crût ces miracles de notoriété publique, pour tes raconter (3).

Concluons de ces observations, qu'une critique outrée, à plus forte raison un certain esprit d'incrédulité, peu.vent bien tourner en ridicule les faits dont nous parlons, et les ranger hardiment parmi les fables; mais qu'un esprit droit et judicieux, à plus forte raison un Chrétien sincère, seront toujours bien éloignés de ces excès; toujours ils se feront une loi de tenir un juste milieu entre l'aveugle crédulité qui adopte sans examen les faits les plus extraordinaires, et la critique exagérée, qui rejette absolument tout ce qui sort de l'ordre commun. C'est dans cet esprit, que M. Tronson, à l'exemple de Kodriguez, a rapporté les histoires dont il s'agit; et pour peu qu'on examine de près le récit de ces deux auteurs, on verra qu'ils ne prétendent pas donner ces histoires pour des faits incontestables, mais seulement pour de pieuses traditions appuyées sur des autorités plus ou moins graves, et très-propres à éclairer le sujet dont ils traitent.

Après ces observations préliminaires, il nous reste à indiquer en peu de mots les améliorations qui distinguent cette nouvelle édition du Traité de l'obéis-

(3) Ibid. tom. XVII, p. 209. Fleury ne s'exprime pas sur ce sujet avec moins de réserve que D. Ceillier.Toi/. Fleury, Histoire ecclésiastique, tom. Il, liv. viii,'n. 13, tom. Vlll, liv. xxxv, n. 35. On lira ainsi avec fruit, sur cette matière, quelqties observations du l\ Touron, dans la Vie de saint Thomas d'Aquin, liv. m, cil. 8; et celles de M. Emery, dans les Préfaces de la Vie de la Mère Agnès, cl de l'Esprit de

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sance. L'auteur l'ayant composé uniquement .poui l'usage du séminaire de Saint-Sulpice, et sans aucun dessein de le publier, on y remarquait çà et là quelques négligences de style, et surtout des longueurs ou des répétitions assez fréquentes. Plusieurs textes latins étaient cités dans le corps de l'ouvrage avant leur traduction française, et non à la suite de cette traduction, selon la coutume et l'ordre naturel. Quelques-uns, quoique très-propres à confirmer la doctrine de l'auteur, ajoutaient peu de chose à ses développements, et, à raison de leur longueur, rendaient la lecture trop appliquante , surtout lorsqu'elle se fait en public, selon l'usage ordinaire des séminaires. D'autres étaient cités peu exactement, ou tirés de certains ouvrages douteux ou apocryphes: nous avons tâché de corriger ces défauts, sans altérer notablement le texte de notre auteur. Outre les négligences de style que nous avons fait disparaître, nous avons supprimé quelques longueurs ou répétitions inutiles ; nous avons renvoyé au bas des pages plusieurs textes latins qui, par leur longueur ou leur multiplicité, surchargeaient en quelque sorte le texte français ; lorsque nous les avons conservés dans le corps de l'ouvrage, nous les avons placés à la suite de la phrase ou de la pensée qu'ils doivent confirmer ou appuyer. Nous avons soigneusement vérifié toutes les citations des auteurs ecclésiastiques, d'après les meilleures éditions, en distinguant, lorsqu'il était nécessaire, les ouvrages douteux ou apocryphes d'avec ceux qui sont généralement regardés comme authentiques. Malgré tous les soins que nous avons pris pour cette vérification, nous n'avons pu découvrir la source de (juclques citations ; dans ce cas, nous les avons ordinairement conservées en notes telles que l'auteur les avait rapportées, pour ne pas nous exposer à supprimer mal à propos des témoignages dont une recherche plus attentive pourrait un jour découvrir la source; quelquefois, mais rarement, nous avons substitué des textes authentiques à des textes douteux ou apocryphes.

A la suite de l'ouvrage de M. Tronson on a placé, dans cette nouvelle édition comme dans la précédente, la Lettre de saint Ignace de Loyola sur l'obéissance, parce qu'elle est souvent citée dans ce volume, et qu'on peut la regarder comme un excellent résumé de la matière traitée avec plus de développement dans le cours de cet ouvrage. Nous avons reproduit la traduction de ccttre lettre qui se trouve à la fin de l'ouvrage intitulé : Règles et constitutions des religieuses de Notre-Dame, dont le premier établissement fut fait dans la ville de Bordeaux, par 3/"'« de Lcstonnac, fondatrice de l'ordre. Bordeaux, 1722 (-4).

sainte Thérèse.

(4) 11 parait que ces Constitutions furent dressées au commencenieiit du xvii* siècle, et du vivant de M'"° de Lcstonnac, par le P. de Borde, Jésuite, qui les tira presque entièrement de celles de saint Ignace; d'où il arriva que les religieuses du nouvel instiiut furent (luelque temps appelées Jésuitincs. ( Voy. le Dictionnaire de Moreki, article Lcstonnac.}'

3.-5 ÏRAI TK DK L ODEISSA.NŒ. - PART. I. OK LOlîElSSANCE EN GENERAL. 3o4

Daigne le Seigneur répandre ses bénediclions sur seule assurer le suecès de leur miiiislère, selon cet celouvragc ! Puisse-l-il raniuier parmi les ecdésias- oracle de l'Espril-Saim : Vir obcdkus loquelur viclo- ♦jques l'amour ei la pratique d'une vertu qui peut riam. {Prov. xxi, 28.)

TRAITÉ DE L'OBEISSANCE

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