‹ Œuvres complètes de MarivauxChapitre 7 sur 13 · LE PAYSAN PARVENU · texte numérisé non relu

LE PAYSAN PARVENU

Il y a plus d*uu rapport entre Bfariannc^t le Paysan parvenu : dans l'un et dans l'autre de ces romans , le persqn.as^e principal sert en quelque sorte d'introducteur à Mariyauxauprèsdes différentes classes de la société, comme pour le mettre à même d'observer et de peindre les vertus qui les distinguant, ainsi que les vices qui les déshonorent, ou les travers qui les expQ3ent au ridicule. Jacob, eoinme Marianne , se trouve dans un état d'indigence et d'abandon , à l'âge où la misère est un écueil redoutable pour la sagesse; l'aiiteur lui prête, comme à Marianne, toi^ les a.vantagçs extérieuics qui multiplient autour dç lui les séductions et en augnie^tent; les dangers. Gq>endant il en sort presque toujours victorieux, et, après plusieurs épreuves aussi plaisantes que celles de Marianne sont pleines d'intérêt, il parvient çoqame elle à une existence brillante dans le même monde où son entrée a été marquée par l'infortune et par un dénuement absolu.

Voilà ce que les deux ouvrages ont de commun ; mais ce serait tomber dans une grande erreur , ou commettre une grande injustice, que de tirer de ces ti;aits généraux de ressemblance quelque induction défavorable contre la fécondité du génie de Marivaux. Dans les tableaux des peintres célèbres , il y a une manière , un ton de couleur , \m faire, en un mot , qui en nomme l'auteur , et qui, pour les con-

naisseurSy équivaut à une signature; ce qui n'empêclie pas qu'ils ne soient aussi variés* que l'exige la nature de chaque composition. Dans tous les romans de Lesage , de l'abbé Prévost, de sîr Walter Scott, vous retrouverez souvent les idées dominantes, les physionotnies principales et les formes de style qui vous auront frappé dans GilBlas, dans les Mémoires éCun homme de qualité, dans li^anhoe, et vous n'accuserez point pour cela de stérilité des écrivains^ chez qui au contraire l'abondance et la richesse d'invention sont k» attributs distinctiis du talent. Ainsi, bien que le Paytan et Marianne aient un certain air de famille qui indique auipremier coup d'œil la communauté de leur origine , il est vrai de dire néanmoins que ce qui doit faire le plus d'honneur à Marivaux , c^est l'art étonnant avec lequel il a marqué l'influence différente que devaient avoir le sexe et l'éducation sur les actions et sur les sentimens de deux personnages plac& souvent dans àsi^ situations analogues.

Jeune, belle, pauvre, isolée au milieu delà capitale, Marianne est défendue contre les séductions du vice par les principes religieux qu'elle a reçus dans son enfance, par un sentiment naturel de fierté que lui inspire l'incertitude même d'une naissance mystérieuse, par la pudeur propre à son sexe , enfin par la passion noble et légitime qui l'a prévenue en faveur d'un homme digne de son amour et de son estime. Deux protectrices aimables et puissantes l'aident encore à se défendre contre les illusions de son propre . cœur, et la soutiennent dans une crise douloureuse et terrible contre l'infidélité de son amant; elle retrouve enfin cet amant devenu digne d'elle, et , au moment où elle s'unit à lui , une heureuse découverte lui rend Son nom , sa famille, et un état honorable dans U société. On sent que, dans un tableau de ce genre , Marivaux devait s'attacher à la délicatesse plus qu'à la force , viser au pathétique plutôt qu'au plaisant , et s'occuper plus souvent et plus longtemps de la peinture des passions que de celle des ridi-

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