‹ Œuvres complètes de MarivauxChapitre 8 sur 13 · SUR LE PAYSAN PARVENU · texte numérisé non relu

SUR LE PAYSAN PARVENU

cuies. Gependant il était trop babile obsËrvateiir pour ne pas saisir les travers qui §e rencontraient sur sa route , et , dans l'occasion , il n'oublie pas de les crayonner ; ce que je veux dire simplement, c'est que tel n'a pas dû être dans Marianne son objet principal , et tel il a été évidemment 4ans le Pajrsan parvenu.

Un villageois débarque à dix-s^tan$ à Paris, et commence par être domestique dans la maison d'un seigneur dont son père est fermier en Champagne. La nature a été nussi prodigue de ses dons envers ce jeune homme que la fortune s'est montrée à son égard avare et rigoureuse. Il ne possède rien qu'une belle figure, une taille avantageuse, un air de santé tout-à-fait réjouissant, et une grande envie de ^'instruire et de parvenir. La maison où il entre est loin d'être une écok de bonnes mœurs : le «laitre est un Turcaretqui se jruine avec des femmes; madame se dédommage sans Jbeaucoup de mystère des infidélités de son mari ; et si le temps ne lui eût pas manqué, on devine qu^elle eût inscrit Jacob sur la liste de ses consolateurs. Une femme de chambre tombe amoureuse de son nouveau commensal^ et, poursuivie par le maître, elle brûle de partager avec le valet les honteuses dépouilles qu'elle a déjà su s'appro* prier. Cependant le maître meurt subitement; le désordre que ses déréglemens avaient mis dans ses affaires est révélé par cette mort imprévue; la ^naison est en ruine; les domestiques sont renvoyés ; madame est obligée is se réfugier dans un couvent ; et Jacob se trouve sur le pavé., sans avoir retiré de son service d'autre avantage qu'un, commencement d'instruction qu'il ^ eu le bon esprit de se procurer en surveillant l'éducation du neveu de son maître , un peu de fierté, un premier easai des habitudes parisiennes , un -pressendment vague de se» futures destinées, l'empêchent de retourner à son village. Que va-t-il provisoiiemept devenir?

Un hasard lui fait rencontrer sur le poi»t.Neuf une de-r moiselle qui se trouve mal; Jacob a un bon cœur^ il vole

à son secours , lui offre k bras , et la ramène chez elle. Cest cet événement qui commence la fortune de Jacob ; il entre comme domestique dans la maison de la demoiselle qu'il a secourue. Cette demoiselle a upe sœur; IHine et l'autre sont dévotes, et trouyent fort agréable d'être servies par un beau jeune homme d'aillei»s si compatissant. Le directeur de mesdemoiselles Habert se fôche de n'avoir pas été consulté sur un choix de cette conséquence. Jacob est au moment d'être éliminé ; mais mademoiselle Babiert la cadette prend, par reconnaissance, les intérêts de Jacob. Elle se sépare violemment de sa sœur, et amène avec eUe son libérateur, auquel elle ne tarde pas à faire hommage de ses cinquante ans , de sa main, et de qua-. tre à cinq mille livres de rente. Rien de plus achevé que la peinture de Fintéfieûr des deux dévotes , de Varrogant patelinage de monsi^r le directeur Doucin, du bavardage de madame d^ Alain, qui sert de médiatrice pour le mariage, et de la coquetterie astucieuse et jalouse de mademoiselle Agathe , fille de madame d^ Alain. Ce qui ne Fest pas moins dans la même partie , c'est la description de la s^nce chez le magistrat auprès duquel Jacob est appelé à l'instigation de Mp Doucin , et le tendre intérêt que prennent au beau client deux dames déjà sur le retour , le plaidoyer de Jar çob , son triomphe, et enfin l'historique delà cérémonie, et , puisqu'il îanxX, le dire ( car le sage Marivaux n'a pas craiat d'aller jusque-là), celui de la consommation du mariage.

Jacob avait reçu la main de mademoiselle Habert, mais il avait gardé son coeur. Il ne pouvait guère en être autrement ; cette conduite n'est pas délicate, et Marivaux ne dit pas qu'elle le soit \ mais le lecteur y verra une leçon utile aux personnes qui oubUei^t trop facilement qu'une disproportion toujours fâcheuse dans l'âge de deux époux , ne l'est jamais plus que lorsque l'avantage de la jeunesse est du côté du «ari.

Une des dames qui avaient entendu plaider Jacob chez

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