‹ Œuvres complètes de M. Tronson, supérieur du Séminaire de Saint-SulpiceChapitre 96 sur 303 · FAUT · texte numérisé non relu

FAUT

Du troùiième degré de l'obéissance , que l'on appcUc nbéissatice aveugle.

Le troisième degré de robéissancc consiste à conformer noire jugement à celui de notre supcrietir; on sorte que nous ne nous conlenlionspas de nous soumettre h tout ce qu'il nous ordonne, mais que nous croyions que ce qu'il nous ordonne, est raisonnable, sans nous mettre en peine d'en connaître les raisons. C'est là le plus excellent degré de celle vertu qtu? les saints ont regardé comme absolument nécessaire à to\is ceux qui se veulent donner à Dieu parfaitement , cl se consacrer à lui sans réserve : Qui se totum immolure vult Deo , dit saint Ignace, intelliijentiain ojferat necesse est , prœter volunlatem; ut non tolum tdem veli'l qtiod superior , sed etiam Idemseutiat, ejusque judicio sn'bjiciat sunm, (S. Ignat., Epist. de ott'c/.,n.9.) Saint Bernard nous donne une ^admirable leçon sur ce sujet, dans un sermon sur b conversion de saint Paul, oîi il montre comment iJKis devons imiter cet Apôtre. La conduite que Noire-Seigneur tint envers saint Paul, dit-il, en favcuglanl pour l'attirer à lui, n'est qu'une expression de ce qu'il désire faire en nous , pour notre perfection. Saint Paul ne fut pas plutôt frappé de la hmiière du ciel , qu'il entendit une voix qui lui dit : Entrez dans la ville; et là on vous dira ce que vous devez faire : « Ingredere civitatem, et ibi dicetur libi quid te oportcat facere.t {Ad. ix , 7.) Or, voilà ce qui vous est arrivé au moment de votre entrée dans le séminaire ; car ce n'a pas été sans une conduite particulière de la Providence, que vous y êtes venu ; et soit que la crainte de vous perdre dans le monde ou le désir de servir Dieu plus parfaitement dans la retraite vous y ait amené , soit qu'un sage directeur vous l'ait conseillé , soit que vos parents et amis vous l'aient persuadé ; il est toujours vrai que c'est Dieu qui s'est servi de ces moyens pour vous y conduire, et qui vous a dit au fond du cœur qu'il fallait entrer dans cette maison de retraite, afin que l'on vous fît connaître ce qu'il demandait de vous, et ce que vous deviez faire pour lui plaire. Mais ce n'est pas tout d'avoir fait cette première démarche; il faut vous mettre dans le même état où se trouva l'Apôtre au moment de sa conversion, si vous voulez, comme lui , vous convertir parfaitement à Dieu. Or voyez ce que l'Ecriture sainte nous en marque : Quoiqu'il eût les yeux ouverts, il ne voyait rien; maisil était conduit et gouverné par ceux qui prenaient soin de lui : i Apcrtis oculis niliil videbat; ad manus autem illum tralienies, introduxerunt. ,1 (Ibid., 8.) Voilà, dit saint Bernard, le vrai portrait et le modèle achevé de la parfaite obéissance : avoir les yeux ouverts , et ne rien discerner ; nous laisser conduire sans raisonner ; nous abandonner, comme des aveugles, entre les mains de nos supérieurs : voilà ce que fait la parfaite soumission , et en quoi consiste le troisième degré de l'obéissance.

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