‹ Œuvres complètes de MarivauxChapitre 10 sur 13 · SUR LE PAYS/^N PARVENU · texte numérisé non relu

SUR LE PAYS/^N PARVENU

dot de mademoiselle de La Vallée , véritable nom de famille de Jaoob.

Je n'ai point fait entrer dans cette analyse une foule d'épisodes et de caractères originaux qui rompent la monotonie du récit, et concourent tous fort heureusement à la marche progressive de l'action. On les trouvera, et on saura les noter à mesure qu'ils paraîtront sur la scène. Je me borne seulement à indiquer les portraits de Geneviève dans la première partie , de Catherine dans la seconde , de l'abbé, petit-maître d'église, dans la troisième; celui de Tim pitoyable financier Fécour dans la quatrième; et auprès de ce portrait , véritable pendant de Turcaret , celui d'un autre partisan , franc , serviable et bien 4^go^ ^^ ^^^ ^^ BonOy que l'auteur ne lui a pas donné sans dessein ; tout près de là , l'aventure pathétique de madame Dorville la mère , et de sa jeune bru ; aventure qui met dans le plus beau jour la générosité, les principes et la noblesse des sentimens de Jacob; plus loin, les tendres inquiétudes de madame Jacob, lorsque son mari rentre pour la première fois un peu tard, les craintes qu'elle éprouve de ne jamais le revoir, et le plaisir qu'elle ressent à s'assurer par elle-même de l'existence de ce cher mari. N'oublions pas non plus ce directeur de consciences , qui aide si humblement la femme du frère de Jacob à,consom^ mer la ruine de cet honnête commissionnaire en épiceries, et qui , pour plaire à son évêque , a transmigré de l'école de Jansénius d^ns celle de Loyola. On lira avec plaisir les circonstances du mariage de madame de Ferval avec le brave chevalier qui l'avait pourtant surprise en forfaiture dans la maison de U Rémi ; et enfin , le retour de Jacob aux idées religieuses trop négligées par lui au milieu du mouvement continuel qui l'avait porté à fai fortune , lesquelles reprennent leur empire lorsque, tranquille possesseur d'un bien immense , entouré d'enfans solidement établis , doublement heureux de son propre bonheur et de celui d'une épouse chérie, il est ramené , par la retraite et par la ré-

37a JUGEMENT SDR LE PAYSAN PARVENU.

flexion , à la pensée que tant de biens ne lui sont plus accordés que pour un petit nombre de jours ; alors il se reproche de n'avoir adressé jusqu'ici qu'à la Fortune ses vœux et sa reconnaissance; comme il le dit lui-même, il commence à les porter plus haut, et il se réftigie dans les bras de l'Immortalité et de l'Espérance.

Cette conclusion justifie ce qui a été dit du caractèrç personnel de Marivaux , dans la Notice qui est en tête du premier volume, £^^emi de touEi les abus , de toutes les hypocrisies , jamais , dans ses censures les plus sévères, il ne confondit le masque avec le visage, jamais il ne cessa de rendre honneur à la véritable et solide piété. Il a peint dans Jacob tm homme honnête , plein de sens, de courage et de générosité ; il lui a donné des passions, des faiblesses même , mais il ne lui a prêté aucun de ces vices dégra^dans qui ferment la porte au repentir. Lorsque l'âge et l'indépendance ont laissé un libre cours à ses penchans naturels, il n'a plus qu'à justifier, par la pratique de la bien* faisance et de la vertu , les faveurs inouïes et constantes dont il a été comblé par la Providence, Cette dispositioa morale est seulement indiquée ; Marivaux s'était proposéde la développer en ajoutant quatre parties, nouvelles aux huit parties qu'il a publiées : le temps ou la bonne volonté lui a manqué. Il eût été beau de voir ce riche parvenu par des voies si extraordinaires , exerçant avec liberté dans ses terres l'empire des bienfaits , et payant à tout ce qui l'entoure la dett^ que sçs premiers malheurs lui ont ea quelque sorte imposée. Cette considération n'empêche pas que le roman ne soit bien réellement terminé , et que le titre n'^en soit parfaitement rempli. Jacob est parvenu k faire fortune , et , ce qui est plus rare , à en faire un usage innocent et utile. Cest là tout ce que Marivaux avait pror mis ; le lecteur saura dire s'il a tenu parole.

LE

Page 1