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DE L'OBEISSANCE EN GENERAL

tandis qu'on n'en remarque jamais de bien soumises, qui ne soient irès-fidèles à conserver la oauvreté «'t la chasteté, aussi bien que toutes les autres vertus. C'est ce qui fait dire à saint Ignace, que tant que cette vertu fleurit dans les âmes, non-seulement les autres vertus ne peuvent s'y flétrir, mais elles y sont toujours chargées de fleurs et de fruits : Ilax duin (lonierit, florebuut.procul dubio redquœ (S. Ign.vt., Epist. de obed., n. 2.) Ce que les .saints -Pères ont si communément reconnu, qu'ils ont appelé l'obéissance la mère, la source et la racine de toutes les vertus : Maxima virtus, et, ut sic dixerim , origo materque virlnlum{\s. Xvgvst., Contra adversar. Icg. et propii., lib. I, n. 19), sala virtus quœ virtutes cœleras inenii inscrit, insertasque custodil. (S. Grdg., Mor., lib. xxxi, n. 28.) C'est pourquoi l'instruction la plus courte et en même temps la plus efficace qu'on puisse nous donner pour assurer notre salut, aussi bien que pour avancer dans la vertu et nous rendre parfaits en peu de temps, est de nous dire : Suivez fidèlement cette voie ; ne vous en écartez jamais, et vous serez bientôt parfaits : Hœc est via ; ambulate in eu, et non declinelis neque ad dexteram ueque ad sinistrani- [Isa. xxx, 21.)

Nous en avons un bel exemple en la personne de saint Dosilhée (S. Doroth., doct. 1 De renuntiat., n. 15), qui par ce moyen se vit en peu de temps élevé à une très-haute perfection et à une sainteté consommée. C'était un jeune homme noble, faible et délicat , qui , étant encore dans le monde , fut vivement saisi de la crainte de Dieu, et ressentit ^ii fond du cœur l'impression de ces paroles du psaume : Confiye timoré tua carnes meas; a judiciis enim tvis iimui. (Psal. cxviii, 120.) 11 résolut donc de quitter le monde, et de se retirer dans quelque communauté pour y passer toute sa vie sous le joug d'une exacte obéissance. Il se mit pour cet effet sous la conduite de saint Dorothée. Mais s'apercevant bien- » tôt que la délicatesse de sa complexion ne lui permettait pas de suivre le train de la communauté, et qu'il ne pouvait ni se lever avec les autres pour l'oraison, ni travailler comme eux et supporter les fatigues du corps, ni se contenter de la nourriture ordinaire, il résolut de se donner aux offices les plus bas de la maison, et de se consacrer au service des hôtes et des malades. Il passa cinq ans en cet exercice de charité, mais avec une telle exactitude et une si grande fidélité, que Dieu, le retirant a £ni au bout de ce temps, fit connaître à l'abbé du monastère que, tout jeune et infirme qu'il était, il avait reçu la récompense de saint Paul et de saint Antoine. Les autres frères, étonnés d'un si grand éloge, disaient à Dieu ! Hé ! Seigneur, où est votre justice? comment un homme qui n'a jamais souffert, (jui a passé une grande partie de sa vie dans les délices, qui ne s'est point mortifié avec nous, peut-il être comparé avec nous, qui portons tout le fardeau de notre règle :

sthenes : se ipsum offerreDeo, proprie Christianoruni est et aDostolorum. (Epist. 55, AdLucin.i

Pondus dici et œstus? {Mattli. xx, 1-2.) A quoi Dieu répondit seulement, qu'ils ne connaissaient pas assez la valeur et le mérite de l'obéissance, mais que cette vertu était si excellente que ce jeune homme, pour l'avoir exactement pratiquée, avait plus mérité en peu de temps, que tous les autres n'avaient fait avec toutes leurs austérités si longtemps continuées (15).

C'est donc avec grande raison qu'un ancien auteur, pour célébrer cette vertu et faire connaître le grand bonheur des âmes obéissantes, ne fait pas de difTicuUé de s'écrier : i 0 grâce heureuse et féconde, qui comprend le sommaire de toutes les vertus, qui nous mène à Jésus-Christ par la voie la plus simple, et nous élève en peu de temps an comble des vertus ! 0 fetix et a::irûdans grat.a, in uhundantia sntnma virtutum! nam simplici gressu hominem ducit ad Chrhtum ! i {Reg. monach., cap. 6, apud S. Hieron.)

C'est ce qui faisait aussi que les saints Pères du désert, qui connaissaient si bien le prix et l'excellence de cette vertu, ne se lassaient jamais d'obéir, et que jusqu'à la fin de leur vie, oans l'extrémité même de la vieillesse, ils la pratiquaient avec autant de ferveur que de jeunes novices. Saint Jean Climaque {Scala parad., grad. 4, De obedient.) en rapporte des exemples remarquables dont il avait été le témoin oculaire. Il rapporte en particulier que, dans un célèbre mor.astère qn'il était aile visiter, il vit plusieurs vieillards vénérables qui étaient aussi prompts à obéir que de petits enfants, et qui étaient toujours prêts à aller de côté et d'autre, selon que l'obéissance les envoyait. 11 remarque même qu'il y en avait quelques-uns parmi eux qui combattaient depuis plus de cinquante ans sous l'étendard de l'obéissance ; et comme il leur demanda quelle consolation ils avaient remportée d'une si grande et si longue fidélité, et quel fruit ils avaient recueilli de leur travail, quelques-uns lui répondirent qu'ils étaient arrivés par ce moyen jusqu'à un degré d'humilité qui les mettait à couvert de plusieurs <:ombats de l'ennemi ; d'autres l'assurèrent qu'ils étaient par là parvenus à un état où ils étaient in- .sensibles aux sanglants affronts et aux plus piquantes injures. Il apprit enfin qu'elle leur avait procuré à tous de si grands avantages, qu'ils ne pouvaient s'empêcher de la regarder comme un moyen assure pour acquérir toutes les vertus, et comme une marque certaine de grands progrès. Voilà quels ont été les sentiments des plus grands saints, et jusqu'où a été leur estime pour l'obéissance.

CIIAPITKK II.

Combien t'obéiasance est nécessaire dans les communautés.

Nous lisons dans la Vie de saint Fulgetice que,

(13) On trouvera ci-après (iii*^ partie, eh. 10) (piclqucs autres détails sur cette histoin; ûc saint Dosi- Ihée.

{\'t) lllos vere monachos e552 dicebat, qui, raor-

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parmi tant de belles instructions qti'il donnait à ses disciples, il leur disait surtout que ceux-là étaient véritablement rehgieux, qui avaient leur volonté tellement mortifiée et soumise à leurs supérieurs, qu'ils ne disaient jamais je veux ou je ne veux pas, et ne faisaient jamais rien que ce qui leur était commandé ou conseillé (14).

Ce que cet illustre abbé et ce saint évêque croyait si nécessaire pour faire de bons religieux, on le peut dire également de tous ceux qui vivent dans les communautés, et particulièrement dans les séminaires. Ce qui est le plus à souhaiter en eux, ce n'est pas qu'ils prennent de sanglantes disciplines, qu'ils se revêtent de rudes ciliées ou de haires piquantes, qu'ils aient beaucoup de force et qu'ils travaillent tout le jour, sans prendre de récréation ni vouloir de relâche ; ce n'est pas enfin qu'ils soient savants, grands docteurs ou excellents prédicateurs : mais ce qu'on désire par-dessus tout, c'est qu'ils soient parfaitement obéissants et tellement soumis à leurs supérieurs, qu'on ne trouve plus en eux de résistance, qu'on ne voie plus en eux aucune marque de propre volonté, en un mot, qu'ils ne -veuillent plus rien que ce que leurs supérieurs veulent et ordonnent. Voilà ce qui est absolument requis et tout à fait nécessaire pour un homme de communauté. Voilà aussi à quoi on s'appliquait davantage dans ces illustres et ferventes communau-

tés, qui ont été si renommées dans les premiers siècles de l'Eglise, et où se retiraient ceux qui, dégoûtés du monde, désiraient de vivre selon là pureté du christianisme et la perfection de l'Evangile. Cassien qui avait visité et observé de près ces anciennes communautés , pour s'instruire de leurs usages et de leur esprit, nous apprend que, lorsque quelqu'un se présentait pour être reçn, on le mettait d'abord sous la direction d'un ancien, qui étai^ chargé de la conduite des plus jeunes et qui devait leur apprendre les moyens de se rendre parfaits. Or il remarque que la première chose dont on les instruisait, et la première pratique à laquelle on les exerçait était de mortifier leur propre volonté. Dans cette vue , on leur commandait souvent les choses auxquelles ils avaient le plus de répugnance, afin de les former à une parfaite obéissance, et les anciens donnaient pour raison de cette conduite, qu'ils avaient appris par une longue expérience, que sans cela on ne pouvait pas vaincre la convoitise (15).

C'est pourquoi ils tenaient pour une maxime constante, que jamais on ne se rendrait maître de ses passions, qu'on n'(''loufferait jamais en soi l'esprit de fornication, qu'on ne vivrait point en union avec ses frères, et qu'il serait même impossible qu'on demeurât longtemps dans une communauté,

tificalis volunlalibus suis, parali essenl nihil vclle, iiihil nolle, sed abbalis taiitinnnutdo ((tnsilia vel |»r;ecepta servare. (Siims, Jauunr.)

[i'i) Scnioris qui junioribus pr;vcsl h^ec erit sol-

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à moins que de bien auprondrc, par les exercices de robéiswnce, à niorlilier sa propre voloiilé (IG). Voilà les niaxinios des saints et les senlinicnls des premières et des plus llorissantes communautés qui aient été dans l'Eglise.

Or ce qu'ils ont observe de leur temps se remarque encore tous les jours : car, si Ton examine de près ce grand nombre de persomies qui vivent aujourd'hui dans les communautés, et particulièrenienl dans les sémiuaires, on n'eu verra pas une seule qui ait surmonté ses passions, qui vive dans une grande union avec ses frères, ou qui puisse même y faire un long séjour, sans Testimc et la pratique exacte de l'obéissance.

C'est pourquoi le graïul s;ùnt Antoine proposait cette vertu à tous ses disciples, comme étant de la plus haute importance pour leur perfection et leur salut. Ce fut la principale instruction qu'il leur donna dans la célèbre Conférence de la direction, rapportée par Cassien, et qui dura presque toute une n;nt. On y proposa pour sujet d'entretien quelle était la vertu ou l'exercice qui pouvait rendre une personne invulnérable contre les attaques du démon, et la conduire plus sûrement au plus haut degré de la perfection (17). Cette question étant proposée, chacun donna son avis, selon sa disposition et ses lumières. Les uns dirent que c'étaient les abstinences et les veilles, parce que l'esprit, devenant par ce moyen plus libre et plus dégagé, et acquérant une plus grande pureté de cœur et de corps, se trouvait plus en état de s'unir à Dieu. Les autres soutenaient que c'était le mépris des choses du monde, parce que si l'âme pouvait y renoncer une fois entièrement , elle n'aurait plus He lien qui pût la retenir et l'empêcher de voler librement à Dieu. D'autres pensaient que c'était la retraite, parce que c'était là qu'on pouvait se fanriliariser avec Dieu, et s'attacher à lui plus étroitenievit. Quelques-uns dirent que c'était la charité «>nvers le prochain, à laquelle Notre-Seigneur promet de donner le royaume des cieux pour récompense. Enfin, après que chacun eut dit son avis, et qu'on eut passé à cela une grande partie de la nuit, saint Antoine prit la parole et dit que tout ce qu'ils avaient avancé était très-utile et même nécessaire à tous ceux qui aspirent à la perfection ; mais que ce n'était pas néanmoins ce qui lui paraissait le principal moyen cl le plus infaillible pour posséder Dieu ; qu'une longue expérience lui avait fait con-

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naître que plusieurs n'avaient pas laissé, avec tout cela, de se perdre ; que pour lui, il n'estimait rien de plus nécessaire que la discrétion, sans laquelle il est impossible qu'on ne s'égare, et avec laquelle on ne manque jamais d'arriver au comble des vertus et au sommet de la perfection. Expliquant ensuite ce qu'il entendait par celle discrétion, il lit connaître que c'était de ne se conduire jamais par soi-même, mais de se soumettre en tout au conseil et à l'avis des anciens : sans quoi, tôt ou lard, on s'égarait dans la vanité de ses propres pensées, et on se perdait par les sentiments d'une fausse présomption, comme Cassien le prouve en cet endroit par de terribles exemples.

Ainsi le grand avis et la première instruction que l'on doit donner aux personnes (jui veulent travailler tout de bon à leur perfection, surtout dans les communautés, est de bien obéir ; et non-seulement c'est la première instruction, mais on peut assurer avec confiance qu'elle sullirait, si elle était bien observée. Si l'on vous demandait cent fois ce qu'il faut faire pour devenir très-saint, vous pourriez être assuré d'avoir satisfait à celte demande, en répondant cent fois : // ne faut qu'obéir.

Cette obéissance, si importante pour le bien de chaque particulier dans une communauté, n'est pas moins nécessaire pour le bien de la communauté même ; car sans cela il faut nécessairement qu'elle t»ml)e en décadence et qu'enfin elle périsse, quelque bien établie qu'elle puisse être, et quelque puissant appui qui la soutienne. Oui, il faut de toute nécessité qu'une communauté s'affaiblisse, quand l'obéissance n'y est pas en vigueur ; comme il faut qu'elle tombe tout à fait en ruine, lorsqu'il n'y a plus de soumission dans les sujets qui la composent. C'est ce que saint Jérôme nous fait comprendre par plusieurs comparaisons sensibles. « Comment, t dit-il, * pourrait subsister un royaume dans letjuel les ordres du magistrat et du prince ne seraient pas reconnus ? ne faut-il pas qu'une Eglise périsse, qui ne veut plus suivre les ordres d'aucun pasteur ? y a-l-il même aucune famille où il ne faille de la subordination et de la dépendance? quelque forte et nojnbreuse que soit une armée, si elle n'obéit plus à son chef, il est impossible qu'elle se conserve ; el quelle espérance y aurait-il de faire une bonne navigation el d'arriver heureusement au port, si chacun voulait conduire le vaisseau selon sa fantaisie, sans avoir égard aux ordres du pilote? » En un

Hcitudo et eruditio principalis, per quam junior in- Iroductus ascendere consequenler cliam culmina perfeclionis summa pr?evaleal, ut doccat eum primitus suas vincere vohinlates; quciu studiose in his ac diligenlor exorcens, lucc illi semper imperare de industria curabil, qusc senscril animo ejus esse contraria. Mullis siquidem experimentis edocti tradunt monachum, et maxime juniores, ne voluptatom quidem concupiscciiti;c su;e refrenare possc, nisi prius morlificare per obedicnliam suas didicerinl volunlaics. {De imiit., lib. !v, cap. 8.)

(16) Idcoque pronunliant nullalenus praevalere vel iram vel Iristitiam vel spirilum fornicalionis exstinguere, sednec cum fratribtis unilalem, nec diuturnam firmamque posse retinere concordi-im, sed nec in cœnobio diu perdurare eum qui prius voluulates suas non didicerit superare. [Ibid.)

(17) Qua;nam virtus vel observaiitia possit a diaboli laqueis ac deceplionibus custodire semper illav sinii, vel certe recto iramile lirmoquc gressu ad pcrfectionis culmcn perducere. (Collai. "1. c. 2, )

Wh OEUVRES COMPLETES DE M. TRONSON.

Jiioi, le Fils de Dieu Ta dit, et il est certain que raient

tout royaume divisé sera désolé : « Omne re(jmim in se ipstim divisum desolabitur. i ( Luc. xi, 17. ) Or quelle plus grande division que celle qui a lieu dans un royaume, lorsque les sujets ne veulent plus reconnaîfre leur roi ; dans un Etat, lorsque les peuples se soulèvent contre leur souverain ; dans une communauté, lorsque les inférieurs ne veulent plus obéir aux supérieurs ? Une communauté, en cet état, n'est plus comme cette tour de David où Ton trouvait des boucliers et toutes sortes d'armes pour la défense du peuple d'Israël : Turris David... œdiftcata cum propugnaculis ; mille cltjpei pendent ex ea, omnis armatura fortium ( Cant. iv, 4 ) ; mais c'est une vraie tour de Babel, où l'on ne voit que la confusion et la discorde : ce n'est plus une Jérusalem, ville de bénédiction, d'abondance et de paix ; mais une Babylone, ville de malédiction et de dure captivité pour les serviteurs de Dieu : ce n'est plus une terre promise, fécondée par la rosée du ciel, et où coulent le lait et le miel ; mais c'est une terre stérile qui porte en elle-même les effets de la malédiction prononcée contre les montagnes de Gelboé : Montes Gelboe, nec ros nec pluvia veniant super vos... quia ibi abjectus est cltjpeus fortium. ( // Beg. 1,21.)

C'est ce que doivent considérer attentivement tous ceux qui entrent dans une communauté, sans avoir une ferme résolution d'y obéir, ou qui, ayant eu celte résolution, négligent de s'y rendre fidèles : car s'ils font attention que c'est principalement par la désobéissance que les communautés se ruinent, ils verront à quoi ils s'exposent, quand ils n'y vivent pas dans l'ordre, puisque toutes les actions qu'ils se permettent contre l'obéissance, sont aillant le coups qu'ils donnent pour ruiner la maison et en saper les fondements.

Nous lisons dans le Livre des Juges ( xv, 29), que Samson, ébranlant les colonnes qui soutenaient la maison où il était, la renversa de fond en comble et y perdit la vie avec les trois mille hommes qui s'y trouvèrent. C'est ce que fait celui qui n'est pas soumis dans une communauté ; car la première colonne qui la soutient, c'est l'obéissance. Il y en a trois sur les^juellcs nous voyons que sont fondées les communaut(;s religieuses, la pauvreté, la chasteté et l'obéissance ; et elles leur sont toutes trois tellement essentielles, que, si on en ôte une seule, il faut nécessairement qu'elles périssent. Mais pour 1(!S autres communautés, c'est l'obéissance qui les soutient : renversez celte colonne, il faut que la communauté tombe. Mais malheur à celui qui la renverse ; car il se rend coupable, non-seulement de la ruine de la maison cl de sa propre perle, mais encore de la mort de ceux qui s'y sont retirés, qui, croyant trouver un asilo et un port où ils se-

en assurance , n y rencontrent que des écq^ils, n'y voient que des tempêtes, et se trouvent malheureusement exposés à y faire naufrage ; car c'est une chose constante et reconnue par les saints, qu'une communauté où l'obéissance n'est plus en vigueur, n'est plus qu'un lieu de perte pour toutes lésâmes qui s'y retirent : Magnum animarum naufragium, in que regulœ et rectœ vilœ institutione^ non vigent. ( S. Epiireh., De humil. cap. centum,

Nous lisons dans Cassien que, pour éviter ce malheur dans les florissantes communautés de l'Egypte, les Pères ne prenaient rien tant à cœur que les pratiques exactes d'une parfaite obéissance ; et; ils les faisaient observer avec une telle sévétiié à teus ceux qui y entraient, qu'ils avaient pour règle générale de renvoyer dans le monde ceux qui, dans les commencements, se laissaient aller au murmure et à la désobéissance, même en des choses légères ; ce qui les conserva, durant plusieurs siècles, dans une ferveur qui a été et qui est encore en odeur de sainteté par toute l'Eglise (18).

Or, quoiqu'on n'exerce pas envers vous la même sévérité qu'on observait dans ces saintes et illustres communautés , ne soyez pas pour cela moins zélé pour la pratique de l'obéissance ; qu'il ne soit pas dit que vous vous relâchiez de vos obligations plus importantes, parce qu'on relàths quelque chose de cette première et ancienne rigueur ; suivez les traces de l'obéissance que les anciens Pères vous ont marquées par leur conduite ; faites votre fond et votre point capital d'un si saint exercice, et ne souffrez jamais que cette vertu soit violée pour quoi que ce puisse être ; puisque c'est à cela surtout qu'est attachée votre perfection, et de là que dépend principalement votre salut.

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